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16 décembre 2005
UN BANC DE POISSONS
Graveur prolifique, Ando Hiroshige (1797-1858) réalisa plus de huit mille estampes dont la très célèbre série des Cinquante-trois stations du Tokaïdo, publiée en 1834.
Deux ans plus tôt, Hiroshige avait produit une autre série beaucoup moins célèbre et fort rare, intitulée Un banc de poissons.
Vingt gravures sur bois, accompagnées de poèmes kyôka*. Parcours nautique au fil des saisons, poèmes burlesques.
* - Le haïku est un poème de dix-sept syllabes réparties en trois séquences de cinq, sept et cinq syllabes ;
- le senryû comporte également dix-sept syllabes, mais le nombre des séquences et le nombre de syllabes à l'intérieur de chacune d'elles est libre ; le senryû se doit d'être humoristique, satirique ;
- avec ses trente-et-une syllabes, le kyôka doit, lui aussi, être humoristique.
Ci-dessous, quatorze des vingt gravures accompagnées des kyôka traduits.
Ces traductions sont issues de Hiroshige, Un banc de poissons, merveilleux ouvrage publié par les Éditions Hersher en 1983 et malheureusement épuisé.
(Sauf erreur, ces traductions sont inédites sur le ouèbe !)

L'écume tiède, qui gonfle l'eau vive
et les poissons-globes, fait jaillir les carangues
hors de l'eau et s'épanouir avant l'heure
les branches de prunier fraîchement coupées.

C'est avec une telle force
que la carpe remonte les courants
qu'un jour elle se transformera en dragon
et atteindra les nuages.

Sur les rochers et sur le sable,
sous les vagues déferlantes,
ce joyau, l'abalone, se polit et brille.
Avec les beaux jours,
on enlève la chaude doublure du kimono
et l'on nettoie le balaou
pour la fête du printemps.
Que j'aimerais être changé
en une créature assez mince
pour suivre l'abalone
dans les anfractuosités des rochers !

C'est presque l'été.
Les plongeuses sont au travail dans la baie ;
le poisson-volant bondit,
le coucou chante.
Les cris joyeux des femmes
jaillissant de l'écume
ressemblent à des chants d'oiseaux.

Le serran des eaux de la profonde baie
est tranché et présenté
comme des vagues
pour rappeler la mer
aux invités.

Manquer la capture d'une langouste
est comme regarder le départ d'un bateau
sur lequel vous vouliez embarquer.
Quand bien même l'océan
semble fumer
sous la chaleur de la mi-journée,
une crevette bondit du fond
comme s'il s'agissait
d'un printemps glacé.

Le kochi ou poisson du vent d'est
est aussi doux
qu'une brise venant de l'est ;
au cours d'une chaude journée d'été,
c'est un souffle rappelant le printemps !

Les pêcheurs s'embarquent
de la baie Misaki
et leurs amis crient au revoir !
en espérant entendre leurs réponses.

La perche de mer scintille
comme la rosée sur des fleurs d'or
ou comme la lumière
dans la chevelure noire d'une femme.

Regardez l'image du Fujiyama dans l'eau,
et voyez le mulet grimpant
le long de ses flancs.
L'orage agite l'eau.
Le mulet est effrayé par la foudre,
ou était-ce l'éclair d'un hameçon ?

Comme la branche d'un arbre
la daurade noire est grande et sombre.
Les dentés rouges sont petits
et brillants comme des cerises.
Sous la pleine lune
un pêcheur regarde l'eau
et aperçoit une grande daurade noire :
ce n'est que l'ombre d'une petite,
nageant lentement.

Le pagre du Japon
rougeoit au fond de l'eau
comme un petit coucher de soleil
sur la mer.

Les plies sont comme
feuilles d'automne,
pendues au soleil
près de la maison du pêcheur.

Le pinceau d'un véritable artiste
est vivant.
Ses dessins de poissons
vous mettent en appétit.
Bibliographie
L'édition originale du livre publié chez Herscher est toujours disponible :
par Bryan Holme,
Metropolitan Museum of Art, juin 1981.

08:05 Lien permanent
Commentaires
Vendredi, c'est le jour du poisson.
Les estampes me font toujours penser à Hergé. Encore ici, je trouve des similarités avec les poissons illustrés dans les aventures de Tintin (le trésor de Rackam le Rouge entre autres).
Ecrit par : Stephane | 16 décembre 2005
Voici une illustration de Hergé (hors album): http://www.tintin-milou.de/site/Herge/Work/poisson.jpg
Ecrit par : Stephane | 16 décembre 2005
Merveilleux, tout simplement. Merci de ce cadeau de Noël inédit !
Ecrit par : fuligineuse | 16 décembre 2005
Mais... à part la carpe, la langouste et les crevettes -- et le pinceau de l'artiste -- tout le monde est mort dans... sur ce banc !
Ecrit par : s_cl | 16 décembre 2005
"Hiroshige"... Je connaissais bien un Utagawa mais je n'avais jamais entendu parler d'Ando.
Ya pas à dire, ils me plaisent bien ces poissons là.
Ecrit par : Denis | 16 décembre 2005
DENIS : C'est le même homme !
Comme je suis fainéant, vlà un copié-collé de Wikipédia :
# Ando (ou Andô/Andō) Hiroshige qui vient de Ando Tokutaro, son nom de naissance et de Hiroshige, son nom de peintre. Ce nom est un des plus utlisé dans la littérature sur l'Ukiyo-e et c'est celui qui est largement retenu par les anglophones.
# Utagawa (ou Utajawa) Hiroshige : C'est le nom de pinceau par lequel il fut honoré à quinze ans, un an après son entrée à l'école de Toyohiro et c'est égalemment le nom le plus utilisé dans la littérature francophone.
Ecrit par : KA | 16 décembre 2005
Tout s'explique ! Merci pour cette précison.
:-)
Ecrit par : Denis | 16 décembre 2005
Kawase Hasui est mon idole ! Hiroshige et ses kyôkas me plaisent aussi beaucoup ! Merci merci aligato !!
Ecrit par : Papotine | 16 décembre 2005
un banc de poissons
colorés nous regardent
mon oeil s'étonne.
(tardive tentative... au plaisir de te lire !)
Ecrit par : wictoria | 16 décembre 2005






