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23 août 2005

PREMIÈRES IMAGES ÉROTIQUES

Dès l'âge de onze ans j'allai traîner au Louvre, et c'est ainsi que mes premiers émois érotiques furent picturaux.

Je me souviens de la Source d'Ingres, dressée entre deux fenêtres. Je suis passé, n'ai pas osé m'arrêter. Traversant à nouveau la salle quelques minutes plus tard, je constatai qu'elle était toujours là. Je ne ralentis point mon pas, m'éloignais l'air de rien, ne pus m'empêcher de me retourner en passant la porte. Je tombais amoureux, pour longtemps.




La Source de Jean Auguste Dominique Ingres,
assisté de Jean-Paul Etienne Balze et Alexandre Desgoffe,
entre 1820 et 1856, musée d'Orsay, Paris



Plus tard, dans ce même lieu de plaisirs insensés qu'est le Louvre, je découvris l'Espérance de Puvis de Chavannes. Je savais bien qu'accorder mes regards - et mon coeur ! - à cette frêle jeune fille était une effroyable trahison, mais je cédai à la passion.




L'espérance de Pierre Puvis de Chavannes,
1872, musée d'Orsay, Paris



Dès lors j'étais embarqué dans une spirale, un maelström de sentiments confus où l'infidélité avait un goût sucré. Influencée par Ingres et Delacroix, l'Esther de Chassériau s'imposa un temps en atténuant mon sentiment de culpabilité.




La toilette d'Esther de Théodore Chassériau,
1841, musée du Louvre, Paris



Le Louvre, ah ! le Louvre ! Mais il existait d'autres musées, plus loin, inaccessibles, sauf dans les livres. À la Pinacothèque de Munich se vautrait une odalisque blonde de Boucher. Balayées, la Source, l'Espérance et toutes les Esther ! Celle-là s'offrait avec une telle innocence que j'en restais longtemps sidéré.




Portrait de Louise O'Murphy de François Boucher,
1752, Ancienne Pinacothèque de Munich



Dans le même musée, ou plutôt dans le même livre (la Pinacothèque de Munich par Wolf-Dieter Dube, éditions Somogy, 1969), Danae reçoit les hommages de Zeus sous la forme d'une pluie d'or. La perfection de son sein, le cordon qui court sur sa poitrine…




Danae de Jan Gossaert, dit Mabuse,
1527, Ancienne Pinacothèque de Munich



Mais il me fallait d'autres amours, encore et encore. Lointains, exotiques, sulfureux. Quand j'eus treize ans, on m'offrit deux livres. L'un sur Van Gogh, l'autre sur Gauguin.
Une jeune femme à la poitrine nue, portant un plateau garni de mangues découpées. Les morceaux de fruits, les pointes de ses seins, la beauté absolue, indépassable de son visage…




Deux Femmes tahitiennes de Paul Gauguin, 1899,
Metropolitan Museum of Art, New York



Aujourd'hui, la Source, l'Espérance et la Tahitienne restent mes trois images érotiques préférées.
Je rends de régulières visites aux deux premières, désormais installées au musée d'Orsay. Quant à la troisième, il y a bien longtemps que je n'ai été la saluer. Bientôt peut-être ?

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Commentaires

Ton site est un enchantement quotidien...

Ecrit par : Luba | 23 août 2005

LUBA : Merci merci !

Ecrit par : KA | 23 août 2005

Je découvre grâce à Krysalia ton blog, c'est un régal de venir

Ecrit par : nina | 23 août 2005

Intéressant regard en effet. Il y a une cohérence. On redécouvre ces tableaux.

Ecrit par : Robert Marchenoir | 23 août 2005

C'est toujours avec beaucoup de plaisir que je passe sur ton blog, on s'instruit avec bonheur, merci

Ecrit par : michéle | 23 août 2005

Que ne ferait pas KA pour faire exploser son rank... A quand le "Blog-réalité" ?! Je ne mange pas de ce pain-là, et mon humble Jeannine - qui a certes du mal à rivaliser avec tes odalisques - suffit à mon bonheur.

Ecrit par : Vrai Parisien | 23 août 2005

VRAI PARISIEN : La jalousie est un vilain défaut, môôôssieur !

Ecrit par : KA | 23 août 2005

Sans aller jusqu'à Munich, l'odalisque de Boucher du Louvre n'est pas mal non plus : http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=10214
(dans mon souvenir, elle est mieux en vrai que sur ce lien)

Bravo pour avoir placé les mots "icône" et "érotique" dans deux titres d'articles successifs ;)...

