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08 février 2006

LA BOÎTE À RÊVES - 3 - textes

Seulement neuf participants pour cette troisième Boîte à Rêves, dont deux passablement en retard dont nous ne dévoilerons pas l'identité, m'enfin ce sont les deux dernières de la liste…




New York Movie, Edward Hopper, 1939.


LES TEXTES


L’ouvreuse

Elle était lasse de sa journée, l’appui du mur soulageait son dos fourbu. « Gone with the wind ». C’était la deuxième semaine de projection. Allait-il venir ce soir ? Elle ne l’avait pas attendu la semaine précédente. Il n’assistait jamais aux premières séances ; trop de monde. C’était un fidèle qui avait une prédilection pour les films comme elle les aimait. Pas les westerns, les films policiers ou d’action. Il allait descendre l’escalier étroit de son pas mesuré, régulier, s’arrêter à l’entrée de la salle. Il dirait « bonsoir », la frôlerait puis se dirigerait vers sa place habituelle, en bout du dernier rang. Elle l’accompagnerait jusqu’à son siège, la main posée sur son avant-bras puis prendrait sa canne blanche et la calerait contre le dossier du siège devant lui.

Le voyeur

Du dernier rang de la salle à moitié vide, il l’observait. La séance n’était pas commencée ; les ors et rouges cramoisis du décor pompeux du cinéma contrastaient, affadis cependant, avec la forme statufiée par la lumière tombant de l’applique en bronze, aux trois abat-jour rouges. Dans son uniforme bleu électrique qui moulait ses formes parfaites, perchée sur des talons aiguilles, l’ouvreuse, blonde Greta Garbo, nimbée par la lumière orangée, appuyée contre le mur ocre, attendait, rêveuse, les spectateurs au bas de l’escalier à moitié masqué par deux rideaux sang. Le coude droit reposant sur le bras gauche, replié à hauteur de la taille, elle caressait nonchalamment de la main droite son menton. Position parfaite du penseur de Rodin. Rêvait-elle de Rhett Butler ?

FG

•••


Ouvert et candide. Le type même du rire franc, qui entraîne malgré soi un sourire complice. Et pourtant, cet homme me met mal à l'aise, comme si sa présence ici n'était pas anodine, comme si notre rencontre était calculée. Je suis sûre que son regard me cherchait quand il m'a tendu son ticket. Il me cherche toujours, alors même que le film commence...

Calme et souriante. Comme l'était Jeanne, ma douce Jeanne. Elle est à son image, et quelle ironie de la voir ici. En m'enfonçant dans mon fauteuil rouge, j'ai presque pu sentir son épaule contre la mienne, comme il y a 25 ans. Le velours du siège a beau être passé, l'odeur émise par la salle est identique à celle qui y régnait lors de notre rencontre. Et comme à cette époque, le titre du film m'est bien égal. Tout comme celui de la semaine prochaine, et celui de la semaine d'après.

ORIGAMI


•••


ELLE

… et si elle ne m'aborde pas ? et si elle n’aime pas ma voix ? et si elle me trouve trop grande ? et si elle me trouve trop blonde ? .. et si elle n'aime pas mes chaussures ? et si elle me trouve trop petite? .. et si sa bouche ne me plaît pas ? .. et si ses yeux ne pétillent pas ? .. et si elle est trop blonde ? .. et si elle est trop grande ? .. et si son parfum est citronné ? .. et si elle ne me sourit pas ? .. et si elle ne porte que soie ? .. et si je n’aime pas sa voix ? .. et si elle me mord ? .. et si elle ne veut plus ? .. et si elle aime le thé ? .. et si je n’aime pas son Malibu ?

et si nos mains ne tremblent pas ?
et si elle me disait oui ?
et si elle m’aime ?
...

LUI

… et si je l’abordais ? et si elle me répondait ? et si je lui répondais ? et si elle m’aimait en secret ? et si elle m’écoutait en silence ? et si je m’approchais tout près ? et si elle n’aimait pas mon prénom ? et si je n’étais pas assez riche pour elle ? et si elle me trouvait trop petit ? et si elle n’aimait pas ma voiture ? et si ma mère ne l’aimait pas ? et si elle n’aimait pas les enfants ? et si elle avait de gros doigts ? et si elle était timide ?

et si elle ne m’embrassait pas ?
et si elle me disait non ?
et si je l’emmenais au cinéma ?


JF

•••


Belle, blonde, elle mange ses ongles ; dans la pénombre, comme un coup de dés, elle songe que si l’image de cinéma n’est pas un cliché, le spectateur n’est plus lui même au centre de sa perception ; elle pense au cristal de temps, le circuit le plus court entre le présent et son passé immédiat, où le passé ne se constitue pas après le présent qu’il a été, mais en même temps, dans un présent dédoublé en deux directions hétérogènes, dont l’une s’élance vers l’avenir et l’autre tombe dans le passé ; elle réfléchit à ce concept d’image-temps, image qui ne peut plus se résoudre par un prolongement horizontal, mais se recourbe sur elle-même ; elle saisit mal.
« Tu es trop conne », pense-t-elle.

