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29 décembre 2005

LA MADONE SIXTINE, DE RAPHAEL

Suite à une demande, quelques mots à propos de la Madone Sixtine de Raphaël.





Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand





Peinte en 1512-1513 par Raphaël, cette toile a sans doute été commandée par le pape Jules II, élu en 1503.




Jules II par Raphaël, 1511-1512



À gauche est représenté Sixte II, plus connu sous le nom de Saint Sixte. Élu pape en 257, Saint Sixte périt décapité l'année suivante sous le règne de Valérien, dont le sport favori était la chasse aux chrétiens.




Saint-Sixte, fresque de la chapelle Sixtine
par Sandro Botticelli, 1481



Au pied du pape, sa tiare posée sur le rebord d'un balcon. Ce couvre-chef remplit deux fonctions. Le premier : il est à la fois le symbole des pouvoirs terrestre et éternel. Le deuxième : j'en parlerai tout à l'heure.

Le pape désigne de la main droite le monde terrestre à Jésus, pendant que sa main gauche repose sur son coeur. Il a l'air de lui dire : « Tu peux y aller, aie confiance ! » Et pourtant…
Retenez bien ce détail, chers lecteurs, car il aura plus tard son importance !






À droite est représentée Sainte-Barbe (Barbara, en anglais). D'ordinaire elle porte la palme du martyre ou des plumes de paon, et se trouve non loin d'une tour. La tour est représentée ici, presque complètement dissimulée par le rideau. Parfois, un petit chien - symbole de fidélité - se tient à ses pieds (voir par ici ce que je disais à propos de ce chien fidèle dans la peinture).





Une autre représentation de Sainte-Barbe :




par Jan van Eyck, grisaille sur bois, 1437


L'histoire de Sainte-Barbe, qui comporte quelques menues variantes, est intéressante :

Son père, roi de Nicodémie, l'avait faite enfermer dans une tour construite tout exprès, afin de la protéger des hommes. Seule, elle se convertit au christianisme puis demanda aux architectes de percer une troisième fenêtre à sa prison, afin de symboliser la Trinité. Quand son père apprit la chose, il la fit fouetter mais le fouet se transforma en plumes de paon. Alors, il la décapita lui-même ! Mal lui en prit, puisqu'il fut aussitôt réduit en cendres par la foudre. Bien fait.

Sainte Barbe est la patronne de toutes les professions à risque, et notamment des pompiers et artificiers (à cause de la foudre, eh oui !)

Dans la peinture de Raphaël, Sainte Barbe regarde "le monde d'en bas". Elle a l'air confiante, et pourtant…

La Vierge porte son enfant. Eux aussi regardent "le monde d'en bas", et l'on sent une certaine crainte dans leurs regards.






On s'est longtemps questionné sur les raisons de ces regards inquiets. Jusqu'à ce qu'on se souvienne qu'à l'origine, cette toile était accrochée à un mur du couvent Saint-Sixte à Piacenza, face à un crucifix. L'inquiétude, c'est donc celle de Jésus et de Marie découvrant le destin du fils de Dieu. Quant à Saint-Sixte et Sainte-Barbe, cela ne les émeut guère puisqu'ils connaissent déjà l'épilogue de l'histoire qui est la résurrection. Voilà pourquoi ils encouragent sans inquiétude le Christ à entrer dans le monde terrestre.


Derrière la Vierge, un ciel nuageux constitué de portraits d'anges.






Avant, Raphaël peignait des anges en chair et en os :




La Madone Canigiani, 1507



Et puis, en 1511-1512 il peint :




La Madone de Foligno


Au centre de cette toile se dresse un ange, porteur d'un cartouche dans lequel devait être inscrit une dédicace. Un ange de chair et d'os au sol, plus d'autres dans le ciel, ça faisait beaucoup. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Raphaël décida de transformer les chérubins spatiaux en nuages. Il reprendra ce procédé l'année suivante, pour la Vierge Sixtine.


Au pied de la Vierge Sixtine, deux angelots accoudés au balcon. Deux angelots, qu'on retrouve un peu partout en affiches, puzzles, sur des serviettes, des tasses de café, etc. Que c'en est énervant.






Deux angelots dont jamais personne n'est parvenu à percer la signification avec certitude. Contrairement aux autres personnages, ils regardent vers le ciel d'un air rêveur. À quoi pensent-ils ? Nul ne sait.