Ecrit par : thbz | 23 août 2005

THBZ : J'ai revu pour de vrai, pas plus tard qu'hier, l'odalisque de Boucher du Louvre. Je persiste à préférer celle de Munich. Question de goût !

Pour "icône", je n'ai pas pensé au bénéfice que je pourrais tirer de ce mot gougueulizé. D'autrant plus que j'ai déjà pondu un article sur les icônes orthodoxes qui n'a pas été lu de manière disproportionnée, me semble-t-il.

Pour "images érotiques", en revanche, je l'ai fait exprès, ouais ;-)
Histoire de voir ce que ça allait donner…

Ecrit par : KA | 23 août 2005

tain, y'avait pas des images comme ça dans mon missel !

Ecrit par : MC | 23 août 2005

Genèse de l'érotisme : Eve

- http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=rs_display_res&langue=fr&critere=Eve&operator=AND&nbToDisplay=5&x=69&y=8

Ecrit par : jerome | 23 août 2005

Pour moi, la peinture ui représente le plus l'érotisme est ''l'origine du monde" de courbet : http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000053394.html

Ecrit par : la jeune divorcée | 23 août 2005

LA JEUNE DIVORCÉE : Chouette morceau ;-) Mais la toile de Courbet t'était inconnue à l'époque de ton adolescence. Alors quelle fut celle qui te troubla ?
Rechercher dans sa mémoire, voilà qui est intéressant, non ?

Ecrit par : KA | 23 août 2005

j'ai cherché dans ma mémoire, mon premier émoi vient du scupture : le baiser de RODIN

Ecrit par : la jeune divorcée | 23 août 2005

quel article charmant !
ça ne m'étonne pas que ces demoiselles rosissent sous tant de compliments :)

Ecrit par : krysalia | 24 août 2005

C'est hors sujet, mais avez vous eu une réponse de la Wallace à propos de cette clé manquante dans le tableau de Jan Sten ?

(Très joil, votre blog !)

Ecrit par : Benoit | 24 août 2005

BENOIT : Pas de réponse de la Wallace Collection, non, pour ce lièvre levé par Philippe[s], de l'esprit de l'escalier :
http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/

Pas de nouvelles non plus du Colombus Museum of Art de l'Ohio, qui prétend posséder un Norman Rockwell qui fut publié en couverture du Saturday Everning Post.
Je leur ai adressé une petite bafouille pour rectifier le tir, mais ces gens-là doivent être très pris…

Voir là :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/07/07/des_norman_rockwell_a_la_pelle.html

Ecrit par : KA | 24 août 2005

Pour moi la découverte de l'érotisme pictural démarre avec cette étrange lithographie de JJ Lequeu
http://www.tanzfest.de/2000/material/bilder/odenthal.jpg

Ecrit par : Lalka | 01 septembre 2005

LALKA : Ah… Jean-Jacques Lequeu, qui fit pas mal de dessins un tantinet porno quand il ne dessinait pas de l'architecture !
Cette nonne me rappelle un peu le portrait d'Agnès Sorel
(http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/07/05/portraits_qui_decoiffent.html)

Mais l'image de Lequeu que je préfère, c'est celle-là :
http://www.spamula.net/blog/i32/lequeu09a.html

PS : Pourquoi mettre l'adresse de la Boîte à Images en lien sur ton nom ?

Ecrit par : KA | 01 septembre 2005

Je ne comprends pas ce que vous trouvez à cette "source" d'Ingres : elle a les yeux éteints !

Ecrit par : Papotine | 03 septembre 2005

PAPOTINE : Je parlais d'émois ressentis à l'âge de onze ans.
Depuis, pas mal d'eau a coulé sous les ponts…

Ecrit par : KA | 03 septembre 2005

"Aujourd'hui, la Source, l'Espérance et la Tahitienne restent mes trois images érotiques préférées" : elle est bien de vous cette phrase non ? vous avez le droit d'être fidèle à la "Source", hein, même si l'eau a coulé sous les ponts, mais bon assumez !

Ecrit par : Papotine | 03 septembre 2005

PAPOTINE : J'assume ! j'assume ! Mais si dans mon adolescence je rêvais de croiser la jeune fille de "la Source" ou celle de "l'Espérance" au coin d'une rue, il n'en est plus de même aujourd'hui.
Les regarder accrochées à Orsay me suffit bien.
Pour "la Tahitienne", en revanche… :-)

Ecrit par : KA | 03 septembre 2005

Je suis navré de relancer cette note... Il faut avouer que les premiers émois érotiques influencent énormément notre "obscur objet du désir."

