« CAPTATION DE LA LUMIÈRE | Page d'accueil | LE COMBAT DE CARNAVAL ET CARÊME, DE BRUEGEL - 2 »

18 octobre 2005

LE COMBAT DE CARNAVAL ET CARÊME, DE BRUEGEL - 1


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand




Cette peinture à l'huile sur bois, peinte par Bruegel l'Ancien en 1559, mesure 118 cm de haut sur 164,5 cm de long. Elle est conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne.

Le principe de sa construction est double :

1/ le cercle.

Un grand nombre de personnages semble tourner autour du puits.


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand




Certains historiens ont cru y voir le rappel des calendriers circulaires, mais alors, à quels personnages correspondraient quels mois ? Jamais personne n'a pu répondre à cette question.

2/ le triangle.

Une diagonale coupe l'oeuvre en deux parties. À gauche, les personnages du Carnaval, de la fête ; à droite, ceux de la retraite, du Carême.


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand





Deux exceptions cependant, avec :

- l'orateur en haut à gauche qui, personnage de carnaval juché sur un tonneau, va se faire arroser par un mécontent ;
- le personnage de Carême qui figure à l'extrémité droite du triangle de gauche ;








Les personnages de Carnaval





Carnaval chevauche une barrique, des casseroles en guise d'étriers. Il brandit une broche et porte un pâté sur sa tête. Un homme, avec un chapeau en forme d'entonnoir, le pousse. À sa gauche, un personnage fait de la musique sur une grille avec un couteau en guise d'archet. À sa droite, un autre, masqué, tient une cruche. Il s'agit, là aussi, d'un instrument de musique appelé rommelpot, répandu en Flandre et en Allemagne.

Le rommelpot est constitué d'une cruche recouverte d'une peau, à la manière d'un tambour. Au centre de cette peau est enfoncée une baguette de bois en contact avec le fond du pot. En frottant le bâton, le pot émet un son qui ressemble à un pet. Quant au mouvement nécessaire pour produire ce son, je vous laisse l'imaginer !

Cliquez ici pour entendre le son mélodieux du rommelpot.

Dans cette toile de Jan Steen datée de 1668, on retrouve une joueur de rommelpot à droite, et à gauche un personnage coiffé d'un entonnoir qui joue du violon sur une grille.


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand





Sur la peinture de Bruegel, une foule d'autres personnages carnavalesques. Une femme avec un collier d'oeufs, deux personnages jouant aux dés, l'un d'eux a des gaufres fixées sur ses tempes. À son côté, un panier qui est peut-être une évocation du carnaval de Binche. Les Gilles en portent un semblable, contenant les oranges qu'ils jettent sur les carnavaleux. (Pour l'histoire du carnaval de Binche, voir ici).

Des personnages se glissent sous une tente. Ce sont des acteurs en train d'interpréter une seconde pièce traditionnelle, les Noces de Mopsus et de Nisa aussi dénommée l'Horrible Épouse. Ils se tiennent face à une auberge dont l'enseigne affiche une barque bleue.





Il existait, au XIVème siècle, une confrérie carnavalesque nommée la Barque bleue (en flamand : De Blauwe Schuit). Cette bande de hors-la-loi rejetés pendant l'année devenaient, le temps du carnaval, les rois de la fête et défilaient sur un char en forme de barque bleue. J'avais déjà évoqué ce sujet très important du folklore flamand dans mon article consacré à la Nef des Fous de Jérôme Bosch.

Non loin de l'auberge, une femme assise par terre prépare des gaufres. Derrière elle, des mendiants avec des manteaux ornés de queues de renard. Le sens de ces queues reste obscur. Il désignerait des lépreux dont on distingue sans peine les membres atrophiés, mais peut-être aussi des gueux, c'est-à-dire des résistants à l'occupation espagnole. Bruegel a repris ce thème vers 1568 dans sa peinture intitulée les Mendiants.