Si le symbole qu'ils incarnent nous est inconnu, on peut en revanche définir sans problème leur fonction graphique.

1/ Ils sont le pendant de cet autre angelot porteur de cartouche dans la La Madone de Foligno.
2/ Ils concourent à cet effet illusionniste, cet effet de tri-dimensionnalité qu'a voulu créer le peintre avec la tiare posée à gauche, et le rideau accroché à sa tringle qui encadre la peinture.






Cet effet 3D a maintes fois été utilisé à travers les siècles. Deux exemples :




Annonciation, partie gauche d'un diptyque
par Jan van Eyck, 1436




Les Attributs des Arts avec un buste de Mercure
par Jean-Baptiste Siméon Chardin 1728


Chez Van Eyck, ce sont les ailes de l'archange Gabriel qui sortent du cadre ; chez Chardin, se sont les papiers qui dépassent de la table ; chez Raphaël, ce sont la tiare et les angelots accoudés à la balustrade d'un balcon. Pour un peu, leurs avant-bras dépasseraient.

Cette balustrade forme la base de la toile, la tringle en délimite le sommet, les rideaux l'encadrent sur les côtés verticaux.

Rideaux qui jouent un double rôle :

- d'un côté, ils semblent protéger l'oeuvre du peintre, et l'on attend qu'une main les tire pour la dissimuler à notre vue ;
- d'un autre côté ils nous révèlent un monde céleste, s'ouvrent pour laisser passer la Vierge et son enfant.

Alors ? S'agit-il d'un rideau protégeant une image ou s'ouvrant sur une réalité divine ?



L'effroi de la Vierge et de son fils s'opposant au calme des deux saints ; une paire d'angelots mystérieux ; un effet de tri-dimensionnalité créé entre autres par un rideau à la fonction trouble : la Madone Sixtine est finalement un oeuvre qui repose sur bien des ambiguïtés !

(On notera au passage que le halo de lumière qui entoure Marie est ici bien plus discret que dans La Madone de Foligno. La Madone Sixtine est à la Gemäldegalerie de Dresde.)


BONUS

Couleurs et attributs libres et imposés
dans la peinture religieuse européenne


Certaines couleurs sont imposées par la tradition

- Celles de la Vierge, rouge et bleu ; le rouge de la robe symbolise la vie terrestre (le sang source de vie), le bleu du manteau symbolise sa pureté céleste, sa virginité ;

on retrouve ces deux couleurs sur les trois Vierges de Raphaël montrées ci-dessus, et chez tous les autres peintres ;

- le pape a, quant à lui, les couleurs blanche et dorée de son sacerdoce ; d'ailleurs, le drapeau du Vatican affiche des clés sur ces fonds de couleurs, voir par ici ;

D'autres couleurs sont des choix artistiques

Dans cette toile de Raphaël, on a les trois primaires (bleu-jaune-rouge) en couleurs obligatoires ; le vert du rideau s'imposait, pour des raisons d'équilibre ; rien n'empêchait que ce rideau fût violet, rose ou orange, mais ça aurait été d'un moche !

Il y a donc des couleurs libres, et des couleurs imposées (on se croirait dans une compète de patinage artistique).

Il existe également des attributs plus ou moins libres et des attributs imposés

- Une Marie-Madeleine aura quasiment toujours en main un pot d'onguents, par exemple. Mais les couleurs de son costume pourront varier selon que la peinture est italienne, espagnole ou flamande ;

- quant à Sainte Barbe, on a vu qu'elle avait toute une batterie d'attributs et bien sûr, il est hors de question de les coller tous ensemble sur une même peinture.

Un autre exemple : si Saint Christophe est toujours montré en train de traverser une rivière avec l'enfant Jésus sur son dos (Christophoros, porteur du Christ), il peut apparaître comme un géant extraordinaire sur les peintures italiennes alors qu'il sera moins grand sur les peintures flamandes ; il aura parfois une tête de chien dans les représentations byzantines, mais pas ailleurs. En revanche, il aura toujours son bâton qui plus tard deviendra palmier et fournira la palme, attribut de tout martyr.

Voilà. C'était juste un aperçu, hein. Il existe des livres entiers sur ce sujet…





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Commentaires

Merci, merci.....
Encore une fois un billet passionnant.

