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21 avril 2006

DON DE DOUBLE VUE

Un article traitant du même sujet est publié conjointement sur Short Stories. Nos regards divergent, et voilà pourquoi c'est intéressant !


En 1998, Mario Sorrenti concocte une série de photographies pour Yves Saint-Laurent Rive Gauche :






Tout le monde aura reconnu ces reprises, ces réinterprétations de peintures célèbres. Comparons-les avec les oeuvres originales.






Le sommeil par Gustave Courbet, 1826


Le couple de femmes a été remplacé par un couple homme-femme. L'homme est habillé, et on remarquera la même pruderie sur les photographies suivantes (j'en reparlerai plus tard). Le collier brisé - trace éloquente du combat qui s'est livré - est toujours présent et, comme sur la toile de Courbet, il voisine avec un singulier repli des draps. Qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit nullement d'un hasard ; cette astuce, dont on retrouvera trace dans une autre toile de cette série, fut bien souvent employée dans les siècles précédents :




La cruche cassée de Jean-Baptiste Greuze, 1785

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Jeune homme au bord de la mer par Hippolyte Flandrin, 1836


Une femme a été ajoutée, et l'on comprend maintenant que c'est ici que réside le premier principe de la série : homme-femme. Cette dernière est habillée, et la couleur de son vêtement identique à celle du rocher contribue à mettre l'homme en avant, à signaler qu'il s'agit d'une citation. Là apparaît le deuxième principe de la série : torse nu-torse vêtu.

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Les trois Grâces par Jean-Baptiste Regnault, 1793


Là encore, un homme a été ajouté et la distance qui le sépare du trio féminin insiste encore une fois - un peu lourdement - sur la citation.

Contrairement à ce qu'on peut voir sur la peinture, la femme photographiée de gauche cache son sexe avec sa main. Pruderie, encore. Afin de créer l'équilibre, celle de droite en fait autant bien que cela ne soit pas nécessaire si l'on se place en terme de censure.

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Madeleine à la veilleuse par Georges de la Tour, 1630-1635


Pas grand-chose à dire sur cette revisitation, si ce n'est que l'homme est abondamment, abominablement tatoué. Les tics à la mode de 1998 paraissent aujourd'hui bien ringards…

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La baigneuse de Valpinçon
par Jean-Auguste Dominique Ingres, 1808


La baigneuse de Mario Sorrenti est très fidèle à celle d'Ingres, dont c'était le motif favori (il la réutilisera dans deux oeuvres ultérieures : La Petite Baigneuse, Intérieur de Harem qui date de 1828, et dans le Bain turc de 1867).

On notera toutefois une différence au niveau du mollet et du pied droits. Rien de plus normal, puisque ce pied droit ingresque est faux d'un point de vue morphologique. Faux, d'une fausseté sans doute voulue puisqu'on retrouve d'autres pieds étranges dans plusieurs de ses oeuvres.

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Vénus au miroir par Diego Velázquez, 1649-1651


L'angelot a disparu, et avec lui le rappel coloré des deux rubans (l'un sur le miroir, l'autre porté en bandoulière). Dommage. La photographie, abandonnant ainsi les tonalités gris-rose, opte pour ce bleu verdâtre qu'on retrouve sur plusieurs images de Sorrenti.

La Vénus de Velázquez se contemple dans le miroir, celle de Sorrenti nous dévisage. c'est là le troisième principe de la série : ce regard à nous adressé.

Aux pieds de la Vénus, un homme encore une fois habillé pour respecter la contrainte torse nu-torse habillé. Est-ce l'angelot qui aurait perdu ses ailes en grandissant ? Son miroir est peut-être une évocation de l'éventail que tient la Grande Odalisque d'Ingres, un rappel aussi de sa ceinture abandonnée sur le tissu doré.





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Olympia par Édouard Manet, 1863


L'homme à la place de la femme, habillé encore. Ici s'affiche le quatrième principe de la série : l'inversion des rôles.

