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26 juillet 2005

LE PRÊTEUR ET SA FEMME, PAR QUENTIN METSYS


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Le Prêteur et sa femme par Quentin Metsys,
1514, musée du Louvre, Paris.



En ce début du XVIème siècle, les prêteurs, les changeurs, exercent une fonction de la plus haute importance. Le commerce est international, et les marchands ont besoin de convertir leur monnaie locale afin de travailler dans les pays qu’ils traversent. Quentin Metsys connaît bien ce monde : né en 1466 à Louvain, il passe l'essentiel de sa vie à Anvers qui est alors la capitale économique de l'Europe.


Les deux personnages sont placés de manière symétrique. Devant le changeur sont étalées des bagues, des perles, des pièces d'or qu'il est en train de peser. Sa femme abandonne sa lecture pour observer cette pesée. Entre l'homme et la femme, un miroir convexe. A l'arrière-plan, des objets posés sur des étagères et plus loin à droite, dans la rue, deux passants en grande discussion.

Il s'agit là d'une des première scènes de genre, qui allie la représentation de bourgeois et la nature morte. La méticulosité du dessin rappelle Van Eyck, alors que les visages sont influencés par l'Italie renaissante.

La robe de la femme est quasiment identique à celle que portait Marguerite Van Eyck, quand elle fut peinte en 1439 par son mari.







Ces personnages sont donc représentés dans des vêtements vieux de soixante-quinze ans. Certains historiens en ont conclu que cette oeuvre de Metsys pouvait être la copie d'une oeuvre de Van Eyck, aujourd'hui disparue. Hypothèse purement spéculative.

Le miroir convexe, qu'on retrouve dans plusieurs oeuvres flamandes, trouve peut-être son origine dans celui peint par Van Eyck derrière les époux Arnolfini.





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Là encore, des historiens ont fortement suggéré que le personnage reflété par le miroir du Prêteur et sa femme était Metsys lui-même, au prétexte que l'une des silhouettes de celui des Arnolfini serait un autoportrait de Van Eyck. On attend des preuves concrètes venant étayer ces deux hypothèses qui, pour l'heure, ne reposent sur rien.

Il est plus logique de penser - mais sans l'affirmer telle une vérité établie - qu'il s'agit là de la silhouette du commerçant venu changer son argent. À moins que ce ne soit - puisqu'il est bien vu de formuler d'oiseuses spéculations - celle de Jan Van Eyck !



On a coutume de dire que ce tableau est l'une des premières natures mortes. Hyperréalisme des objets posés sur la table, ainsi que sur les étagères. On peut d'ailleurs noter une astuce des peintres de natures mortes et des peintres de trompe-l'oeil toujours utilisée de nos jours : l'objet qui dépasse de son support. Ici, il s'agit de papiers pliés. Ce procédé, allié à un traitement exagéré des ombres et des lumières, permet de donner l'illusion de la profondeur.






Nature morte aux attributs des arts
par Jean Baptiste Siméon Chardin, 1766



Mais au-delà de la scène de genre, Le Prêteur et sa femme est une critique sociale dans la lignée de la pensée humaniste d'Érasme*, ami de Metsys. Car à y regarder de plus près, qu'y voit-on ?

Un changeur, dont l'épouse détourne son regard d'un livre religieux (une Vierge portant l'Enfant Jésus est représentée sur la page de droite), pour observer l'or qu'il pèse.






Ce changeur tient une balance, évocation du Jugement dernier.






Devant lui, des perles, symbole de la luxure.






Derrière, une carafe et un chapelet rappelant la virginité de Marie (la lumière traverse la carafe d'eau sans la détruire, de la même manière qu'elle traversa la Vierge sans la déflorer afin qu'elle donne naissance à l'Enfant Jésus).






Une orange et une bougie éteinte signifiant la pourriture, la mort inévitable, et le péché originel.






Un vieil homme faisant la leçon à un jeune.







À l'évidence, c'est l'envie qui est condamnée ici. La convoitise qui détourne des saintes Écritures.

Le sujet de ce Prêteur et sa femme puise peut-être sa source dans le Saint Éloi réalisé par Petrus Christus

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On trouve maintes copies et interprétations du Prêteur de Metsys, dont deux exécutées par Marinus van Reymerswaele :





Le Prêteur et sa femme , 1539




Le Banquier et sa femme



Plus tard, Metsys traitera à nouveau le sujet avec Les Usuriers, en y ôtant toute référence religieuse. Ce tableau est construit selon la même mise en page que Le Prêteur et sa femme , mais présente quatre personnages très caricaturaux. (Je n'en ai malheureusement pas trouvé de reproduction sur le ouèbe.)


Dans un genre différent, Le Prêteur et sa femme figure au Cahier des charges de Georges Perec pour la rédaction de La Vie, mode d'emploi.



_________
* Érasme : voir note explicative au bas de l'article intitulé la Duchesse d'Alice.

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Commentaires

c'est très interessant de "décortiquer" un tableau comme ceci...

Ecrit par : Baluchon | 26 juillet 2005

Magnifiques explications : un régal pour un ignare comme moi.

Ecrit par : jid | 26 juillet 2005

C'est un vrai régal pour les yeux et pour l'esprit, mais qu'est-ce que c'est déprimant de voir tout ce que tu sais...