Ecrit par : La Jeune Divorcée | 29 décembre 2005

Ces deux anges ont des bras qui dépassent du parapet, si j'ai bien compris: dépassent le seuil vers le domaine terrestre?
Ils ont une expression bien humaine (ambigüe), celle des enfants - ou la mienne - quand on raconte une fable dont on ne connait pas l'épilogue... et qui ne nous conserne que de loin...
Je manque de culture... mais existe-t-il des éléments sans enjeu symbolique dans ces fresques? Les couleurs, par exemple, ce rouge, ce bleu, le vert des rideaux... et la couleur étrange des ailes de ces deux anges...

Ecrit par : Oussama | 29 décembre 2005

OUSSAMA : Les deux angelots "avancent" vers nous. En créant cet effet 3D, ils donnent de la véracité à ce qui est derrière eux. Tout comme un couteau qui dépasse d'une table dans une nature morte crédibilise ce qui est derrière.
Sauf que là, ce "dépassement" a évidemment une portée idéologique.

Pour les couleurs - et c'est vrai que j'ai oublié d'en parler mais j'avais déjà abordé le sujet dans des articles précédents - il y a deux choses :

1/ des couleurs imposées par la tradition ; celles de la Vierge, rouge et bleu ; le rouge de la robe symbolise la vie terrestre (le sang source de vie), le bleu du manteau symbolise sa pureté céleste, sa virginité ;

on retrouve ces deux couleurs sur les trois Vierges de Raphaël montrées ci-dessus, et chez tous les autres peintres ;

le pape a, quant à lui, les couleurs blanche et dorée de son sacerdoce ; d'ailleurs, le drapeau du Vatican affiche des clés sur ces fonds de couleurs, voir par ici :
http://www.vatican.va/news_services/press/documentazione/documents/sp_ss_scv/insigne/sp_ss_scv_stemma-bandiera-sigillo_fr.html#Drapeau%20de%20l%92%C9tat%20de%20la%20Cit%E9%20du%20Vatican ;

2/ des couleurs qui sont des choix artistiques ; dans cette toile de Raphaël, on a les trois primaires (bleu-jaune-rouge) en couleurs obligatoires ; le vert du rideau s'imposait, pour des raisons d'équilibre ; rien n'empêchait que ce rideau fût violet, rose ou orange, mais ça aurait été d'un moche !

Il y a donc des couleurs libres, et des couleurs imposées (on se croirait dans une compète de patinage artistique !) Il y a également des attributs imposés : une Marie-Madeleine aura toujours en main un pot d'onguents, par exemple. Mais les couleurs de son costume pourront varier selon que la peinture est italienne, espagnole ou flamande.

Voilà. Je me demande si je ne vais pas inclure ce commentaire dans l'article.

Ecrit par : KA | 29 décembre 2005

Sainte-Barbe est aussi la patronne des mineurs.

Dans la santeria, religion syncrétique cubaine, Sainte-Barbe (Santa Barbara) est Chango, divinité (mâle) de la foudre, du tambour, donc de la musique. Ses couleurs sont le rouge et le blanc et ses attributs la foudre et la francisque, hache à lame double (rien à voir avec le Maréchal).

En voici une représentation :

http://minilien.com/?wDJ2AqYcY2

Nombreux sont les musiciens latinos qui interprète un titre emblématique, "Que Viva Chango":

http://minilien.com/?nJ0jgQ3sWK

Je suis petit-fils de mineur de fond et musicien :-)

Ecrit par : Jean Lespinasse | 29 décembre 2005

JEAN LESPINASSE : Pour être un peu plus complet sur Sainte Barbe, ajoutons qu'elle est la patronne des armuriers, canonniers, artilleurs, mineurs, pompiers, artificiers, architectes, maçons, carillonneurs et autres professions à risque.
Dans un bateau, la sainte-barbe est l'endroit où sont rangées poudre et munitions.
Ajoutons également qu'elle est la patronne des femmes mariées. Profession à risque ? ;-)
Elle est invoquée contre les éclairs et la foudre (voir légende), et se fête le 4 décembre.

Ecrit par : KA | 29 décembre 2005

Encore mieux. Chango, Santa Barbara, la tour et un autel de Santeria.

http://www.angelfire.com/va2/chango/SantaBarbaraChangoF.gif

Ecrit par : Jean Lespinasse | 29 décembre 2005

Vous accompagnez un enfant qui s'ennuie dans ce splendide musée, et vous sentez que vous allez devoir sortir avant d'avoir atteint la salle du Cimabue ? Misère ! Mais que n'avez-vous pas potassé vos saints avant la visite : vous auriez vu le bambin s'amuser à chercher grilles de barbecue, petits pots, j'en passe, et identifier tous ces saints personnages aux destins terrifiants !

