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05 juillet 2005
PORTRAITS QUI DÉCOIFFENT - QUESTION
L'office du tourisme belge fait la promotion de la Flandre. Pour cela, un site ouèbe a été créé, des cartes postales gratuites ont été éditées.
En voici deux, qui décoiffent :


La première oeuvre - joliment détournée et inversée - est le portrait d'Agnès Sorel en Vierge à l'enfant, par Jean Fouquet :

Elle est conservée au musée royal des Beaux-Arts d'Anvers. En Flandre, donc. Est-ce la raison pour laquelle la page crédits du site ouèbe nous classe cet artiste parmi les peintres flamands ? C'est aller un peu vite en besogne, car il se trouve que Jean Fouquet, né à Tours vers 1425 et mort dans cette même ville vers 1480, était on ne peut plus français. Il fut le peintre officiel de Louis XI.
Le second portrait détourné fait penser à Van Dyck. Quel est le personnage représenté ? La page crédits du site ouèbe, dont on a pu juger de l'exactitude, nous dit ceci :
Van Dyck – Amaryllis and Mirillo (1631) : huile sur toile : Graf von Schönborn Collection, Pommersfelden, huile sur panneau ou Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris.
Il ne s'agit pas d'un détail d'Amaryllis et Myrtile, qui représente une scène mythologique.
Il ne s'agit pas non plus d'un détail de la fresque de l'hémicycle de l'École Nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris, peinte par Paul Delaroche (1797-1856). Intitulée La Renommée distribuant des couronnes, elle mesure vingt-sept mètres de long et représente les portraits en pied de quarante peintres et graveurs, quinze sculpteurs et quatorze architectes.



Parmi eux, celui d'Anthon Van Dyck :

Pour le réaliser, Delaroche s'est inspiré de cet autoportrait :

On constate aisément que ce visage n'a rien à voir avec celui de la carte postale. La page crédits du site ouèbe est, là encore, pour le moins erronée. Mais elle ment aussi par omission ! Car il est un autoportrait de Van Dyck qui figure sur l'animation de la page d'accueil du site ouèbe, et n'est pas signalé :

Il s'agit là de l'Autoportrait au tournesol peint en 1633, et appartenant à la collection du duc de Westminster :

Christus Petrus, Hans Memling et Antoine Wiertz, qui sont les autres peintres référencés sur la page crédits du site ouèbe, ne peuvent être les auteurs du portrait de la carte postale.
Alors, de qui s'agit-il et qui a peint ce portrait ?

