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05 juin 2006
VOLUTES DANS LE CIEL
L'entrée du camp au loin, la neige rayée par les rails, les fils de fer barbelés ; quand on pense à Auschwitz, les premières images qui surgissent sont invariablement en noir et blanc.



Neigerait-il trois cent soixante-cinq jours par an en Pologne ? Certes non.

Telle est cependant la vision qu'on nous assène quand on veut nous vendre l'horreur de la Shoah.
Pourtant, il arrive parfois que le ciel soit bleu et l'herbe verte ; que le soleil brille et que les oiseaux chantent ; que des coquelicots poussent le long des voies ferrées polonaises. Il arrive également que le ciel soit traversé de nuages aux couleurs changeantes.






Mais il faut croire que dans l'esprit de certains, la Nature éclatante occulte tout sentiment de tristesse, de mort et d'effroi.
C'est peut-être la raison pour laquelle le GeoImages Project de l'Université de Berkeley (USA) a jugé bon d'altérer les couleurs de cette photographie à 360°, dont quelques vues sont extraites ci-dessus. À moins que la manipulation ait été opérée par Jerzy Zamora lui-même, auteur de cette image ?






Le monochrome serait donc plus à même d'évoquer les camps de la mort que la couleur naturelle. Soit. C'est le parti qu'avait choisi Spielberg, pour sa Liste de Schindler.




Seulement voilà : les gens qui périrent de la folie nazie n'étaient pas que des silhouettes imprimées en noir et blanc ou en sépia dans les livres d'Histoire. Leurs veines étaient bleues, leur sang était rouge et leurs larmes avaient un goût salé.
Cet esthétisme douteux fut reproché au réalisateur, qui alla encore plus loin dans son film avec cette gamine coloriée en rouge parmi une foule en noir et blanc.

On comprend bien l'intention, consistant à focaliser le regard et l'émotion sur un personnage précis symbolisant les six millions de morts.
Faut-il vraiment utiliser des ficelles grosses comme des câbles pour faire passer le message ? L'emploi de ce genre de procédés n'est-il pas la marque de l'impuissance du réalisateur ? Est-il indispensable d'appliquer un filtre monochrome sur des images fixes décrivant Auschwitz aujourd'hui, ou de ne montrer de ce lieu que des images hivernales ?
On gazait aussi en plein été
pendant que des papillons
traçaient des volutes dans le ciel,
la fumée qui s'échappait de la cheminée du crématorium
n'empêchait pas les oiseaux de chanter.
On était en juin 1942, en juillet 1943 ou en août 1944
et ceux qui enfournaient les cadavres
savaient que leur tour viendrait
bien avant que la neige recouvre Auschwitz.
Dehors, le ciel affichait un bleu insoutenable
au-dessus d'une herbe verte à hurler.

Liens
Vous pouvez cliquer ici pour voir le panorama en QuickTime VR à 360° de Jerzy Zamora.
Vous pouvez cliquer là pour voir sa version sépia sur le site de GeoImages.
Vous pouvez lire ou relire l'histoire du camp d'Auschwitz sur la Wikipédia.
09:50 Lien permanent
Commentaires
Merci.
Ecrit par : Mémé-laconique | 05 juin 2006
Pareil.
Ecrit par : M. LeChieur fait tout comme Mémé | 05 juin 2006
En voyage en Autriche il y a quelques années, nous avons visité l'ancien camp de Mauthausen. Ce qui nous a frappé, c'est le silence qui régnait dans ce camp. Les visiteurs lisaient les explications, chuchotaient et se déplaçaient sans bruit.
En sortant, nous étions tout étonnés de retrouver le grand soleil d'été, le Danube qui continuait à couler...
Le temps s'était vraiment arrêté en noir et blanc...
Ecrit par : Micheline | 05 juin 2006
Le N&B n'est-il pas là aussi pour ancrer symboliquement dans un passé lointain des images dont l'actualité n'a pourtant pas cessé depuis? Un façon d'augmenter la distance de façon artificielle?
À Oradour-sur-glane. C'était le 10 juin, au printemps, il faisait beau. Il y a aussi des photos en N&B, toujours ce N&B. Même pour des photos «de maintenant».
http://oradoursurglane.free.fr/photonow/photosnow.htm
Ecrit par : Yves | 05 juin 2006
YVES : C'est bien ça qui m'exaspère : "Une façon d'augmenter la distance de façon artificielle" avec du N&B "même pour des photos «de maintenant»."