Il se lève enfin, au moins une plombe qu’il attendait les gogues ; il ne supporte décidément plus les films dont les personnages parlent, blabla, et patati et patata, se la racontent, il veut de l’action, du sang, des explosions, pour penser son propre ciboulot lui suffit, pas besoin de payer pour une toile, plus la pièce refilée à l’ouvreuse ; cette conne catatonique, occupée à bouffer ses doigts depuis le début du navet, il imagine la coincer contre les urinoirs, faire péter les boutonnières de son costard de groom ; mais il réfléchit trop pour oser l’entraîner, il va la dépasser lentement, à la lisière de la lumière, et elle ne le verra pas, toute à son coma.
« Quelle conne », pense-t-il.

NIC

•••


C'était bien tout ce dont j'avais besoin. De l'obscurité, de la discrétion. Les mains tremblantes, j'avais jeté en vrac les pièces sur le comptoir, choisi n'importe quel navet au hasard, attrapé le ticket, et plongé vers la salle, comme on plonge dans l'oubli. Là, au moins, je pouvais me poser, reprendre un peu mes esprits…
Lire la suite du texte de KNO'.

•••


Se lever, et s'asseoir, dans un même mouvement. Et le faire naturellement. Bientôt trois mois que je la vois tous les samedis soirs de ma séance cinéma. Bientôt trois mois que je cherche…
Lire la suite du texte de MIKADO.

•••


LUI : Comme tous les lundis à la séance de 17 heures, je pose mon derrière d’académicien sur un fauteuil de velours du Rex. C’est le rare plaisir que je m’accorde…
Lire la suite du texte de ARILLE.

•••

L'ouvreuse

Souffler un peu ; mon dos ; mes pieds ; j'ai mal. Je ne peux pas arrêter ; j'ai besoin de ce job. Pas encore le droit de s'asseoir. Plus tard. Le dos au mur, ça soulage. Oui. Si je lâche le cinéma…
Lire la suite du texte de S_CL.

•••


Elle

Je suis ridicule à rester ainsi appuyée contre ce mur depuis tout à l'heure. Trois ou quatre personnes m'ont déjà prise pour l'ouvreuse et attendaient patiemment que je les conduise vers des fauteuils. Il faut que je me décide…
Lire la suite du texte de KOZLIKA.

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Commentaires

"Damnaide !"

Moi, je reviens jouer quand tu veux. C'est juste que j'ai promis à mes ancêtres de ne jamais écrire de texte à partir d'une toile de Hopper.

Ecrit par : M. LeChieur | 08 février 2006

M. LE CHIEUR : P'tain t'es chiant de changer d'adresse tout le temps ! Tu serais pas un peu romanichelle, toi ? Voleur de poules en plus, je parie !

Ecrit par : KA | 08 février 2006

tout le monde n'a peut être pas envie de retourner à l'école, prof vachard inclus ;-) désolée, ça me démangeait...

Ecrit par : insurgine | 08 février 2006

INSURGINE : Je ne note pas, je ne colle personne, y'a pas de punitions genre :
- Tu m'copieras cent fois « Je ne dois pas m'insurger parce qu'on est là pour jouer. »

Enfin bref, chacun fait ce qu'il lui plaît-plaît-plaît…

Ecrit par : KA | 08 février 2006

S'il vous plait monsieur prévenez moi la prochaine fois :)))

eikinox(@)yahoo.fr - (Le garçon qui s'y croit, tu sais !)

Ecrit par : Shaggoo | 12 février 2006

S_CL : Ton texte vient d'être ajouté à la page. Si c'est pas du service express, ça !

A propos : j'en profite pour signaler que dorénavant et désormais, la Boîte à Rêves sera mensuelle. En vertu du fait que des lecteurs, peu assidus (je ne parle pas de toi, S_CL), s'exclament régulièrement :
« Ah ! j'ai encore raté le jeu d'écriture ! »

Z'auront pû d'essecuz.
Prochain devoir le 28 février.

Ecrit par : KA | 15 février 2006

Ka. Zut ! Tu t'laisses aller et rends les autres (ceusses qui ratent les jeux !) responsables ! J'avais commencé à prendre goût à ce jeu. C'est bien d'avoir des contraintes, non seulement d'écriture mais aussi d'investissement perso dans une tâche. J'espère être rentrée avant la clôture du jeu... Combien de temps nous octroieras-tu ?

Ecrit par : FG | 17 février 2006

Le texte d'une auteuze passablement en retard vient d'être ajouté à la Boîte à Rêves n°3, alors que la Boîte à Rêves n°4 est annoncée pour demain !

Ecrit par : KA | 27 février 2006