« LES CASES DE FRED - MODESTY BLAISE | Page d'accueil | ACCRO DE BOUCHER »
24 août 2006
LA PLUS ÉTRANGE BARBARIE
Cliquez sur la carte pour la voir en plus grand

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand
et surtout pour lire le texte associé

Le naba Yateuga, chef Mossi au Soudan
(extrait de Plaisir de France, 1937)
« Les oeuvres d'art, qui sont aujourd'hui à l'honneur au musée du Quai-Branly, appartiennent d'abord et avant tout aux peuples déshérités du Mali, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Burkina-
Faso, du Cameroun, du Congo. Elles constituent une part sub-
stantielle du patrimoine culturel et artistique de ces sans visa ».

Femmes du Dahomey, vers 1895


« Le musée du Quai-Branly est bâti sur un profond et douloureux paradoxe à partir du moment où la quasi-totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d'Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n'en franchiront jamais le seuil compte tenu de la loi sur l'immigration choisie. »



« Nos oeuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l'ensemble, interdits de séjour. »



« Ce sont les descendants directs de ceux qui ont fabriqué ces merveilles qui meurent accrochés aux barbelés de nos parapets européens, qui se noient par centaines entre Lampedusa, Gibraltar et les Canaries, qui sont expulsés comme des paquets par charters hebdomadaires, dont les enfants sont arrachés aux écoles de la République, quand ils ne sont pas morts gelés sous les roues des trains d'atterrissage de nos avions jet liners. Pour les chanceux, dans les couloirs du musée, ils balaient peut-être les poussières ancestrales. »


