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28 mai 2005

JE SUIS FOU DE CHÉRI SAMBA!

Samba wa Mbimba Nzinga, alias Chéri Samba, est né en 1956 dans un village du Congo. Au début des années 70, il se fait engager à Kinshasa dans plusieurs ateliers d'artistes avant d'ouvrir le sien, en 1975. Très vite, il comprend que même s'il doit conserver leur style, il lui faut se démarquer des peintres d'enseignes et de publicité afin de créer des oeuvres originales.

Les toiles de Chéri Samba rappellent donc ces enseignes, assorties de bulles de bande dessinée. Mais il s'agit de peintures qui vont au-delà de l'imagerie populaire. A travers l'humour et la représentation de scènes banales de la vie quotidienne, Samba dénonce, se moque, touche au pamphlet politique.

Chéri Samba est aussi un personnage éminemment narcissique, mégalomane, pas très éloigné de Salvador Dali, qui aime à discourir sur son génie, sur ses conquêtes féminines, et qui adore se représenter sur ses toiles. Quitte à copier (plusieurs fois) M.C. Escher (cliquez ici), quitte à se copier lui-même, puisque qu'il lui est arrivé à plusieurs reprises d'exécuter la même toile ou presque.

Mais Canaletto le faisait également, alors pourquoi pas Chéri Samba !





Un certain pisse-froid de Radio-France International n'apprécie pas la notoriété de l'artiste, qui eut l'honneur d'exposer sur les cimaises de la Fondation Cartier en 2004. Sans le dire clairement parce que la vulgarité n'empêche pas la politesse, ils sous-entend que Chéri Samba n'est rien d'autre qu'un brave nègre Banania. Au prétexte que ses toiles, réalisées à peu de frais intellectuels, ne seraient qu'un aimable folklore destiné au contentement du Blanc européen.










L’artiste singularisé comme ethnique aura le bonheur de court-circuiter toutes les hiérarchies, il ne sera plus jugé selon les critères communs, il n’aura pas à effectuer le difficile cheminement de la création, de sa longue et souvent douloureuse élaboration, avant toute reconnaissance. C’est normal, il est hors catégorie : il est l’artiste africain…, dit-il.







On voit par là que le pisse-froid de RFI n'a pas peur de dire des âneries, et oublie par la même occasion de parler de ces peintres d'Afrique de l'Ouest qui torchent des enseignes, des tableaux pour l'exportation qui peut-être ornent son salon.

Préférons les joyeux excès de langage d'un Chéri Samba aux âneries d'un gratte-papier n'ayant aucune idée de ce qu'est le difficile cheminement de la création, préférons la démesure à l'étroitesse du regard :

Ma vie et mon oeuvre sont tout un ensemble. Il y avait une joyeuse compétition entre les artistes, et pour me différencier, j’ai créé la « griffe sambaïenne ». J’avais mon look, mes publicités, mes banderoles devant l’atelier, lettres à en-tête et cartes de visite avec photo, mon cachet Chéri Samba... Je voulais faire une communication maximale. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Ma popularité m’a valu un grand succès féminin : avant de me marier en 1981 à la citoyenne Nzila-Ngombe, Philda, j’avais comptabilisé 394 femmes. J’étais fier de mes conquêtes. Celui qui avait beaucoup de femmes était un héros. J’étais le Chéri des dames, je voulais être aussi le Chéri des amateurs d’art, le Chéri des dieux…












Sachez que Chéri Samba veut dire amitié. Je me considère comme l’ami de tout le monde. J’aime tout le monde et je recherche la réciproque. Dans mes sujets, je donne la priorité à la majorité, et comme les femmes sont plus nombreuses que les hommes sur cette terre...














Quand il n'y avait plus rien d'autre que…[Picasso]
l'Afrique restait une pensée.







Je constate avec regret que beaucoup d'artistes, de leur vivant, ne tirent pas profit de leur travail. Trop souvent ils ne sont reconnus qu'après leur mort. C'est un réel problème que nous devrions résoudre en incitant les critiques d'art, les marchands et les collectionneurs à faire réellement leur travail puisqu'ils croient détenir la vérité sur les oeuvres d'art,
énonce Chéri Samba en s'associant à l'image de Picasso qui sut voir ce que l'art africain avait de grand et d'éternel.