Plus loin encore, des acteurs interprètent Ourson et Valentin, une pièce traditionnelle, narrant l'histoire d'un enfant élevé par des ours (cette pièce est toujours jouée de nos jours dans le Nord de la France et en Belgique, notamment grâce à des marionnettes).






Au centre du tableau, un couple vu de dos suit un fou brandissant un balai. Ce couple, dont la femme porte une lanterne à sa ceinture, s'apprête à franchir la diagonale qui sépare le triangle des carnavaleux de celui des personnages déjà entrés dans la période de Carême.





À suivre…

13:10 Lien permanent

Commentaires

wouahhhhhh !
j'avions jamais vu tout ça sous cet angle-là !

Ecrit par : sophiegda | 18 octobre 2005

cher KA, vous êtes dèjà un divin professeur pour tous vos lecteurs !!

Ecrit par : La jeune Divorcée | 18 octobre 2005

Le rommelpot est la version flamande du cuica brésilien:

http://www.percussions.org/forum/ftopic1164.php

Si vous êtes sous Mac OS procurez-vous donc "MakingMusic" logiciel (gratuit) catalogue interactif des instruments du Monde. Vous pourrez écouter le son du cuica.

http://www.davidahmed.com/makingmusic.html

Ecrit par : Jean | 18 octobre 2005

JEAN : Je ne suis pas surpris que le rommelpot ait une origine sud-américaine. Il a dû être ramené en Belgique par les Espagnols, qui ont aussi exporté des costumes incas qui devinrent ceux des Gilles de Binche.
Il est dit sur le site percussions.org que le cuica se joue avec les doigts mouillés, ou un linge.
Sur les tableaux de Bruegel et Steen, les joueurs ont les mains nues.
Mais dans les années 70, à l'heure du grand renouveau folk, les musiciens belges et hollandais utilisaient un gant de toilette.
Cela s'accordait tout à fait avec le mouvement et le son produit…

CHÈRE JEUNE DIVORCÉE : le "divin" me gêne un peu, ne m'expédie pas au Paradis trop rapidement, j'ai encore deux ou trois coups de fil à passer ;-)

Ecrit par : KA | 18 octobre 2005

A propos du cuica, il est également écrit sur le site percussions.org que les joueurs peuvent utiliser de la colophane. Or c'est avec de la colophane (de la résine) que l'on enduit la mèche de son archet de violon (ou alto, violoncelle, etc.) pour obtenir une accroche, autrement on n'en tirerait pas de sons. Peut-être que les joueurs de Bruegel et Steen utilisaient aussi de la résine ?

Ecrit par : s_cl | 19 octobre 2005

Addition de résine ?
Est-ce la consommation immodérée de vin résiné (spécialité grecque) qui provoquait le syndrome de Péteur Pan, chez ces joyeux ripailleurs ?

Ecrit par : MiniPhasme | 19 octobre 2005

Dans le Carnaval de Bruegel à Vienne Carême est vraiment une veille femme? Il y a des textes qui disent que c'est un homme. Je cherche des figures de carême. Merci

Ecrit par : maria josé palla | 06 décembre 2005

MARIA JOSÉ P. : Je n'ai jamais dit que Carême était une femme ! C'est un homme, mal rasé, de surcroît.

Ecrit par : KA | 06 décembre 2005

Bonjour ou puis-je trouver des figures de Carême dans la peinture du XVI ? Merci.
Maria José Palla

Ecrit par : maria josé palla | 30 décembre 2005

bonjour! Je vois qu'il y en a par ici qui s'y connaissent pas mal en art... Je cherche des informations concernant le carnaval et le théâtre dans la peinture du XVIIè s.
Quelques liens ou quoi que ce soit serait super.
merci

Ecrit par : claire | 09 janvier 2006

Depuis 12 ans, j'analyse cette peinture avec mes élèves de 2ème primaire à l'occasion du carnaval. Cette activité est toujours un succès auprès des enfants. La découverte de cette peinture s'est faite dans un Arstiscop. Il est très intéressant de mettre les enfants en contact avec la peinture pour faire parler la culture et découvrir les rites, pratiques, .... qui fondent notre histoire. A quand un livre "l'histoire racontée aux enfants par la peinture"? A vos plumes, les spécialistes...

