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27 mars 2006

LES JEUNES FILLES NE SONT PLUS CE QU'ELLES ÉTAIENT






De novembre 1995 à février 1996 eut lieu, à la National Gallery of Art de Washington, une grande exposition des oeuvres de Johannes Vermeer. L'affiche et le catalogue de cette exposition montraient la jeune fille au chapeau rouge qui appartient, justement, à la National Gallery of Art de Washington.

Un autre tableau, représentant le même personnage, appartient également à ce musée. Il s'agit de la jeune fille à la flûte :






Cette rétrospective fut ensuite montrée à la Mauritshuis de La Haye. Elle remporta - comme on s'en doute - un très vif succès et c'est ainsi que deux faux attestés gagnèrent, grâce à une affiche, une couverture de catalogue et un écrin constitué par une vingtaine de toiles ne souffrant aucune discussion, le statut d'oeuvres authentiques.

Ce genre de manipulation médiatique n'est pas tout à fait inédit puisqu'on assiste, depuis plusieurs années, à de subtiles "requalifications" d'oeuvres par différents musées. Des peintures qui étaient attribuées à X ou Y, dont on n'était pas certain de l'authenticité, se retrouvent officiellement estampillées à la faveur d'une expo.

Allez hop ! Ni vu ni connu j't'embrouille !

Et l'on voit par là que le bizness est plus important que la vérité historique.

Oui mais bon, me direz-vous, qu'est-ce qui prouve que les deux portraits de cette jeune fille sont des faux ? C'est vrai, ça ! Malraux disait qu'il s'agissait du troisième enfant de Vermeer, la plus jeune de ses filles. Même qu'il datait l'oeuvre des environs de 1670. Alors si c'est Malraux qui le dit, hein !

Oui eh bien justement, rappelons le fameux proverbe que je viens d'inventer tout exprès : Si c'est Malraux qui le dit, c'est forcément une connerie.

Et prouvons-le en examinant ces peinturlures et leur histoire.

Il s'agit de deux peintures sur bois. La première mesure 18 x 22,8 cm, la seconde mesure 18 x 20,2 cm.

Peintures sur bois. Déjà, là, on tique. Vermeer nous a laissé une trentaine de peintures, toutes sur toile. Pourquoi ces deux-là sur bois ? Quant aux formats, ils ont de quoi étonner aussi puisqu'aucune autre de ses oeuvres n'est aussi petite. La plus petite d'entre elles, la Dentellière du Louvre, mesure 21 x 24,5 cm.

Quand on a des doutes, on soumet l'oeuvre à des examens scientifiques qui, sans être les absolus détenteurs de la vérité, aident à tracer un chemin.

Or donc, on radiographie la jeune fille au chapeau rouge et l'on découvre, ô stupeur ! qu'elle a été peinte par-dessus un portrait dans le style de Rembrandt, représentant un homme avec un chapeau blanc. Le panneau a été retourné, la tête de l'homme est désormais en bas.






Aucune autre oeuvre de Vermeer n'a jamais été peinte par-dessus une ancienne. Pire : Vermeer ne traçait jamais d'esquisse préparatoire. En revanche, il est courant que les faussaires peignent sur un support (toile ou bois) datant de l'époque à laquelle ils veulent situer leur arnaque.

La jeune fille au chapeau rouge apparut sur le marché en 1925 à la galerie Knoedler de New York, la jeune fille à la flûte fut découverte par Bredius en 1906, dans la collection J. de Grez. Avant, rien.






Et c'est ainsi que dès les années 1940, certains historiens contestèrent la paternité de ces jeunes filles. L'un d'eux (Swillens) fit même remarquer que l'abondance de tics de Vermeer reconnaissables sur ces deux peintures suffisait à les qualifier de faux. Parce que trop, c'est trop.

Sauf que les Jeunes filles eurent tout de même de chauds partisans, dont voici les arguments.

1/ En 1822 eut lieu à Paris la vente d'une oeuvre attribuée à Vermeer, dont la description figurant au catalogue semblerait correspondre à la jeune fille au chapeau rouge : « Jeune homme représenté un peu plus qu'en buste, la tête couverte d'un chapeau de panne rouge à grands bords ; le corps enveloppé d'un manteau bleu. Un rayon de soleil éclaire en partie la joue gauche ».

Une jeune homme… avec des boucles d'oreilles, qui porte à l'évidence une robe sur l'autre peinture ! Les partisans de l'authenticité n'ont peur de rien, et surtout pas du ridicule.

