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06 mai 2006
MON OEIL ! - réédition
Quand les faiseurs de pub n'ont pas d'idée, ils détournent des oeuvres d'art. Ainsi, le plafond de la chapelle Sixtine a-t-il servi à vendre des jeans, du café, etc. Quant à Van Gogh et Picasso, il vaut mieux ne pas en parler.
Pourtant, les publicitaires sont parfois très inventifs. Voir ma note intitulée LES CRAQUELURES DE LA NATIONAL GALLERY, à propos d'un film pour Hewlett Packard.
L'affiche ci-dessous, elle non plus, ne manque pas d'intérêt :
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Un vieil homme, portant barbe et chapeau, est en contemplation devant la statue de Pauline Borghese sculptée par Antonio Canova, entre 1804 et 1808.
Le slogan nous dit :
La vie est belle. C'est bien de pouvoir la voir comme elle est.
A droite, un cartouche nous vante les qualités des lunettes L'AMY.
Le public visé est facile à déterminer : celui des personnes âgées qui ont les moyens et le goût des voyages culturels. Mais comment admirer les oeuvres d'art si l'on a des problèmes de vue ? En s'équipant de lunettes L'AMY. Ouf ! merci l'ami.
L'analyse de cette publicité de 1990 pourrait s'arrêter là, ainsi que le fait le site du musée de la Publicité, où j'ai emprunté cette image.
Cependant, m'est avis qu'on peut encore en dire quelques mots…
Cet homme, que regarde-t-il ? Une statue de femme nue à Rome. Il aurait pu tout aussi bien admirer le plafond de la chapelle Sixtine, décoré par Michel-Ange. On aurait d'autant mieux compris l'avantage qu'il y a à porter des lunettes de vue ! Mais non, il regarde de près la statue d'une femme nue plus grande que lui.
Est-ce vraiment l'art qui intéresse ce monsieur ? On peut en douter. Et se dire que porter des lunettes, c'est bien pratique aussi pour suivre des yeux les jeunes femmes légèrement vêtues qui déambulent dans les rues de Rome. C'est exactement ce que dit le slogan :
La vie est belle. C'est bien de pouvoir la voir comme elle est,
ainsi que la dernière phrase du cartouche à droite :
Profitez pleinement de la vie et de ses émotions. Elle est si belle à voir.
Mais un monsieur d'un certain âge peut-il décemment faire l'emplette de lunettes pour détailler des jeunes femmes à demi-nues ? A-t-il le droit de vivre d'aussi intenses émotions ? Certes non !
Pour avoir le droit de détailler des jeunes femmes à demi-nues, il faut avoir des raisons professionnelles. Être critique d'art, ou s'appeler Sigmund Freud, par exemple.

Portrait de Sigmund Freud

Portrait du monsieur de la publicité
Le message de cette affiche pourrait donc se résumer ainsi :
Vous, Monsieur, qui êtes à la retraite et avez les moyens de vous offrir des voyages culturels en Italie, achetez nos lunettes. Elles vous permettront de contempler en toutes circonstances des femmes sculpturales et d'en tirer - en tout bien tout honneur - de profondes réflexions intellectuelles.
Mon oeil !
Le 6 mai 1856 naissait Sigmund Freud. Cent cinquante ans plus tard, la Boîte à Images - qui n'a honte de rien quand il s'agit de flemmarder - en profite bassement pour rééditer ce billet initialement publié le 16 mai 2005 ;-)
09:20 Lien permanent
Commentaires
Même la flemme pour corriger la faute de frappe de l'année passée!
"Pourtant, les publicitaires soient parfois très inventifs."
Bah! il fait beau, il vaut mieux aller regarder et sentir les lilas en fleurs...
:))
Ecrit par : Micheline | 06 mai 2006
MICHELINE : Bon d'accord, j'avions point vu la fôte de phrape.
En revanche, j'ai immédiatement détecté celle des "lilas en fleurs", où le mot "fleur" doit être invariable pasque sur un lilas, ya qu'un type de fleur.
Alors qu'une prairie sera "en fleurs" pasque y'en a de plusieurs sortes, des fleurs dans une prairie.
Et toc.
Nanmaiho.
