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31 janvier 2005

NOIR-ROUGE-BLANC - 1

J'avais parlé du mode de communication mis en oeuvre avec l'affiche française du film La Chute dans la note intitulée ACH ! LA NOSTALCHIE ! J'y avais démontré qu'elle était construite sur le principe des affiches américaines vendant des films d'aventures à grand spectacle (voir la note RECETTE POUR FABRIQUER…)

Il y avait pourtant une exception, qui concernait la typographie. Si les films américains utilisent une typo faite de lettres à empattements du type Times (les empattements sont les petits patins situés en haut et en bas des lettres), l'affiche du film La Chute emploie des lettres sans empattement, du type Helvetica.

Je parlerai un de ces jours en détail de la typo utilisée pour ces films américains. Pour l'instant, penchons-nous plutôt sur la typo de ce détestable film allemand, et sur ses couleurs.


Nos yeux croisent, je crois, environ 5 000 images par jour. Dont un certain nombre d'affiches qui n'ont, finalement, que peu d'éléments pour communiquer : un texte, et une image éventuelle. Dans ces conditions, il est indispensable que chacun de ces éléments soit extrêmement signifiant, porteur d'un véritable sens. La couleur d'une image, la forme d'une lettre revêtent ainsi une importance capitale pour accrocher le regard, sortir du lot.

L'affiche française du film La Chute, on l'a vu, est conçue selon des codes bien précis d'une redoutable efficacité. La typographie employée y participe à sa manière : lettres sans empattement blanches et rouges, sur fond noir.







Pourquoi ce choix , pourquoi pas des lettres du type Times en vert et jaune ?

Pour l'expliquer, il est nécessaire de faire un petit peu d'histoire.

En 1917, la révolution d'octobre amène les bolcheviks au pouvoir en Russie. Sous l'influence du futurisme italien (dont je parlerai à la toute fin de cette note à épisodes), les artistes russes élaborent une nouvelle école graphique qu'ils mettent au service de la révolution en imprimant livres, tracts et affiches. Ce sera le constructivisme, dont les principes se résument à une abolition de la plastique des masses au profit d'une plastique des plans.

Hein !?

Pas de panique, j'explique : dans le constructivisme, on laisse tomber le dessin et la peinture en volume (réaliste), au profit d'un dessin et d'une peinture faits de zones planes et unies, à l'aspect géométrique. On retrouve là en partie les principes de Cézanne, précurseur du cubisme, qui avait pour ambition de représenter le monde en n'utilisant que des formes élémentaires telles que le cube, la sphère et le cône.

Les constructivistes, donc, n'emploient que des formes géométriques ou presque. A ces formes ils attribuent trois couleurs, le noir, le rouge et le blanc.

Le noir symbolise le clergé et les capitalistes.

Le rouge est la couleur du communisme, du sang des travailleurs. C'est la couleur la plus puissante, celle qui excite le plus le cône de l'oeil humain et celle qui se voit le plus avec le rouge orangé (cliquez ici pour avoir un petit résumé de la couleur rouge).

Le blanc est la couleur du papier.

Ou bien, le noir sert de fond et le blanc symbolise les russes blancs, les tsaristes.


medium_lissitzky.3.jpg
Battez les blancs avec le coin rouge !
Affiche de El Lissitzky, 1920.


Les affiches révolutionnaires sont imprimées sur stencil. Ce procédé de reproduction, assez sommaire, s'accorde bien avec les formes et les couleurs simples. Mais il nécessite également une typographie épurée. Les artistes utiliseront donc des lettres bâton, aussi appelées lettres sans empattement ou sans sérif.

Quand le travail des constructivistes abandonneront dans les années 30 les formes géométriques pour recourir au photo-montage, les couleurs et la typographie continueront de respecter les règles établies.

medium_klutsis.jpg
Travailleurs, tout le monde doit voter à l'élection des Soviets !
Projet d'affiche de Gustav Klutsis, 1930.


L'impact des graphismes constructivistes sera sans précédent. Sous son inflluence, naîtra aux Pays-Bas une revue baptisée De Stijl. Les artistes qui y sont rattachés oeuvreront non seulement dans le domaine du graphisme, de la peinture (Piet Mondrian) mais aussi dans ceux du design et de l'architecture.

Le mouvement De Stijl apportera sa petite part d'originalité dans le choix des couleurs utilisées. Il ne s'agira plus du trio noir-rouge-blanc, mais du bleu, du rouge et du jaune. Les trois couleurs primaires.


medium_chaisegerritrietveld.jpg
Fauteuil de Gerrit Rietveld, 1917-18.


medium_mondrianrjb.jpg
Composition en rouge, jaune et bleu, Piet Mondrian, 1925.




— Ouais bon d'accord, c'est bien joli, mais l'affiche de La Chute dans tout ça ?

Attendez la prochaine note, j'arrive…

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Commentaires

On l'attend de pieds fermes.

Quelle culture, vraiment chapeau.

Ecrit par : yaelz | 31 janvier 2005

Question de vocabulaire en passant. que signifie "sérif" dans "sans sérif" ?
Le TLFi ne connaît pas le mot.

Ecrit par : Zorglub | 31 janvier 2005

Moi, moi, moi je sais ce que c'est serif!! Alain, je peux lui repondre a Zorglub, je peux? Allez, steuplait....

Ecrit par : yaelz | 31 janvier 2005

Tu peux.