Le chat a disparu, la servante noire torse nu porte un bouquet différent. Peut-être est-elle un souvenir de la Jeune Orpheline au cimetière de Delacroix, ou de la Négresse de Marie-Guilhelmine Benoist :




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Gabrielle d'Estrées et la duchesse de Villars,
École de Fontainebleau, vers 1594


La femme vêtue, et l'homme dénudé. Hormis le fond obscurci - à l'instar des autres photographies - ce cliché est fidèle jusque dans la position des doigts, les plis du rideau. (Voir par ici mon article sur Gabrielle d'Estrées.)

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Le déjeuner sur l'herbe par Édouard Manet, 1863


Avec la Joconde, cette toile de Manet est l'oeuvre picturale la plus détournée, plagiée, honorée (voir ce pique-nique dont j'ai récemment parlé). Pas étonnant de la retrouver ici, donc.

Le fond obscur, deux hommes nus dont l'un tatoué et la femme portant un costume masculin. L'homme de droite, le dur le tatoué, ne respecte pas la position originale : il ne lève pas la même jambe et sa main droite cache son sexe (mais pourquoi j'insiste sur ce point ? se demande le fidèle lecteur ; attends attends, ça va viendre…)

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Bon, là, je ne vous fais pas un dessin, hein ! Pourquoi cette reprise un tantinet attendue, un peu trop, même ? Une demande expresse du client ? M'est avis qu'on aurait pu s'éviter la citation léonardesque et cet éphèbe hyper-tatoué dans une position tant de fois peinte.

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Le verrou par Jean-Honoré Fragonard, vers 1777-1778


L'homme torse nu, la femme habillée, les rôles inversés comme dans les autres citations. Chez Fragonard, la femme voudrait - sans beaucoup de conviction toutefois - empêcher l'homme de fermer le verrou. Chez Sorrenti, l'homme est abandonné, peut-être évanoui. On pense aux innombrables Pieta et autres descentes de croix.




La Pieta de Michel-Ange, entre 1498 et 1500



Pourquoi Sorrenti n'a-t-il pas du tout respecté l'agencement du lit et de la tenture alors qu'il fut plus scrupuleux dans d'autres photographies ?

Est-ce parce qu'il jugeait cette partie inintéressante ? Je ne crois pas. Je pense, au contraire, que Sorrenti a bien vu que ce lit ne s'accordait pas avec le quatrième principe de la série : l'inversion des rôles.





Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand



Un lit, dont le coin représente à n'en pas douter le genou d'une jambe gauche pliée, largement écartée (le tissu du lit et celui du jupon de la jeune femme sont identiques) ;
- à gauche de cette jambe, une bande de tissu rouge à l' endroit du sexe féminin ;
- plus loin vers la droite, un oreiller figurant une poitrine aux tétons durcis.

Voici donc un lit, qui est aussi une femme offerte. Et comme ce n'est pas suffisant, nous avons également deux sexes géants :
- un sexe masculin à gauche, figuré par cette tenture qui forme deux boules sur la table avant de se dresser ; un sexe, placé entre les jambes de la femme-lit ;
- un sexe féminin à droite, dans les plis de la tenture au-dessus de l'oreiller.

Ajoutons à cela le fruit sur la table, la cruche derrière la tenture… Autant de signes qui ne peuvent s'accorder avec cet homme évanoui dans les bras de la femme dominante. En conséquence, il était indispensable de modifier ce lit et cette tenture jusqu'à leur ôter toute signification érotique.

À propos du Verrou, voir aussi ce billet intitulé autour du Verrou.

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Y a-t-il déperdition, transformation, innovation ou copie dans cette série de photographies ?

