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04 janvier 2006
LA BOÎTE À RÊVES - 1 - textes
Dix-sept participants pour cette première Boîte à Rêves. Certains n'ont pas respecté les consignes à la lettre, mais l'essentiel était de participer !
Une remarque : Plusieurs d'entre vous ont parlé d'une pendule, alors qu'il n'en figure aucune dans cette peinture de Vilhelm Hammershøi ou dans les autres de cet artiste figurant dans la Boîte. Souvenirs de dimanches après-midi envahis de torpeur ?

LES TEXTES
Je n’en peux plus de ce regard qu’elle pose sur moi lorsque j’ai le dos tourné. Jamais nos yeux ne se croisent, mais je sens sa présence, là, si près. Fardeau oppressant. Quand j’aurai fini de noircir de haine toutes les pages de ce cahier, je le brûlerai… et je me vengerai.
SOPHIEGDA
Hier, Monsieur m’a pincé là où la fesse s’efface et commence la jambe, je sens encore ses doigts tors, dont les phalanges ne se meuvent plus que comme pinces, marquer ma chair de leur gangrène.
Madame l’a su, il sourd encore assez de haine de ces deux-là pour que rien de ce qui est tu entre eux ne reste longtemps secret, et à briquer une nouvelle fois l’argenterie pour ce dîner qu’ils ne donneront jamais, mes mains se flétrissent à leur tour, ma peau se grise, la vie me quitte.
Ici le temps s’efface, ne demeure qu’un incessant présent, l’absence d’un temps qui passe où à se perdre dans ses pensées, on y laisse la vie ; temps insidieux dont je dois m’arracher, auquel je peux encore échapper si je crois qu’un oiseau peut chanter.
Mais il est tard déjà et cette conscience est recrue : je ne saurais plus me saisir de la soupière de la mère de la mère de Monsieur pour disperser ce songe mortifère en fracassant la porcelaine, libérant l’avenir de cet éternel présent gris auquel je suis livrée et qui me possèdera bientôt.
NIC
J'étais là. Est-ce qu'il oserait me parler ? Tu sais... On gagne beaucoup à se taire, journal.
LEIL
Un papillon s'est brûlé les ailes.
Je n'entends plus tes petits mots, ne vois plus tes petits rêves.
Non, reste comme tu es.
Je préfère imaginer.
MATHCAUV

Elle était là, sublime, plongée dans ses pensées.
Moi, assis confortablement sur une chaise, je commençai à écrire.
À son flanc gauche, une douce lumière détachait son ombre sur le mur qui lui faisait face: noirceur nocturne sur un ciel bleu-matin.
Sa nuque, oh quelle nuque! , portait solidement une tête fragile, blessée par …
Une douleur m’envahit puis, je continuai.
Elle avait endossé sa robe préférée (un assez vieux tissu de couleur sombre à doublure épaisse).
Une vielle pendule indiquant 7h22 emplissait la pièce d’un rythme sec, presque insupportable.
Je remarquai alors un papillon aux ailes fragiles, collé sur le cadran vitrifié
Ses ailes impalpables couvraient la surfasse lisse d’une sorte d’ovale indigo.
Parfaitement immobile, le coléoptère semblait insensible au passage du train qui rythmait la ville de l’autre coté de la rue.
Elle ne s’en souciait pas non plus, emmurée dans son silence
Debout, en stationnement, elle semblait démunie de tous bagages, de tous repères.
Pendant un moment je crus qu’elle priait, qu’elle s’en remettait au destin.
Ce destin qui, pour elle, n’avait pas encore de nom mais qu’elle espérait riche et gras ; à l’instar de ceux qui meurent la gueule ouverte.
Un autre train dardait de ses feux l’immensité du monde pendant qu’elle égrenait régulièrement les notes noires du temps
Cette fois, elle se sentit libre.
Le papillon, lui, avait légèrement bougé de dix degrés.
LA FOURMI
En ces derniers jours de ma vie, je me souviens de la jeune femme que je fus et qui me semble une autre.
Si tu le veux, ma chère Karen, garde ce tableau où ton père, avec tendresse et pudeur, me peignit à cette époque heureuse. Silhouette menue vêtue de noir, je tourne le dos à l'artiste mais pas à la vie. J'ai confiance ; je rêvasse la douce coulée du temps, l'ampleur des jours et des heures qui vont s'égrener dans le décor si blanc, si bleu de notre belle maison où tu es née.
ANIA

