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12 mai 2005
LES GUERRES DE GOYA, ROUSSEAU ET PICASSO
La Charmeuse de serpents du Douanier Rousseau se trouve au musée d'Orsay, à Paris. Lui faisant face, une autre oeuvre du même artiste : La Guerre.
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La Guerre
Elle file à toute allure, terrifiante, semant partout derrière elle
le désespoir, les larmes et la destruction.
Rousseau peint cette toile en 1894. Comme à son habitude il s'inspire d'une oeuvre préexistante, un dessin anonyme intitulé Le Tsar qui fut publié dans la revue L'Egalité le 6 octobre 1889.

Ce Tsar cavalier survolant des monceaux de cadavres est un thème classique, celui des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse de Saint Jean.
Ce dernier livre de la Bible, avec ses quatre cavaliers, a été maintes fois illustré au cours des siècles. Notamment par Albrecht Dürer, dans une série de gravures datant de 1496-1498 :
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Il faut noter aussi un film remarquable de Vincente Minnelli réalisé en 1961 : Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse avec Glenn Ford, Ingrid Thulin et Charles Boyer.

Mais revenons au tableau de Rousseau. A première vue, il traite de la Guerre en général et des massacres de la Commune de Paris en particulier (1870-1871). C'est ce que nous disent les cailloux, pavés et barricades de bois en arrière-plan. La mort vêtue de blanc - couleur des royalistes - fait son oeuvre. La crinière et la queue du cheval, la chevelure et la robe du personnage, toutes quatre hérissées, nous disent l'effroi.
Les corbeaux se posent sur des cadavres qui ont presque tous la même tête, celle d'un homme moustachu qu'on peut voir très nettement au tout premier plan. Il faut y voir là le portrait de Henri Rousseau, même si la coupe de cheveux est nettement différente des photos connues et de cet autoportrait plus proche de la réalité.

En outre, il semblerait que le cadavre barbu à droite soit celui d'un certain Monsieur Tensorer, mari de Joséphine Noury. Cette dernière deviendra, en 1899, la seconde femme de Rousseau. En attendant ces épousailles, un corbeau dévore les tripes du mari vaincu…
La toile ne nous offre pas une vision générale avec une perspective. Il s'agit plutôt d'un ensemble d'images, une espèce de puzzle. Une image déconstruite, comme en créeront plus tard les cubistes.
Je l'ai déjà dit précédemment, Rousseau et Picasso étaient amis. L'Espagnol tenait le Français pour un génie de la couleur. Son admiration était si grande qu'il s'inspira de La Guerre de Rousseau pour peindre son célèbre Guernica :
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On retrouve une accumulation d'images morcelées d'où la perspective est absente, dans un format de type panoramique. Avec un cheval, des cadavres allongés, une épée (en bas au milieu chez Picasso, dans la main de la cavalière chez Rousseau), une lampe à pétrole (qui correspond au flambeau chez Rousseau). Picasso, aussi marqué par le massacre de Guernica que le fut Rousseau par ceux dont furent victimes les Communards, s'est également inspiré des Désastres de la Guerre, la série de gravures que Francisco Goya réalisa en 1820.


Goya, Rousseau, Picasso,
même combat !
Lien
Les Désastres de la Guerre, de Francisco Goya.
Bibliographie
De Picasso à Guernica, généalogie d'un tableau,
par Jean-Louis Ferrier, Editions Gallimard, collection Pluriel.

18:40 Lien permanent
Commentaires
Jean-Louis FERRIER, c'est le monsieur qui va pas être content lundi ... désolé
Ecrit par : sinkrou | 12 mai 2005
Encore merci de me (nous) donner une façon de voir différente : de la réelle culture, celle qui ne sert pas mais qui enrichit quand même.
Cela me renvoit aux cours de Travaux Plastiques du collège où une professeur avait réussi à me faire comprendre que le cubisme n'était pas n'importe quoi et que les tableaux n'étaient pas que des illustrations (l'ancêtre des photographies) mais bien des oeuvres empreintes de symbolismes.
Ecrit par : jid | 13 mai 2005
Celui qui, le premier, encouragea les essais du peintre de Plaisance fut incontestablement M. Remy de Gourmont. Il commanda même à Rousseau une lithographie, Les Horreurs de la guerre, qui fut publiée dans L'Ymagier. Elle est fort rare et peu de personnes l'ont vue. Remy de Gourmont avait su par Jarry que le Douanier peignait avec une pureté, une grâce et une conscience de primitif. Il avait vu quelques-unes de ces gerbes qu'il peignait pour les boulangeries de son quartier et il lui arrivait de le rencontrer parfois à certains carrefours de la Rive gauche où le vieux Rousseau jouait, sur le violon, des mélodies de sa composition et faisait chanter aux petites ouvrières l'air en vogue. (Apollinaire, « Le Douanier » Les Soirées de Paris, 15 janvier 1914)
Ecrit par : Lalka | 13 mai 2005
A TOUS : l'iamge du "Tsar" présente quelques problèmes d'affichage, je ne sais pas pourquoi. Je vais tenter d'y remédier là, tout de suite…
Ecrit par : KA | 13 mai 2005
LALKA : Merci pour ce texte d'Apollinaire, auquel j'apporterai deux précisions :
1/ Rémy de Gourmont a en effet commandé à Rousseau, pour la revue "L'Ymagier", une lithographie intitulée "la Guerre", reprise simplifiée du tableau dont j'ai parlé.
2/Elle a été publiée en janvier 1895 dans cette revue, co-dirigée par Gourmont et Alfred Jarry.
Ecrit par : KA | 13 mai 2005
Vos confrontations d'images sont intéressantes pour le contenu, mais pour la forme nettement moins. J'ai une proposition à vous faire concernant le modèle qui permit à Picasso de concevoir le plus grand nombre de ses oeuvres de 1906 à 1973. Dans mes confrontations c'est la forme qui décide si tel "Picasso" est à rapprocher du modèle qui a permis à Picasso de le réaliser.
Ecrit par : Peset | 21 août 2005
PESET : Il me semble bien que Picasso a reconnu lui-même ce qu'il devait à "la Guerre" de Rousseau (les deux hommes étaient très liés).
Cela dit, je suis preneur de votre "modèle qui permit à Picasso de concevoir le plus grand nombre de ses oeuvres de 1906 à 1973" !
Ecrit par : KA | 21 août 2005
Merci d'avoir répondu. J'ai écrit une thèse, envoyée à France Culture en 2003, que vous pouvez facilement retrouver sur google pages francophones en cliquant sur: cezanne picasso peset Suite à cette lecture si vous êtes toujours intéressé je serai heureux de continuer le dialogue avec vous. Je vous donnerai alors des confrontations à faire. Si vous étiez éditeur, ma thèse devrait être reconnue avant d'être éditée.
Ecrit par : Peset | 21 août 2005
Et hop, imprimé pour demain (je vais pouvoir faire ma crâneuse au Grand Palais !). Merci KA.
Ecrit par : Vroumette | 06 mai 2006