Liens

L'exposition J'AIME CHÉRI SAMBA à la Fondation Cartier.

L'article de RFI.


Bibliographie


J'aime Chéri Samba Version bilingue (français/anglais)
Fondation Cartier pour l'art contemporain et Actes Sud,
par André Magnin et Robert Storr.

22:20 Lien permanent

Commentaires

celui que je prefère ( meme si ça a été dur de choisir ), c'est la lutte contre les moustiques :)



remarque, comme tu me diras certainement : pourquoi choisir en fait !





et sinon heu , ce relais monsieur korkos ? ça en est où ? :)

Ecrit par : krysalia | 29 mai 2005

A TOUS : Une trentaine d'articles de la Boîte avaient vu leurs images englouties par wistiti.fr, hébergeur à la fiabilité incertaine.
Elles ont toutes été réinstallées, sauf pour les articles des 28/3, 29/3 et 17/4.
La chose sera faite d'ici 24h, date à laquelle je disposerai d'1 Go d'espace. De quoi voir venir…

Cependant, j'ai pu oublier de réinstaller des images par-ci par-là. Si vous repérez des trous dans la Boîte, soyez gentils de me prévenir !

Ecrit par : KA | 29 mai 2005

Merci de présenter cet artiste que je ne connaissais pas. Vraiment j'aime beaucoup...

Et merci aussi pour ce blog passionnant qu'est La boîte à images.

Ecrit par : Marie | 29 mai 2005

Copier ?? et pourquoi se gênerait-il ?

Admirable, cet Humour bien NOIR, qui le conduit à se représenter, marchant à côté du vitaminé PP, grand pilleur de l'ART AFRICAIN...

Ecrit par : MiniPhasme | 30 mai 2005

MINIPHASME : Chéri Samba ne considère pas Picasso comme un pillard, ainsi qu'il l'indique dans des interviews et dans l'avant-dernière toile ci-dessus, pour laquelle il est allé "emprunter" chez Doisneau :
http://www.peterfetterman.com/imgs/artists/doisneau/picasso.jpg

Cela dit, le débat reste largement ouvert…

Ecrit par : KA | 30 mai 2005

Pour ce qui est de l'emprunt à Escher, voir ici :
http://korkos.club.fr/escher-union.jpg
(Je viens d'ajouter ce lien dans le corps de la note.)

Ecrit par : KA | 30 mai 2005

Depuis les débuts de la peintures tous les peintres se sont inspirés ou copiés les uns les autres ,ce qui compte vraiment c'est l'originalité "nationale" ou locale ,l'inspiration, la technique et la sincérité. Ce dont Chéri Samba n'a jamais manqué...le reste c'est question d'appréciation et d'admiration.

Ecrit par : Delvaux emile | 11 juin 2005

Intouchable Picasso... Difficile de ne pas passer pour pisse-vinaigre, si on écorne cette vache sacrée !
Bon, je me permets de rappeler que ce génie avait peu de respect pour ses congénères puisqu'il n'hésitait pas peindre sur des toiles volées dans des musées (ex : le gobeur d'oursins).

Connais-tu des tableaux de Picasso datant du XIXe ? Ca m'intrigue, depuis que j'en ai vu un (académisme à tomber) ?

Mais comme tu le soulignais si bien dans une précédente note, rien ne se créé ex nihilo...

Ecrit par : MiniPhasme | 13 juin 2005

MINIPHASME : Les oeuvres de jeunesse de Picasso sont, pour la plupart, au Musée Picasso de Barcelone.
On peut en voir quelques-unes sur le site du musée à l'adresse :
http://www.museupicasso.bcn.es

Ecrit par : KA | 13 juin 2005

Une version réduite de la reproduction géante de l’œuvre du peintre kinois Chéri Samba qui fut exposée au cœur du quartier Matongé (Ixelles) de 2002 à 2006 vient d'être accrochée à Louvain-la-Neuve.
L’œuvre originale est présentée au musée de Louvain-la-Neuve jusqu’au 25 novembre 2007.
http://www.olln.be/fr/lart-dans-la-ville.html?cmp_id=28&news_id=761&vID=328

Ecrit par : Micheline | 11 novembre 2007