Trêve de blague (quoique), comme j'ai nommé Cimabue, je me permets de suggérer un thème de billet (je peux ?). Son fameux crucifix (http://www.rudenoon.com/Italy/Florence/SantaCroce/073005_127s.jpg), bien abimé par l'inondation de 66, a été restauré sans que les zones détruites soient rendues à leur aspect original. Et ce malgré l'abondance des documents qui auraient permis de le faire. Il s'agit donc d'un parti-pris : aujourd'hui on conserve, on ne reconstruit pas. Autre exemple : le Colisée est constitué des ses pierres originales, et de briques pour ses parties refaites. Ou encore, on n'a pas l'air décidé à ôter leurs cache-sexe aux personnages de la fresque de la Sixtine. J'imagine que débat il y a eu, et il y a encore.

Avez-vous, ou vos lecteurs, quelque lumière sur ce sujet ?

Merci en tout cas pour votre site, que je suis régulièrement depuis votre série sur la perspective.

Ecrit par : lagroue | 29 décembre 2005

en parlant de restauration, que penser des gros ratages en la matiéres (en particulier les fameuses fresque de la sixtine de michelange) visible sur ce lien rubrique "choc des photos" :
http://membres.lycos.fr/aripa/
la restauration est-elle véritablement un bienfait pour les oeuvres? Je pense également à la fameuse trinité de masaccio gravement endomagé elle aussi par les restaurations successives...

