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25 octobre 2005
CHRISTINA'S WORLD, DE ANDREW WYETH
J'avais demandé quelle était la référence picturale liée à Man on His Own World de Maggie Taylor. Didier a trouvé la réponse, il s'agit de Christina's World, de Andrew Wyeth.
S_cl, quant à elle, nous a fourni une très intéressante piste relative à l'influence littéraire contenue dans cette image de Maggie Taylor. Il faudrait y voir une référence à Walt Whitman et ses Leaves of Grass (voir les détails dans les commentaires de l'article consacré à Maggie Taylor).
Andrew Wyeth est né en 1917 à Chadds Ford (Pennsylvanie), aux Zétazunis. Son père, Newell Convers Wyeth (1882-1945), était un très célèbre illustrateur.

Illustration de N.C. Wyeth
Très tôt, Wyeth s'installa à Cushing, dans l'État du Maine. C'est là qu'il fit la connaissance d'Alvaro et Christina Olson, un frère et une soeur qui vivaient ensemble dans la ferme héritée de leurs parents.
De 1945 à 1968, l'univers des Olson fournit à Wyeth de nombreux sujets de dessins, aquarelles et peintures à la tempera*.
* La tempera est une peinture dont le liant associé aux pigments est, le plus souvent, du jaune d'oeuf. Les artistes du Moyen Âge utilisaient cette technique avant de découvrir l'utilisation de l'huile. De nombreux artistes pratiquent encore, de nos jours, la tempera qui offre de très intéressantes possibilités picturales.
On parle aussi, parfois, de détrempe à l'oeuf.
En 1945, Wyeth réalisa ce portrait d'Alvaro, intitulé Oil Lamp :

Par la suite, Alvaro ne voulut plus jamais poser pour Wyeth.
Un jour de 1948, alors que Wyeth était dans la maison des Olson, il vit par la fenêtre Christina qui cueillait des fleurs dans le champ en contrebas. C'est ainsi que lui vint l'idée de Christina's World :
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Il peignit la ferme, ôtant une haie d'arbres qui sépare l'habitation du champ. Puis il fit poser Betsy Wyeth, son épouse, sur le corps de laquelle il représenta les bras et les mains déformés de Christina qui était atteinte d'une paralysie des membres supérieurs. Un corps de jeune femme, avec des mains et des bras de femme plus âgée et malade.

Étude de Betsy à l'aquarelle

Le rapport entre la maison - située au somment d'une colline - et Christina est impossible : si l'on considère la largeur des traces laissées par le tracteur, la femme devrait être bien plus petite qu'elle n'est. De plus, son positionnement dans ce champ semble faire fi de toute notion de perspective. En vérité, nous sommes là devant une représentation quasiment plane, un peu à la manière des peintres du début du Moyen Âge ou des peintres asiatiques. Il y a un petit quelque chose de chinois dans la conception de cette image (voir de la perspective - 4).

La ferme Olson, et le chemin qui y mène

La ferme Olson, vue de l'arrière
Le sentiment d'étrangeté, voire de malaise palpable dans cette oeuvre tient à deux facteurs :
1/ tout le corps de Christina est tendu vers cette ferme, centre de son monde ; sa position à demi-couchée nous donne à croire qu'elle ne peut se relever, qu'elle appelle à l'aide ; aurait-on affaire à une handicapée physique ?
2/ le spectateur voit une jeune femme de dos, plutôt bien faite ; il ne perçoit pas consciemment les bras et les mains déformés, cependant que son oeil les enregistre.
Avant 1948, Wyeth avait déjà exploré ce thème d'un personnage en tension dans un champ, et avait déjà peint Christina.

Winter, 1946

Christina Olson, 1947
Pendant des années, Wyeth continua de peindre cette femme et sa ferme.