:-)
Ecrit par : KA | 06 mai 2006
Oups! la honte...(alors que je le sais et que j'ai des profs de français dans ma famille....)
Je suis allée un peu vite...
:'-(
J'aime bien cette publicité...
Ecrit par : Micheline | 06 mai 2006
MICHELINE : "J'aime bien cette publicité..."
C'est ça, rattrape-toi, rattrape-toi aux branches de lilas…
Mouarf !
Ecrit par : KA | 06 mai 2006
Pfff… l’inconscient !
=> Sigmund s’intéresse à Pauline parce qu’elle est sur un divan !
[une ‘tite analyse serait peut-être utile…]
Ecrit par : MiniPhasme | 06 mai 2006
Tiens, cette fois j'ai regardé l'image autrement.
D'abord j'ai tout de suite reconnu Freud. Du coup j'ai lu le texte comme une petite pique à l'égard de la psychanalyse, avec l'idée que les psys seraient un peu myopes et en plus légèrement impuissants, comme si c'était une allusion à la manière légendaire qu'avait Freud d'être systématiquement à côté de la plaque lorsqu'il interprétait des oeuvres d'art.
Pour moi le message était donc :
"Ne perdez pas votre dans le flou [celui des théories fumeuses] à réfléchir sur des choses qui ne sont qu'une imitation de la réalité, dans des musées froids peuplés d'objets morts. Mais vivez, carpe diem, etc."
Bref tout l'inverse !
Mais bon, après, chacun voit sa porte à quatorze heures.
Bon anniversaire Sigmund !
Ecrit par : RB | 06 mai 2006
Bien vu et jolie analyse ;-)
Je relève, quant à moi, «...le plafond de la chapelle Sixtine, décoré par Michel-Ange.» Le terme «décorer» convient-il vraiment à un «décorateur» de la trempe de Michel-Ange? Ou êtes-vous victime de ce que l'on a coutume d'appeler un lapsus freudien?
Oui je sais, à l'époque, tous les peintres étaient des décorateurs ou des illustrateurs. Mais de nos jours, ces termes sont souvent connotés négativement.
Ecrit par : Béat | 06 mai 2006
De plus, je m'insurge : quid des femmes qui voudraient contempler de beaux éphèbes ? Cette pub serait en plus misogyne.
Ecrit par : Vroumette | 06 mai 2006
salut
i wish i could understand french but who needs language when it comes to images, eh...but i need one at least to say i really enjoy looking at this website :) though not sure if you'd understand this supposedly universal language :))
i click the boxes below, hope i'll get some big surprise in return :p
Ecrit par : a lazy ant | 06 mai 2006
VROUMETTE : J'ai trouvé ce qu'il faut pour te contenter, voici non pas UN, mais DEUX superbes éphèbes qui ne cachent rien de leurs talents :
1.
http://korkos.club.fr/etreauparfum-06.jpg
2.
http://shortstories.blogs.com/short_stories/images/meisel_jpeg.JPG
Ecrit par : KA | 06 mai 2006
Aaaaaaaah merci KA, même sans lunette rien ne m'a échappé.
Pour le premier, je suis sûre que tu parles de sa chevelure, non ?
Et pour le deuxième je suis stupéfaite par la musculature qu'il faut avoir pour repasser une chemise !
Je me dépêche, je file voir le douanier et je te raconte (et peut-être vais-je réussir à prendre des photos, sait-on jamais).
Ecrit par : Vroumette | 07 mai 2006
VROUMETTE : J'étais sûr que ça te ferait plaisir ;-)
(Petite précision pour tout le monde et chacun : je repasse mes chemises…)
Ecrit par : KA | 07 mai 2006
ce qui est interessant c'est le traitement de l'image, l'inclusion du regardeur-freud traitée de telle façon qu'elle prend au sein de la tonalité vague et douce de l'ensemble des sculptures un aspect tranchant, vif, qui lui donne une dimension d'apparition et donc fantasmatique, et donc l'aspect visuel d'une image de rêve (l'injection faite à Irma (!))
Ecrit par : phineus | 07 mai 2006
@KA : je rêve ! Personne ne relève que tu repasses tes chemises... dans la même tenue j'espère ?