2/ La chaise, présente sur les deux oeuvres, se retrouve sur d'autres toiles de Vermeer :




Soldat et jeune fille riant




Gentilhomme et dame buvant du vin




La leçon de musique




Jeune femme écrivant une lettre



Certes. Cela dit, rien de plus facile que de reproduire cette chaise. Oui mais regardez ! Dans la jeune fille au chapeau rouge, les têtes de lion de la chaise présentent une distorsion telle que celles obtenues avec une camera obscura*, couramment utilisée par le Hollandais. On y trouve même les petits points de lumière, caractéristiques d'une mise au point approximative !

__________
Je parlerai très bientôt de cette fameuse camera obscura, dont se servait Vermeer et d'autres artistes. Disons rapidement qu'il s'agit d'un appareil optique, une chambre noire qui permet de reproduire une vue, un paysage en trois dimensions, sur une surface plane qui n'en comporte que deux.


Et alors ! La belle affaire ! Pas compliqué non plus de reproduire ce type d'effet, qui n'a pour d'autre ambition que de nous convaincre qu'il s'agit d'un Vermeer.

Non vraiment, les évidences sont trop nombreuses pour que nous puissions penser que ces deux peintures soient authentiques, l'affaire est à peu près réglée.

Sauf que le mieux est l'ennemi du bien, et les partisans de l'escroquerie en rajoutèrent une couche en répandant un argument qui ne tient pas la route. Certains arguèrent, en effet, que la position de la jeune fille au chapeau rouge sur la chaise était bizarre, et que jamais au grand jamais lesdites chaises n'eurent leurs têtes de lion tournées vers l'extérieur, ainsi qu'on peut le constater dans La leçon de musique ou la Jeune femme écrivant une lettre.

En effet. Mais qui a dit que la jeune fille au chapeau rouge avait ses fesses posées sur la chaise ? Elle est en vérité assise derrière, sur un tabouret ou un meuble bas, et son bras s'appuie sur le dossier de la chaise proche.






On constate d'ailleurs, sur la jeune fille à la flûte, que les têtes de lion sont dans le bon sens, c'est-à-dire tournées vers l'intérieur.






À trop vouloir prouver la véracité d'une thèse, on en arrive parfois à dire n'importe quoi…

Afin de trancher définitivement, il faudrait qu'une analyse permettant la datation des pigments employés soit effectuée sur ces deux étranges peintures sur bois. Il n'est pas interdit de rêver, mais on imagine mal la National Gallery of Art de Washington autoriser un examen scientifique qui prouvera qu'elle s'est fait refiler deux peinturlures bidons. Même si elle ne les a pas payées, puisqu'il s'agissait de dons. L'effet serait désastreux sur la billetterie, un dollar est un dollar et merde à l'Histoire !

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Commentaires

fichtre...

Ecrit par : b0*bi | 27 mars 2006

Ces portraits sont très très mauvais
On n'a jamais su démontrer la différence entre une bonne et une mauvaise peinture, et pourtant, quand on voit de vrais et de "faux" Vermeer, il n'y pas photo, c'est cas de le dire.
Merci pour le voyage en peinture, j'ai bien envie de suivre la trace de cette fille qui écoute sous une carte et devant une fenêtre.

Ecrit par : l'homme dans la lune | 27 mars 2006

L'HOMME DANS LA LUNE : Il est facile de dire, une fois l'arnaque démontrée, que "ces portraits sont très très mauvais". Sauf qu'ils ne le sont pas, justement. S'il l'avaient été, on les aurait écartés d'un geste distrait dès leur apparition.

Ecrit par : KA | 27 mars 2006

J'adore ton nouveau proverbe.

Je ne manquerai pas de le ressortir au prochain trépané qui récitera devant moi la fameuse tarte à la crème, "comme disait Malraux, le XXIème siècle sera bla bla bla". Merci ! ;-)

(Heu... sinon, passionnant, ton billet. On se croirait dans "Un cabinet d'amateur", en observant ces vraies-fausses toiles. "Pour le seul plaisir du faux-semblant", comme écrivait GP).

Ecrit par : M. LeChieur | 27 mars 2006

Cela me fait penser à "Un Homme Remarquable" de Robertson Davies, sauf que tout comme l'homme dans la lune je n'apprécie pas du tout ces faux.

