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08 septembre 2006
LA GUERRE DES IMAGES
Que ce soit pour lisser la peau tavelée du jeune marié ou pour truquer une image à des fins politiques, la retouche photographique existe depuis l'invention de la photographie - ou presque.
J'avais publié, dans le Manuel à l'usage des petites Staline de banlieue, des photographies truquées datant de la Commune de 1871 et j'avais rappelé que ce genre de manipulation existait avant même l'invention de la photographie, en citant pour exemple le Sacre de Napoléon peint par David.
La manipulation d'images à des fins politiques ne date pas d'hier, et il n'est pas étonnant qu'elle fleurisse de nos jours avec le perfectionnement des techniques. Avec parfois quelques couac aussi, dont la récente affaire Adnan Hajj nous fournit une belle illustration.
Le 5 août dernier, l'agence Reuters diffuse cette image du bombardement de Beyrouth par les Israéliens :

La tricherie est éventée le jour même par Charles Johnson sur son blogue littlegreenfootballs.com. Il nous révèle que l'auteur de la photo a utilisé la fonction "tampon" de Photoboutique pour dupliquer la fumée, sans oublier quelques immeubles par la même occasion :

Et l'on voit par là que Adnan Hajj ne maîtrise pas bien l'objet. N'importe quel photoboutiquier un tant soit peu expérimenté eût fait beaucoup mieux ! Résultat des courses : le photographe bidouilleur s'est fait virer de Reuters.
L'affaire avait également été dévoilée par le blogue The Jawa Report qui prouva aussi que Adnan Hajj avait truqué d'autres photos le 2 août dernier :


Nous sommes censés voir trois missiles alors qu'il n'y en a qu'un, dupliqué deux fois.
Au risque de choquer, je dirai que l'affaire du bombardement de Beyrouth - dont on peut lire les très intéressants développements sur cette page de la Wikipedia, est tristement banale. Nous sommes abreuvés de vidéos et de photos truquées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Que l'on songe, par exemple, aux photos publiées par la presse à emballer le poisson qui nous montrent régulièrement des couples illégitimes de vedettes n'existant que sur le papier. Que l'on songe à toutes ces photos de chanteuses auxquelles on a ajouté des seins, allongé les jambes, gommé les bourrelets.
De nos jours, la manipulation naît dans les bas-fonds de la presse pour grandir dans ses étages. Une foule d'exemples amerlocains relevant de la politique ou du pipeule est fournie sur cette page de l'indispensable Dartmouth College.
Souvenons-nous de l'affaire Brian Walski, par exemple. En avril 2003, ce photographe du Los Angeles Time livra cette image d'un soldat britannique à Basra, en Irak :

Image bidon qui raconte une histoire inventée grâce à la compilation de deux photos :


Rien que de très banal, disais-je.
Nous vivons une époque où il est impératif de ne plus croire en la véracité d'une image, une époque où l'on nous ment à tout bout de champ. Apprenons à faire avec en aiguisant notre regard, cultivons la suspicion au risque de sombrer dans la paranoïa, et tout ira presque bien dans le pire des mondes.
Sauf que…
Sauf que certains veulent se croire encore plus malins que les trafiquants d'images. Profitant de leur confortable position de chevalier blanc, ils abusent le monde ou s'abusent eux-mêmes.
Rien qu'un exemple éclairant, toujours à propos de cette affaire Adnan Hajj.
Fort de sa découverte concernant le bidonnage du bombardement de Beyrouth, le ouèbemaistre de littlegreenfootballs.com publie peu après une photo qui, selon lui, serait l'image originale trafiquée par Adnan Hajj. Il s'agit d'un cliché pris le 26 juillet 2006 par Ben Curtis pour Associated Press :

Et ledit ouèbemaistre, de mettre en ligne une animation prouvant qu'il s'agit bien de la même image :

Sauf que voilà, seul un tiers de la photo est commun, et bizarrement, la petite maison sur la hauteur n'est pas dans le même axe vertical si l'on prend comme point de référence l'immeuble entouré d'un carré rouge :

Ce seul point nous indique que nous n'avons pas affaire à la même photo. La chose se confirme si l'on se réfère à la ligne verte du bas nous montrant que la position de l'immeuble encadré de rouge est différente. La ligne verte du haut nous indique, elle, que la hauteur de la colline a considérablement varié ! Elle a grandi à un point tel que c'est impossible et l'on va bientôt comprendre pourquoi (voir plus bas les points 1. et 4.).
Un peu plus tard dans la journée, l'agence Reuters reconnaissait "l'erreur". Elle publiait le lendemain la photo originale d'Adnan Hajj, avant retouche :
Cliquez sur les images pour les voir en plus grand

Photo originale

Photo retouchée
Peut-on accorder du crédit à Reuters, qui diffusa plusieurs photos bidon d'Adnan Hajj sans jamais sourciller ? Oui. Ces deux photos n'en sont qu'une, en voici une preuve parmi d'autres :

À gauche, un extrait de la photo originale ; à droite la photo retouchée. S'il est une chose que l'appareil photographique le plus rapide au monde ne peut capter de manière absolument identique sur deux prises de vues différentes, c'est bien la fumée qui a la mauvaise habitude de se déplacer plus vite que son ombre. Ici, on s'aperçoit que la découpe du panache est absolument identique. Il s'agit bien de la même photo. Les immeubles au-dessous sont différents, certes. L'explication est fournie quelques lignes plus bas, aux points 1 et 4.
On voit par là que le ouèbemaistre de littlegreenfootballs.com s'était un peu emballé, avait pris ses désirs pour des réalités. L'erreur est humaine, ne lui jetons pas la pierre. Il publia ensuite la photo originale divulguée par Reuters, sans un mot d'excuse à l'attention de ses lecteurs.
Dommage.
PETIT EXAMEN DES RETOUCHES
EFFECTUÉES PAR ADNAN HAJJ
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

