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24 avril 2006
CAUSERIE SUR DELACROIX
La Causerie sur Delacroix d'Alexandre Dumas fut publiée pour la première fois dans le journal La Presse en 1864. En voici un extrait :
Delacroix racontait que c'était en peignant Marino Faliero qu'il avait trouvé sa théorie des couleurs. Il lui fallait, pour son doge décapité et ses sénateurs, des manteaux d'or, et il avait inutilement employé les jaunes les plus éclatants : ses manteaux étaient restés ternes. Il résolut d'aller au Louvre étudier les Rubens, pour essayer de ravir à cet autre titan le feu du ciel. Il chargea alors sa camérière, sa gouvernante, sa bonne, sa Jenny le Guillou, d'aller chercher un cabriolet.
Le jugement de Marino Faliero, 1825-1826
Jenny vint au bout d'un quart d'heure annoncer que le cabriolet était à la porte. Delacroix, toujours avare de temps, courut au véhicule demandé. Devant la cabriolet, d'un jaune farouche, il s'arrêta court.
C'était un jaune comme celui-ci qu'il lui fallait ! Dans la position où était placée la voiture c'étaient les ombres qui le faisaient ressortir. Or, ces ombres étaient violettes. Plus besoin d'aller au Louvre ; Delacroix remonta chez lui : il tenait son effet.
De ce jour, il traça sur la muraille un double triangle ; le premier, celui qui était superposé à l'autre, portait à ses trois angles les nom des trois couleurs primitives :
jaune / rouge / bleu
Le second triangle, celui qui était dessous, portait à chacun de ses angles le nom des couleurs secondaires :
orangé / vert / violet
se composant du mélange des deux primitives (…) Il découvrit donc, plusieurs années avant Monsieur Chevreul, la loi du contraste simultané des couleurs.

Quelques précisions :
• On lit un peu partout que Delacroix connaissait l'ouvrage de Chevreul, De la loi du contraste simultané des couleurs. Sauf qu'il parut en 1839, alors que le Jugement de Marino Faliero date de 1825-1826. il semblerait donc qu'Alexandre Dumas ait raison quand il affirme que le peintre a devancé le chimiste.
• On ne voit guère de couleur violette dans le tableau de Delacroix. Et pourtant il y en a !
L'une des applications de la loi du contraste simultané des couleurs consiste à inclure la complémentaire à une primaire pour assombrir cette dernière. Ainsi, pour créer l'ombre d'une pomme rouge on ajoutera du vert ; pour celle d'un manteau bleu on ajoutera de l'orange ; à un tournesol on ajoutera du violet. Ces couleurs complémentaires ne sont pas forcément décelables, elles joueront néanmoins leur rôle.
Une utilisation jusqu'au-boutiste de ce principe se retrouve dans la peinture moderne, et notamment chez Matisse :

Dans sa Femme au chapeau qui date de 1905, les ombres de la peau rose de la femme ne sont plus un mélange de rose (ou rouge) et de vert, mais un vert franc.
Une autre application de cette loi est celle du contraste maximum. Les trois associations de couleurs les plus violentes sont rouge-vert, bleu-orange, jaune-violet. Matisse, encore lui, utilise ce principe dans sa Danse de 1910 où les personnages orange se déplacent sur un fond bleu :

Bibliographie
Brillamment illustré par Catherine Meurisse, le texte de la Causerie sur Delacroix est reparu en 2005 chez Drozophile/QuiQuandQuoi.
La couverture :

L'une des pages traitant du Jugement de Marino Faliero :

Catherine Meurisse a également illustré il y a peu un ouvrage de ma collègue-complice Christine Beigel, et c'est par là et c'est très bien.
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Commentaires
Une précision : on ajoute la complémentaire à une primaire, pour la désaturer, ce qui n'est pas l'assombrir.
Il faut bien différencier la saturation de la luminosité.
La circonférence du cercle chromatique représente le maximum de saturation des couleurs.
Le centre théorique du cercle chromatique est le gris moyen, situé sur l'axe de luminosité, du noir au blanc.
Ce qui donne un cercle chromatique légèrement incliné par rapport à l'axe de luminosité, puisque le jaune est plus clair que le violet.
Ecrit par : Sylviane | 24 avril 2006
Pour visualiser le "solide de Munsell" :
http://tecfa.unige.ch/~lombardf/CPTIC/couleurs/couleur_ERAG/Pages/ch8p1.htm
Pour visualiser les contrastes de luminosité, saturation et teinte :
http://pourpre.com/couleur/perception.php
Ecrit par : Sylviane | 24 avril 2006
SYLVIANE : Désolé de contredire, mais cette notion de désaturation joue sur les mots puisque dans tous les cas, elle mène à un assombrissement progressif de la couleur de base. Une désaturation maximale crée, selon les couleurs de départ, un gris plus ou moins sombre.
Si j'ajoute du vert à un rouge vermillon, je vais obtenir une espèce d'ocre brune qui sera, fatalement, plus foncée que le vermillon d'origine.
Sinon, dans le genre illusion d'optique jouant sur le contraste des valeurs, il y a ce joli exemple que je mets en lien ci-dessous. Contrairement aux apparences, les deux carrés sont d'un gris absolument identique. Ce sont les valeurs de gris environnantes qui modifient notre perception.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Optical.greysquares.arp.jpg
(Il me semble bien avoir fait un billet avec cette image, mais je ne sais plus quel était son titre…)
Ecrit par : KA | 24 avril 2006
Oui je connais cette image, on a vraiment du mal a admettre que les carrés A et B soient identiques... mais c'est pourtant le cas.
Pour en revenir à la désaturation ... ce que tu dis est vrai pour le jaune et le violet, qui ont la plus forte amplitude en différence de luminosité, si tu ajoutes du violet dans le jaune, il s'assombrira. Mais si tu mélanges de l'orange et du turquoise, la luminosité restera équivalente.
http://pic.aceboard.net/img/14766/6743/1145885961.jpg
Na !
Ecrit par : Sylviane | 24 avril 2006
SYLVIANE : Bon, elle a dit Na ! Qu'est-ce que je peux répondre à ça, hein ?
Ecrit par : KA | 24 avril 2006
A propos de l'image provenant de Wikipédia, je n'y croyais pas du tout ! Il a fallu que je masque le reste du damier pour constater que les cases avaient le même gris. Et en supprimant un par un les masques, on voit la case B s'éclaircir, c'est dingue !
Ecrit par : esKaloO | 24 avril 2006