Sûrement pas une copie qui par définition se cache, ne dit pas ce qu'elle est. Ici, les références sont affichées et même si tout le monde n'est pas capable de citer d'autorité le titre de toutes ces oeuvres et leurs auteurs, chacun aura au moins un sentiment de déjà vu à la contemplation de ces photos.

Une innovation ou une transformation ? Bah… Le détournement pictural est une pratique courante en publicité et tenter d'insuffler dans des chefs-d'oeuvre une quelconque innovation dans le but de nous vendre un produit ou une marque relève de la gageure. Certes, les aficionados reconnaîtront tel ou tel mannequin et s'extasieront sur ses formes, sa beauté. Une beauté qui sera oubliée dans dix ans alors que Manet, Courbet, Ingres ou de La Tour seront toujours là, présents dans nos imaginaires.

Une déperdition, alors ? Bein oui. Si les quatre contraintes que sont le couple homme-femme, l'alternance torse nu-torse vêtu, le regard à nous adressé et l'inversion des rôles sont des parti-pris intéressants, on s'aperçoit qu'ils mènent à quelques impasses.

1. Le couple homme-femme devient stupide quand on choisit des oeuvres qui ne présentent pas déjà un couple. L'exemple de la Joconde revisitée est le plus flagrant, mais les relectures des trois Grâces de Regnault ou de la Madeleine à la veilleuse de Georges de la Tour nous montrent qu'on pourrait, tout simplement, couper les photographies en deux pour n'en garder que la partie gauche. Ou la partie droite. Ou aucune des deux.

2. L'alternance torse nu-torse vêtu, outre qu'elle nous fatigue le regard avec des mannequins tatoués, aura contraint Sorrenti d'habiller la jeune femme dans le portrait revu et corrigé de Gabrielle d'Estrées et sa soeur. On aurait préféré la voir torse nu, comme dans la peinture originale.

D'autre part on remarquera que les hommes, quand ils sont nus, se cachent toujours le sexe (ainsi qu'une femme dans la reprise des trois Grâces. La maison Yves Saint-Laurent avait des préventions qu'elle oubliera en 2002 avec cette photo de Solve Sundsbo :






3. Le regard à nous adressé ôte la charge érotique présente dans certaines des oeuvres originales : celui de l'homme couché dans le Sommeil de Courbet annule l'effet de voyeurisme ; celui de la femme dans Jeune homme au bord de la mer renvoie ledit jeune homme à son statut d'image citée.

4. L'inversion des rôles amoindrit les oeuvres. On l'a bien vu dans le cas du Verrou de Fragonard, et l'on constate que la charge érotique du Sommeil de Courbet est réduite à néant avec cet homme vaguement androgyne vêtu de noir. Eût-il été nu, d'ailleurs, que son regard n'eût rien changé à l'affaire. Quant à la dimension proprement scandaleuse de l'Olympia de Manet (n'oublions pas qu'il s'agit d'une prostituée), elle n'est plus qu'un souvenir.

Mais cessons d'être négatif, que diable ! Cherchons des points satisfaisants dans cette collection de clichés glauques (GLAUQUE, adj. Qui est d'un vert blanchâtre ou bleuâtre comme l'eau de mer).

Le pli dans les draps du Sommeil revisité est judicieux, sûrement plus parlant ainsi que dans la toile de Courbet où il est réservé à des "amateurs avertis". La baigneuse de Valpinçon est bien rendue et le portrait de la servante noire dans l'Olympia est une habile transposition, tout comme l'abandon de l'homme du Verrou joue finement sur deux registres, deux tableaux.

Et puis ces photographies auront au moins eu cet avantage : celui de nous donner l'opportunité de contempler quelques peinturlures de qualité. Rien que pour cela, remercions Mario Sorrenti !

Pour une interprétation parfois différente de cette série, allez donc lire Short Stories !

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Commentaires

Bravo ! Génial de voir... à quel point on voit différemment la même chose !

