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07 avril 2005

LES CINQ POÈMES DE NEZÂMÎ

Les Cinq Poèmes de Nezâmî sont l'une des plus célèbres oeuvres de la littérature médiévale persane.

A la fois recueil de poèmes, de textes issus du folklore et ouvrage philosophique, ils ont été recopiés, enrichis, ornés maintes et maintes fois au cours des siècles grâce à des calligraphies, des enluminures et des peintures miniatures.

L'un des textes les plus célèbres de ce recueil est la geste de Khosrow et Chîrîn. Il s'agit d'un roman en vers racontant la vie tumultueuse de Khosrow, souverain perse du VIIème siècle amoureux de Chîrîn, fille de la reine d'Arménie.

L'auteur, Nezâmî, vécut et mourut au XIIème siècle. Les peintures représentées ici datent du XVIIème, elles font partie du manuscrit Supplément persan 1029, conservé à la Bibliothèque nationale de France. Cette copie des Cinq Poèmes fut réalisée entre 1619 et 1624.

Mais le terme de copie est inapproprié, puisque chaque version de ces Poèmes illustrés - on en compte au moins 245 - est différente.

Les auteurs des peintures du manuscrit Supplément persan 1029 sont inconnus, on pense qu'ils sont issus de l'école d'Ispahan et que Haydar-Qolî Naqqâch y participa grandement.

Seul le nom du calligraphe est certain, il s'agit d'Abd ol-Djabbâr Esfahânî. Natif d'Ispahan, c'est dans cette ville qu'il a calligraphié la majorité des textes. Pour une raison inconnue, une petite partie a cependant été écrite dans le district de Bagdad alors sous domination perse.

Ci-dessous, 18 peintures issues de cette version conservée à la Bibliothèque nationale de France.








































Quelques mots rapides sur le style de ces peintures. On constate que la perspective y est absente. Pourtant, les artistes perses, ottomans et afghans en avaient connaissance grâce aux gravures occidentales qui circulaient déjà en grand nombre à cette époque.

Il s'agit là d'un refus de leur part, d'une crainte - fondée - qu'ils avaient de perdre leur originalité, leur spécificité. (Rappelons que les peintres flamands du XVème siècle mirent presque un siècle avant d'accepter complètement ce mode de représentation né en Italie.)

D'autre part, il est facile de remarquer combien ces peintures puisent leurs sources auprès de l'Inde et de la Chine. Ces influences passaient notamment par l'Afghanistan qui, avec l'école d'Herat, était un grand fief dans le domaine de la peinture des miniatures.


Pour en savoir plus :

Les très riches pages du site de la BNF consacrées à l'exposition Splendeurs persanes qui s'y tint en 1998.

Les Cinq Poèmes de Nezâmî - Chef-d'oeuvre d'un manuscrit persan du XVIIème siècle par Francis Richard, publié par la Bibliothèque de l'Image. Cet ouvrage, en tous points excellent, est d'un prix frisant le ridicule : 19 € (mais il me semble qu'on peut le dénicher à moindre prix chez les soldeurs).





Et un roman absolument fascinant, un polar qui se déroule à Istanbul dans le milieu des enlumineurs turcs du XVIème siècle :

Mon nom est Rouge par Orhan Pamuk, publié en Folio Gallimard.
Pour lire une critique de ce très beau livre, cliquer ici.



23:25 Lien permanent

Commentaires

Je conseille également la lecture de Mon Nom est Rouge : on y découvre un monde graphique dont perso. j'ignorais à peu près tout et le fait de ne pas tout comprendre, faute d'avoir des illustrations sous les yeux, ajoute en un sens au charme du texte.

Ecrit par : Zorglub | 08 avril 2005

Quels sont ces arbres dont les feuilles ressemblent à celles des érables, aux couleurs jaune/rouge/noir ?

Ecrit par : M | 08 avril 2005

M : Euh… Y'a-t-il un jardinier persan dans l'assistance ?

Ecrit par : KA | 08 avril 2005

très agréable promenade

Ecrit par : penglobe | 08 avril 2005

M : il semblerait qu'il s'agisse bien d'érables, automnaux, qui cotoient sans aucun souci de réalisme les amandiers printaniers.

http://expositions.bnf.fr/splendeurs/gplan/index.htm

Ecrit par : Zorglub | 08 avril 2005

Sepideeeeeeh ! A l'aide ! Les arbres seraient des érables dont les feuilles d'or et de feu sont souvent encore attachées aux branches au moment de la floraison des amandiers fin février. Mais j'ai pas encore mon diplôme d'horticultrice.

Vous savez pourquoi "Ispahan" et "Isphahan" ? Et pourquoi "parsi" et "farsi" ?

K-Lain, prépare les carambars !

Ecrit par : s_cl | 08 avril 2005

Bonjour, normallement les feuilles jaunes et rouges sont pour montrer l'automne, mais ici, je ne sais pas quels arbes ils sont.

Nous disons fârsi, mais les anciens prononcaient pârsi. Egalement pour Espahân, ni ispahân, ni isfahân. L'origine du mot est "Sepâhân" qui signifie les corps d'armée. A travers le temps et aussi à cause de l'attaque des Arabes, les mots ont changé. Parce que les Arabes n'ont pas la lettre "P",donc ils le remplacent avec le "F". Nous avons une petite ville qui s'appelait et qui s'appelle toujours "Pârseh".

Ecrit par : Sepideh T.Shemirani | 14 avril 2005

Ah ah ! Je le savais mais je préfère les nougats iraniens aux Carambars.

Ecrit par : s_cl | 14 avril 2005

Pour conclure, un proème de nézâmi appris dans toutes les écoles primaires. En tant que français, ça me plaît de le connaître et me fascine de pouvoir lire la poèsie persane ancienne de 1000 ans alors que nous avons du mal à lire les auteurs français au delà de XVIIè siècle.

Les persanophnoes me pardonneront cette vanité...

bé nam-é khoda-yé barchandé-yé mehrabân

Ey nâmé-to béhtarin-é sar-arâz
bi nâm-éto nâmé key konam bâz


Ey yâd-to mouns-é ravânam
djoz nâmé-to nist bar zabânam

Ham ghessé-yé nâ-némoudé dâny
ham nâmé nâ-névechté khâny

Az zolmat-é khod rahâyyam dé
bâ nour-é khod âchanâyyam dé

Ecrit par : gildas | 19 décembre 2005

Orhan Pamuk = Prix Nobel de littérature 2006 !

Ecrit par : Micheline | 12 octobre 2006

MICHELINE : C'est le sujet de mon billet de demain…

Ecrit par : KA | 12 octobre 2006