Ecrit par : bauduin bernadette | 15 février 2006

Quelqu'un peut-il me dire ce qu'il faut penser de cette explication donnée par Robert Delevoy à propos des queues de renard appendues aux chasubles blanches des mendiants?
Selon lui, il s'agit de l'attribut des Gueux utilisé par les signataires du Compromis des Nobles comme signe de ralliement. Au cours d'un banquet fameux, les nobles convives, déguisés en mendiants, clamèrent aux cris de "Vive le Gueux" leur volonté d'associer toutes les classes à leur lutte commune pour la suppression de l'Inquisition et l'abolition des placards.
N'étant pas, et de loin, une spécialiste, mais au contraire une novice totale et une inculte (qui cherche à se soigner), je pose ma question en toute innocence. Peut-être que je mets les pieds dans le plat...

Ecrit par : ania | 15 février 2006

ANIA : J'avais écoqué dans l'article les deux possibles significations de ces queues de renard :

« des mendiants avec des manteaux ornés de queues de renard. Le sens de ces queues reste obscur. Il désignerait des lépreux dont on distingue sans peine les membres atrophiés, mais peut-être aussi des gueux, c'est-à-dire des résistants à l'occupation espagnole. Bruegel a repris ce thème vers 1568 dans sa peinture intitulée les Mendiants. »

On n'en sait pas plus sur le sujet. Peut-être faut-il voir, dans ce "Carnaval", les deux acceptions jointes puisque l'on sait que Bruegel fit ailleurs des "clins d'oeil politiques". Dans "le dénombrement de Béthléem", je crois bien, où sous couvert de peinture religieuse il dénonce l'impôt perçu par l'occupant espagnol. (Ou quelque chose d'approchant, j'ai la flemme de vérifier ;-)

Ecrit par : KA | 15 février 2006

merci M. Ka. A bientôt.

Ecrit par : ania | 16 février 2006

je dois traiter la "fêt" représentée dans ce tableau, pouvez vous m'aider????en relation à la fête de l'époque du tableau et de la notre

Ecrit par : rose | 16 septembre 2006

Maria José Palla, je n'ai pas trouvé de figure aussi parlante que celle de Quaresmeprenant, décrite par Rabelais dans son Quart Livre (ch.XXX à XXXII).

Ecrit par : Thomas | 17 septembre 2006

La diagonale me gêne; le triangle de droite contient beaucoup d'éléments festifs: les trois enfants déguisés dont un semble jouer du tambour (près de l'entrée de l'église), les six autres qui jouent avec des toupies et qui ne sont pas des enfants de choeur, les deux couples qui se lancent des marmi- tes, le personnage déguisé assis sur le bord de la fenêtre, la ronde dansée dans la rue du fond, les musiciens en tête et en queue de cortège. En outre, n'y aurait-il pas une ombre au tableau dans le triangle représentant la fête ? Que cache le linceul en bas à droite, à côté de l'enfant alité ? J'aperçois la forme de deux pieds, pas vous ? Dans le doute...

Ecrit par : Thomas | 19 septembre 2006

Est ce ke Rose est Mlle WERTHEIM!!!

Ecrit par : Marina | 01 octobre 2006

"J'aperçois la forme de deux pieds, pas vous ?" Thomas

... si !

http://pic.aceboard.net/img/14766/6743/1159787952.jpg

Ecrit par : Sylviane | 02 octobre 2006

... dans la copie de Brueghel le Jeune, qui est au Musée des Beaux Arts de Bruxelles...

Ecrit par : Sylviane | 02 octobre 2006

trés beau tablo surtout le fou au milieu

Ecrit par : sql | 09 février 2007

merci pour ta description du tableau, j ai une synthese a faire sur des documents dont ce tableau, et je pense que ta vision va m aider

Ecrit par : benoit | 04 avril 2007