Il y a eu 2 versions visuelles sur le parfum M7. Ce visuel M7 de YSL est sorti dans la presse gay essentiellement. La presse généraliste et féminine a sorti la version avec la vue sur le buste nu du modèle, sans le bas.

En revanche, YSL a fait une campagne très nue sur Opium, en affichage et en presse (après 2000, je ne me rappelle plus la date exacte). La campagne en cours, avec Kate Moss, est aussi très chargée érotiquement. Mais sur la mode et la maquillage, YSL choisit un positionnment qui exclut le sexe, peut-être pour se différencier de pas mal de marques de luxe qui ont adopté ces codes.

En revanche, je trouve que les photos restituent l'érotisme, là où on ne l'attendait pas, mais à titre métaphorique. En regardant encore les visuels, par exemple, je me suis aperçue qu'il remet les oreillers-seins de Fragonard dans sa relecture de l'Olympia, alors qu'il semblait avoir fait disparaître les seins du modèle : la fille au torse nu a ses seins cachés par les fleurs. Alors du coup, ces fleurs sont peut-être plus érotiques qu'on ne le pense. D'autant plus que le geste de l'homme allongé, qui soulève le drap, renvoie au tableau Le Sommeil. Les fleurs, avec leur couleur chair, sont-elles une métaphore du sexe masculin ? Rien ne le dit explicitement sur la photo, mais étant donné l'association pratiquée sur la tableau Le Verrou, on peut penser que Sorrenti a pu reproduire l'effet en inversant les signes, et en choisissant de faire voisiner sexe masculin(fleurs)/seins cachés mais signalés par les oreillers, sur sa "repro" de l'Olympia.

Je découvre plein d'autres références possibles ici. :)

ça vaut la peine de chercher s'il y a des "doublons" de signes un peu partout dans la série. En effet, les mains qui cachent les sexes sont trop évidentes. Sorrenti a peut-être caché pour montrer autrement. Parce qu'en effet, par rapport à la marque YSL, le brief ne permettait sans doute pas d'aller vers des codes ouvertement sexuels. Mais ce n'est pas un problème de censure à mon sens, c'est plutôt une question d'identité de marque et de positionnement.

Ecrit par : flo | 21 avril 2006

FLO : Sans doute, y a-t-il encore des tas de choses à découvrir dans cette série et je m'en veux d'avoir oublié de signaler les oreillers dans l'Olympia revisitée (je les avais vus, bon sang ! :-)
Va falloir qu'on en reparle, qu'on scanne à nouveau ces images, qu'on déniche leur ordre de parution…

En ce qui concerne la campagne M7, j'avais publié les deux photos par ici, dans mon article intitulé ÊTRE AU PARFUM :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/12/27/etre-au-parfum.html

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

merci monsieur pour ce bel exposé .. manque la "Scène" de Girbaud ... ;o)
je note toute la raideur de notre époque, son goût pour une esthétique morbide de la femme (les tons métalliques, les visages fades et tristes, la maigreur etc..) ; simplement, regardez la Vénus au miroir et son "interprétation" : chez Velasquez la légéreté et la grâce, l'abandon, le plaisir, l'instant semble saisie, la toile semble vivre, chez Saint Laurent, tout semble artificiel, l'homme pose exagérément, le corps n'invite pas aux caresses, la raideur de notre belle se retrouve ici dans une sorte de difficulté à supporter son propre corps. Bon, certaines sont plus réussi, dans le sens du naturel, mais finalement, on pourrait dire que chez St Laurent (j'omets volontairement le nom du photographe), la femme est un porte manteau, et l'homme se ballade avec un baton dans le ... dos. bref, une vision bien chrétienne :o) alors, tel que je le disait : la peinture mets la lumière en vie, la photo mets la vie en lumière. Et la vie au 21eme siècle, c'est pas gégé. notre rapport au corps aurait - il changer à ce point qu'on ne le supporte plus ?
bien à vous,
v/

Ecrit par : valery | 21 avril 2006

VALERY : Ah que j'aime ce commentaire ! Et cette phrase que je vais m'empresser de voler (si je ne l'oublie pas) : "la peinture mets la lumière en vie, la photo met la vie en lumière."