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
"Faut-il vraiment utiliser des ficelles grosses comme des câbles pour faire passer le message ? L'emploi de ce genre de procédés n'est-il pas la marque de l'impuissance du réalisateur ? Est-il indispensable d'appliquer un filtre monochrome sur des images fixes décrivant Auschwitz aujourd'hui, ou de ne montrer de ce lieu que des images hivernales ?"
Hmmm... Cette interprétation me semble faire preuve d'une connaissance plus ou moins approfondie du cinéma:
-La petite fille était aussi en rose pour symboliser l'innocence des victimes des camps de concentration.
-Recourir au noir et blanc pour un film commercial est chose rare; l'utilisation du noir au blanc au cinéma est habituellement plus qu'une question purement esthétique, c'est souvent un geste politique. D"ailleurs, pourquoi ne mentionne-t-on pas que les séquences d'ouverture et de fermeture du film, ancrées dans le présent, sont en couleur?
-Le point de vue proposé ici signifie donc que les films Manhattan de Allen et Raging Bull de Scorsese laissent paraître la "faiblesse" de leurs réalisateurs?
-Le recours au noir et blanc pour Schindler's List a pour effet, selon moi, de procurer au film un certain effet "documentaire" pour une meilleure efficacité dramatique, puisque les documentaires des camps de concentration sont en noir et blanc.
Je crois qu'une version en couleur du film, avec du sang rouge, aurait fait basculer le tout dans le genre des films d'horreur.
D'ailleurs, comme le souligne Micheline dans son commentaire en parlant du silence des lieux, la force du film réside aussi dans le silence, puisque les moments les plus forts et les plus importants du récit résident dans les silences entre les personnages, dans les non-dits.
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
deux liens:
-une visite virtuelle d'Auschwitz/Birkenau:
http://www.remember.org/auschwitz/index.html
-Les camps Oubliés:
http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/indexfr.html
Ecrit par : m@rs | 05 juin 2006
LE CITADIN : Je n'ai jamais dit que le recours au noir et blanc était un signe général de faiblesse !
Faudrait voir à ne pas faire de raccourcis hasardeux, rien ne relie "Raging Bull" ou les films de Woody Allen et ceux de Jarmush à celui de Spielberg.
J'ai dit que dans le cas des images de la Shoah (images fixes et hivernales pour couvertures de livres, ou films de fiction), il s'agissait de grosses ficelles.
Faire passer un film de fiction (certes fortement ancré dans le réel) pour un docu en utilisant le noir et blanc et utiliser la petite fille colorisée (procédé hautement racoleur), me semblent des artifices quasiment honteux.
Artifices d'un réalisateur incapable de faire passer son discours dans un film aux couleurs naturelles, ou bien (et c'est presque pire) supposant que son auditoire est très con et a besoin de ce "truc" dégoulinant de sentimentalisme pour gober le message.
Quant à l'image 360° passée au filtre sépia, qu'en dire, sinon que ça mérite des baffes ?
(A propos de cinéma et de sentimentalisme dégoulinant, je rappellerai que "Shoah", le chef-d'oeuvre de Lanzmann, a su éviter le piège de manière magistrale.)
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
KA: "Faudrait voir à ne pas faire de raccourcis hasardeux, rien ne relie "Raging Bull" ou les films de Woody Allen et ceux de Jarmush à celui de Spielberg." > J'ai eu l'impression, en vous lisant, que vous n,appréciez pas, en général, le recours au N&B au cinéma. Désolé, mauvaise interprétation de ma part.
"Faire passer un film de fiction (certes fortement ancré dans le réel) pour un docu en utilisant le noir et blanc et utiliser la petite fille colorisée (procédé hautement racoleur), me semblent des artifices quasiment honteux." > On ne tente pas de FAIRE PASSER le film pour un documentaire, on herche à produire un EFFET documentaire, ce qui n'est pas la même chose...
"Artifices d'un réalisateur incapable de faire passer son discours dans un film aux couleurs naturelles, ou bien (et c'est presque pire) supposant que son auditoire est très con et a besoin de ce "truc" dégoulinant de sentimentalisme pour gober le message." > OK, ici je comprends que vous opposez votre point de vue à celui de Spielberg; si vous vous êtes senti "conarisé" par le procédé, c'est dommage. Pourtant, ce n'est pas qu'a ressenti, d'après la réception critique et publique du film, les millions de spectateurs qui ont vu le film. Et je ne crois pas que Spielberg ait été incapable de faire passer son discours: si Shoah a été produit en couleurs, tant mieux! Mais je ne comprends pas pourquoi le recours au N&B est un "piège"?