Ecrit par : Vroumette | 07 mai 2006
C'est la gloire universelle pour Monsieur KA, voilà qu'on lui fait des compliments en anglais!
Pour en revenir à la pub, quelle richesse dans l'empilement des références : ce vieux monsieur à chapeau est à la fois un touriste, un amateur d'art, un psychanalyste, un regardeur (pour ne pas dire un voyeur), un rêveur spectral... La seule "faute" de cette pub attrape-tout, comme cela a déjà été dit, c'est de laisser sur le bas-côté de la route le touriste femelle à lunettes.
Ecrit par : ania | 07 mai 2006
L'homme au chapeau a aussi un petit air de Michel Serrault dans "Une hirondelle ne fait pas le printemps".
Ecrit par : Aristide | 07 mai 2006
ANIA : Une autre faute dans cette très belle pub, c'est le placard de texte à droite, bien envahissant. On l'eût préféré plus discret et plus court, et à l'extérieur de la photo. En bas, par exemple.
M'enfin bon, c'est toujours mieux qu'une pub d'hypermarché (de toute façon, Freud ne faisait pas ses courses lui-même, on sait qu'il martyrisait sa femme qui devait se colleter les cabas toute seule.)
Ecrit par : KA | 07 mai 2006
J'ai lu votre papier et les commentaires mais je n'ai vu nulle part le nom véritable du monsieur qui ressemble effectivement à Freud (pardonnez-moi si j'ai mal lu).
Et s'il ressemble à Freud c'est vraiment un coup du sort ; et vraiment un mauvais coup...
En effet puisqu'il s'agit de l'historien d'art Bernard Berenson qui avait horreur des différentes manifestations de la sexualité dans les oeuvres d'art ! (l'art pour lui s'arrêtait d'ailleurs à la Renaissance...).
Ecrit par : holbein | 07 mai 2006
Elle est bien bonne celle-là ! :)
c'est donc en plus une photo prise sur le vif, et pas du tout en vue d'une pub, autant de points en moins pour la "créativité". En tout cas le message que j'en tirais plus haut est toujours valable avec Berenson, mais je me demande qui l'aurait reconnu si KA lui-même ne l'avait pas reconnu. Pas si simple d'interpréter une image !
Ecrit par : RB | 08 mai 2006
Holbein (le jeune?) ne nous dit pas s'il s'agit d'un photomontage ou pas. S'il s'agit d'un montage avec le portrait de Berenson, l'idée est encore plus belle! Mais d'un strict point de vue publicitaire, totalement inutile. Cela tient du private joke.
Avec ce que l'on peut voir sur l'image agrandie, j'ai des sérieuses indications qu'il s'agisse d'un montage:
- Les noirs et le grain ne sont pas de même nature sur Berenson et le reste, en particulier la statue du premier plan.
- La ligne de séparation de la statue du premier plan, quand elle passe devant Berenson est grossièrement pixellisée, alors qu'ailleurs elle est floue.
- La fenêtre est probablement rapportée aussi...
Ecrit par : Béat | 08 mai 2006
J'ai déjà vu cette photo bien avant la publicité, elle faitsait partie d'une expo sur les personnes âgées. c'est seulement du retouchage, un logo et un slogan...
Ecrit par : ep | 08 mai 2006
comme beat j'ai été sensible à la "retouche". C'est ce qui m'a (aussi) fait penser aux images des rêves. Mais à ce sujet (le rêve) c'est intéressant de constater que l'auteur de la publicité se trouve face au même problème que le rêveur : comment représenter figuralement une pensée ? et qu'il utilise les mêmes processus rhétoriques que le rêveur, ici le déplacement. Comment exprimer dans une image "Avec les lunettes on voit plus clair et surtout plus net" ?
Logiquement, pour nous qui devons nous identifier au binoclard c'est "ce que voit " le regardeur qui devrait être clair et net, or il n'en est rien, la statue reste dans une sorte de clair obscur et dans le grisé des anciennes photos. Par contre c'est le personnage qui devient clair et net, parce que nous nous ne regardons pas les statues mais celui qui regarde. Logique du rêve.
Ecrit par : phineus | 08 mai 2006
tout marche bien mais moi je sherse
Ecrit par : jean NGISE | 11 décembre 2007






