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12 mai 2006

MAGIE DE L'INACHÈVEMENT






On est d'abord séduit par la carnation d'une joue, l'éclat d'une pupille, l'ourlé d'une lèvre.

Ce visage, si vivant.

Et puis le regard s'éloigne, les traits apparaissent en laissant entrevoir le grain du papier.

Alors surgit la supercherie : ce visage qu'on aimait tant redevient un dessin inachevé, qui se délite en poudre de pastel.






Mais voilà que notre regard un instant déçu est à nouveau captivé par le portrait ; toute fuite est inutile ; le personnage surgit du brouillard, il est à nouveau présent, imposant ; l'on perçoit son souffle, sa chaleur, la magie opère encore une fois, encore et toujours.






Ce miracle permanent, cette naissance sans cesse renouvelée semble puiser toute sa force dans l'infini du support qui expire ce visage qui flotte, tel un nuage dans le ciel.

Une oeuvre terminée est une fenêtre ouverte sur un monde que nous possédons, paysage ou personnage encadrés, circonscrits dans un carré ou un rectangle.

Une oeuvre inachevée, perdue dans l'espace du papier ou de la toile, ne nous appartient pas. Elle surgit de nulle part et voudrait nous faire croire qu'elle révèle une part de son mystère au prétexte que nous en distinguons les traits de construction, l'ébauche et les repentirs. Nous sommes prêts à penser qu'enfin l'art se révèle, que la maxime de la Renaissance selon laquelle l'art cache l'art est battue en brèche. Illusion !

La carnation d'une joue, l'éclat d'une pupille, l'ourlé d'une lèvre sont toujours là, qui nous envoûtent. Et ce cou, qui se perd dans le papier,
magie de l'inachèvement.






Liens
Un article de la Boîte sur la marquise de Pompadour par Delatour.
Un autre article de la Boîte sur les deux portraitistes, Delatour et Perronneau.
Le site du musée Antoine Lécuyer, où sont conservés de nombreux pastels de Delatour. Visite en Flash.
Un autre site consacré aux pastels de Delatour conservés au musée Antoine Lécuyer.

Le troisième portrait n'est pas de Delatour, bien sûr, mais de Jacques-Louis David.

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Commentaires

Ces dessins qui semblent à la fois se dissoudre, mourir dans le support et surgir , naître, induisent une tension, une palpitation, qui leur donnent encore plus de vie.
Le contraste entre le lisse et le grain, l'inachevé et le fini, le poli et le brut fonctionne également pour les marbres inachevés (Michel Ange, Rodin...).

Ecrit par : Sylviane | 12 mai 2006

Comme si on touchait un bout de la magie... Voilà exactement ce qui me touche dans ces images.

Ecrit par : cali | 12 mai 2006

Plusieurs raisons peuvent être à l'origine de l'inachèvement d'une toile : le manque de temps, la mort prématurée de l'artiste, un choix esthétique ou bien encore une décision raisonnée, délibérée. L'histoire du portrait du mari de Tamara de Lempicka est très étonnante : Tamara décide de laisser inachevée la main gauche du portrait qu'elle fait de son mari (la main qui doit porter l'alliance) car le mariage est en train de sombrer. L'inachèvement du tableau est la trace du manque d'amour. Cette toile est toujours visible sans la main :
http://holbein.free.fr/PAGES/FAUX/oeuvres.htm

Ecrit par : holbein | 12 mai 2006

Super histoire, ça, Holbein.

Ecrit par : Chtif | 12 mai 2006

Un portrait inachevé pour l'éternité...

Ecrit par : Amazone | 12 mai 2006

Pour une fois j'ose. J'ai toujours aussi aimé les oeuvres inachevées. Je crois que ce qui est troublant c'est que cela m'a toujours donné le sentiment d'assister à une naissance. Comme si le voyeur en moi se réjouissait : je vois ce que je ne devrais pas voir puisque ce n'est pas fini. Comme un secret, je ne sais lequel, auquel on aurait part. Les oeuvres inachevées ont pour moi un caractère profondément émouvant. merci pour cette page (et pour les autres aussi d'ailleurs.)

Ecrit par : anna | 12 mai 2006

L'inachèvement du dessin est, comme l'inachèvement d'une sculpture, absolument fascinant. Une expression ou une attitude semblent vouloir s'extraire du papier ou de la matière dans un élan irrépressible.