Tabouret béninois
en réserve au musée du Quai-Branly
Sources
Les trois premières citations sont extraites d'un article d'Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali, paru dans Libération le 20 juillet 2006.
La quatrième citation est extraite d'un article écrit par Patrick Prado, chercheur au CNRS-Lahic (Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture), et paru dans le même numéro de Libération.
Tous mes remerciements à Olivier qui m'a fait prendre connaissance de ces articles, et à la fabuleuse, l'inépuisable Agence Euréka de Pita qui m'a fourni certaines images et m'a indiqué des pistes pour en dénicher d'autres.
14:10 Lien permanent
Commentaires
Et pour aider les sans papiers à lutter contre leur remise à la frontière, une association vous informe, fait des actions et nous enjoint à ne pas oublier la misère au pied de notre porte :
http://www.educationsansfrontieres.org/
http://collectifaissata.free.fr/index.html
Merci dans cette réflexion d'orienter vers ce paradoxe qui aujourd'hui devrait nous choquer. L'art (et sa valeur marcantile qui l'accompagne aujourd'hui) vaut-il plus que l'homme ?
De mon côté ce qui me choque le plus c'est cette façon de parler de l'art d'autres civilisations en les traitant de primitif puis premiers (pour ne pas choquer). Si l'intention était de révolutionner la vision sur cet art comme Jacques Chirac l'affirme dans ses déclarations, pourquoi persister à qualifier cet art de premier ? L'art Malien, pour prendre le pays d'Aminata Traoré) n'est pas figé à une expression ancienne, il y a une culture vivante, actuelle. C'est peut être cela qu'il faudrait tout faire rentrer dans un musée plus général. Et pourquoi pas le Louvre ?
Déclarations de Jacques Chirac
"Le Louvre ne peut rester un grand musée s’il ignore les arts de 70% de la population mondiale ». C’est donc décidé. En mai 1995, considérant que « furent nombreux, ces passeurs de rêve qui, depuis la fin du XIXe siècle, d’André Derain à André Breton, de Claude Lévi-Strauss à André Malraux en passant par Picasso, ont appelé de leurs vœux une vraie reconnaissance des civilisations oubliées d’Afrique, d’Asie, d’Antarctique, d’Océanie, et des Amériques » -comme il le déclare dans la brochure de présentation de « son » musée-, Jacques Chirac constitue alors une commission de réflexion sur la place des arts primitifs dans les institutions muséales françaises.
extrait de ce site : http://www.rfi.fr/actufr/articles/076/article_43335.asp
Ecrit par : Dom | 24 août 2006
Monsieur Ka,
Bravo pour ce billet!
On pourrait transférer ces oeuvres dans un certain gymnase de Cachan...
Et puis, regardez donc dans vos placards, vous y trouverez peut-être une boite de banania et sur celle-ci la tête d'un tirailleur Sénégalais. Souvenez-vous, ils servirent de chair à canon, il n'y a pas si longtemps. Aujourd'hui, leurs confrères servent de chair à promo électorale.
"Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang?
Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France."
Hosties noires, Senghor
Ecrit par : la bacchante | 24 août 2006
et ces pages d'un bouquin scolaire :
http://bibigreycat.blogspot.com/2006/08/gographie-cours-lmentaire-eds-magnard.html
Ecrit par : patricia | 24 août 2006
Merci
Ecrit par : M. LeChieur en pleine extase | 24 août 2006
Ah merde, il a gardé la trace de mon précédent commentaire. "En pleine extase", c'était devant Hopper. Là, ce ne sont pas vraiment les mots qui conviennent.
Ecrit par : M. LeChieur | 24 août 2006
M. LECHIEUR : J'me disais aussi… :-)
Ecrit par : KA | 25 août 2006
- « Ce sont les descendants directs de ceux...qui sont expulsés comme des paquets par charters hebdomadaires, dont les enfants sont arrachés aux écoles de la République...»
Je viens de retrouver le bour d'interview de Jack Lang entendue l'autre jour à la télé en zappant sur le journal télévisé:
"Quant aux "20.000 enfants ou jeunes sans-papiers" menacés d'expulsion malgré la régularisation d'environ 6.000 sans-papiers par Nicolas Sarkozy, ils "sont des trésors vivants", a affirmé le candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle."
""la richesse d'un pays, c'est sa population", a-t-il plaidé.
Lire sur http://www.jacklang.net/2006/08/la_rentre_scola.html
Ecrit par : Micheline | 25 août 2006
Pardon "le bouT d'interview" bien sûr
Ecrit par : Micheline | 25 août 2006
Sur la genèse du musée du quai Branly et de ses autres douloureux paradoxes (pour rester poli), je recommande le bouquin de Bernard Dupaigne, Le Scandale des Arts Premiers, qui vient de sortir chez 1001 nuits. (http://www.amazon.fr/gp/product/284205962X/171-3304046-8940240?v=glance&n=301061)
Sans doute assez partial, l'auteur étant un chercheur du musée de l'homme, mais convaincant et précis, je trouve.
Ecrit par : Frigo | 26 août 2006
FRIGO : Il faut préciser que le Musée de l'Homme, qui a bien failli disparaître, a été spolié de toutes les oeuvres d'art qu'il possédait, ceci afin d'alimenter le musée du Quai-Branly. (Cela dit, la plupart desdites oeuvres dormaient dans des réserves.)
Il en a été de même pour le musée des Arts d'Afrique et d'Océanie situé Porte Dorée à Paris, qui désormais n'existe plus. Le bâtiment, classé monument historique (il fut édifié pour l'exposition coloniale de 1931, voir son histoire par ici : http://www.musee-afriqueoceanie.fr), abrite encore ses gigantesques aquariums en sous-sol.
Il est prévu d'installer dans cette bâtisse à l'architecture impressionnante un musée de l'Immigration. Aux dernières nouvelles, Jacques Toubon était chargé du projet. il y a de quoi s'inquiéter…
Ecrit par : KA | 26 août 2006
Merci pour ces photos splendides et ces extraits émouvants.
Au delà des paradoxes sur lesquels reposent la naissance et l'existence du musée du Quai Branly, ce musée n'en reste pas moins un des seuls lieux au monde où ces oeuvres sont visibles du grand public, et surtout, mises à l'abri des trafics et autres carambouilles financières qu étaient leur lot quotidien il y a encore peu.
Je prefère voir sa naissance comme un premier pas vers la naissance de nouveaux musées, en Afrique cette fois, et de belles collaborations. Après tout, la Grèce n'en est encore qu'aux débuts de la reconquête de son patrimoine historique, alors que ses handicaps sont bien moindres.
Le chemin sera donc long pour les cultures africaines et ce musée peut aider à cela.
Et moi, admirateur de tout cela, je ne peux qu'être reconnaissant quand un tel outil est mis à ma disposition pour m'émerveiller devant les oeuvres en question.
Ecrit par : Le T | 09 septembre 2006