Un cadeau personnalisé pour la personne qui résoudra cette énigme ! Mais en attendant, pour tout le monde,
CADEAU BONUS
Article paru dans Le Monde du 03.04.05 :
La cause de la mort d'Agnès Sorel
est enfin dévoilée
Dans le manoir normand du Mesnil à Jumièges (Seine-Maritime), le 11e jour du mois de février 1450, vers 6 heures de l'après-midi, Agnès Sorel pousse un haut cri et trouve la mort. La célèbre maîtresse officielle du roi Charles VII succombe, selon les chroniqueurs, d'un flux au ventre. Peu après sa mort, on prélève le coeur pour le mettre en terre au sein de l'abbaye de Jumièges, avant de conduire le corps en Touraine pour l'inhumer en l'église de Notre-Dame de Loches (Indre-et-Loire), devenue depuis la collégiale Saint-Ours.
Samedi 2 avril, les restes des ossements d'Agnès Sorel, qui avaient été exhumés le 29 septembre 2004, devaient être réinhumés en cette collégiale. Ils viennent de faire l'objet d'une longue série d'analyses effectuées par 22 spécialistes de 18 laboratoires et institutions. Ce groupe était coordonné par le docteur Philippe Charlier (service d'anatomie et cytologie pathologiques, CHU de Lille, Ecole pratique des hautes études).
Les résultats de ces travaux devaient être rendus publics le jour de la cérémonie de réinhumation. Selon les signataires de l'étude anthropologique et paléopathologique des restes présumés d'Agnès Sorel, la maîtresse de Charles VII aurait, à un âge compris entre 25 et 30 ans, été victime d'une intoxication aiguë au mercure, sans que l'on puisse conclure quant au caractère criminel ou non de cette intoxication. Nul ne peut savoir si elle a été empoisonnée sur ordre du dauphin, le futur Louis XI, comme cela a souvent été affirmé.
La suite de l'article de Jean-Yves Nau sur le site du Monde.
08:25 Lien permanent
Commentaires
Pour le deuxième, je trouve que le monsieur a des traits bien contemporains.... A l'époque si je ne m'abuse, les hommes de cet âge ne portaient pas la mâchoire aussi carrée...
Je dirais que c'est le portrait d'un homme d'aujourd'hui collé sur la colerette.
Aller, moi je vote pour un autoportrait de "l'enchanteur". Et c'est son fils qui porte la colerette sur la page d'acceuil ;-)
Ecrit par : Jul | 05 juillet 2005
ah, le premier portrait, j'aurais dit qu'il était inspiré par un portrait de Sophie Marceau à sa sortie du lit, le lendemain de son apparition au festival de Cannes !!!
mais visiblement, cé pas ça !
pour le 2ème, je sèche...
Ecrit par : sophiegda | 05 juillet 2005
Clouet ! Je croyais que le portrait d’Agnès Soral exposé à Loches était un original, alors que c’est une reproduction réalisée par Clouet, d’après Fouquet…
Les anges rouges : un rapport avec les démons ?
Ecrit par : MiniPhasme | 05 juillet 2005
MINIPHASME : Faut pas confondre Agnès SorEL et Agnès SorAL, la première étant beaucoup plus morte que la seconde…
A propos de la mort mystérieuse de la première, j'ai ajouté au bas de la note un extrait d'article paru dans Le Monde, ainsi que le lien pour le lire en totalité (y est reproduit également la copie que fit Clouet du tableau de Fouquet).
Ecrit par : KA | 05 juillet 2005
Rien de so(ro)ral, en effet !
Euh... Des traces de silicone dans les restes exhumés ?)
Suspects, ces seins globulaires...
Ecrit par : MiniPhasme | 05 juillet 2005
Je ne sais pas qui est ce Monsieur, mais y en a qui doivent ce retourner dans leurs tombes...!!!
Ecrit par : Aliensflower | 05 juillet 2005
Ce qui m'étonne dans le portrait mystérieux, c'est le col, qui n'est ni une fraise à la mode espagnole, ni un col en dentelle comme ceux du syndic des drapiers.
Autre version du portrait d'Agnès Sorel : http://www.lesirreguliers.com/site/imgs/5.gif
Ecrit par : Zorglub | 05 juillet 2005
ZORGLUB : Les fraises espagnoles ne valent rien, c'est bien connu (ne cherchez pas, c'est une blague privée).
Celle-là est hollandaise, comme on la portait au XVIIe s.
Voir :
http://www.abcgallery.com/V/vandyck/vandyck.html
Ecrit par : KA | 05 juillet 2005
Moi je sais tout mais je ne dis rien au sujet de fraise espagnole que je ne ramène pas !
Ecrit par : M | 05 juillet 2005
M : J'ai pourtant l'impression que tu la ramènes, là ;-)
Ecrit par : KA | 05 juillet 2005
Nez en moins, la question du portrait me taraude (ha ha ha).
Ecrit par : M | 05 juillet 2005
je dirais que cela rappelle la période anglaise de van dyck, un portrait de Charles ? ou... du comte de Richmond ...
Ecrit par : MC | 05 juillet 2005
La mauvaise qualité de la reproduction m'a enduite d'erreur : l'original montre bien une fraise, hollandaise, si fraise hollandaise il y a.
