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08 octobre 2005

DON'T COME KNOCKING

Le dernier film de Wim Wenders vient de sortir. Deux affiches au moins, l'une française et l'autre allemande.


L'AFFICHE FRANÇAISE




Un homme en jeans et blouson rouge, portant un chapeau de cow-boy. Une route poussiéreuse, une voiture américaine de la fin des années 40, des couleurs un peu fausses, saturées, et un lettrage de type western.

Cette affiche est un catalogue de références dressé à l'attention des spectateurs cinéphiles âgés d'au moins quarante-cinq ans !

L'homme rappelle James Dean à qui il emprunte le blouson rouge arboré dans Rebel Without A Cause (la Fureur de Vivre) de Nicholas Ray, sorti en 1955.






Le chapeau de cow-boy, le Stetson, évoque le même James Dean dans Giant (Géant) de George Stevens, sorti en 1956.






La voiture est également un souvenir de Rebel Without A Cause, film dans lequel le jeune Jim Stark se livre à une course folle au volant d'un coupé Mercury 1949.






Le véhicule représenté sur l'affiche française de Don't Come Knocking, issu d'une des photos de plateau du film, n'est pas une Mercury mais une Packard Clipper 1953.





Quant à la route, elle ne peut que rappeler celles du Paris, Texas de Wenders. Tout comme la présence de Sam Shepard, qui en écrivit le scénario.

On remarquera les couleurs volontairement artificielles, qui veulent faire penser à ces photos en noir et blanc colorées à la main qu'on pouvait admirer dans les vitrines des cinémas des années 50-60. Celle de Giant (voir ci-dessus) en est un exemple frappant.

Le distributeur français du film a cru bon de jouer sur cette nostalgie, ce clin d'oeil à James Dean qui existe bel et bien dans le film : outre le costume du héros et la voiture, certains plans montrent des chevalets de mine ressemblant aux puits de pétrole de Giant.

Quand on sait que Don't Come Knocking raconte l'histoire d'un vieil acteur qui connut son heure de gloire en tournant des westerns (d'où la typographie du titre), cette affiche est logique. Mais moche. Voire horrible. Un montage hasardeux et quelque peu racoleur (le nom du réalisateur est dans un corps presque aussi gros que celui du titre) qui aura sans doute bien du mal à séduire les amateurs de Wenders.



L'AFFICHE ALLEMANDE




Un homme en jeans, blouson rouge et Stetson, dans un décor urbain. Ici, point de montage mais une photographie dont les couleurs ont été modifiées par endroits : le ciel, l'immeuble de face, la borne d'incendie. La typographie, identique à celle de l'affiche française, s'étale dans un cartouche à part. Le nom du réalisateur est on ne peut plus discret, presque invisible.



L'image originale, tirée du film ou photographie de plateau


Contrairement à l'affiche française, cette photo est typiquement "wendersienne".

En 1983, le réalisateur allemand fait aux États-Unis un travail de repérage pour Paris, Texas. Les photos obtenues feront l'objet d'une exposition à Beaubourg et seront publiées en un recueil, intitulé Written in the West.





Elles sont, sans aucun doute, marquées par l'influence des photographes de la FSA (Farm Security Administration) qui capturèrent toutes ces images maintenant historiques de la Grande Dépression américaine des années 30 : Walker Evans et Dorothea Lange, pour ne citer que les plus célèbres. Sans parler du Nighthawks de Edward Hopper (voir mon article à ce sujet).




Nighthawks par Edward Hopper, 1942



Mais comment éviter ces éminents artistes quand on veut photographier les État-Unis ? Impossible. D'autant plus que Wenders avait déjà réalisé un film dont le décor était une reprise de Nighthawks : The End of Violence.



Affiche japonaise du film


Pochette du disque



Reste la question de savoir pourquoi existe une telle différence de traitement entre les deux affiches de Don't Come Knocking.

Peut-être parce que Wenders a eu, sur l'affiche allemande, un droit de regard qui lui a totalement échappé sur l'affiche française. Si c'est le cas - et il y a fort à parier qu'il en est ainsi - il faudra bien qu'un de ces jours les commerciaux français, profondément incultes dans leur grande majorité, cessent de faire la loi pour vendre des produits dont il n'ont pas la moindre idée.

13:55 Lien permanent

Commentaires

Cia o à vous ...