Il ne faut pas oublier non plus qu'à sa sortie, Schindler's List avait bien embêté une critique élitiste du cinéma, qui ne savait pas quoi faire avec un film à succès qui n'employait pas les procédés habituels des films à succès. Pourtant, cette même critique avait (dans la plupart des cas) louangé le film de Benigni "La vie est belle", une atrocité au niveau de la documentation historique et du scénario...
Bien sûr, chacun ses goûts, mais je rappellerai ici que les camps de concentration juifs de la Deuxième Guerre mondiale font oublier trop souvent les camps de concentration qui existent encore au Mexique et en Amérique du Sud...
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
*Une utilisation particulièrement intelligente du passage du noir et blanc à la couleur au cinéma :
Andreï Roublev de Tarkovski
*Une utilisation particulièrement imbécile du passage du noir et blanc à la couleur (ou vice versa, ou encore versa/vice ?) au cinéma :
Un homme et une femme, de Claude Lelouch.
Ecrit par : holbein | 05 juin 2006
J'oubliais, une autre utilisation particulièrement intelligente et poétique du passage du noir et blanc à la couleur au cinéma :
The Road Home de Zhang Yimou
Quelqu'un l'a vu? De toute beauté.
Ecrit par : holbein | 05 juin 2006
LE CITADIN : La question n'est pas le NB en lui-même, mais la fonction qui lui est assigné : de faire comme si... De même que la frange chez les Romains dont parle R Barthes dans Mythologies. L'intention est d'offrir un signe de reconnaissance au public : le NB "fait Shoah" comme la frange "fait" Romain (ou le tatouage chez Bénigni "fait" camp de la mort).
On n'est plus alors dans la représentation du réel, mais dans la représentation d'une représentation, et même d'un lieu commun. C'est ainsi que se forgent les mythes, et le risque d'une mythification de la Shoah est évident (les mythes, ce sont des histoires...).
Ceci-dit, Spielberg a quand même évité beaucoup d'écueils dans son film, et je crois que son NB est plutôt un choix déférent, presque religieux (ce qui pose d'autres problèmes, mais bon...), plutôt qu'un truc. En revanche, la fillette, c'est affreux ; ça repose sur l'hypothèse qu'on ne pourrait compâtir que pour quelqu'un qu'on distingue parmi la masse des victimes, une enfant de surcroît, représentant l'innocence (les autres seraient-ils coupables ?)
J'ai été néanmoins touché par La Liste de Schindler. Qui sert la mémoire la Shoah dans le grand public - ce n'est pas rien. La série TV Holocauste avait fait de même. Mais qui, avec la même ambition de rassembler la plus large audience pour une bonne cause, s'était alors carrément permis de faire libérer Auschwitz par les Américains plutôt que par les Russes...
Or, quand on commence à user de trucs, à tricher, c'est toute la vérité et sa mémoire qui se trouve en péril !
Ecrit par : nic | 05 juin 2006
Spielberg est également producteur de la série "Band of Brothers", où les camps sont cette fois montrés en couleur, sans autre artifice, et de manière plutôt réussie, je trouve...
Ecrit par : Chtif | 05 juin 2006
Nic: "On n'est plus alors dans la représentation du réel, mais dans la représentation d'une représentation, et même d'un lieu commun. C'est ainsi que se forgent les mythes, et le risque d'une mythification de la Shoah est évident (les mythes, ce sont des histoires...)." Tout à fait d'accord! Vous soulevez d'ailleurs un point crucial du cinéma historique: la majorité des reconstitutions historiques au cinéma se fait à partir de document visuels (photos, illustrations, peintures...), ce qui fait qu'il s'agit presque toujours d'une représentation (le film) d'une représentation (les références visuelles). Et il demeure que la Shoah est, pour tous ceux qu'ils ne l'ont pas vécu de près, une mémoire, donc une histoire.
Et c'est là, je crois, que le cinéma "accroche" ceux qui sont à la recherche d'une certaine vérité dans l'art; comme le disait Godard (n,en déplaise à R. Barthes): "Le cinéma n,est pas une image juste; c'est juste une image". Donc, le cinéma repose sur cet espèce de paradoxe où, pour devenir vraissemblable, on doit (la plupart du temps) chercher à réinveniter ou repsésenter de façon différentes des lieux communs. C'est la lot des médias de masse.