Reste que j'ai cherché un costume équivalent chez divers flamands sans le trouver.
C'est marre à la fin (0/20, je sais)
Ecrit par : Zorglub | 05 juillet 2005
MC : Le roi Charles Ier et le comte de Richmond ne ressemblent pas du tout au gars ci-dessus. En plus, ces deux-là ne portaient pas de fraise mais un large col de dentelle.
Voir le premier sur :
http://www.megapsy.com/Louvre/pages/031.htm
et le second sur :
http://www.intofineart.com/htmlimg/image-01084.htm
Ecrit par : KA | 05 juillet 2005
en fait, je ne pensais pas vraiment à eux mais à van dyck lui-même, portraituré par un contemporain ; est-ce que le look punk et les lunettes branchées du site belge accréditeraient la "voie" anglaise ?
Ecrit par : MC | 05 juillet 2005
Il s'agit du portrait de Nicolas Rockox par Otto van Veen, visible à la Maison de Rubens à Anvers
Ecrit par : Philippe[s] | 07 juillet 2005
PHILIPPE[S] : Alors là, un grand bravo pour cette découverte qui sera l'objet de ma note de demain !!!
Ecrit par : KA | 07 juillet 2005
Philippe[s]> Merci, je n'en pouvais plus :!)
KA> Et le cadeau ? son poids en fraises ?)
Ecrit par : MiniPhasme | 07 juillet 2005
MINIPHASME : C'est pas joli-joli de donner ainsi des idées qui vont alimenter… de vains espoirs :-D
Ecrit par : KA | 07 juillet 2005
Décidément, un site superbe dont je vais m'empresser de communiquer l'adresse.
Ecrit par : Bousségui marie-josèphe | 19 juillet 2005
Merci pour les commentaires sur l'étude scientifique qui a réuni 22 chercheurs de 18 laboratoires, et sur votre amusante carte postale qui est sortie quasiment en même temps que les résutats de nos examens. Du mercure, certes, a été isolé en quantités astronomiques, mais pas de silicone, au grand dam d'un de vos web-lecteurs ! La jeune fille avait un visage fort menu et je vous livre un petit secret : elle s'épilait probablement les cheveux du front pour harmoniser son visage : elle avait en effet des yeux nettement trop grand par-rapport au crâne, et cette épilation ramenait un certain équilibre...
Ecrit par : Charlier Philippe | 11 août 2005
PHILIPPE CHARLIER : Je me suis contenté de copier-coller un article du Monde, qui résumait vos intéressantes recherches !
En ce qui concerne l'épilation des cheveux à hauteur du front, il me semble que c'était en effet une pratique courante à la fin du Moyen Age, ainsi qu'on peut le constater sur de nombreuses peintures.
Voir, par exemple, ce portrait-ci réalisé par Petrus Christus en 1450 :
http://www.mauritia.de/de/mittelalter/petruschristus.jpg
ou celui-là de Hans Memling qui date de 1470 :
http://www.mauritia.de/de/mittelalter/portinari.jpg
Ecrit par : KA | 11 août 2005
KA : Vrai. Néanmoins, le cas de la patiente Mlle Sorel A. est antérieur à vos portraits (décès en 1422). Connaîtriez-vous des cas d'épilation frontale contemporains de la Dame de Beauté ou même antérieurs, ou cette dernière fut-elle l'importatrice de cette mode en France (en provenance d'Italie ?) ? Merci.
Ecrit par : Charlier Philippe | 11 août 2005
PHILIPPE CHARTIER : S'il est vrai que cette mode existait en Italie (voir des portraits de Piero della Francesca qui datent de 1470 environ), elle existait en France bien avant 1422 (qui est la date de naissance d'Agnès S. et non celle de sa mort, vos doigts ont dérapé ;-)
Deux exemples puisés à la même source :
1/ Dans le calendrier des "Très Riches Heures du Duc de Berry", l'illustration du mois d'avril montre une femme au front épilé tellement haut qu'on ne voit aucun cheveu (elle porte un chapeau) ; les autres femmes ont les cheveux séparés par une raie médiane et tirés en arrière pour mettre en valeur le front, comme c'était la mode à l'époque. Cette image a été réalisée en 1410 et 1416.
2/ Dans le calendrier des "Très Riches Heures du Duc de Berry", l'illustration du mois de mai montre trois femmes dont le front a également été rasé (c'est encore plus visible que sur l'image précédente). La première de ces femmes est Marie de Berry, fille du duc. Elle suit Jean de Bourbon, comte de Clermont, avec qui elle s'est mariée en 1400.
Les trois frères de Limbourg, auteurs de ces peintures, sont morts en 1416, emportés par la peste. Tout comme le duc de Berry, d'ailleurs.
Vous pouvez contempler ces deux images, en très gros plan, à l'adresse suivante :
http://www.christusrex.org/www2/berry/berry1.html
Cela dit, cette mode est-elle née en France, en Flandre ou en Italie ? Je ne sais pas. Une peinture allemande de 1410, "Marie au jardin clos avec des saints" (l'auteur anonyme a été baptisé "Maître du petit paradis de Francfort" ou "Maître du Haut Rhin"), montre également trois femmes au front très dégarni. Elle est conservée au Städelsches Kunstinstitut de Francfort.