Ecrit par : digamela | 27 mars 2006

La jeune fille au chapeau rouge mériterait bien d'être un Vermeer.
Si ce n'est de lui, ce pourrait être d'un de ses onze enfants.
J'ai lu quelquepart que ce tableau était signé des seules initiales de Vermeer. Un de ses fils (ou une de ses filles hum...) avait peut être un prénom commençant par la même lettre.

Ou alors, un hypothétique élève...

Quant à la jeune fille à la flûte, elle paraît bien fade...

Ecrit par : Administratrice | 27 mars 2006

Oups j'ai oublié de changer mon nom pour le précédent commentaire : /
Je suis confuse (j'ai un blog chez Haut&Fort moi aussi)...
Admininistratrice = Sylviane.

Ecrit par : Administratrice | 27 mars 2006

ADMINISTRATRICE (ça c'est un pseudo ;-) :
1/ les deux portraits sont de la même main
2/ ils sont tous les deux sur bois
3/ une peinture ancienne se cache sous "la jeune fille au chapeau rouge".

Trois raisons plus que suffisantes pour rejeter ces deux oeuvres.

D'autre part, la "vue de Delft" est elle aussi signée des seules initiales. On ne peut rien spéculer à partir de ça.

Ecrit par : KA | 27 mars 2006

Comme d'habitude, c'est une enquête passionnante, maître Ka.
Pour des raisons de valeur financière ou sur le principe, il vaut mieux savoir à qui attribuer la toile. Mais puisque ces tableaux ont souvent été confondus avec des Vermeer, est-ce qu'il est important pour le plaisir esthétique de trouver la vraie paternité?

Ecrit par : Forestine | 27 mars 2006

En regardant la jeune fille au chapeau rouge, j'ai l'impression que le nez et la bouche sont "vus" et peints de manière "moderne". Mais, bon, voilà qui n'est pas parole d'expert!

Ecrit par : ania | 27 mars 2006

M. LE CHIEUR : Malraux a dit beaucoup d'âneries (je ne l'en aime que davantage), mais pas la tartàlacrème qu'on lui attribue, et en tout cas pas avec le sens strictement religieux qu'on lui confère généralement.

Alors, l'Empereur Inflexible condamna le Grand Peintre à être pendu.
Il ne serait soutenu que par ses deux gros orteils. Lorsqu'il serait fatigué...
Il se soutint d'un seul. De l'autre, il dessina des souris sur le sable.
Les souris étaient si bien dessinées qu'elles montèrent le long de son corps, rongèrent la corde.
Et comme l'Empereur Inflexible avait dit qu'il viendrait quand le Grand Peintre fléchirait, celui-ci partit à petits pas.
Il emmena les souris.

(En exergue au Miroir des limbes II)

Ecrit par : nic | 27 mars 2006

Merci beaucoup pour cette réponse très convaincante.

Ecrit par : Forestine | 27 mars 2006

"...Il est facile de faire un faux Van Gogh, un faux Rembrandt, un faux Seurat, un faux Hopper ou un faux Douanier Rousseau, un faux d'à peu près n'importe qui, en fait..."

D'accord pour Rousseau, Van Gogh (cf polémique sur la collection Gachet) et peut-être pour les autres. Mais on ne m'ôtera pas de l'idée que pour faire un faux Seurat il faut avoir un long passé psychiatrique. Et du temps. Beauuuuuucoup de temps.
Matisse ne s'y est pas trompé. ça l'a presque rendu dingue. Comme Seurat finalement (d'accord, d'accord, je simplifie un peu et c'est maaaaaaal).

Alors, au fond, est-ce qu'un faux dans "l'esprit de" (ou "dans l' esprit tourmenté de"), s'il est identifié comme tel, n'a pas lui aussi sa place dans une collection ?
D'ailleurs, pour les peintres chinois, et par extension dans les collections chinoises, cette notion de copie/faux/"dans l'esprit de" n'est un problème que depuis que les occidentaux ont mis leurs nez là-dedans. Dans la mesure -bien sûr- où l'oeuvre est au niveau du modèle.

Mes compliments à Maître Ka, le lire est toujours un plaisir.

Ecrit par : Phloeme | 27 mars 2006

PHLOEME : J'adore Seurat ! Qui n'est pas devenu fou, d'abord. Parce qu'il l'était (un peu) dès le début !

Dans cette histoire de vrai-faux, je ne parlais pas de la peinture chinoise puisqu'en extrême-orient le problème vrai-faux ou ancien-nouveau ne se pose pas.