N'ayant pas eu la chance de fréquenter les musées aussi fréquemment que l'illustre compagnie qui lisent vos notes, mon premier trouble a été cinématographique: "Laura" i.e. Gene Tierney dans ce film d'Otto Preminger. (C'est une première image érotique dans l'image en quelque sorte; voir le portrait si déterminant pour Dana Andrews).
http://perso.magic.fr/couda/GT/Laura.htm

En tout cas, je trouve les musées en général incroyablement érotiques (voire même aphrodisiaques).

Ecrit par : Pkntndlk8 | 20 février 2006

*Après un tel aveu de l'image primale (ça fait freudien, désolé), je me dois de relancer.*

KA, avez-vous vu "Kill Bill vol. 2"? Voici ce que le père adoptif de Bill dit de lui et de son obsession platine:

"I remember when Bill was only five years old, I took him to the movies. It was a movie starring Lana Turner. "The Postman Always Rings Twice" with John Garfields. And whenever she would appear on the screen, Bill would begin compulsively to suck his thumb to an obscene amount. And I knew from this very moment, this boy was a fool for blonds."

Incidemment, je suis aussi un grand fan de Lana Turner. ;)

PS: S'il y a besoin de traduction, m'envoyer une bafouille via courriel. Le mieux, c'est encore de regarder "Kill Bill vol. 2"

Ecrit par : Pkntndlk8 | 20 février 2006

en matiére d'érotisme, la sublime "cruche cassée" de greuze me parait un merveilleux exemple ;)
http://cartelfr.louvre.fr/pub/fr/image/27589_p0001330.002.jpg

Ecrit par : Léo | 01 avril 2006

LÉO : Greuze, ah ouiche ! Arasse, que je viens d'éreinter dans mon dernier billet, en parle dans son bouquin intitulé "le Détail".

Ecrit par : KA | 01 avril 2006

Cela me fait sourire que tu cites "La Source" car elle était également citée avec émoi par un personnage adolescent dans un roman de Troyat. Ne connaissant pas ce tableau, j'avais fait des recherches et j'avais été assez déçue.
Merci de m'avoir fait connaître "Danae" de Jan Gossaert.

Ecrit par : egogramme | 14 novembre 2006

Le roman d'Henri Troyat en question: "Aliocha"

Ecrit par : Micheline | 14 novembre 2006

"Quand personne ne me pose la question, je le sais ; mais si quelqu'un me la pose et que je veuille y répondre, je ne le sais plus", disait Saint Augustin dans ses Confessions.

Ah ! Il en est tellement que j'ai aimé et que j'aime encore !
Mais je me rappelle vers douze ou treize ans les soupirs languissants et les vains espoirs, mes yeux amoureux de la belle Myrrha à demi-nue au pied du Sardanapale de Delacroix et de la Cléopâtre de Moreau aux seins ronds et blancs, voilés à peine...
Et dans un autre genre que celui de la peinture, je ne peux pas oublier Baudelaire et ses Fleurs du Mal, véristes autant que baroques tout au bout du romantisme, qui répandent encore à mon nez le parfum vénérien de cadavre ; La Passante avec "sa jambe de statue" et la Mendiante rousse. Aaah... Les presques premiers éveils de mon désir pour les dames ! Car si je les aime aussi, l'érotisme d'un homme ne m'est jamais apparu autrement qu'à l'écrit...
Mais, que de suicides !
Il semble bien que les représentations de l'amour de la mort et de la mort par l'amour dans leur funeste liaison me fassent encore aujourd'hui culminer à des états extasiques que seule la contemplation permet.
C'est peut-être bien là la pierre de touche de nos émois, ce sentiment d'impossible et de singulière étrangeté, mêlé encore à celui de la fascination immodérée... D'ailleurs à bien y réfléchir, le paradoxe de Saint Augustin vaut aussi bien pour l'amour et le désir dont depuis Orphée, tous les poètes et bien des artistes se sont occupés avec une constance toute obstinée, à mots fins sans toutefois en avoir le fin mot.

(Comme c'est gentil chez vous ! Ce moteur de recherche intime est une bénédiction et vos analyses me plaisent grandement ! Allons, j'empoigne à l'instant votre fil RSS et je reviens vite !)
(Et dire que je ne venais que pour chercher une Danaé de Gossaert... ;-)

Ecrit par : Aude | 01 mai 2007