On en trouve une reproduction partielle (la moitié gauche) à l'adresse suivante :
http://irma.culture.fr/alsace/fr/adoptez_un_jardin/images/peinture.jpg
Ecrit par : KA | 11 août 2005
KA : Aïe, aïe, aïe !!! Pardon pour le dérapage !!!! Comme vous écorchez l'orthographe de mon nom, nous sommes à égalité ;-)
Merci pour ces informations passionnantes qui répondent amplement aux interrogations. Pondérons néanmoins ces observations iconographiques par quelques cas de maladies. certaines femmes ne s'épilent pas les cheveux, mais les perdent, tout simplement, parfois dès un jeune âge (alopécie), parfois d'ailleurs après une traction excessive des cheveux (lorsqu'ils sont tirés en arrière, par exemple, ou noués en chignons), parfois sous l'effet de maladies infectieuses (champignons, syplilis) ou endocrinologiques (ovaires, thyroïde, tumeurs). le cas de la reine Tiyi (en Egypte) est fameux, cette mère de pharaon ayany du porter un postiche dès son plus jeune âge.
Faut-il donc penser que certaines de ces femmes ne sont pas épilées mais malades ?
Ecrit par : Charlier Philippe | 11 août 2005
PHILIPPE C. : Oups ! Pardon ;-) Je suis bien incapable de répondre à votre dernière question, je l'avoue. Mais je remarque que dans le calendrier des "Très Riches Heures", les hommes ne semblent pas frappés de tous ces problèmes. Il est vrai qu'ils ne se tiraient pas les cheveux en arrière et avaient peu de soucis ovariens…
Pour en revenir à Agnès Sorel, j'ai lu sur le ouèbe qu'elle était atteinte d'une maladie parasitaire, l'ascaridiose, qu'elle soignait avec un vermifuge un peu beaucoup trop chargé en mercure. Or donc, point d'assassin dans l'histoire ?
Ecrit par : KA | 11 août 2005
KA : Nous sortons de l'histoire de l'Art pour rentrer dans l'histoire de l'art médical... ou de celui des poisons ? Car la Belle a bien été empoisonnée, désolé ! La dose ingérée de mercure était 10000 à 100000 fois la dose thérapeutique. Erreur de l'apothicaire ou surdosage volontaire ? Bien malin qui pourra le dire...
Et l'Histoire n'est qu'un ensemble d'assassins, même involontaires ! Les femmes (et les hommes) romaines s'empoisonnaient en transpirant au contact de leurs bijoux aux métaux mal épurés (riches en mercure, arsenic et plomb)... c'est ce qui ressort des dosages biologiques effectués sur leurs ossements.
Ecrit par : Charlier Philippe | 11 août 2005
PHILIPPE CHARLIER : Damnaide ! La prochaine qui me demande un bijou, je refuse catégoriquement. Pour son bien !
Ecrit par : KA | 11 août 2005
Philippe Charlier : « Du mercure, certes, a été isolé en quantités astronomiques, mais pas de silicone, au grand dam d'un de vos web-lecteurs ! »
Nenni ! Je me réjouis d’apprendre que la Dame avait de beaux restes :o)
Il est vrai que la note de KA tombait pile-poil !
Une véritable fashion victim la nymphette médiévale ! Le front élargi et brillant était un canon obligatoire. Dans Une histoire de la beauté, de Dominique Paquet, on peut lire quelques recettes à l’horripilateur : « La dame procède à l’épilation par l’application sur la chevelure à enlever d’un mélange d’orpiment (sulfure naturel d’arsenic) et de chaux vive ou de chaux bouillie dans l’huile. Le crâne étant dénudé, elle étale d’autre substances censées empêcher définitivement le retour du poil disgracieux, comme du sang de chauve-souris ou de grenouille, du suc de ciguë ou de la cendre de chou mouillée dans du vinaigre. […]Celles qui ont le cheveu rare pourront le faire pousser en se frottant la tête avec une poudre faite d’ailes d’abeilles, de cantharide, de noix rôties et de cendres de hérisson. »
Du sang de (chauve)-souris comme épilateur, il y a de quoi… sourire !
Ecrit par : MiniPhasme | 11 août 2005
Mini-phasme : Auriez-vous les références exactes de votre citation ? Sachez en tous cas que l'arsenic a été dosé dans les cheveux et dans la peau du front de Mlle S. : il n'y en avait pas. Je dois avouer que nous n'avons pas recherché de résidu de sang de chauve-souris...
Ecrit par : Charlier Philippe | 11 août 2005
Merci KA et pardon pour cet oubli !
Le large front était « fenestric » (Adam de La Halle).
En regardant le portrait de Petrus Christus, je me demande si cette "traction excessive" des cheveux n’avait pas également pour but d’étirer les yeux en amandes, comme c’est le cas pour des femmes mélanodermes….
Et pour revenir aux égyptiens, certains prétendent qu’ils se rasaient le crâne pour porter une perruque. Les enfants gardaient une natte qui partait de la tempe droite et retombait sur l’épaule…
Ecrit par : MiniPhasme | 11 août 2005