On copie les maîtres anciens, on reconstruit à l'identique un temple multi-centenaire qui a brûlé (le Kinkaku-ji - Pavillon d'Or) et ça ne pose pas de problème, le temple nouveau sera aussi vénéré que l'ancien puisqu'il n'y aura pas de différence.

Et pareil pour la peinture, ou presque.

Mais par cheu nous on n'est pas dans cette mentalité-là…

Ecrit par : KA | 27 mars 2006

"Ce qui est difficile, ce n'est pas de copier, c'est d'inventer". Bien entendu, mais reste-t-il quelque chose à inventer ? Le risque est aussi, à mon humble avis, de vouloir inventer pour inventer.

Ecrit par : olaf | 28 mars 2006

OLAF : "reste-t-il quelque chose à inventer ?"
Certes ! Prenons l'exemple de la littérature : les Amerlocains ont dénombré 36 situations dramatiques de base, sur lesquelles les écrivains et les dramaturges brodent depuis des siècles. La littérature ne cesse pourtant pas d'être renouvelée.
Il en est (ou plutôt il devrait en être) de même en peinture.

"Le risque est aussi, à mon humble avis, de vouloir inventer pour inventer."
Re-Certes ! Nombre d'artistes contemporains empilent des cintres parsemés de guirlandes de Noël, ou autres stupidités du même acabit. Ils courent après la nouveauté, ils croient inventer.
S'ils avaient un minimum de culture artistique et de technique, peut-être seraient-ils véritablement inventifs. Sauf que voilà : jeter des gravats dans des pots de fleurs ou s'allonger dans un plumard, c'est quand même plus fastoche que de peindre ou sculpter…

Précision : je ne crache pas sur TOUT l'art contemporain, hein ! Juste sur les truands qui font se pâmer les snobinards.

Ecrit par : KA | 28 mars 2006

Un excellent article, absolument passionnant... et convainquant, merci!

Ecrit par : Sayuri | 28 mars 2006

"reste-t-il quelque chose à inventer ? "

oula, vaste débat dans lequel on s'engage, là!

pour ma part , je n'arrive plus à percevoir nulle part une réelle innovation (idem en musique).

Après avoir atteint des sommets dans le "beau", et le technique, on s'est mis à tout déconstruire. On a peint le vide, mis les gens en cube, on a peint sur tous les supports possibles, on a même mis de la merde en boîte.... que faire maintenant? impossible de choquer aujourd'hui...

d'ailleurs j'aimerais bien avoir l'opinion de KA sur ce tableau qu'un enfant avait peint il y a quelques années et qui s'était vendu très cher... Je me rappelle vaguement de cette histoire.

Ecrit par : Chtif | 28 mars 2006

CHTIF : Un tableau d'un enfant, oui, ça me dit quelque chose, cette histoire. Mais je n'ai plus aucun souvenir de "l'oeuvre" en question.

"peinture enfant" sur Goût-Gueule : 8 470 000 occurrences !

Si quelqu'un a une piste…

Ecrit par : KA | 28 mars 2006

je crois que ça représentait des "arbres" superposés, formes identiques mais couleurs différentes, quelque chose comme ça

Ecrit par : Chtif | 28 mars 2006

Bonjour,

"Quelque chose à inventer" ? à cette question se trouvera toujours quelqu'un pour répondre avec une immense culture que bin non, finalement, "je n'arrive plus à percevoir nulle part une réelle innovation". La posture n'est pas seulement blasée, elle me parait intenable, comme si l'imaginaire (créateur et spectateur) était mesurable, et qu'on ce soit aperçu, mesure faite, que tout est dit.

Ceux qui ont eu la curiosité de pétrir la glaise, de presser un tude de peinture où de placer les doigts sur un instrument de musique savent précisement que la vie est le contraire d'un musée. Au mieux, les oeuvres passées sont une trace tenue qui prend sens en ceux qui la poursuive. Encore cette poursuite est-elle sans but, ce qui la rend si passionnante.

On ne connait raisonnablement pas grand chose de ce qui nous pousse à créer. Il n'y a aucune objectivité qui conduise une oeuvre dans un musée, une autre dans l'oubli. Il n'y a rien dans un musée sur ce que nous serons. Alors une fin...

La création n'est pas "innovation" (un nouveau "produit" ?). La poésie n'est pas l'anthropologie. Un peu de courage, l'art n'est qu'à-venir.

Ecrit par : Patrick | 29 mars 2006

Bonjour,

Au sujet du peintre enfant: Serait-ce Virtus Rytter Petersen ?