En ce qui concerne la Cène de Girbaud, j'en ai parlé par deux fois par ici :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/02/27/la_cene_du_crime.html

et par là :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/03/11/marithe_fran%C3%A7ois_pierre_et_gil.html

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

Un éventail ? Où ça ?
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000068249.html

Ironie suprême, cette version se trouve à New York ;
=>c’est précisément dans cette ville que l’Odalisque ingresque fut censurée à cause de cet objet jugé obscène, au grand dam de ces dames !
http://www.guerrillagirls.com/posters/getnaked.shtml

Ceci dit, Ingres a sans doute privé son Odalisque d’éventail pour éviter que la toile ne… s’évente…

Ecrit par : MiniPhasme | 21 avril 2006

... il faudrait créer un *fan* club !

Ecrit par : MiniPhasme | 21 avril 2006

MINIPHASME : Guerrilla Girls = Godzilla Girls
Un fan-club, sûr qu'il va doper les ventes… aïe !

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

C'était vraiment super... pourquoi j'ai pas eu des cours comme ça aux Beaux-Arts?

Ecrit par : la fripouille | 21 avril 2006

LA FRIPOUILLE : Parce que des gugusses comme moi ne sont pas passés sous les fourches caudines de l'Education nationale.
La vue large est un avantage de l'autodidactisme, l'interdiction d'enseigner pour motif de non-appartenance au sérail des diplômés en est l'inconvénient.
(Dans le même temps, les enseignants ne se gênent pas pour utiliser mes articles dans leurs cours…)

Quant à flo, ma complice dans ce couplé d'articles, ses diplômes commerciaux auraient certainement mauvaise presse aux Beaux-Arts !

"Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer", disait Figaro.

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

Bonjour, permettez moi d'abord de vous remercier pour votre blog dans son ensemble, et pour ce billet en particulier.
Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire de Valéry, mais je rajouterai quelque chose à propos de ce courant "pictorialiste" actuel de la photographie publicitaire. Outre le fait de souligner bien involontairement la supériorité de la peinture en regard de ces ersatzs, ces publicités montrent la peinture sous une forme édulcorée : "l'imagerie". Ces publicités ne sont-elles pas de superficielles images s'attachant plus à la forme qu'au fond ? La platitude de ces images ne provient-elle pas non plus du fait que ces images se veulent didactiques ? Le hiatus entre peinture et publicité pourrait justement se situer dans cette différence essentielle, l'une (la peinture) n'a pas de "message" particulier à véhiculer, l'autre (la publicité) bien qu'elle s'en défende, a un message ou justement une "image" à transmettre et une vente à assurer.
La peinture (la bonne), n'est jamais imagerie : elle explore les solutions plastiques de son art et recherche à montrer ou toucher du bout de son pinceau le frémissement du monde… beau programme en vérité, bien loin de ces froides images qui a trop vouloir être signifiantes, manquent le coche…
merci encore …
—Hélix

Ecrit par : Hélix | 21 avril 2006

Un chasse mouche à merde ou l'appel du trouduc ?

Un ange portant miroir ?
http://fbecuwe.free.fr/licodam.jpg

Ecrit par : Danielle | 21 avril 2006

Tout cela confirme ce que je savais déjà : la pub n'invente rien, elle récupère.
C'est un gros estomac qui sert à ruminer des fragments d'art pour vendre à peu près n'importe quoi à vraiment n'importe qui.

Si l'on fermait les musées, les "créatifs" pourraient se faire des cheveux blancs (craie-à-tifs ???).

