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14 septembre 2005
DE LA FORME DES ÉTOILES
Cet article paraît simultanément sur Citrouille, le site des Libraires Spécialisés Jeunesse

L'album intitulé Erika's Story (texte de Ruth Vander Zee, illustrations de Roberto Innocenti) est paru le 1er août 2003 aux États-Unis chez Creative Editions.
La couverture cartonnée affiche, sur la une comme sur la quatrième, une illustration représentant des déportés juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Au centre de la une de couverture, une étoile dessinée en jaune.
Pourquoi une étoile à cinq branches alors qu'une étoile à six branches, une étoile de David, eût été plus judicieuse ? Elle se serait accordée avec le sujet annoncé du livre, ainsi qu'avec la couleur des étoiles que les Juifs étaient obligés de porter sur leurs vêtements.

Erika's Story est paru au troisième trimestre 2003 en France chez Milan Jeunesse. Dans cette édition, une étoile de David est découpée dans la couverture, laissant apparaître le fond jaune de la page de garde. Et pour entériner la chose, l'éditeur a choisi d'intituler cet album L'étoile d'Erika.
Erika's Story est ensuite paru en Grande-Bretagne le 1er janvier 2004, sous deux formes différentes.
1/ Chez Random House, avec l'étoile de David :

1/ Chez Jonathan Cape Children's Books, sans aucune étoile :

Deux éditions publiées simultanément en Grande-Bretagne au sein du même groupe ! On est en droit de s'interroger, de se demander si l'étoile de David ne serait pas pour certains un repoussoir à la vente…
Si l'édition de Random House peut être commandée sur le site ouèbe de cette maison, elle est en revanche introuvable chez Amazon.co.uk qui ne propose que la version de Jonathan Cape Children's Books, la version sans étoile.
Cette étoile jaune qui change de forme ou qui disparaît a de quoi intriguer. Car enfin, le texte et les illustrations de cet album font explicitement référence à l'étoile de David sous trois formes :
1/ les illustrations sont monochromes, sauf les étoiles juives jaunes, cousues sur les vêtements des déportés
2/ chaque paragraphe est séparé par une petite étoile de David dessinée
3/ l'auteur écrit :
On disait jadis que mon peuple serait un jour aussi nombreux que les étoiles au firmament. Six millions d'étoiles sont tombées en 1933 et 1945. Chacune correspond à un membre de mon peuple dont la vie a été déchirée, l'arbre généalogique déraciné.
Il s'agit là d'une référence à un passage de la Genèse (15:5), dans lequel l'Éternel s'adresse à Abraham :
Et après l'avoir conduit dehors, il dit : Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité.
Les étoiles sont au centre de cet album. Pourquoi ont-elles été transformées, voire supprimées sur les couvertures ?
Un autre album, paru en grande-Bretagne le 2 juin 2005, affiche trois étoiles de David sur sa couverture. Il s'agit de Anne Frank par Josephine Poole et Angela Barrett (qui essaie tant bien que mal de dessiner comme Roberto Innocenti).

La couverture de l'édition française, qui vient de paraître chez Gallimard, est identique à l'anglaise. Celle de l'édition américaine, publiée par Alfred A. Knopf en août 2005, affiche une couverture légèrement différente avec l'étoile de David en un seul exemplaire.

Pour quelle mystérieuse raison les étoiles ont-elles subi un tel sort sur la couverture d'Erika's Story ?
Peut-être la réponse est-elle dans cette phrase extraite du superbe petit garçon étoile de Rachel Hausfater-Douïeb, illustré par Olivier Latyk :
Au début, il était content, il était fier. Il croyait que c'était bien d'être une étoile. Mais cette étoile avait trop de bras.