Ecrit par : léo | 29 décembre 2005

Ka, lagroue: en effet, comme vous pouvez vous en douter, la conservation (que c'est moche ce mot...) et la restauration des oeuvres d'art sont des sujets particulièrement complexes et polémiques. Les politiques de restauration, par exemple sont débattues à un échelon international au sein de commissions qui regroupent plusieurs pays et qui mettent au point des chartes devant être suivies par les nations signataires. Toutefois, même si ces directives sont généralement appliquées, le problème de l'interprétation se pose toujours avec acuité. Si l'on prend par exemple le texte déontologique de l' ECCO (Confédération Européenne des Organisations de Conservateurs-Restaurateurs), on peut lire "La restauration consiste à intervenir directement sur des biens culturels endommagés ou détériorés dans le but d'en faciliter la lecture tout en respectant autant que possible leur intégrité esthétique, historique et physique."
Là apparaît clairement le problème essentiel:comment parvenir à équilibrer la nécessité de rendre une oeuvre lisible pour un large public et donc compréhensible, et l' exigence d'authenticité. Pour parler d'exemples concrets qui ont fait grand bruit, la restauration de la Chapelle sixtine est un exemple parmi d'autres. Je pense que vous avez tous pu admirer les couleurs irréelles et acidulées que la restauration a permis de remettre à jour (1980-1992)...bon...on est tous d'accord pour dire que cela a plus de gueule que la fresque noircie par la suie des bougies que l'on avait auparavant...mais cela a soulevé beaucoup de questions et notamment autour de la question des "repeints". En effet, comme on a pu le lire dans le code de déontologie de l'ECCO, il faut respecter durant une restauration l'intégrité historique et esthétique d'une fresque, tout en permettant un meilleur confort de lecture. OK, cela semble frappé du sceau du bon sens...mais dans de nombreux cas, comme ici, les oeuvres ont déjà fait l'objet de restaurations partielles au cours des âges, pour recoller un bout d'enduit décroché par ci et le raccorder en peignant un peu "a secco" par là. Dans le cas de la Chapelle Sixtine, les draperies qui cachent pudiquement les sexes des saints et saintes (les "braghe") ont été peints par Daniele da Volterra sur ordre du Concile de Trente, en 1564. Ce peintre est d'ailleurs passé à la postérite sous le nom peu glorieux de "braghettone", soit en gros le "tailleurs de caleçons".
Se pose alors cette question, que nomme t-on l'intégrité d'une oeuvre ? Est-ce que c'est tenir compte de toute son histoire et des différentes interventions, mêmes postérieures à celle de son auteur, et qui au final ont fait de ce tableau/fresque celui que l'on a sous nos yeux ? Ou est-ce que c'est revenir à l' état premier, celui qui fût peint par le peintre et seulement celui-là ?
C'est là l'un des enjeux et des casse-têtes de la restauration.
Si l'on choisit la première option, on cultive un certain malentendu en faisant croire aux spectateurs que l'oeuvre qu'ils contemplent est de Michel-Ange et de lui seul et que personne n'est intervenu après le maître...on casse le mythe de l'oeuvre d'art qui traverse les siècles, pure et sans ajouts. Il n'est pas sûr que les gens aient envie de savoir que cette fresque a subi tout au long de sa vie des restaurations et des repeints et qu'elle n'a pas toujours ressemblé à ça.
Vient alors l'option 2, celle du retour à l'original. Premier problème, définir ce qui est l'original. Quelle partie vient de la main de Michel-Ange, quelle partie est un repeint postérieur ? Les experts s'envoient alors à travers la figure des archives et des descriptions historiques, les scientifiques, diagnostics chimiques à l'appui, affirment que la composition de tel ou tel pigment ne peut que remonter à telle époque... bref, on arrive avec difficulté à un accord qui ne satisfait pleinement personne.
On décide d'enlever un certain nombre de repeints considérés comme postérieurs à l'intervention de l'artiste et non indispensables à la perception d'ensemble. On arrive ainsi au fur et à mesure à un état que l'on croit "primitif" et donc originel. Mais au passage, ne soyons pas dupes, la restauration étant le plus souvent une "perte de matière"...quelquefois, à force d'enlever, de peler les oeuvres comme des oranges on arrive (et l'erreur est humaine) à perdre certaines nuances, certaines valeurs, des ombres qui s'estompent, des visages qui changent d'expression, bref, à force de vouloir parvenir à un idéal de pureté, on arrive quelquefois à restituer des attitudes, des couleurs qui n'ont peut-être jamais existé.
La lecture est aisée, limpide, mais l'intégrité...que l'on mettait au centre de l'entreprise a perdu un peu de sa force.
Soyons clair, ce n'est pas un débat que l'on tranche aisément. Mais il faut se méfier des résultats miraculeux. Surtout dans le domaine de la restauration...il n'y a pas de miracles. Un tableau ne peut et ne pourra jamais redevenir tel qu'il était ou que l'on croyait qu'il était lors de sa réalisation. C'est une utopie, qui peut-être un remède parfois pire que le mal. Poussé à l'extrême, pourquoi ne devrions-nous pas révéler au public les "repentirs" que l'artiste avait dissimulé: une couleur peu harmonieuse, un talon raté, un oeil qui louche...c'est revenir à l'état premier également.
Je m'arrête là, ce sujet me tient trop à coeur et je pourrais en parler fort longtemps .
Pour avoir des info intéressantes (certaines parties sont très techniques mais on peut les sauter tout en comprenant le propos), je vous conseille quelques sites:

La Chapelle Sixtine

http://membres.lycos.fr/aripa/Nuances26_Rubens_copiste.pdf

cet article traite de copies de la freque réalisées en 1610 par Rubens (l'attribution reste un peu floue) et des écarts que l'on constate avec la restauration de 1992

www.aripa-nuances.org/

ARIPA (Association pour le Respect de l' Intégrité du patrimoine Artistique) Le titre de l'asso annonce la couleur. Des dossiers très intéressants, sérieux, qui ont le mérite d'aborder les chantiers de restauration sous un angle polémique. C'est partisan, orienté, mais vous êtes assez grands pour vous faire une idée et prendre le recul qui s'impose. Plusieurs restaurations sont étudiées et certaines infos valent vraiment le détour ("les Noces de Cana" de Véronèse par exemple) La Direction des Musées de France les considère comme de sréacs passéistes et analphabètes...à vous de voir...

www.ffcr-fr.org/

le site de l'ECCO

Ecrit par : Joseph Pujol | 29 décembre 2005

désolé léo mais on a fait un doublon...

Ecrit par : Joseph Pujol | 29 décembre 2005

JOSEPH PUJOL :Eh bien, voilà un commentaire qui m'évite d'avoir à le faire ! Y figurent même les liens vers les sites traitant du sujet !
Merci ;-)

Cela dit, il faudra qu'un jour je parle de Joseph van der Veken, restaurateur, faussaire et génie.
Son cas très particulier met en évidence bien des questions que pose le sujet de la restauration.
A suivre, peut-être…

Ecrit par : KA | 29 décembre 2005

ah ça ouais...ce sacré Joseph...