Madame…
La fenêtre est ouverte, la douceur d’un soleil printanier donne du relief aux objets inanimés.
Madame lit dans sa chambre pendant que ma sœur s’attelle au repassage. Madame aura besoin de sa robe rouge tout à l’heure, elle sort ! Je m’empresse d’achever le rangement ; le lourd plateau d’argent retrouvera sa place sous la soupière de Delft, bien au centre du buffet. Nous aurons une heure ou deux devant nous quand Madame sera sortie : retrouvailles quotidiennes dans ma chambre. Papoter, rire, se déchirer, dénigrer, comploter : Madame et ses manies, ses manières, ses manigances. Instants exquis, pervers mais jubilatoires !
Arrêt sur image. Un doux rayon de soleil me caresse la nuque ; volupté suprême. Je tourne légèrement la tête. Qu’il me pénètre, s’insinue jusqu’au plus profond de moi. S’immobiliser, se figer sous la chaleur dispensée, suspendre le temps. Disparue la rage contenue de cette vie domestique. Disparue la haine de Madame. Oubliée ma sœur. Moi, petite bonne, je frémis de bonheur par le soleil réinventée ; apprivoisés par sa chaleur, ma nuque, mon corps, mon cœur ? Le bleu des murs est plus bleu, le bahut et son ombre portée moins austères.
Frissons éphémères, fugitive douce folie que seul un peintre pourrait saisir.
Madame a sonné…
FG
Dimanche 12 décembre…
Fin d’après-midi…
Je n’en peux plus d’attendre devant la porte…
J’écoute… pas un murmure, pas un éclat de voix.
Une fois de plus, tu vas te dérober.
Tu ne diras rien.
Tu n’oses pas l’affronter.
Le silence se prolonge.
La lumière bleue de cet après-midi d’hiver caresse ma nuque.
Ah ! le souvenir de ta main sur ma nuque…
Et le goût de sel de tes lèvres m’enivre encore.
Non, je ne vais pas pleurer…
La pendule vient de sonner les quatre coups.
Je vais rentrer maintenant avec mon plateau.
Je ne tremblerai pas en reprenant le service à café en Copenhague.
Pas la peine de chercher ton regard, tu feras semblant d’être absorbé par ton journal.
Je refermerai tout doucement la porte…
MICHELINE

Mardi 4 Décembre, 9 heures
Réflexions décoratives et décisives
Mon monde est anguleux. Délicieusement perpendiculaire. Certains le disent aride et figé. Je n’y vois que clarté et appétit inattendu.
Oui, j’aime ces formes qui contiennent l’espace dans un signe simple et beau. N’y voyons pas là le besoin convenu de se rassurer au contour précis d’une géométrie limitée.
Non.
Je jouis physiquement de ces emboîtements d’espaces successifs. Je ressens, je perçois les tressaillements de l’air qui s’affole lorsque la température de la droite avoisine les 90. Brusquement condensé, il est alors pris au piège, limite, haie.
Toutefois, l’angle droit est surprise, méfions-vous. On le croit vertical et le voilà sans crier gare chemin du faire sur lequel notre regard s’allonge, reposé.
Je me surprends souvent à des rêves éveillés aberrants. Des cadres jeunes et vierges, aux bois encore luisants de cire sont ainsi happés goulûment par des rectangles démesurés et avides de plus de contenus. Je ris car je ne me lasse pas de cette surenchère, de cette boulimie de bords pointus aux mâchoires béantes. Dans ce ballet cannibale, ils se font échos, envahissent, débordent sur mon monde comme si la commode jetée à l’eau voyait ses sommets réfléchis à l’infini par une onde invisible.
Le temps tourne en rond et la courbe des choses me désole de son évidence vulgaire. Je m’évade… du coin de l’œil.
JOSEPH PUJOL
A peine son livre fermé, elle courut vite à ses occupations qui lui demandaient encore plus que ce qu’elle voulait : la liberté, oui être libre assumer son état de pauvreté. Le regard détourné de cette richesse, Martha se demandait comment vivre libre entre ces deux mondes séparés par un vaste fossé.
La tristesse rongeait son âme. Déterminée a soutenir ce regard moqueur, elle se dévoue cœur et âme pour aider les siens.
VISITE
Eurydice
13 février 1916. J’ai pris le plateau sans y faire attention, l’esprit ailleurs. En pensant " fais comme si de rien n’était. Avance, quoi qu’il advienne. Ne te retourne pas, sinon le charme sera brisé et tu seras changée en statue de sel, ou pire encore… "
Lire la suite du texte du CHIEUR.