Quant à la fameuse fillette (qui demeure, selon moi, le "truc" le plus fascinant du film), elle est, selon moi, tout simplement l,antihèse du personnage principal O. Schindler. D'un poin de vue scénaristique, il fallait, je pense bien, personnifié la quête de Schindler et en faire un seul personnage, qui porte sur son dos le poids de tous les autres. mais bon... La fillette rose est ambigüe et a donné lieu à de multiples interprétations...
Comme vous le dites, j,ai toujours apprécié le fait que Spielberg se soit servi de sa notoriété pour faire un film grand public pour aborder un sujet délicat. Je vous dirais néenmoins que le film Amen de C. gavars est probablement mon film favori sur le sujet - je n,ai pas encore vu Shoah, malheureusement...
"Or, quand on commence à user de trucs, à tricher, c'est toute la vérité et sa mémoire qui se trouve en péril !" C'est bien justement là que repose tout le problème du cinéma historique, social et même politique: le réalité est une chose, et la mémoire, que le cinéma produit et exploite à merveille, n'est que le reflet de la réalité, comme le cinéma.
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
LE CITATDIN : Réinventer (créer) n'est pas tricher, c'est l'art. Le "truc", c'est de faire l'économie de la création en allant piocher dans des lieux communs plutôt qu'assumer le point de vue dans sa totalité. Et quand Godard dit "juste une image", il n'en relativise pas la portée, au contraire : il dit aussi que le travelling est une affaire de morale... Et n'a pas de mot trop durs pour Spielberg !
Par ailleurs, comment "représenter" la Shoah ? Le problème, c'est celui du point de vue à adopter. Personne n'est sorti vivant des chambres à gaz. Représenter l'extermination, c'est regarder par l'oeilleton du point de vue du bourreau... (Ce que Spielberg évite, heureusement, en évoquant la Shoah de façon connexe. ) Mais alors, comment transmettre cette mémoire ? Le film de Lanzmann dure tout de même plus de 9 heures... Voilà le problème, mais c'est aussi un bien vaste débat !
Ecrit par : nic | 05 juin 2006
Nic: Oui, le camps de concentration sont toujours un sujet délicat... Et on dirait que les flims en eux-même prolongent le discours du débat.
"Piocher dans des lieux communs plutôt qu'assumer le point de vue dans sa totalité": je crois que peu importe la façon sont peut être filmée la Shoah, ça demeurera toujours une affaire personnelle, autant derrière la caméra que devant l'écran.
Quand à Godard, je ne voulais par contre tout ramener à une affaire politique - ou morale.
Mais au fait, pourquoi est-ce qu'on n'essaie pas plutôt d'oublier de tels atrocités au lieu de ressasser quelque chose qui ne peut plus, de toute façon, être changé? Mais ça, c,est un autre débat.
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
Les premiers photographes présents à la libération d’Auschwitz disposaient-ils de péloches en couleur ? Étaient-ils russes ?
Ecrit par : Amazone | 05 juin 2006
Amazone: "Le camp souche d'auschwitz I et Auschwitz II - Birkenau sont libérés par les soldats de la soixantième armé du front ukrainien dans le cadre d'une offensive sur la rive gauche de la Vistulé." (Wikipedia.fr). Et je ne me souviens pas d'avoir jamais vu de photos des camps de concentration en couleur.
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
LE CITADIN : Si si, il existe des films en couleurs de la libération d'un camp d'extermination par les Américains. Il ont été découverts récemment, sont passés sur Arte (notre chaîne culturelle à nous qu'on a ici) il y a peut-être six mois de ça.
Mais le problème n'est pas là.
Et je remarque (perfidement) que personne ne commente les première et dernière parties de mon billet, à propos d'Auschwitz qu'on nous vend en hiver sous la neige et pas en été quand les oiseaux gazouillent, et à propos de cette image 360° passée au sépia.
C'est ce problème-là que je voulais signaler, le film de Spielberg n'étant que secondaire.
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
Le film de Resnais, "Nuit et Brouillard" comporte des images d'Auschwitz en couleurs, tournées en 1955. Ton texte fait écho à celui que Jean Cayrol écrivit pour ce film essentiel...
« Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d’herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration. »
Ecrit par : samantdi | 05 juin 2006
... par ailleurs, je me demande si le fait que les convois portaient le nom de "Nuit et Brouillard" n'a pas contribué à figer les représentations mentales des camps de concentration et d'extermination dans un éternel hiver...
