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19 août 2005
HISTOIRE DE TORCHON ET DE SERVIETTE

Visibles au Louvre, les Pantoufles (postérieures à 1654) ont longtemps été attribuées à Pieter de Hooch - voire à Vermeer - avant d'être rendues à Samuel van Hoogstraten.
Un intérieur hollandais, une enfilade de pièces, une perspective de dalles, et une paire de chaussons abandonnés.
La profondeur et l'emboîtement sont les sujets graphiques de cette toile.
Une porte, d'abord, donnant sur un couloir.
Puis un chambranle encadrant une entrée (la porte sur l'extérieur est ouverte).
Une autre porte ensuite, menant à un salon.
Une peinture dans son cadre, enfin ; autrement dit, une espèce de chambranle dévoilant une ultime pièce où se tiennent deux personnages.
La morale serait l'autre sujet de cette toile.
Les chaussons abandonnés seraient signes d'une vie dissolue.
Le balai et le torchon, abandonnés eux aussi. Au diable le ménage!
La bougie éteinte, symbole du temps passé dans de futiles occupations.
Et pour finir, cette toile accrochée au mur,

variation sur une oeuvre de Gerard ter Borch peinte en 1654, l'Admonestation d'un père ou la Conversation galante.

Cette oeuvre fut également reprise par Caspar Netscher, qui peignit à son tour en 1655 une toile portant le même titre :

Ces trois tableaux dénonceraient l'amour vénal, et il est coutume de dire que les Pantoufles évoquent une femme laissant là ses taches domestiques pour se livrer à de coupables occupations.
Variantes de tableaux, tableaux dans le tableau, ces pratiques étaient très courantes dans la Hollande du XVIIème siècle. Vermeer lui-même ne s'est pas privé de citer, plus ou moins exactement, nombre de toiles contemporaines dans ses oeuvres.
Les Pantoufles de Samuel van Hoogstraten eurent droit à leur tour à une reprise, une citation. Non par un peintre de la même époque, mais par un photographe du XXème siècle.

Farmer's Kitchen est une photographie de Walker Evans. Elle fut prise dans le comté de Hale (Alabama), en 1936. (Les portraits de fermiers visibles dans l'oeil de Walker Evans proviennent du même endroit.)
Pour comparer les deux images, il est utile de convertir en noir et blanc puis d'inverser le tableau hollandais :

La porte à gauche ; le chambranle au deuxième plan ; le torchon accroché au mur ; la petite bassine, instrument ménager remplaçant le balai ; l'ombre et la lumière obliques sur le sol ; l'autre porte à gauche ; la table recouverte d'une nappe ; la bougie remplacée par une lampe à pétrole ; la chaise ; les portes du placard rappelant le tableau accroché au mur. Autant de points communs entre les Pantoufles et Farmer's Kitchen.
Cela dit, après les ressemblances on pourrait faire la liste de toutes les dissemblances : l'axe de la prise de vue, l'absence de chaussons, de clé, de dallages, etc.
Mais le plus important est la différence de propos. Chez le hollandais, une démonstration technique assortie d'une dénonciation ; chez l'américain, la vision d'un intérieur pauvre dont l'élégance vaut bien celle d'une maison bourgeoise.
Et c'est ainsi qu'on veillera à ne point mélanger torchon et serviette !
14:00 Lien permanent
Commentaires
Il y aurait un jour un billet à faire (ce n'est pas une commande, juste une idée...) des "tableaux dans le tableau"...
Ecrit par : Vrai Parisien | 19 août 2005
VRAI PARISIEN : Dans le genre des Pannini qu'on avait vus au rayon italien du Louvre, oui. Et aussi chez les Hollandais, et chez H. Robert, et j'en oublie.
Oui, ya de quoi faire !
Ecrit par : KA | 19 août 2005
Un petit rapprochement photo-peinture à la mémoire de Freddy Alborta mort hier
http://users.rcn.com/leandrok/Pages/ElDia.html
ou http://www.cnn.com/WORLD/9512/che_excavation/che.jpg et Andrea Mantegna : http://history.hanover.edu/courses/art/mandc.html
Ecrit par : jerome | 19 août 2005
VP> Il me semble que le thème du "tableau dans le tableau" a fait l'objet d'une exposition il y a une dizaine d'année à Dijon (Pierre Georgel commissaire ?) ; je pensais avoir le catalogue, hélas je ne le retrouve plus....
KA> Au secours !
Ecrit par : Quel Fourbi ! | 20 août 2005
QUEL FOURBI ! : La référence est la suivante :
"La peinture dans la peinture" par Pierre Georgel et Anne-Marie Lecoq, catalogue de l'exposition qui eut lieu au musée des Beaux-Arts de Dijon, 1983.
Je n'ai pas ce bouquin, n'ai pas vu l'expo (qui se concentrait sur les XVIème et XVIIème s.), mais je travaille le sujet !
A part ça, je signale que la petite image en haut à gauche du blog, qui remplace désormais "la Vierge au chancelier Rolin" de Van, Eyck, est un cadeau de Quel Fourbi !
Ecrit par : KA | 20 août 2005
pour la vie dissolue, dans la première image, il y a aussi la nappe pas repassée et dépliée tel quelle pour la mettre sur la table :)
Ecrit par : krysalia | 20 août 2005
KRYSALIA : En effet, c'est pas joli-joli !
Ecrit par : KA | 20 août 2005
Lange ou linceul ?
Ecrit par : Quel Fourbi ! | 20 août 2005
Existe-t-il un tableau dans le tableau dans le tableau???
Ecrit par : Stephane | 21 août 2005
Oui, Stéphane. C'est un tondo titré : "Vache qui rit"
Ecrit par : jabocus Kederle | 30 décembre 2007