Ecrit par : Nounouchette | 13 mai 2006

Je pense toujours, en matière de toile inachevée, à cet extraordinaire dessin: "La madone à l'enfant et Sainte Anne"
de Léonard De Vinci, que l'on peut voir ici:
http://docentes.uacj.mx/fgomez/museoglobal/photogallery/L/leonardo%20da%20vinci/leonardo%20da%20vinci%20virgen%20rcs.JPG
Ici l'inachevé n'est pas périphérique, mais au centre du travail comme un axe principal...

Ecrit par : Tanguy | 13 mai 2006

Voilà.
C'est vous qui m'avez donné l'envie (depuis le printemps 2005) de faire ça.
Alors, je le fais.
Bravo merci.

Ecrit par : Wolivié | 13 mai 2006

Le dessin produit toujours cet affect intense, où l'on a sans cesse l'impression d'avoir nous-mêmes fait quelques traits. Je pense aussi que le dessin se dévoile toujours, il met sans cesse sa représentation en évidence.

Mais lorsque le dessin nous donne, en plus, un sujet inachevé, oui, il y a un fameux paradoxe qui se joue de nous.

C'est comme si l'art voulait se démontrer en tant que tel, et que le sujet (la personne dont ont fait le portrait) ne devient qu'un prétexte.

Ecrit par : Le citadin | 14 mai 2006

c'est amusant que tu parle justement maintenant de ces pastels de delatour du musée de st quentin...j'y suis aller il y a tout juste quelques jours ^^ drole de coïncidence ^_^'''

Il est trés probable que pour delatour, en ce qui concerne les dessins au pastel inachevé de la pompadour, les pastels de st quentin ne soient que les études pour son beau portrait du louvre...la position de la tête etc...étant semblable

Ecrit par : Léo | 15 mai 2006

Un commentaire hors sujet... : Avez-vous vu la magnique affiche du la sélection "un certain regard"? Elle est signé S.M Eisenstein et elle est magnifique... http://www.festival-cannes.fr/films/uncertainregard.php?langue=6001&edition=2006

Ecrit par : Alekssandre | 16 mai 2006

ALEKSSANDRE : Très belle affiche, en effet ! Avec un typo inclinée à la manière des constructivistes russes, tout à fait dans la logique du dessin.

Bon, voilà encore un sujet dont il faudrait que je parle : les dessins d'Eisenstein et autres cinéastes (Kurosawa, par exemple). Sans parler des dessins de story-board…

Sauf qu'en ce moment, je suis un peu bousculé par le boulot et mes billets se font plus rares. Si ça continue il va falloir que ça cesse !

Ecrit par : KA | 16 mai 2006

Le rapprochement de Tanguy concernant Léonard de Vinci m'a rappelé un tableau de Tamara de Lempicka: Portrait d'homme inachevé. Mais dans ce cas, l'inachèvement n'affecte pas le centre de l'oeuvre, seulement la main gauche du sujet (si mes souvenirs sont exacts !)

Ecrit par : Nounouchette | 16 mai 2006

NOUNOUCHETTE: Ce portrait d'homme ici?

http://web.tiscali.it/gilros/Opere/Gilb_06.JPG

Ecrit par : Micheline | 16 mai 2006

"Sauf qu'en ce moment, je suis un peu bousculé par le boulot et mes billets se font plus rares. Si ça continue il va falloir que ça cesse !"

J'avoue que je suis en manque!...Que de stress.

Ecrit par : Amazone | 16 mai 2006

jolie découverte ce soir... votre blog, qui ravit mes yeux et apaise mon âme

je vais lier vers vous pour apporter de la sérénité à mes lecteurs

Ecrit par : les yeux | 16 mai 2006

AMAZONE : Oui, je suis un peu débordé par le boulot en ce moment, mais demain mercredi, promis, je posterai un nouveau billet. Et après-demain pareil. Ouaiiis ;-)

Ecrit par : KA | 16 mai 2006

Il y a aussi ce portrait de mozart : http://www.lisiro.at/tourmode.htm

Ecrit par : gvgvsse | 17 mai 2006

Tu as prévenu ton boulot que tu avais des lecteurs irrascibles s'ils n'avaient pas leur dose de billets ?

On peut t'arranger ça en trollant leur boites mails si tu veux. Ca les occupera un bout de temps.

Ecrit par : Vroumette | 17 mai 2006

VROUMETTE : Le problème c'est que je n'ai pas un employeur, mais toute une tripotée en même temps… Si tu veux les troller, considère ça comme un emploi à plein temps ;-)

Ecrit par : KA | 17 mai 2006