Ecrit par : kalle | 21 avril 2006

A TOUS : Ça me plairait que les lecteurs de la Boîboîte aillent lire ce qui se dit de fort intéressant sur Short Stories, et y déposent leurs commentaires…
http://shortstories.blogs.com/short_stories/2006/04/don_de_double_v.html

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

A propos de l’Odalisque d’Ingres privée d’éventail (Metropolitan Museum à New York)

J'ai pris vostre éventail, Madame,
Mais n'en soyez pas en courroux,
Songez à mon ardeur, considerez ma flâme,
Vous verrez que j'en ay plus de besoin que vous.

Mathieu de Montreuil (1620-1691)

Ecrit par : Micheline | 21 avril 2006

MICHELINE : Comme c'est joliment dit ;-)

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

Petite précision sur les couleurs des photos : nous avons récupéré des images qui provenaient de scans, et il y a de la trame qui ternit les couleurs, qui fait parfois un peu "vert", ce que nous n'avons pas pu corriger. Les photos originales sont plus qualitatives en terme de rendu.

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette campagne, c'est qu'elle donne l'occasion de sortir d'une vision "fermée", selon laquelle il y aurait d'un côté l'image de commande (de type publiciatire par exemple) et de l'autre l'image purement artistique, hors contexte social ou financier. Dans un premier temps, une image est fortement liée à son contexte, elle en est pour ainsi dire prisonnière ; au fil du temps, elle prend le pas sur le contexte, et on porte sur elle un regard différent. Le portrait de tel monarque est réalisé d'abord à des fins de communication et de représentation sur la scène publique ; le temps passant, d'autres critères de lecture émergent.

Récupération ou inscription dans une esthétique picturale dans le cas de cette série ? Eh bien, les deux. mais il ne faut pas s'enfermer dans une acception péjorative du terme de récupération, c'est s'empêcher de voir les clins d'oeil introduits par Sorrenti -qui est un artiste, exposé dans des musées londoniens, ce n'est pas n'importe qui quand même...

ah, pendant que j'y suis, je précise un point sur lequel Alain et moi nous sommes interrogés : il y a 11 photos dans la série. Comme me le disait Alain, 11, c'est étrange. On fait une série de 10 ou de 12, mais 11 ça ne tombe pas "juste". Il y a peut-être des visuels autres, que nous n'avons pas trouvés. Ou alors le photographe s'est volontairement arrêté à ce chiffre, peut-être pour dire que ce n'est théoriquement pas achevé ? là, on ne sait pas... Nous ne connaissons pas non plus l'ordre dans lequel les photos ont été créées, ni l'ordre de parution (je ne suis pas en possession du plan media). Pour la petite histoire ça serait intéressant.

Ecrit par : flo | 21 avril 2006

FLO :Ouaipe ! On aimerait disposer d'images de meilleure qualité, une éventuelle 12ème, ainsi que toute autre précision de quelque nature que ce soit. À vot'bon coeur m'sieurs-dames !

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

En voici
http://www.textanalyse.dk/Billeder/Kunst%20i%20reklame,%20Yves%20Saint%20Laurent.jpg

http://www.textanalyse.dk/Billeder/Yves-SaintLaurent,%20model%20Kate%20Moss%20m%20fl.jpg

http://www.createbrand.ru/images/zap/image_3259.jpg

Ecrit par : Micheline | 21 avril 2006

Encore
http://www.lapanse.com/pages/pubs/kate-moss/kate-moss-sorrenti-ysl-gabrielle-estree.html

http://www.lapanse.com/pages/pubs/kate-moss/kate-moss-sorrenti-ysl-fragonard-le-verrou.html

http://www.lapanse.com/pages/pubs/kate-moss/kate-moss-sorrenti-ysl-manet-dejeuner-sur-herbe.html

Ecrit par : Micheline | 21 avril 2006

MICHELINE : Tes deux premiers liens nous annoncent une erreur 403. Quant aux autres, ce sont des images de même qualité que nous avons utilisées.
(Les ptits nounours à croquer, ça se mérite ;-)

Ecrit par : KA | 21 avril 2006

dans recherche d'images chez google
mettre mario sorrenti
on a 2 images du site www.textanalyse.dk

Pour les nounours, trop tard, ils sont mangés!