Ecrit par : KArglub | 31 janvier 2005

Une police sans serif, c'est une police "bâton". Arial => sans serif, Times new roman => avec serif ^^

Ecrit par : Alexkidd | 31 janvier 2005

ouais, cé pas pour vous vexer, mais je trouve qu'elle est pas très claire, l'explication...
ou alors c'est moi qui ai trop bu, c'soir...

Ecrit par : sophiegda | 31 janvier 2005

Encore un article très instructif, mais je suis dépassé par toutes les références !
A propos de "Composition en rouge, jaune et bleu", voilà l'exemple type de tableau que je ne comprends pas ! Combien il vaut ce tableau ? Je serais curieux de le savoir. Je ne sais pas peindre, mais pourtant je pense être capable de dessiner des traits noirs et des carrés rouges et jaunes. Alors pourquoi mon tableau à moi il ne vaudrait rien alors que celui ci-dessus vaut une fortune ?

Ecrit par : steph | 31 janvier 2005

Alexkidd : je sais ce qu'est une police sans sérif. C'est le mot "sérif" qui m'intrigue et je note que ni KA, ni yaelz, qui prétendait savoir, n'ont répondu...

Ecrit par : Zorglub | 31 janvier 2005

Peut être ont ils autre chose à faire que d'être scotché sur leur blog pour répondre aux commentaires, sinon la réponse est là : http://www.webopedia.com/TERM/s/serif.html

Ecrit par : Alexkidd | 31 janvier 2005

C'était juste une tentative de défi, des fois que...
Reste que Serif est un mot anglais (pas étonnant) que le TLFi n'en parle pas. Mon Oxford (Concise) en fait l'équivalent de empattement et indique : orig. unkn.

Ecrit par : Zorglub | 31 janvier 2005

Ton dictionnaire a raison ^^ c'est le mot qu'on emploie en français ;) Regarde dans un bouquind e typographie tu devrais trouver ca

Ecrit par : Alexkidd | 31 janvier 2005

he Zorglub, c'est pasqu'on voulait faire durer le suspens...
Bon, ben maintenant tu sais, c'est l'essentiel. ;)

Ecrit par : yaelz | 01 février 2005

Serif (suite et fin).
Le mot viendrait du hollandais "schreef" (tiret, ligne) et "sanserif" (ou "sans serif") est bien construit à partir du français "sans".
Quand je pensais qu'il sonnait bizarre ce mot...

Ecrit par : Zorglub | 01 février 2005

SERIF : J'étais absent, et n'ai pu répondre. Mais d'autres l'ont fait à ma place !
Dans mon texte, je pense qu'on pige bien que "sérif" et "empattement" sont la même chose.
Si j'avais eu la possibilité de répondre, j'aurais dit que "sérif" (oui, je mets un accent même s'il n'en faut pas) est un mot anglais qui vient du néerlandais "schreef" qui est aussi un verbe : "écrire".

Ecrit par : KA | 01 février 2005

STEPH : A propos de Mondrian. C'est sûr, tout le monde peut tracer des lignes noires et des carrées rouges, bleus et jaunes.
Mais la différence entre Mondrian et toi, c'est qu'il a été le premier à le faire. C'est lui qui a eu cette idée, révolutionnaire. Et que donc ça vaut la peau des fesses. Tes dessins de carrés ne seraient que copie, sans intérêt sur un plan financier.

Dans l'art, il n' y a pas que la prouesse technique qui compte. Il y a aussi l'invention. Et cette invention peut être, parfois, d'une grande simplicité technique.
Les exemples abondent.
Beaucoup de peintres sont capables de produire des faux Van Gogh, des faux Picasso, etc.
Mais auront-ils jamais l'inventivité de ces gars-là ? Sûrement pas.

Ecrit par : KA | 01 février 2005

K-Lain, tu devrais, pour notre instruction, disserter sur les classifications des fontes d'imprimerie, tu sais, celle de Vox et l'autre dont j'ai oublié le nom, avec les antiques, les elzévirs, et... t'ain, j'ai tout oublié.

A propos de couleurs primaires (anti-communistes s'abstenir) : bleu, rouge et jaune ne sont primaires ni en synthèse additive (ce sont rouge, vert et bleu), ni en synthèse soustractive (ce sont jaune, magenta et cyan).

Ecrit par : M | 02 février 2005

M : OK pour la classification des caractères, je prépare ça, mais je ne suis pas certain que ça passionne les foules.

Quant à ton pinaillage jaune-magenta-cyan", je n'aurai qu'un mot de commentaire :pffffuitt :-)

Ecrit par : KA | 02 février 2005

Je vote pour la dissertation sur les classifications des fontes d'imprimerie.

Ecrit par : Zorglub | 02 février 2005

ZORGLUB : Tu m'étonnes…;-)

Ecrit par : KA | 02 février 2005

Je peux m'y coller aussi... si j'ai le temps et si j'y pense !

Ecrit par : M | 02 février 2005

Dis Alain, faire les commentaires a ta place...tu veux pas que je fasse les notes a ta place, aussi? Non mais, ho.

Et ou que t'es passe d'abbord?

Ecrit par : yaelz | 02 février 2005

je cherche une methode pour melanger des couleur que je veux .
merci

Ecrit par : zoheir | 01 avril 2005

j'aimerais bien savoir la liste des codes de melange des couleurs dans le domaine de peinture batiment

Ecrit par : ben larbi | 09 avril 2005

Codes couleurs dans le bâtiment : désolé, je ne sais pas du tout de quoi il s'agit !

Ecrit par : KA | 10 avril 2005