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20 octobre 2005

LA CHINE AU CIRQUE

Les plaisirs du cirque, comme aurait dit Alexandre Vialatte, remontent à la plus haute Antiquité. Des Nubiennes nubiles et nues nourrissaient des félins affamés, pendant que des esclaves aux muscles huilés s'écharpaient à coups de glaive et de trident sous les vivats d'une populace enfiévrée. Tout allait pour le mieux sous le ciel de Rome.

Puis apparut la pénurie. Les vierges et les gladiateurs vinrent à manquer, le cirque connut des heures sombres. On se tourna alors vers l'exotique, vers l'étrange. Avec des magiciens égyptiens, des femmes-serpent d'Amazonie, des équilibristes papous. Qui tous, une fois le spectacle terminé, se retrouvaient démaquillés autour du succulent pot-au-feu mitonné par Simone, la trapéziste indienne de Châteauroux.

Quant à l'Extrême-Orient, il fournit un conséquent lot d'artistes dont les Chinois ne furent pas les moins applaudis.

Le Chinois fascine, le Chinois fait peur. Le Chinois est mystérieux quand il n'est pas d'une redoutable cruauté. Le Chinois est faux, le Chinois est d'opérette. On retrouve toutes ces caractéristiques dans les affiches de cirque du début du XXème siècle.












Le Chinois d'opérette s'acoquine parfois avec une Occidentale avérée, dans le seul but d'accréditer son authenticité de carton-pâte :






Quand il ne dissimule pas sa véritable origine, le Chinois d'opérette est hilare :





Mais le plus souvent, le Chinois d'opérette inquiète. Il se pare du titre de docteur, de docteur fou :







Ce nom de docteur Fu-Manchu n'est pas anodin : il est emprunté à une série de romans écrits par Sax Rohmer au début du XXème siècle. Il y eut également de nombreuses adaptations cinématographiques, dont la première date de 1921.

Mais qu'on se rassure ! Quand il n'est pas démoniaque, le Chinois sait être rieur !








Méfions-nous toutefois de ce sourire acéré, car le Chinois authentique est par nature aussi impitoyable que barbare :






Cette barbarie, qu'il cache sous une impassibilité de bronze :








Cette impassibilité, qui lui permet d'exécuter d'incroyables tours de force :









Le cirque chinois possède, c'est bien connu, les artistes les plus adroits du monde et les animaux les plus monstrueux. Les deux se mélangent, se confondent.

Le Chinois est-il véritablement humain ?





Nota : On remarquera aussi, sur cette affiche française de 1965, le mélange d'époques opéré : des enseignes au néon (symbole de modernité) et des Chinois costumés en mandarins avec un pousse-pousse (symboles du passé).


Liens

Toutes les affiches ci-dessus proviennent du merveilleux site néerlandais Circusmuseum (Flash indispensable).
Pour l'histoire de la série Fu-Manchu, voir l'excellente page de Fu-Manchu où l'on apprend, entre autres choses, l'influence du magicien Houdini sur les romans de Rohmer.

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Commentaires

Très drôle, l’affiche du Mandarin et de sa Dame : Si j’ai bien compris, le tour de la femme consiste à tenter d’arroser sa plante, tandis que l’homme se contente d’allumer un barbecue pour griller une saucisse :o)

Plus sérieusement, marcher avec des pieds bandés, relevait déjà de l’exploit surhumain ! Cette torture infligée à la femme daterait du VIème siècle ; l’empereur Heou Tchou aurait ordonné à l’impératrice Yao, sa femme, de lier ses pieds de façon à leur donner l’apparence d’une… nouvelle lune !
Cet homme-là devait marcher sur la tête ; une véritable expérience pionnière…

Ecrit par : MiniPhasme | 20 octobre 2005