Pas de commentaire à proprement parler ... Juste l'expression d'un remerciement sincère et profond pour ces images que vous mettez en perspectives, en les inscrivant dans les temps et les histoires humaines.

Merci. Vraiment.

PS : "il faudra bien qu'un de ces jours les commerciaux français, profondément incultes dans leur grande majorité, cessent de faire la loi pour vendre des produits dont il n'ont pas la moindre idée."

--> Vous ne pouvez imaginer combien cette phrase est juste. Les attachés de presse même se recrutent aujourd'hui sans goût ni sensibilité, dans des "écoles de commerce" (..) Sick, sad World.

AnT, de chez Smith en face
xxx

Ecrit par : AnT | 08 octobre 2005

la voiture est une Dodge 1954, (hehe en gogeulisant)
possile qu'il ait utilisé la même pour Paris texas et à la Havane

ben en gros, Wim Wenders déploie ici tous les clichés qui ont illustré l"american dream" pour nous Europeens, mais aujourd'hui, ces clichés sont datés, c'est plus le bon vieux temps : faut dire que Bush a cassé le miroir aux alouettes !

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

MC : Chuis désolé, mais ce n'est pas du tout une Dodge 54 !
En voici deux, à cette adresse :
http://www.geocities.com/MotorCity/Factory/6634/mopar/mopar_nf.html
Une autre par là :
http://www.nashnut.com/archives/54dodge-mac.jpg

Entre autres détails, la Dodge 54 a un pare-brise d'un seul tenant. Ce qui n'est pas le cas de la voiture du film de Wenders.

Alors tu reprends ta clé de 12, et tu repars à la chasse :-)

Ecrit par : KA | 08 octobre 2005

j'avais hésité sur la plymouth,

ch'ais pas, mais si tu regardes dans "trailers", bande annonce, sur le site du film, la voiture a bien un pare-brise d'un seul tenant :

www.dontcomeknocking.com/

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

and here is the blue meadow one :

http://www.allamericanclassics.com/pics/N04989-54dodgemeadowbrook1.jpg

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

MC : Sur la bande-annonce, l'image part en fondu enchaîné avant que la caméra arrive au milieu du pare-brise. Difficile de dire s'il s'agit d'une séparation ou d'un reflet qu'on peut voir sur la petite photo avec Shepard. Peut-être un reflet.

Ce qu'on repère, en revanche, sur la bande-annonce, c'est l'angle supérieur droit dudit pare-brise. Bien carré.
L'épave de Dodge bleue dont tu donnes l'adress a un angle supérieur de pare-brise arrondi.
Et je ne parle pas de la calandre, de la forme de l'aile arrière…

Ce n'est pas une Dodge 54. C'est une autre marque, d'une année probablement antérieure.

Y'a pas un garagiste dans la salle ?

Ecrit par : KA | 08 octobre 2005

all right, I give up !

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

Je pense que c'est une Packard Clipper Sedan de 1953.
http://img329.imageshack.us/img329/2807/pk53c4cu.jpg
A voir sur ce site trés complet:
http://www.trombinoscar.com/

Ecrit par : m@rs | 08 octobre 2005

M@RS : Alors là, grand bravo !
Je l'avais dans mes catalogues, mais je suis passé dessus sans la voir.
C'est bien une Packard 53, mais pas une Sedan.
C'est une Clipper Deluxe.
Une petite différence à l'extérieur : la baguette latérale à hauteur de l'aile arrière.

Bon, je vais modifier mon texte.
Encore merci !

Ecrit par : KA | 08 octobre 2005

http://hem.passagen.se/tomeli/bilder/Packard_1953_Clipper.jpg

la voilà

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

..."Auf die sorgsam verwischten Spuren dieses Howard sind sein Produzent (Tim Roth) und auch noch seine vermeintliche Tochter (Sarah Polley) in einer Parallelmontage angesetzt - eine umständliche Verfolgungsjagd, die Wert auf Komik, weniger auf Timing und Suspense legt. ... 'So jagt Howard in seinem mintfarbenen Packard, Baujahr 1954, " ... durch die Bilderbuchlandschaft, gefolgt von einem Chevrolet Cheyenne C10 Half Ton mit Propangasantrieb sowie - auf der Überholspur - einem Porsche Cayenne Turbo. Oldtimertreffen.