Les secondes s’envolent et je n’ai que trop peu d’espace pour les rattraper. Autant le faire, ici, sur un coin de meuble ; entre deux décorations et quelques carrés de lumière. Raser les murs, là où se cache le soleil. D’ici, on ne me verra pas.
Lire la suite du texte de DAYLON.
Les servir n’est pas une tâche facile.
Il faut les voir sans regarder ou les regarder sans voir. Je ne sais plus.
Madame n’a pas apprécié mon regard de tout à l’heure.
Lire la suite du texte de YANK.
Je ne lirai pas les règles, je suis sincère.
La camionnette tombe en panne devant un stop. Nous partons à pied. Il fait chaud dans ce coin provincial. Nous nous immergeons dans un vide-grenier…
Lire la suite du texte de * :-).
À faire aujourd'hui
Lire la suite du texte de POST-IT.
Tes paupières se sont closes un instant tandis que de tes lèvres filait un soupir délicieux et puis, vivement, tu t'es détournée dans un sursaut de sagesse…
Lire la suite du texte de S_CL.

La nuque
En 1903, le peintre Hammershoi reçut commande d'un haut fonctionnaire du portrait de sa fille.
Si la commande de portrait n'était pas vraiment inhabituelle, quoique ce ne fût pas sa spécialité, en revanche les directives…
Lire la suite du texte de KOZLIKA.
07:20 Lien permanent
Commentaires
La contribution de Post-It est excellente. Bravo !
(Dites, Fourmi, le papillon, ce ne serait pas plutôt un lépidoptère ?)
Ecrit par : s_cl | 04 janvier 2006
S_CL : Post-It, ou le haïku autocollant !
Ecrit par : KA | 04 janvier 2006
« Une remarque : Plusieurs d'entre vous ont parlé d'une pendule, alors qu'il n'en figure aucune dans cette peinture de Vilhelm Hammershøi ou dans les autres de cet artiste figurant dans la Boîte. »
Et comme le chantait Bourvil :
(…)La taca taca tac tac tiqu',
Du gendarme,
C'est de verbaliser
Avec autorité.(…)
Remettons les pendules à leur…propriétaires !
Scotchant, l’effet papillon du Pos-it ;o)
Bravo à tous les participants… et puisque quelqu’une s’est permise d’écraser le coléoptère, je m’autorise à crier damned ! devant le NIC ta mère…
«(…) je ne saurais plus me saisir de la soupière de la mère de la mère de Monsieur (…)»
Ecrit par : MiniPhasme | 04 janvier 2006
Un MiniPhasme sur un post-it : il écrit comme un chat !
(chat rit)
Ecrit par : Papotine | 04 janvier 2006
Miniphasme, mais il fait le maximum ! :))
Ecrit par : nic | 04 janvier 2006
wouah !!! j'arrive en retard !!
meilleure chance la prochaine fois !
et bravo aux zoteurs !!
Ecrit par : sophiegda | 04 janvier 2006
Moi aussi j'arrive trop tard. Ah que voici une excellente idée ! A la prochaine, donc
Ecrit par : francis | 04 janvier 2006
S_CL: Merci pour votre lumière sur mon ignorance. J'espére seulement que si le papillon s'est brûlé à la lumière, la lumière qui a connu les ailes du papillon les a peut-être aimées.
Ecrit par : La fourmi | 04 janvier 2006
Hyménoptères,
lépidoptères,
coléoptères,
de l'air, de l'air !
Cadeaux :
rubis
http://www.kreu-fleuch.de/hautfluegler_fotos/images/myrmica_rubra_02.jpg
azur
http://ti.racoon.free.fr/galleries/Insectes/Papillons/papillon0091.jpg
menthe
http://www.geocities.com/agrofood_2000/images/Chrysomele.jpg
Ecrit par : s_cl | 04 janvier 2006
Oh le papillon bleu !! merci !
Ecrit par : Papotine | 05 janvier 2006
Un nouveau texte, reçu hors limite mais accepté après réunion du jury composé du patron, du vigile et de l'employé de surface de la Boîte - je suis multicartes !- figure désormais au sommet de cette page.
Il est l'oeuvre de SOPHIEGDA.
On attend toujours celui de KOZLIKA…
Ecrit par : KA | 05 janvier 2006
Mé non ! je l'ai envoyé en trackback tout à l'heure m'enfin ! Sur le billet de proposition. Pas reçu ?
Ecrit par : Kozlika | 05 janvier 2006
Un dernier texte vient d'être ajouté et figure au bas de cette page, c'est celui de KOZLIKA.
Auprès de qui je présente mes plus plates et plus confuses, à cause que j'avions point vu son traque-bac.
Ecrit par : KA | 06 janvier 2006
S_CL Magnifique ce lépidoptère bleu. ;-) Merci.
Ecrit par : La fourmi | 06 janvier 2006