Ecrit par : Joseph Pujol | 29 décembre 2005

A suivre, peut-être…
je veux mon n'veu, au boulot! ;o)

Ecrit par : m@rs | 29 décembre 2005

C'est passionnant, comme toujours. Et je suis très contente de connaître enfin la provenance de ces deux petits angelots facétieux que l'on retrouve un peu partout, en effet ! Keskon dit ? On dit Merci KA !

Ecrit par : fuligineuse | 29 décembre 2005

Merci KA, Léo et Joseph Pujol ! Je poursuivrai ma lecture en 2006...

Un truc qui m'amuse beaucoup, c'est que j'ai tendance à préférer le Cimabue restauré à l'original. Le visage, particulièrement, dont un profil entier est conservé, semble avoir gagné une force qu'il ne possédait pas auparavant. Le couple douceur/douleur s'est littéralement désagrégé, il reste autre chose... À vrai dire il n'a plus le visage d'un Christ de l'époque.

Et puis une fois qu'on a commencé à diverger, il n'y a plus de raison de s'arrêter, et affronter la réalité nue : ce crucifix prétendument restauré a, convenons-en, toutes les apparences d'une parodie post-moderne. Ces plaques unies qui ne sont pas si laides, ces dorures... C'est parce que c'est *pour de vrai*, mais oui, une parodie, apparue en 1966, tandis que le Cimabue original, devenu gênant, voire franchement d'une moindre qualité artistique, aura été escamoté.

Ecrit par : lagroue | 30 décembre 2005

pour cet effet de "sorti du cadre" les fresque de lebrun a versailles en sont un excellent exemple ou, le sabot d'un cheval, ou, le pieds d'une déesse etc...sorte litterallement du cadre peint ou sculpter autour

Ecrit par : léo | 30 décembre 2005

vue de l'une des fresques de lebrun dans la galerie des glaces:
http://www.latribunedelart.com/Nouvelles_breves_2005/12-05/Galerie_glaces_1.jpg

Ecrit par : léo | 30 décembre 2005

Encore Sainte-Barbe. Sur France Inter dans l'émission de Daniel Mermet. La fête de Santa-Barbara-Chango dans une favella des alentours de Caracas. Lien direct pour réécouter en Real Audio (jusque lundi 2 janvier) :

http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/LABAS/LABAS.ram

Ecrit par : Jean Lespinasse | 30 décembre 2005

Voilà ! Jean Lespinasse m'a coupé l'herbe sous le pied (si je puis dire !) pour l'émission de Daniel Mermet "Là-bas, si j'y suis", "Le Venezuela", rediffusée aujourd'hui. A écouter ou ré-écouter ; non seulement on entend la vie dans cette favella (notamment dans la Maison d'alimentation) mais on voit : description très évocatrice de l'autel dédié à Santa Barbara et au Chango par l'homme qui l'a décoré pour expier un méfait. C'est peut-être redondant par rapport à la note de Jean Lespinasse (je le prie de m'en excuser !) et terre à terre (je n'irai pas jusqu'à dire trivial !) au vu des commentaires cultivés et esthétiques de l'ensemble du blog mais j'aime aussi être dans le quotidien plus prosaïque.

Ecrit par : FG | 30 décembre 2005

Il est très fort, le KA. Et je le remercie de nous apprendre tant de belles choses :-)

Tu dis "Voilà pourquoi ils (Sixte et Barbe) encouragent sans inquiétude le Christ à entrer dans le monde terrestre." Tu soutiens qu'ils mènent cet enfant au supplice et cautionnent la torture ?

Je compte bien six doigts à la main droite de Sixte ? Cela a une signification ?


Je vois plutôt un sens subversif caché à ce tableau à force de la regarder. Les anges, en retrait, à leur balcon, se gaussent ironiquement de la religion. Barbe a quitté sa tour qui la rattache à son histoire chrétienne. Sixte a déposé sa tiare pour signifier qu’il n’est plus pape. Ensemble, ils accueillent une femme et son fils pour les soustraire à une idéologie qui ruine l’humanité. Puis le rideau sera tiré et le Ciel se démerdera avec ses nuées d’ectoplasmes.

:-)

Ecrit par : Rato1 | 31 décembre 2005

RATO1 : C'est la paume de Sixte que tu vois sous l'auriculaire. Et pas un sixième doigt !