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

MC : Merci pour la photo. Même angle de prise de vue, presque la même couleur, chapeau !
L'article est modifié en conséquence.

Ecrit par : KA | 08 octobre 2005

MC : Heiiin ?

Ecrit par : KA | 08 octobre 2005

'So jagt Howard in seinem mintfarbenen Packard, Baujahr 1954, "
ça veut dire : ainsi Howard part à la (chasse, litteralement) recherche dans sa packard couleur menthe des années 1954

autrement ça raconte le sinopsis du film

Ecrit par : MC | 08 octobre 2005

Tûuuut... Objection ! Il s'agit de la 403 "huit" cabriolet de mon mari !!

Ecrit par : M'dam Colombo | 09 octobre 2005

superbe trouvaille géotrouvetoutkorkous

Ecrit par : oreillette | 09 octobre 2005

Je n'ai pas vu le film.

Je suis un cinéphile de plus de quarante-cinq ans.

J'adore Wim Wenders.

Je trouve que l'affiche allemande est beaucoup plus wendersienne que la française.

La phrase "Il faudra bien qu'un de ces jours les commerciaux français, profondément incultes dans leur grande majorité, cessent de faire la loi pour vendre des produits dont il n'ont pas la moindre idée" est à la fois très pertinente et fort bien écrite.

Cela dit, ça n'a aucune chance d'arriver.

Ecrit par : Robert Marchenoir | 09 octobre 2005

Maintenant que la marque de la voiture est trouvée, quelqu'un saura-t-il dire de qui est l'image de l'affiche française ?
On dirait du Guy Peellaert, qui a beaucoup travaillé sur l'imagerie américaine (comme Wenders), et s'est très souvent inspiré de Hopper dans ses compositions (avec plus ou moins de bonheur).
http://www.criticalsecret.com/n10/GUY%20PEELLAERT/
Mais je n'en suis pas sûr.
Pourquoi aussi cet horizon bancal dans les deux versions mais qui semble moins pertinent dans la française ?

Ecrit par : didier | 10 octobre 2005

DIDIER : Je croyais que Peellaert était décédé, il semblerait que non et c'est heureux pour lui ! En tout cas, ça m'étonnerait beaucoup que cette affiche soit de sa main. J'y vois plutôt un monstrueux collage réalisé à coups de Faux-tochope.
A vérifier, cependant.

Ecrit par : KA | 10 octobre 2005

Ben moi j'aurais plutot compare l'affiche allemande a "Nighthawks" de Hopper: un leger recadrage de l'affiche et on a vraiment la meme image.
D'autant plus que le film "The end of Violence" du meme Wenders tournait deja autour de ce tableau : affiche (je n'arrive pas a en trouver une version sur le net, mais j'avais recupere cette affiche, au meme format horizontal que le tableau, d'une colocataire allemande... piste a suivre !), pochette de la BO (http://zata.free.fr/chronique.php?id=134 ), une scene du film,...

Ecrit par : blop | 10 octobre 2005

Et le film quelqu'un l'a vu ??? (signé : une fan de Wenders)

Ecrit par : fuligineuse | 13 octobre 2005

FULIGINEUSE : Point encore. Mais ça ne saurait tarder.

Ecrit par : KA | 13 octobre 2005

moi j'ai vu le film et je l'ai trouvé sublime et bouleversant; sans doute l'ambiance visuelle qui me rappelle Hopper que j'adore; des personnages perdus comme le sont les paysages magnifiquement démésurés, écorchés vifs et rauques portés par une musique envoutante...vers la rencontre de soi, de l'autre...

Ecrit par : marie-christine | 14 octobre 2005

Avez-vous remarqué à quel point la scène finale où Sarah Polley déclare son amour à son père menotté, Sam Shepard, ressemble à celle où Nastassja Kinski retrouve son ex-mari, Harry Dean Stanton, derrière la vitre du peep-show de "Paris, Texas"?

Les deux actrices, qui doivent bien avoir vingt ans d'écart, ont les mêmes accents, les mêmes expressions, la même tension dans la voix. Wim Wenders est un magicien. Sarah Polley, Jessica Lange et Eva Marie Saint jouent magnifiquement dans ce film.

"Don't come knocking" et "Paris, Texas" se ressemblent à plus d'un titre.

Ecrit par : Robert Marchenoir | 16 octobre 2005