Ecrit par : Rubempre | 26 juillet 2005

RUBEMPRE : J'ai un secret…





C'est la curiosité !
Ne jamais s'arrêter sur un truc (un tableau par exemple), parce qu'il y a toujours moyen d'aller plus loin : vers un autre tableau, un bouquin, etc.
Et pis c'est tout. :-)

Ecrit par : KA | 27 juillet 2005

Merci pour la recette :o)
Cela me permet d’apporter quelques petites précisions relatives au Saint Eloi (qui est couronné d’une auréole, dans mon bouquin) :

Cette composition montre trois personnages de taille presque réelle, ce qui serait exceptionnel pour une peinture flamande…

L’objet qui « donne de la profondeur » est une ceinture nuptiale. Le jeune couple vient acheter un anneau de mariage et « Christus a réuni sur ce panneau plus de trente bijoux ou objets précieux, ce qui fait de cette œuvre l’un des documents les plus importants pour la connaissance du métier d’orfèvre au XVe siècle ».

Ecrit par : MiniPhasme | 27 juillet 2005

Bon boulot,je me lasserais jamais de ce site! bonne continuation et plein de bonnes choses ;)

Ecrit par : PIGGY | 27 juillet 2005

PIGGY : Merci merci !

Ecrit par : KA | 27 juillet 2005

très interessant,mais les couleurs des images ne sont pas top

Ecrit par : jilili | 02 août 2005

merci pour cescommentaires précieux qui ont bien servi à ma fille!

Ecrit par : boureau | 12 octobre 2005

jadore vo tablo

Ecrit par : milouda | 17 novembre 2005

tre bon site bravo !! merci pour les reponse de mon devoir ;)

Ecrit par : mikou | 30 janvier 2006

continu comme sa sa péte on a toute lé reponse comme sa !!!merci encor :-)(-:

Ecrit par : kiss | 01 février 2006

merci de faire des sites développés comme celui ci sa aide pr les exposé !!

Ecrit par : drdr | 21 février 2006

J'a trouvé les "Usuriers" !

voici le lien :
http://www.bergerfoundation.ch/wat1/picture?ref=9248-3171-2390.60&type=medium

Ecrit par : Marc | 21 février 2006

MARC : Merci pour cette trouvaille !
Dans mon souvenir, il s'agissait d'un plan plus large, reprenant la composition du "Prêteur". Mais peut-être que je me trompe. Il existe tellement de reprises de ce sujet qu'il y a de quoi s'y perdre.
J'appronfondirai la question un peu plus tard, ce genre de recherche prend du temps…

Ecrit par : KA | 22 février 2006

Dans le tableau de Petrus Chritus, les objets qui sont sur l'étagere la plus basse me paraissent defier les lois de la gravité, non?

Ecrit par : kez | 31 décembre 2006

KEZ : Certes, mais il faut bien avoir à l'esprit le fait suivant : en 1449, l'idée de perspective - telle qu'elle fut mise au point par Filippo Brunelleschi en 1415 puis théorisée en 1435 par son pote Alberti (voir mon billet intitulé "de la perspective - 2" http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/09/16/de-la-perspective-2.html) - n'était pas encore entrée dans les moeurs des peintres flamands.
Et donc, le tableau de Petrus Christus ne répond pas à cette approche qui n'est pas une loi d'ordre mathématique mais une illusion, un truc de prestidigitateur. Car la peinture, ce n'est rien d'autre que ça : une merveilleuse arnaque visuelle.

Ecrit par : KA | 31 décembre 2006

merci grace à votre explication j'ai pus faire ma décomposition d'art et j'ai truvé très interessant d'étudier une oeuvre de ci près... j'ai pris goût a l'art de la renaissance et je n'est que 15ans!!!

Ecrit par : marion | 11 janvier 2007

Merci bcp! Ces commentaires m'ont été très utiles!

Ecrit par : Mélodie | 22 janvier 2007

les commentaires sont supers!!ils m'ont beaucoup servis et ils apprennent à observer! c'est vraiment dommage, par contre que le tableau "les usuriers" reste introuvable.

Ecrit par : pauline | 25 janvier 2007

PAULINE : Dans les commentaires, Marc avait trouvé "Les usuriers", mais cette repro n'est pas complète. La voici, mais en plus p'tit : http://www.mikemart.com/posters/i1367011_Suppliant_Peasants_In_The_Office_Of_Two_Tax_Collectors.html

Ecrit par : untel | 26 janvier 2007

Abdellatif : le miroir des époux Arnolfini est bien présent dans cette note. Ce "motif magique" avait une fonction bien pratique puisque, mis en face d'une source de lumière, il donnait un peu plus de luminosité dans la pièce. Pour des raisons poétiques ou philosophiques, des peintres l'ont représenté, comme Giotto, plus d'un siècle avant Van Eyck : http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/g/giotto/padova/decorati/7_virtue/40pruden.html

Ecrit par : untel | 29 mars 2007

merci mec grace a toa j vé pouvoir avoir une bonne note a mon devoir

Ecrit par : clg92 | 26 avril 2007

Ah.. Cool !
Je vais aussi avoir une bonne note à mon devoir!
Yeah.. Merci!

Ecrit par : Anouk | 30 avril 2007

Trop pisté vieille Anouk avec de tel explication toute la classe aura une bonne note !

Sinon moi je dit chapeau pour le site, la reflection et decortiquation des tableaux vont très loin j'admire un tel travail !

Ecrit par : Félix | 30 avril 2007

remarquable, avec un peu du mystère que j'ai ressenti en observant l'oeuvre de près!!
merci

Ecrit par : nicole | 11 mai 2007

Pareil que tout le monde! ces commentaires m'ont beaucoup servis et je vous en suis reconnaissante. merci beaucoup pour votre aide

Ecrit par : Louise | 22 janvier 2008