Rapide recherche dans google sur requete:
"enfant peintre" contemporain

Dès la remière page. Le site de KA est impressionant et j'ai grand plaisir à le consulter et à admirer son érudition, mais en recherche sur Google y'a encore des progrès à faire ;-)

Ecrit par : Yannick Patois | 29 mars 2006

YANNICK : Ouah l'autre, eh ! I'm'traite !

Trouvé ça :
COPENHAGUE (AFP) - Dimanche 29 Mars 1998 - 16h21 heure de Paris - Un garçon danois de 5 ans, qui passait le temps avec son père en "barbouillant quelques toiles blanches avec des tâches de couleur", a vu trois de ses oeuvres retenues dans une prestigieuse exposition à Copenhague. Les trois tableaux abstraits de cet artiste en herbe, Virtus Rytter Petersen, ont été sélectionnés avec 86 autres parmi 2.571 peintures envoyées par des peintres plus ou moins connus du royaume. Ces oeuvres, exposées au musée d'avant-garde de Charlottenborg à Copenhague, ont été achetées à la première heure de l'inauguration, le week-end dernier, au prix de 3.500 couronnes (environ 500 dollars). C'est le père du garçon, Paw, qui avait décidé d'envoyer au jury les peintures en question, intitulées "Intégrité I, II et V", en omettant fortuitement d'indiquer l'âge de l'artiste. Paw, étudiant à l'Académie royale des Arts, avait amené un jour son fils, Virtus, voir son lieu de travail. Il lui avait tendu quelques toiles vierges et le garçon les avait colorées au pinceau. L'artiste n'a pas voulu dire s'il comptait faire une carrière de peintre. Selon sa mère, il est intéressé surtout par les jeux d'ordinateurs "où l'on se bat et tue ses ennemis", ajoute le journal qui rapporte l'affaire.

Les peinturlures en question sont vaguement visibles par ici :
http://img.photobucket.com/albums/v736/jj71/Virtus.jpg

Tout ça me rappelle l'affaire Boronali, dont voici un compte rendu par là :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Boronali

J'suis sûr que Yannick, il connaît même pas ce grrrand artiste que fut Boronali, d'abord.

Ecrit par : KA | 29 mars 2006

Inventer, ce n'est sans doute pas le bon terme. Excepté quand on copie (et encore), on invente toujours quelque chose, reste que dans l'immense majorité des cas c'est de peu d'intérêt, et que rares sont les oeuvres dont la réception provoque une véritable rencontre, comme une évidence soudaine (même si elle est longue à se mettre en place) dont le dialogue pourrait être le suivant
- Trop fort, si ça n'avait été fait, il aurait fallu l'inventer !

Ecrit par : nic | 29 mars 2006

"on invente toujours quelque chose, reste que dans l'immense majorité des cas c'est de peu d'intérêt". Je ne suis pas sûr que le mot intérêt soit également "le bon terme".

J'écrivais précédement que l'imaginaire de l'auteur, au même titre que celui du spectateur, ne me semble pas mesurable. L'objet d'intérêt du créateur à donc peu de chances, au départ, de rencontrer un spectateur, sauf à admettre l'existence d'une recette que je suis curieux de connaitre (le marketing invente la mode, mais l'intérêt pour la mode est, par nature, éphémère...).

Il parait également difficile de concevoir que l'ensemble des oeuvres qu'on entretien si précieusement dans un musée fasse l'objet d'une sorte de reconnaissance universelle sur l'aquelle s'appuierai l'intérêt général d'une société. En un sens, le "patrimoine" est un héritage en peau de chagrin d'oeuvres qui n'en demandaient peut-être pas tant. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne méritent pas d'y être, mais bien qu'il s'agirait de ne pas leur faire porter la charge de représenter celles (toutes celles) qui n'y sont pas.

Car celles qui n'y sont pas n'en on pas moins fait vibrer les émotions de ceux qui les ont croisées. Il n'est pas difficile d'imaginer qu'elles aient même pu avoir un immense intérêt pour certains, sauf que, bien entendu, "l'immense majorité" des visiteurs de musées n'en saura jamais rien.

J'aime bien le calme des musées. Ce sont des lieux où l'on ne risque que rarement le vertige, les "véritables rencontres" y étant si rares. La preuve : il y a de moins en moins d'endroit pour s'assoir.

Ecrit par : Patrick | 30 mars 2006

Concernant le gamin et ses toiles vendues dans un grand musée, je veux faire une remarque qui vaut ce qu'elle vaut (qui doit bien valoir quelque chose puisque je la fais).