A ce propos, un fameux dessinateur de BD a, une fois, dessiné par inadvertance et en gros plan six doigts à son personnage.
Quel dessineux, dans quel alboum ?

C'est vraiment la question pour ceux qui n'ont rien de mieux à faire ;-)

Ecrit par : KA | 31 décembre 2005

Le pire c'est que j'ai des choses hyper-urgentes à faire et que je réponds quand-même...
KA, je te hais, tu révèles ma vraie nature de glandeur...alors qu'en ce moment je devrais être entrain de révolutionner la pensée anthropologique... rhââââ (râle du fumiste pris en faute)

donc réponse, "l'affaire Francis Blake", de ted Benoit et Jean Van Hamme, où l'un des geôliers de Blake se sert un bon chtit verre et nous dévoile ses...6 doigts

http://www.jlmartin.com/bm/images/bml13a.jpg

mais bon... je n'ai aucun mérite à part celui de n'avoir que 10 doigts et un clavier azerty...

Ecrit par : Joseph Pujol | 31 décembre 2005

JOSEPH PUJOL : C'est pas bien de glander alors que le monde attend après toi !

Je ne connaissais pas cette main de Ted Benoît. C'est pas la bonne réponse, je parle d'un auteur (français, des plus fameux) qui s'est trompé…

Ecrit par : KA | 31 décembre 2005

Je découvre cette excellente étude de la Madone Sixtine, je trouve que c'est plus belle de toutes les madones réalisée par Raphaël, à cause de ce fameux regard, justement.
Merci beaucoup !

Ecrit par : Lorelei | 01 janvier 2006

merci, merci. Je cherchais depuis des heures la signification symbolique des couleurs des vêtements des Vierges et voilà que je tombe par hasard sur votre site en cherchat des infos sur Pierre et Gilles. c'est vraiment formidable la dimension encyclopédique d'internet qui met l'érudition à la disposition de toutes les curiosités. Bravo et encore merci.

Ecrit par : usinage | 05 janvier 2006

La liste des commentaires est longue, juste deux mots:

Daniel Arasse suggère la piste suivante:
Les deux angelots seraient les Chérubins qui gardaient l'Arche de l'ancienne Alliance (la renaissance avait oublié la forme des Kherubim, alors que les icônes orthodoxes la conservaient) désoeuvrés devant la nouvelle Alliance, réalisée dans Marie en Jésus Vrai Dieu et Vrai Homme.

La significtion du rideau est alors toute trouvée:
C'est celui qui barrait aux hommes l'entrée dans le Saint des Saints, où se manifestait la "Shekhina", ou présence du Seigneur, que seul le Grand Prêtre, après moult purifications, pouvait côtoyer. Devenu inutile par la grâce de l'Incarnation, il se déchirera à la Crucifiction.
Voila.

Ecrit par : Ter | 16 janvier 2006

TER : Ouais c'est une interprétation intéressante, mais je voudrais des preuves tangibles nous démontrant que Raphael a pensé à ça. Et avec Daniel Arasse, je crois qu'on peut toujours attendre :-)
La Shekhina ou Chekhina est, dans la religion hébraïque, la doctrine d'immanence de Dieu, de présence divine qui est à la fois infinie et peut tenir dans une boîte, le Tabernacle.
La Chekhina est souvent décrite comme lumineuse. Littéralement, le mot signifie "résidence".

Ecrit par : KA | 16 janvier 2006

Bonjour,

Je trouve votre site très sympathique. Je suis tombée sur votre site car je recherche une adresse afin d'expertiser une boite qui s'intitule LA MADONE (une boite poudre de riz) qui date de 1900 et qui à fait l'exposition universelle de Paris mais hors concours et je ne trouve pas sur internet d'adresse pour la faire expertiser, alors à tout hasard peut être vous pourriez me renseigner ?

Cordialement.

Encore bravo pour votre site, il est vraiment interressant...

