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21 octobre 2005

SHIN-HANGA À LA FRANÇAISE

En 1868, le Japon entre dans l'ère Meiji et s'ouvre définitivement à l'Occident. La découverte de l'art européen signera la mort des estampes japonaises traditionnelles, les ukiyo-e.

Mais tout mouvement engendre son contraire : les artistes nippons, d'abord séduits par l'art occidental, se retourneront vers leurs racines au début du XXème siècle. De cette plongée aux sources naîtra un nouveau style d'estampes, appelé shin-hanga (nouvelle école, en français). Les artistes shin-hanga - qui ont désormais intégré toutes les subtilités de la perspective italienne - produisent dès lors des images qui ne sont plus destinées à informer, à suppléer la photographie comme c'était le cas pour les estampes du XIXème siècle, mais des travaux s'affirmant dès leur conception comme des oeuvres d'art en soi.

Le balancier continue son oeuvre, les influences vont et viennent, et c'est ainsi qu'on retrouve des traces du style shin-hanga chez certains illustrateurs français pour la jeunesse.






L'exemple le plus frappant est celui de Yann Nascimbene, qui a produit de nombreux albums et illustré les deux cent cinquante couvertures de la collection Page Blanche chez Gallimard.





Silhouettes perdues sous l'ombre douce des arbres.




Le temple Meguro Fudo
par Hasui Kawase, 1931





Obscurité percée par un rassurant éclairage électrique.




Boutique de coiffeur la nuit sous la pluie à Kanagawa
par Ishiwata Koitsu, 1931





Objets perdus dans des immensités planes,
natures mortes en vue plongeante.




Pipes et cigarettes
par Asada Benji, XXème s.




Reflets, dégradés colorés,
discret rappel de la Vague de Hokusai.





Le mont Fuji vu du lac Shojin
par Tsuchiya Koitsu, 1934


Compositions au dépouillement absolu, fin cerné noir délimitant les différents éléments, grandes zones de couleurs douces et subtilement dégradées : nous pourrions continuer longtemps cette liste d'exemples, chercher des points de rencontre, des coïncidences heureuses entre les oeuvres des artistes shin-hanga et celles de Yann Nascimbene.

Un autre illustrateur français est lui aussi marqué par le shin-hanga. Il s'agit de Guy Billout, auteur - entre autres - de Il y a encore quelque chose qui cloche publié aux Éditions du Seuil.

Si les images de Billout sont, pour le fond, éminemment surréalistes, la forme emprunte également au shin-hanga.





Rochers et vagues en agonie sur plage brune.





La plage d'Inamura
par Shiro Kasamatsu, 1956




Mer noire et bleue sous ciel d'aurore.





Matin à Inubo
par Hasui Kawase, 1931




Colonnes, architecture brune et blanche.





Soir de neige au temple Kiyomizu
par Kawase Hasui, 1950





Et un clin d'oeil à la célèbre Vague de Hokusai !




Tempête au large de Kanagawa
par Hokusai, 1823-1829




Nascimbene et Billout travaillent à l'aquarelle pour retrouver les tonalités des artistes japonais, qui utilisent la gravure sur bois afin de restituer l'ambiance de leurs études aquarellées.

La balancier continue son mouvement imperturbable, les images apparaissent, s'enchaînent et se répondent sans cesse.


Liens

Le site de Yann Nascimbene.
Le site de Guy Billout.

J'avais déjà parlé des estampes japonaises ukiyo-e et shin-hanga dans la perspective digérée.
J'avais évoqué le style shin-hanga à propos de Paul Jacoulet.

11:25 Lien permanent

Commentaires

Merci (une fois de plus !!!) pour ce cours d'histoire de l'art comparée. Belle et intéressante mise en perspective. Tes recherches et analyses prouvent (et tu le laisses entendre) qu'il n'y a pas de génie... Il y a toujours eu, en amont, un ou plusieurs écrivains, peintres, graphistes etc... avant les "autres". Les oeuvres de Nascimbene et de Billoud l'illustrent fort bien ; on y retrouve la nouvelle école d'estampes japonaises mais aussi Cassandre, Magritte etc... A maints égards, qu'elles soient graphiques ou littéraires, les oeuvres d'art se réécrivent et se citent elles-mêmes, plutôt qu'elles ne transcrivent le monde et l'on sait bien que sans mémoire, l'art (comme le monde) n'est rien. Quoi qu'il en soit, les travaux de Nascimbene, Billoud et Jacoulet nous touchent. N'est-ce pas là la fonction première de l'ART ?

Ecrit par : FG | 21 octobre 2005