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10 juin 2005

CAFÉ, CHURROS ET SAUCISSES DE MADRID

Entre 1912 et 1913, Eugène Atget photographie la "zone" de Paris. Ses terrains vagues, ses roulottes, et son petit peuple. Cependant, seul un tiers de ses clichés nous montre des êtres humains.







Dans les années 30 en Allemagne, August Sander capture à son tour des êtres humains en pied, avec froideur et neutralité. Ils sont pâtissier, employées de cirque, contrebassiste.













Quarante ans plus tard, Diane Arbus fixe les exclus, les laissés pour compte, et son mal de vivre.










Et puis, dans les années 80, un discret photographe espagnol baptisé Angel Luis Domínguez impressionne sur la pellicule des commerçants dans leurs boutiques. Comme chez Sander et Arbus, la vue est prise en contre-plongée et les personnages sont le plus souvent de face.

Mais contrairement au photographe français, les êtres humains sont le véritable sujet de la prise de vue.
Contrairement à l'allemand et malgré la distance entre l'objectif et le sujet, il y a de l'empathie chez Domínguez.
Et contrairement à l'américaine, la tristesse et le désespoir sont absents.













Discrètement mis en valeur par la contre-plongée, ces hommes et ces femmes se tiennent droits dans des locaux à la propreté parfaite, esquissent parfois un sourire au client qui vient de pénétrer dans leur magasin. Ils sont heureux de l'accueillir et fiers de lui proposer des churros, de la saucisse ou du café.














Atget s'intéressait au décor,
Sander épinglait ses sujets comme des papillons,
Arbus pourchassait ses névroses,
Domínguez aime ses personnages.




Angel Luis Domínguez est né à Madrid en 1955. Ses images ont été réalisées avec un 6x6 Bronica acheté d'occasion en 1978. L'objectif est de 50 mm, la lumière est naturelle.

20:50 Lien permanent

Commentaires

Les photos de Madrid sont étonnantes tellement elles sont loin de ce que je connais de l'ambiance de cette ville (bon je n'y étais pas à l'époque, mais quand même). Il devrait y avoir du monde partout, des gens qui parlent fort, des épluchures de crevettes par terre... On dirait que le photographe a "nettoyé" son image de toute cette vie. Pourquoi ? Et au fait, merci pour ce blog génial et passionnant !

Ecrit par : Manue | 10 juin 2005