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20 février 2006
L'ART ET L'INDUSTRIE - 1 - SHEELER
Pendant une longue période de sa vie, Charles Sheeler (1883–1965) s'intéressa à l'industrie.
Ses débuts dans la peinturlure sont influencés par les modernes français, notamment par Cézanne et Braque. Dès les années 1915, il photographie, dessine et peint des fermes dont les formes géométriques, extrêmement épurées, flirtent avec l'abstraction.

Side of White Barn, photographie, 1915
Mais il faut bien que Charlie gagne sa vie, vu que la peinturlure, c'est pas un vrai métier ! Grâce à ses talents en matière photographique, il vend des reportages sur les fermes et les usines américaines.
Et c'est ainsi qu'en 1927, Ford lui commande un reportage. Charlie se rend à l'usine de River Rouge, y prend moult clichés. C'est une ode à la machine, à l'industrie où l'homme n'est qu'un minuscule serviteur quand il n'est pas absent.

River Rouge Plant Slag Buggy, 1927

River Rouge Plant Stamping Press 1927
Cathédrales de fer et d'acier, tuyaux, cheminées, turbines et grues fascinent Sheeler qui déclare :
Our factories are our substitute for religious expression.
Rien que ça. D'autres artistes auront une vision bien différente du monde industriel, mais j'en parlerai plus tard parce que aujourd'hui, c'est le jour de Charlie.
Deux ans plus tard, notre homme photographie la cathédrale de Chartres comme il avait fixé l'usine Ford :

la cathédrale de Chartres 1929

River Rouge Plant, Criss-Crossed Conveyors, 1927
On notera le titre Criss-Crossed, qui rappelle Christ cross. Quand il a une idée dans la tête, Charlie, il ne la lâche pas !
En 1928, Sheeler est chargé de faire un reportage sur un paquebot, le SS Majestic. L'une de ses photos lui servira de base pour réaliser, en 1929, son célèbre Upper Deck :


De la même manière, il recycle ses photos de l'usine Ford en dessins et peintures :

American Landscape, 1930

Classic Landscape, 1931
L'usine tel un lieu idéal, hors du temps. L'usine qui fonctionne toute seule par la grâce d'un Saint-Esprit mécanique. L'usine aux formes pures, peintes en de délicats aplats silencieux.
La qualité c'est de bien faire les choses même quand personne ne vous regarde,
avait coutume de dire Henry Ford.

Ballet Mechanique, dessin au crayon Conté, 1931

River Rouge Plant, 1932

City Interior, 1936
Ce City Interior est sans doute l'une des plus belles toiles de Sheeler, et aussi l'une des plus connue avec la suivante, qui trouve également ses origines dans une photographie :

Wheels, photographie, 1939

Rolling Power, 1939
On ne peut que penser au célèbre Pacific 231 qu'Arthur Honegger composa en 1923.
(La Pacific 231 était la plus renommée d'entre toutes les locomotives à vapeur. C'est elle que Jean Gabin pilote dans la Bête humaine, film que Jean Renoir réalisa en 1938. En 1949, Jean Mitry tourna un fameux court-métrage intitulé Pacific 231 ; dix minutes d'images mettant en scène la locomotive, sur la musique de Honegger.)
À partir des années 40, le style de Sheeler évolue : grâce à son outil de départ qu'est la photographie, il réalise des surimpressions. Cette usine électrique de New Bedford (Massachusetts), par exemple…

Photographie prise aux alentours de 1938
… lui permet de dessiner ces :

Chimneys, 1946
La peinture de Sheeler devient de plus en plus géométrique, rejoignant ainsi l'esprit de ses tout premiers travaux.

Architectural Cadence, 1954

Composition Around White, 1959
Sheeler n'a pas peint que des sujets industriels, loin s'en faut. Mais ces oeuvres-là ont laissé une trace profonde dans l'imaginaire amerlocain des années 20 à 50, ont conforté cette toute-puissance du fer et du feu érigée en religion païenne, au service de l'indestructible American Way of Life.
Les images froides et précises de Sheeler, d'où tout sentiment personnel est absent, inspirèrent les hyperréalistes étazuniens des années 70, et notamment Richard Estes :

Grant's, sérigraphie, 1972
À propos de Estes, voir également le petit Précis d'hyperréalisme.
Demain, d'autres mots à propos de Sheeler, un autre aspect de son travail…
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Commentaires
LA SUITE, LA SUITE, LA SUITE !!!!!!!!!
Ecrit par : Gandalf | 20 février 2006
GANDALF : T'affole pas pépère, ça va viendre, puisque je te l'ai promis…
Mais à petites doses.
Ecrit par : KA | 20 février 2006
Pfff t'as plus la forme !!! L'âge peut-être !!! Patapé patapé....
Ecrit par : Gandalf | 20 février 2006
Je suis très impressionné par "River Rouge Plant Slag Buggy, 1927", sa composition superbe, ses noirs profonds, son éclairage dramatique, sa matière.
Je préfère "River Rouge Plant, Criss-Crossed Conveyors, 1927" à "la cathédrale de Chartres 1929".
Sa peinture lisse et froide est trop illustrative, voire décorative.
Merci pour la richesse des articles.
Ecrit par : ARTELIER | 20 février 2006
A TOUS : Dans le top100 du Site du Jour, la Boîte à Images est en 10ème position.
Je n'ai aucune idée de ce que ça me rapporterait d'être en première place, mais si vous pouviez aller y déposer votre note et votre commentaire, j'aurais une petite chance de le savoir :-)
C'est par là :
http://www.lesitedujour.com/v7/top100.php
Ecrit par : KA | 20 février 2006
De mieux en mieux KA!
La boite à images est deuxième du classement!
plus qu'un petit effort!
Ecrit par : Chtif | 21 février 2006
Ouaipe, encore un p'tit effort et je décroche le marshmallow d'or !
Ecrit par : KA | 21 février 2006
[[D'autres artistes auront une vision bien différente du monde industriel, mais j'en parlerai plus tard...]]
A quels artistes pensez-vous en particulier? Le suspense est insupportable. Je trépide d'impatience comme un ado qui va voir son premier "American Pie"... ;)
PS: Je dis peut-être une nananerie mais les peintures de la "maturité" (comme "Architectural Cadence" ci-dessus) de Sheeler ne sont pas un peu influencées par le cubisme (dans la lignée de Delaunay)?
Ecrit par : Pkntndlk8 | 23 février 2006
PKN etc. : Oui c'est ce que je disais ; Sheeler commença en étant influencé par les cubistes et l'abstraction géométrique. J'aurais voulu montrer plusieurs images de ses débuts pour alimenter et développer mon propos, mais n'en ai pas trouvé sur le ouèbe.
Les curieux consulteront "Charles Sheeler : Une modernité radicale" aux Ed. du Seuil.
Et les accros essaieront de se procurer :
-"Charles Sheeler : paintings and drawings"
-"Charles Sheeler : photographs"
par Carol Troyen & Erica E. Hirshler,
publiés par le Museum of Fine Arts de Boston.
Ces deux ouvrages, malheureusement épuisés, sont de très très très loin les deux meilleurs bouquins écrits sur Sheeler.
Moi j'm'en fous, j'les ai, eh eh eh.
Ecrit par : KA | 23 février 2006