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Commentaires
L'explication la plus vraisemblable est que c'est une erreur. Si l'éditeur était antisémite, il n'aurait pas publié un livre sur ce sujet.
Ecrit par : Robert Marchenoir | 14 septembre 2005
et MaUs de spiegel man te rejoint?
Ecrit par : oreillette | 14 septembre 2005
ROBERT MARCHENOIR : Je n'ai jamais dit que Creative Editions était dirigé par des antisémites. C'est plus compliqué que ça.
D'autre part, une erreur est impensable. Comment peut-on confondre ces deux formes d'étoiles ?
Les auteurs eux-mêmes ne se seraient pas aperçus de la méprise ?
Impossible.
Ecrit par : KA | 14 septembre 2005
OREILLETTE : Dans la version de "Maus" parue aux USA en plusieurs épisodes, l'étoile de David figure sur les couvertures.
On imagine mal que Spiegelman aurait pu se tromper !!!
Voir à ces deux adresses :
http://64.23.98.142/indy/winter_2005/raw_02/images/inserts/maus04-cover.jpg
http://64.23.98.142/indy/winter_2005/raw_02/images/inserts/maus07-cover.jpg
Ecrit par : KA | 14 septembre 2005
Sur la couverture de l aversion française de Maus pas d'étoile alors que penser des directives des maisons d'éditions ?
Dans Télérama il y a quelques temps j'ai découpé une étoile de David qu'ils avaient imprimée assez gros. Elle est installée à la vue de tous. J'ai eu du côté paternel 4O personnes assassinées dans les camps. Au début de l'année et à mes débuts sur le blog j'ai écrit dans le blog du nouvel'obs.......La version américaine avec l'étoile inapropriée me choque, quelle faute de goût.... sinon quelle honte. On se fiche de qui ?
Ecrit par : A.B | 14 septembre 2005
A.B. : Attention, "Maus" est d'abord paru en épisodes dans la revue "RAW" créée par Art Spiegelman. Puis il y a eu une édition américaine en plusieurs volumes (voir les deux exemples que j'ai donnés dans mon commentaire précédent) puis il y a eu cette parution en deux tomes, identiques aux USA et en France.
Pour avoir plus de détails sur le magazine "RAW" et "Maus", voir à cette adresse (c'est en anglais) :
http://64.23.98.142/indy/winter_2005/raw_02/
["Maus" est un chef-d'oeuvre de la littérature du XXème siècle, mais est-il encore utile de le préciser ?]
Ecrit par : KA | 14 septembre 2005
Banalisez, banalisez, il en restera toujours quelque chose...
Ecrit par : Isido | 14 septembre 2005
Sois sans crainte, petit garçon étoile, puisque l’étoile de David pratique l’autotomie à l’in(star) de l’étoile de mer…
http://perso.wanadoo.fr/gonzales.manuel/textes/schizogonie.htm
Ecrit par : MiniPhasme | 14 septembre 2005
L'étoile à 5 branches figurant sur l'édition américaine est celle, colorée en jaune, du drapeau US.
Peut-être est elle plus parlante (mais quel rapport ?) pour le public américain...
J'en doute pourtant.
Comme vous le dites, il est très probable que l'étoile de David originale constitue un repoussoir supposé pour le public.
Possible aussi que le risque de confusion avec l'étoile de David bleue y soit pour quelque chose...
Ecrit par : David | 14 septembre 2005
MINIPHASME : très joli !
Ecrit par : KA | 14 septembre 2005
Et si on inversait le problème en se demandant pourquoi les éditeurs français ont remplacé l'étoile à cinq branches de l'édition originale par une étoile de David ?
La réponse sans doute sera immédiate : parce que les éditeurs français sont cohérents et courageux pas comme ces @#&~%$ d'amérlocains pusillanimes et infoutus de voir que les étoiles figurées à l'intérieur du livre ont six branches et non cinq (ou incapables de compter jusqu'à 6, c'est selon).
J'oserai néanmoins suggérer que les éditeurs français ont également pour but de gagner des sous et que l'étoile de David a pu leur paraître plus vendeuse qu'une bête étoile à cinq branches.
Questions subsidiaires :
- les paragraphes de l'édition américaine sont-ils également séparés par des étoiles de David ?
- le récit, dont je n'ai lu qu'un bref résumé, ne peut-il justifier le choix d'une étoile à cinq branches, par le biais du thème de la "bonne étoile" par exemple ?
Ecrit par : Zorglub | 14 septembre 2005
J'ai consulté l'ouvrage en question dans un supermarché du livre qui ne conteste plus rien depuis belle lurette.
Or donc, après le passage cité dans la note ("On disait jadis que mon peuple...") et une phrase intercalaire reprenant la métaphore de l'arbre (quelque chose comme "L'arbre a repris racine."), l'ouvrage se clot sur cette phrase "Mon étoile brille encore" suivie d'une *étoile jaune à cinq branches*, alors que tous les autres paragraphes du livre sont séparés par des étoiles de David blanches.
Le choix de l'édition américaine paraît donc tout à fait justifié et la question qui se pose est bien celle de savoir pourquoi les éditeurs européens n'ont pas suivi l'édition originale.
Ecrit par : Zorglub | 14 septembre 2005
ZORGLUB : Tu te doutes bien que je possèdes l'édition française… et que j'ai remarqué cette étoile fiinale. Elle figure également en tête d'ouvrage, à la dédicace.
Cela ne justifie en rien le fait de mettre une étoile à cinq branches (ou de n'en pas mettre du tout !) sur la couverture d'un livre dont le sujet est la déportation des Juifs.
A tout vouloir expliquer, justifier, on en perd le sens des valeurs élémentaires. Et le souvenir de nos parents morts ou contraints de fuir et se cacher pour survivre s'efface à coups d'arguments qui se veulent intelligents.
«Au début, il était content, il était fier. Il croyait que c'était bien d'être une étoile. Mais cette étoile avait trop de bras. »
Une fois n'est pas coutume, je vais fermer les commentaires d'un billet.
Ecrit par : KA | 14 septembre 2005