Ecrit par : Micheline | 21 avril 2006

Suite 3
-François Boucher, "odalisque brune","odalisque blonde":
http://photos1.blogger.com/img/297/1071/320/img01.jpg
http://www.linternaute.com/sortir/sorties/exposition/poussin-watteau/diaporama/image/1.-Boucher-Munich.jpg
http://www.nelepets.com/art/images/artists/internet-A-B/boucher16.jpg

Ecrit par : Joseph Pujol | 22 avril 2006

Suite 5
Dernier petit truc, sur le thème du miroir, de l'habillé/déshabillé, en
2001, Mario avait déjà réalisé ça pour Yves Saint Laurent:
http://www.abc-luxe.com/images_focus/8955/05.jpg

Voir article :
http://www.abc-luxe.com/actu_focus/actu_focus_article.php?idart=8955

Ecrit par : Joseph Pujol | 22 avril 2006

JOSEPH P. : Je te livre tous les sujets de la semaine prochaine et tu me fais la recherche iconographique, OK ?
:-)

Ecrit par : KA | 22 avril 2006

Je suis assez d'accord, Joseph Pujol, avec l'idée d'androgynie des orchidées. Sur la photo, elles sont accolées à une féminité évidente, et par "contrecoup" elles évoquent le masculin ; en même temps, elles ont un symbolisme ambivalent, et comme le modèle porte des signes de féminité... elles semblent symboliser le lien entre M et F. Etre le point de fusion.
Elles parlent ainsi pour les deux genres ; dans l'ensemble de son travail du reste, même si ce n'est pas partout, Sorrenti fait une relecture des catégories classiques féminin/masculin. Comme s'il récusait le cloisonnement en 2 catégories fermées.

Sur la photo de 2001 : elle est dans une catégorie différente. Sorrenti joue sur l'habillé/déshabillé, mais pas dans la même optique. Il est intéressant de noter toutefois qu'il le fait de façon aussi fréquente pour YSL. YSL a introduit cette notion dans la haute couture de son temps, ainsi d'ailleur qu'une revisite des codes vestimentaires M/F (cf par ex. le pantalon et son travail sur le smoking). l'inversion de rôles fonctionne aussi par rapport à la marque.

(la photo inspirée des 2 dormeuses ne me paraît pas du tout être de Sorrenti)

(la référence à Bacon me paraît assez évidente, mais il y aussi probablement un effet photographique per se)

merci pour ces contributions ! :)

Ecrit par : flo | 22 avril 2006

Sur la rapprochement avec Bacon : voici un lien qui permet de voir une série prise fin 1997,

http://www.galerie213.com/dossier/sorre.htm

Ecrit par : flo | 23 avril 2006

Hem, on dirait qu'il a également visité Saville…
http://www.garfnet.org.uk/new_mill/autumn98/jpegs/saville.jpg

Ecrit par : MiniPhasme | 24 avril 2006

flo-> cette photo n'est pas de Sorrenti...je ne sais pas qui en est l'auteur. Je trouvais intéressant qu'on y trouve aussi plus qu'un seul verre sur la table de nuit...

miniphasme-> je ne connaissais pas cette artiste... dérangeant...

Ecrit par : Joseph Pujol | 24 avril 2006

Jenny Saville (née 1970) est contemporaine de Sorrenti, et dans une même plage de temps il peut y avoir tendance commune et partage de codes, sans que cela tisse un lien autre que celui de l'époque (sauf si les artistes se connaissent, soit qu'ils apparytienennt à un même courant ou à une même école, soit qu'ils travaillent ensemble). Mais dans la peinture de Saville, on retrouve quelque chose qui rappelle Bacon à première vue. Pourtant, elle construit différemment les volumes, ses disproportions n'ont pas le même sens que celles de Bacon. Là aussi, "effet d'époque" ? Parfois il est difficile de dire s'il y a simplement analogie, dans une sorte "d'air du temps" ou filiation. mais même aléatoires, les rapprochements sont toujours intéressants, parce qu'ils permettent de lire les images différentiellement.