Ecrit par : BIANNE | 06 mars 2006

Merci de ce beau billet.
Et vous simplifiez mes recherches : j'avais besoin des reproductions de "La Madone de Saint-Sixte et de "La Madone de Foligno" pour mettre en évidence une inspiration stylistique chez Jacques Du Broeucq, le sculpteur de la Renaissance du Nord (ca 1505-1584) pour qui Mons -en Belgique- a fêté le 500ème anniversaire en octobre 2005.
Je les trouve réunies sur votre page.
Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez voir le drapé du voile de la Vierge, la position de l'Enfant et le traitement des nuages de "La Vierge" du "Mausolée de sainte-Aldegonde" de Du Broeucq conservé dans une chapelle nord de l'ancienne cathédrale de Saint-Omer (Pas-de-Calais).
http://www.convivialiteenflandre.org/sorties/sorties-05-06/j_saint_omer/cathedrale.php#vierge-aldegonde

Ecrit par : Sabine | 10 mars 2006

Un petit nouveau, accessoirement prof de lycée, sur le site. Tout cela est bel et bon et je rends grâce au collègue qui m'a indiqué votre précieuse adresse et du même coup la façon d'utiliser internet... On ne se refait pas!
Votre site est très riche, magnifiquement illustré et facile d'emploi. J'aime surtout la diversité des oeuvres et des thèmes évoqués. Nous n'avons guère fini de l'explorer!!! C'est tout pour l'heure mais surtout, continuez sur cette voie vraiment pavée de bonnes intentions. Chapeau!

Ecrit par : didier de Sévigné | 21 janvier 2007

Mon premier mail (de toute ma vie ne semble pas être arrivé à bon port... Qu'importe!!! Votre site est excellent et il faut poursuivre vos explorations de la jungle picturale... Si tout aujourd'hui n'est qu'image, l'image est tout.

Ecrit par : didier de sévigné | 25 janvier 2007

Bonjour,
De grâce, ne voyez aucune vulgarité dans les lignes qui suivent mais puisque la peinture interroge l'observant bien audelà de ce qui est signifié sur la toile, je trouve que la forme de la Mère et de l'Enfant rappelle étrangement le profil d'un phallus et, les tensions si poétiques du drapé bleu et rouge, les tensions de l'érection. Comme celà est étrange... Il suffit à présent de pas grand chose pour comprendre le rôle des rideaux ouverts et le jeux infinis entre spiritualité et matérialité même à l'époque de Raphaël. En observant Saint Sixte on voit bien qu'il n'a pas la main sur le coeur comme il est écrit, mais la main sur la droite. Elle effleure le manteau ce qui traduit un sentiment d'inquiétude et la main droite si elle doit indiqué un chemin c'est celle du spectateur. Libre à nos croyances et à notre sensibilité de poser sur cet instantané les mots qui lui convient d'entendre.
On peut poser le regard sur l'ange en bas à droite on remarquera que la pointe des coudes et le haut du front forme un triangle. Les ailes de cet ange si on prolonge les lignes de la construction forment un triangle identique inversé. Cet ensemble évoque le tracé de l'étoile de David.
Etonnement les deux anges présents dans le tableau sont complètement absents. J'aime beaucoup cette clé que le peintre nous offre et dont nous comprenons (grace au neuro-sciences) l'orientation vers la vie intérieure et l'imaginaire. Les anges ne sont donc pas dépourvus d'imaginaire. Alors que, par convention chrétienne, l'Ange nourrit l'imaginaire de l'individu et de l'Homme quand il est réalisé. L'imaginaire permet d'échapper à la réalité. De quelle réalité l'ange cherche-t-il à échapper ? De quel imaginaire se nourrit l'Ange ?
Je tiens à remercier Raphaël pour sa peinture et vous remercier, Monsieur KA pour votre beau travail. Je suis heureux de votre existence. Merci, ne sera jamais assez fort pour vous exprimer ma gratitude.

Ecrit par : Jean-Pierre | 10 juillet 2007

Un ptit message d'un passant, élève en Histoire de l'Art donc complètement mordu de la question^^
Bravo pour ce billet, c'est une superbe étude de la Madone Sixtine que nous avons là... Je me suis régalé...
Mais pour continuer sur les interprétations, je pense de mon coté que la Vierge "présente" le ptit Jésus, comme le prêtre élève l'hostie pendant la messe. Ce qui expliquerait l'impression que Marie s'avance vers nous, élan accentué par le geste de St Sixte et l'effet 3D des angelots. Toutefois, si Marie me semble passablement confiante, Jésus a l'air littéralement horrifié à la vue du crucifix qui, comme l'article le rappelle, figurait en face du tableau.
En fait, ce tableau, c'est presque le mystère de l'Eucharistie, si chère aux Chrétiens. Mais si cette interprétation est possible, je préfère encore celle de la Shekhina, on se croirait dans le DaVinci Code...^^

Ecrit par : Silv'R | 30 août 2007