La couverture du récit de Primo Levi, " Si c'est un homme" édition Pocket (largement utilisée au collège et lycée) est en noir et blanc elle aussi, avec les tenues des prisonniers "repeintes" en bleu :
http://www.bibliophane.com/photos/300px/9782266022507.jpg
Ecrit par : samantdi | 05 juin 2006
SAMANTDI : Je n'ai pas la plume de Jean Cayrol, malheureusement.
Sur le même thème et avec cette même question du "montrer-ne pas montrer" et "noir et blanc-couleurs", il existe aussi un film français très intéressant nommé "Belzec", sorti l'année dernière.
Dans ce film, on ne voit que des bois et les gens qui vivent à leurs abords, aujourd'hui et maintenant.
J'en avais parlé par là :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/11/23/belzec.html
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
"d'Auschwitz qu'on nous vend en hiver sous la neige",KA.
On nous vend, en fait, un point de vue optimiste :
la libération. Il ne devait pas faire chaud le 27 janvier 1945.
Ecrit par : Amazone | 05 juin 2006
KA: oui, je pense que le débat s,est étendu au-delà de votre billet. Honnêtement, je ne sais vraiment pas quoi penser de ces images sépia...
Quant à l'hiver, c'est peut-être aussi pour renchérir sur la souffrance que devaient supporter les prisonniers mal habillés pendant les grands froids...
Ecrit par : Le citadin | 05 juin 2006
KA : Davantage qu'au film de Spielberg, ce que je dis de la mythification s'applique à ces "images sépia" où le travail contre l'histoire est explicitement en oeuvre. En "vieillissant" une image d'aujourd'hui pour parler d'hier, on nous vend un "Auschwitz éternel" comme une image d'Epinal, travail de déréalisation (sûrement plein de bonnes intentions) qui sert en définitive les négationnistes.
Il y a cependant un avantage à ces représentations convenues de la Shoah, c'est qu'au moins elles renforcent l'impact des images originales, par exemple celles dont les couleurs sont non retouchées, ou encore, en effet, la très belle affiche de Belzec.
Ecrit par : nic | 05 juin 2006
NIC : entièrement d'accord (et désolé de t'avoir précédemment lu un peu vite).
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
J'ai du mal à comprendre vos échanges.
Soit Auschwitz a existé dans toute sa dimension - ce que nul ne semble vouloir contester ici - et les documents historiques photographiques et filmiques qui existent sur le sujet (il n'y en a pas tant que ça) devraient suffire à appuyer les récits des témoins.
Soit on veut faire d'Auschwitz le symbole de l'éternel martyr du peuple juif et on laisse la porte ouverte au grand n'importe quoi, à savoir les films qui multiplient mensonges et inexactitudes (Au nom de tous les miens), les docus-pensum qui mélangent à peu près tout, du témoignage direct véridique aux aveux bidons (Shoah) et les fictions putassières et compassionnelles (Schindler) qui, en effet, en rajoutent dans l'effet spécial afin de faire pleurer Margot...
Tout cela est très critiquable, vous en conviendrez peut-être, tout comme le procédé de ce Polonais qui s'amuse à faire disparaître les couleurs de la réalité pour "donner le sentiment de....".
Si ce n'est pas malhonnête, c'est en tout cas maladroit, voire franchement irrespectueux de la mémoire de celles et ceux qui sont morts là, ÉGALEMENT sous un soleil éclatant !
La mort se fout de la météo et des états d'âmes pseudo-artistiques du pseudo-poète. Il est beaucoup plus impressionant de visiter ce genre d'endroit par un grand beau temps que sous la neige. Parce que le soleil ne peut rien contre le souvenir des cris et le vert de l'herbe ne peut faire oublier le noir des âmes.
Et ceci est valable à Auschwitz comme à Hambourg, à Coventry, à Hiroshima, à Oradour, à Katyn...
Ecrit par : kalle | 05 juin 2006
KALLE : C'est bien ce que j'ai voulu dire…
Ecrit par : KA | 05 juin 2006
Donc, le mieux, ce serait d'aller visiter les lieux en compagnie d'un témoin oculaire des incidents. Aucun art ne peut réellement rendre une telle horreur.
Ce qui me fait revenir à ma question: pourquoi ne cherche-t-on pas, alors, à oublier cet horreur? Ainsi, aucune maladresse, aucun manque de respect.
Ecrit par : Le citadin | 06 juin 2006
LE CITADIN : Oublier, c'est le meilleur moyen pour que ça recommence.
Et je crois que la discussion sur ce sujet va se clore ici…
Ecrit par : KA | 06 juin 2006