Dans un autre domaîne, journaux, libraires et "spécialistes" placent souvent, sous les appelations "littérature" ou "poésie", des choses qui n'ont pas grand chose à voir avec celles-là. Difficile de démêler là-dedans.
Si l'on essaie, on finit par s'entendre dire qu'il est difficile de juger de toutes les façons, que le temps, seul, fera la part des choses... Ce qui a pour resultat de ramollir l'esprit et l'oeil.

D'où les toiles d'un minot dans un grand musée.
Il ne fait pas de doute que cet embrouillamini, cette mollesse existent aussi dans la peinture contemporaine.

Ecrit par : Niemand | 30 mars 2006

PATRICK : Oui, le mot "intérêt" n'est pas bien choisi - trop intéressé.
Pour la rencontre que j'évoque, il s'agit plutôt de la coïncidence de deux trajectoires, deux histoires singulières dans leur environnement culturel, dont la complexité fait croire au miracle ; il est tellement improbable que l'oeuvre d'un inconnu nous parle intimement, et pourtant...

Ecrit par : nic | 30 mars 2006

NIC : "improbable que l'oeuvre d'un inconnu nous parle".

Je ne sais pas trop, mais il me semble que quelques milliards de possibilités dans un tirage au sort concernant quelques milliards d'individus, ça ne doit pas faire des statistiques si faibles que ça. Enfin, je dis ça sans être spécialiste, mais j'imagine que l'inverse a autant de chance : il semble improbable de NE PAS toucher où être touché par l'autre. On croise tellement "d'autres", dans une vie. Tiens, nous deux, par exemple... et les autres qui nous lisent. Improbable ?

L'obstacle principal, celui qui rend de facto les rencontres improbables, me parait plutôt être, dans bien des cas, une question de regard porté. Il conviendrai de ne pas fixer trop longtemps le bout de ses propres chaussures, la route empruntée n'a peut-être pas l'importance qu'on lui accorde. Voir : la peur de l'inconnu ne mérite pas cette limitation auto-justificatrice de nos horizons.

Quoi de plus subjectif que la création artistique ? bin j'vois pas. Or donc, un peu de courage, disais-je : relevons le nez au vent, pour le(s) plaisir(s) de la subjectivité.

Ecrit par : Patrick | 30 mars 2006

PATRICK : Oui, oui, à ceci prêt : vous me touchez (entrez en contact) aisément dans la mesure où nous nous adressons l'un à l'autre, ce qui sensiblement différent, par exemple, d'un livre écrit il y a des siècles et qui va me toucher comme le définit Kafka : "Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous" *.
Pas si fréquent, tout de même, non pas improbable (le mot est en effet mal choisi - basta les statistiques) mais tellement singulier (deux subjectivités qui font des étincelles) qu'il paraît ne pas pouvoir advenir, comme l'amour, tellement compliqué et si évident.

* Sur le sujet, pour les CM2, les collégiens - et plus vieux, si affinités : "Le livre : tout un roman ! (éditions Autrement).

Ecrit par : nic | 30 mars 2006

NIC :
Pas si fréquent, en effet, et assurément singulier, ces rencontres.

Pour en revenir au sujet de départ : sans "invention", pas de "rencontre". Et sans rencontre, qu'est-ce qu'on s'ennuierai. Alors "inventons" sans complexe, les musées ne devraient être que pour nous y inviter. Sinon poussière triste.

Aussi je tiens à remercier notre hôte d'avoir crée... les conditions de ces échanges (une autre forme "d'invention" qui pourrait bien, de temps à autres, produire aussi quelques "étincelles").

A propos de ces étincelles, justement, une idée que j'aime bien : ne pas confondre le chemin et le but. La création est un chemin, l'étincelle un accident de parcours. Le but : le plaisir. Merci à NIC pour ces échanges qui m'en ont assurément procuré.

A vous retrouver bientôt,

Patrick

Ecrit par : Patrick | 31 mars 2006

PATRICK : merci, et en effet merci à KA et longue vie à la BàI - espérons que les rapaces n'auront pas le dessus.

Ecrit par : nic | 31 mars 2006

cette phrase est fausse

Ecrit par : OrsonWelles | 31 mars 2006

Maintenant que vous avez bien expliqué comment faire un faux Vermeer, je m'y applique de suite !

Ecrit par : Vroumette | 03 avril 2006