Une recherche "saville" ou "jenny saville" sur google images permet de voir beaucoup des ses peintures, elles sont émouvantes je trouve, à mi chemin entre la tendresse et la violence du trait.

Ecrit par : flo | 25 avril 2006

estce que l'auteur de cet article est présent? Je travaille pour une péreuve du bac sur votre article et j'aimerais avoir de plus amples renseignemennnnts! répondez moi Monsieur, ça serait sympathique!

Ecrit par : estelle | 24 janvier 2008

ESTELLE : Je suis là. Envoyez-moi un mail à korkos(at)club-internet.fr

Ecrit par : KA | 24 janvier 2008

KA-> n'oublie pas de réclamer des droits d'auteur à Xavier Darcos.

Ecrit par : Joseph Pujol | 24 janvier 2008

Je disais juste qu'un membre de l'éducation nationale a, semble-t-il, utilisé ton article à des fins pédagogiques.
Tu serais donc en droit de demander des droits d'auteur au ministre de l'éducation, Xavier Darcos, si jeu noeud ma buse.

http://www.educnet.education.fr/textes/reglementaires/dadvsi.htm

Ecrit par : Joseph Pujol | 26 janvier 2008

JOSEPH P. : Ah voui voui voui, vite, vite, ma plume, mon papier, mon navocat !

« Cher Monsieur le Ministre,
Suite à… blablabla… code de la propriété intellectuelle… Fiches techniques de la direction du développement des médias sur le respect du droit de la propriété littéraire et artistique sur l'Internet… blablabla blablabla…
10 000 Zorros net sous huitaine dont 1% pour Joseph Pujol, rabatteur officiel de son état.
À défaut… blablabla… navocat… blablabla…
Veuillez zagréer, blablabla… »

Ecrit par : KA | 26 janvier 2008

Oh bon sang !
je sens que va bientôt s'ouvrir une chasse au trésor à travers la toile !
Traquez toutes les utilisations abusives des articles du Ka et gagnez 1% (au choix en monnaie sonnante et trébuchante ou en paquets de pim's) des indemnités qu'il recevra !

Et c'est partiiiii!
;-)

Ecrit par : Fincasor | 28 janvier 2008

La moindre des choses, c'est juste prévenir l'auteur qu'on va utiliser sa création, surtout si il jouit de l'avantage non discutable d'être encore vivant...

...loin de moi tout esprit procédurier...

Ecrit par : Joseph Pujol | 29 janvier 2008

JOSEPH P. & FINCASOR : J'ai pu constater, à plusieurs reprises, des "emprunts" de mes billets par des tenanciers de sites ou blogues peu scrupuleux (à moins que leurs doigts aient dérapé par accident sur les touches control-C et control-V). À chaque fois, j'ai réagi.
Des profs aussi se sont servis ici. Il est arrivé que cela me parvienne aux oreilles, mais combien de fois n'en ai-je pas été averti ? Mystère et boules de gomme...

Ecrit par : KA | 29 janvier 2008

Ben vrai, c'est rageant, un peu.
Mais aussi ça t'arriverait moins si t'étais moins intéressant, moins pertinent, moins impertinent, moins amusant, moins cultivant, moins cultivé, moins moins.
Voilà.
Pas compliqué quand même.
La rançon du succès ça s'appelle.
En attendant on garde l'œil ouvert et on sera impitoyable avec les pilleurs invertébrés.
:-)

Ecrit par : Fincasor | 30 janvier 2008