Wind from the Sea, 1947

Miss Olson, 1952

Anna Christina, 1967
Alvaro mourut en 1967, Christina le suivit quelques mois plus tard. En 1968, Wyeth peignit cette aquarelle intitulée Alvaro et Christina:

En 1969, il peignit End of Olsons :

La ferme des Olson appartient maintenant au Farnsworth Art Museum.
10:45 Lien permanent
Commentaires
On en apprend vraiment tous les jours ici.
Je n'avais jamais fais le rapprochement entre les deux Wyeth que l'on peut apprécier pour des raisons diamétralement opposées.
Le travail du père plutôt solaire et rassurant et celui du fils, lunaire et cafardeux.
Merci beaucoup pour ces précisions d'aujourd'hui sur le monde de Christina.
J'en sais beaucoup plus qu'hier, mais on dirait bien que l'oeuvre Andrew Wyeth explore des zones troubles qui résistent à une analyse rapide.
Ce genre d'approche a le mérite de nous pousser à y aller voir de plus près.
Il faudra aussi nous parler de Newell Convers Wyeth très bon illustrateur dans la lignée de Pyle.
Ecrit par : didier | 25 octobre 2005
DIDIER : Je dirai même plus ! Dans la famille Wyeth, il y a N.C., le grand-père illustrateur ; Andrew, le père peintre régionaliste un tantinet torturé (et plutôt conservateur, avouons-le) ; et James (ou Jamie) le fils qui a repris le style du père, pour traiter de préoccupations parfois très nettement différentes.
Ecrit par : KA | 25 octobre 2005
Me presento... mi nombre es Evelyn Sisi y soy Artísta Plástica...y por necesidades economicas comenzé a dar clases de dibujo y pintura... una de mis primeras alumnas me trajo un libro de Andrew... y fue entonces cuando lo conocí...
Sus imégenes calaron hasta lo más profundo de mi alma sin entender por qué tanta conexión...
Ya han pasado siete años de entonces... y nunca más volví a ver obras de él..
Hoy lo busqué con gran necesidad de volver a ver sus obras como agua que necesitaba para saciar la sed de mi alma que incompresiblemente me pedía que me conectara nuevamente con su obras....
Y aquí estoy...
Queriendo saber más y más de él...
Mi ex alumna estuvo conmigo durante dos meses tomando clases y luego por situaciones extremas abandonó el país y se fue a vivir a Barcelona y perdí contacto con ella...
Sin Dudas pasó por mi taller para transmitirme su pasión por Christina´s World...
Sin más Evelyn...
Mi mayor deseo es poder ver estás obras personalmente pero mis recursos econóicos hoy no me lo permiten...
Pero creo que el día que tenga esa posibilidad mi alma se colmará ... y llenará un vacio aún no reconocido concientemente...pero que si persivo desde mi gran sencibilidad... la cual me acerca tanto a su obra y a sus ojos con los cuales pintaba ese gran mundo...
Evelyn Sisi
Ecrit par : Evelyn Sisi | 26 mars 2007
EVELYN : j'aime ton histoire, je pourrais te conter la mienne avec les mêmes maux ... la réalité est rarement aussi généreuse ... et le temps est de l'argent dit-on ...
Ecrit par : Marion | 26 mars 2007
MARION : Une traduction serait la bienvenue !
(C'est pas que je sois curieux à l'excès, mais j'aime savoir ce qui se dit sur mon blogue ;-)
Ecrit par : KA | 26 mars 2007
Je souhaitais simplement souligner que cette connexion, réelle pour ma part et merveilleusement contée par Evelyn est une richesse à ne pas dilapider ... il n'y a donc pas de temps à perdre ...
Besoin d'un développement Monsieur KA?
Ecrit par : MariON | 26 mars 2007
MARION : Ouais, un développement qui irait de l'espagnol au français, vu que j'cause point la langue de Cervantes.
Ecrit par : KA | 27 mars 2007
KA : Evelyn dit en gros qu'une de ses élèves d'arts plastiques, avec qui elle a malheureusement perdu contact, lui avait r'filé un bouquin sur Andrew Wyeth, qu'elle en est tombée raide dingue et qu'elle aimerait aller voir ces oeuv' de plus près mais qu'elle peut point, rapport à la thune, voilà.
Ecrit par : untel | 27 mars 2007
Euh...moi, c'est les réponses de Marion que je comprends pas...
Ecrit par : max | 27 mars 2007
C'est pourtant clair ... non? Sans vouloir pourrir l'ambiance, moi je voulais juste ajouter que tout ceci me fait penser à un film de Sergio Castellito "A corps perdus", ... aucun rapport ? ah ? .... oui c'est peut-être parce que je viens de le revoir alors ...
Ecrit par : une fidèle lectrice | 27 mars 2007






