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10 novembre 2005
LA MER DE GLACE DE FRIEDRICH
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Connue également sous le titre le Naufrage de « l'Espérance », cette célèbre peinture de Caspar David Friedrich fut exécutée en 1823 ou 1824.
Elle figurait, dans l'inventaire des oeuvres de Friedrich qui fut établi à sa mort, sous le titre Naufrage de l'expédition au pôle Nord.
le Naufrage de « l'Espérance », le Naufrage de l'expédition au pôle Nord, la mer de glace. Trois titres pour une même oeuvre. Quelle en est la raison ? Tentative d'explications :
Alexandra Feodorovna, future tsarine, avait commandé à Friedrich en 1823 une peinture exaltant la nature nordique dans toute son épouvantable beauté. Cette peinture, aujourd'hui disparue, s'intitulait le Naufrage de « l'Espérance ». On la confondit longtemps avec la mer de glace.
Le titre Naufrage de l'expédition au pôle Nord, annoté sur l'inventaire, a peut-être été attribué par le notaire qui avait entendu parler de la genèse de cette oeuvre.
Quant à la mer de glace, c'est le titre vague que lui ont attribué les critiques en attendant de découvrir d'autres informations sur cette oeuvre.
Cela dit, il est bien question d'un naufrage puisqu'on aperçoit, sur le côté droit, l'épave d'un navire couché. Pour réaliser cette peinture, Friedrich se serait inspiré des expéditions polaires du Hecla et du Griper, qui se déroulèrent en 1819-1820 et 1824.
Il s'inspira aussi de deux tableaux panoramiques, grande mode de l'époque : l'Expédition au pôle nord de Lorenzo Sacchetti, décorateur de théâtre ; Séjour d'hiver de l'expédition au pôle nord de Johann Carl Enslens.
Et de fait, la toile est bien construite de manière illusionniste, à la façon des décors de théâtre.
Elle est conçue en trois plans bien distincts.

Un premier plan composé de masses bien définies, aux contrastes violents. À droite, un morceau de glace triangulaire et jaune annonce ce qui va suivre au plan suivant.
Cette technique en trompe-l'oeil nous ferait presque croire qu'on peut toucher ces plaques de glace s'il n'y avait une rupture, un abîme, peut-être, entre elles et nous.

Un deuxième plan fait de plaques verdatres acérées, dressées, en lutte : la majorité d'entre elles vont de la droite vers la gauche mais on en remarquera, à l'avant-plan, qui sont presque couchées et vont dans le sens contraire. Leur rôle est de servir de transition entre le premier plan et le deuxième.
De part et d'autre de cet amas pointu, d'autres plaques bleutées servent de transition entre ce plan-ci et le dernier.

Par contraste, le dernier plan uni met en relief le plan précédent. Avec, à gauche, un rappel glacé du sujet central.
Des plaques horizontales plus ou moins brunes, un plaque triangulaire jaune, des plaques obliques formant un triangle vert, d'autres plaques bleutées qui annoncent un fond à l'horizon duquel se dessine en écho un troisième triangle de glace.

Quel est le sens de cette toile ?
Un critique a cru y voir une signification religieuse : blocs de glace symbolisant la divinité de la nature, et débris de bateau représentant la fragilité de l'homme.
Un autre y lut un message politique : l'épave serait le cercueil de la liberté sous le règne de Metternich.
Bah ! Faut-il à toute force chercher un sens caché dans cette oeuvre qui est, avant tout, la démonstration d'un grand métier ?
En 1823 ou 1824, Friedrich avait peint une autre toile à la composition similaire :

Les récifs
On a supposé un temps qu'il s'agissait des aiguilles de la côte ouest de l'île de Wight, il semblerait désormais que cela soit impossible.
Comment ne pas voir, en effet, l'étonnante ressemblance avec la mer de glace ?
Reste une énigme : laquelle des deux toiles a-t-elle été peinte en premier ? Mystère…
Le 13 mars 1920, alors que la république de Weimar était installée en Allemagne depuis un an, eut lieu un putsch qui ne dura que quatre jours mais fit plusieurs morts.
Walter Gropius, fondateur de l'école du Bauhaus, érigea l'année suivante, dans le cimetière de la ville, une sculpture à la mémoire des ouvriers décédés. Elle fut détruite par les nazis en 1933, puis reconstruite d'une manière approximative en 1946. Gropius, qui avait émigré en Angleterre puis aux États-Unis dès les années trente, n'est pas l'auteur de cette reconstitution hésitante.
La sculpture originale s'inspirait probablement des formes de la mer de glace de Friedrich.

La sculpture originale de 1921

Sa réinterprétation de 1946
(Pour plus de détails concernant Gropius et le Bauhaus, consulter le moteur de recherche intime.)
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Commentaires
Combien sur l’échelle de ton Richter préféré ? ;o)
J’ai l’impression d’observer un fond marin, et cela se confirme avec la version nocturne…
http://japan.helnwein.com/stc/ghpicts/gh1559.jpg
Ecrit par : MiniPhasme | 10 novembre 2005
MINIPHASME : Helnwein est un illustrateur dont je m'étais promis de parler un jour, mais bon… il y a tant de choses que je me suis promises !
Jacques Monory a réalisé une série de toiles, en 1975, en hommage à Friedrich. L'une d'elles est "la mer de glace", en monochrome bleu (pas trouvé sur le ouèbe).
Ecrit par : KA | 10 novembre 2005
Génial !
Merci.
Ecrit par : Dan | 10 novembre 2005
Nouvelle occurence de ce décors dans le prochain épisode des aventures de King Kong (il à l'air très énervé dans ce film, certainement la pauvreté des dialogues : "Grrr, Arrrrg", et cette tendance à cabotiner).Vu hier soir dans la BA, et visible sur le trailer.
Ecrit par : js | 24 novembre 2005
Moi ça me fait pensé à Sydney
Ecrit par : Lucille | 11 décembre 2005
bravo pour votre blog
chez moi, il est question de kandinsky et de friedrich
Ecrit par : laura vanel- coytte | 21 juin 2006