1. Cette partie de la colline a été déplacée vers le haut afin d'exagérer le côté tapi, vulnérable de la ville.
2. et 3. La fumée a été dupliquée au tampon.
4. et 5. Les immeubles ont été dupliqués au tampon.
6. Le bas de la photo a été coupé, afin d'enfoncer encore un peu plus la ville. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder à nouveau la photo originale ci-dessous. La partie encadrée de rouge est celle qui a été ôtée :

Enfin, le contraste a été accentué sur toute la surface de l'image afin de la rendre plus dramatique.
L'École des Hautes Études en Sciences Sociales, académique institution s'il en est, dispose d'un blog intitulé Actualités de la recherche en histoire visuelle. À propos de l'affaire Adnan Hajj, on peut y lire ceci en date du 8 août :
Pendant plus d'une dizaine d'années, pour montrer les manipulations permises par l'image numérique, les manuels de visual studies n'ont eu recours qu'à une seule illustration: l'altération du visage d'O. J. Simpson en couverture de Time. [1994](…) A en juger par les effets produits par l'affaire Adnan Hajj, nous disposons maintenant du premier exemple emblématique de manipulation de l'ère de la photographie numérique.
L'auteur de ces lignes semble avoir oublié l'affaire Brian Walski de 2003, qui fit pourtant bien du bruit dans le landernau. Le même auteur publie un dessin de presse résumant l'affaire, sans en comprendre tout le sel :

Allusion au fait qu'un cliché peut être photoboutiqué, mais aussi rappel d'une autre photographie d'Adnan Hajj qui fit couler quelques filets d'encre une poignée de jours plus tôt :

A rescuer carries the body of a toddler victim of an Israeli air raid on Qana that killed more than 60 people, the majority of them women and children, in south Lebanon, July 30, 2006. REUTERS/Adnan Hajj (LEBANON)
Cette image honteuse d'un sauveteur exhibant un gamin sous les objectifs des reporters évoque - involontairement - une célèbre photographie de guerre prise par Eugene Smith en 1944 à Saipan. Cette île, qui fait partie de l'archipel des Mariannes dans le Pacifique, avait été investie par les Amerlocains pour y déloger les Japonais.

10:45 Lien permanent
Commentaires
- "L'auteur de ces lignes semble avoir oublié l'affaire Brian Walski de 2003"
- Vous vous trompez: je renvoie d'ailleurs en commentaire à une liste détaillée de manipulations photographiques (par Hany Farid). Reste qu'aucun de ces cas n'a eu ni les honneurs de la presse internationale ni celle des manuels à l'usage des étudiants en visual studies. C'est bien là ce qui m'intéresse. Comme le principe de la manipulation est dans tous les cas le même, il faut bien, pour que certains cas attirent l'attention plus que d'autres, qu'ils engagent d'autres dimensions. Ce que fait exemplairement l'affaire Hajj: ce qui lui a été imputé n'était pas une simple malignité "cosmétique", comme dans le cas Walski, mais bien l'intention de tromper sur la réalité même des faits (la gravité des effets des bombardements israéliens).
- "Le même auteur publie un dessin de presse résumant l'affaire, sans en comprendre tout le sel"
- Croyez-vous? Nous nous intéressons à des aspects différents de ce cas. Vous ne développez pas la dimension socio-économique de la production de l'image, à mes yeux décisive. Mais je trouve utile et intéressant que vous reveniez sur le volet proprement iconographique, qui est un des atouts majeurs de votre blog. Si vous consultiez le mien plus souvent, peut-être y trouveriez-vous plus de poivre... ;-)
Bien cordialement,
AG
Ecrit par : André Gunthert | 08 septembre 2006
Ça fait réfléchir. Personnellement, vu le genre de presse avec qui je travaille, mes seules retouches consistent à rajouter un peu de ciel bleu pour les photos destinées aux pages quadri ou à renforcer la netteté (parce que je suis une buse de l'objectif). Mais ça procède du même fonctionnement, finalement. C'est aussi con que ce type qui rajoute maladroitement de la fumée sur son cliché. D'autant qu'on ne saisit pas bien l'intention, quand on voit l'original : celui-ci est déjà suffisamment explicite, non ?
Ecrit par : LeChieur | 08 septembre 2006
Impressionnant de bidouillage.
Ecrit par : Doc | 08 septembre 2006
... mais pitoyable.
Ecrit par : Doc | 08 septembre 2006
superbe article et superbe travail d'analyse... on devrait juste dire à ces photographes bidouilleurs que les cours sur photoshop ça existe ;-) désolant de voir l'amateurisme des retouches (je ne parle même pas d'éthique mais seulement de professionalisme)…
Ecrit par : peter | 08 septembre 2006
Et on fait pareil avec le son ! Je me souviens dans les années 80 d'un reportage sur une manifestation "automobile" de Solidarnosc en Pologne pour laquelle le directeur de la rédaction de Tf1 (JM Cavada - je crois) avait envoyé un preneur de son place de l'Etoile pour avoir davantage de klaxons.
Ecrit par : nic | 08 septembre 2006
Mônsieur Ka,
Aurais-tu l'obligeance de mettre un lien sur la photo de guerre connue de tous sauf de moi!
Ecrit par : la bacchante inculte | 08 septembre 2006
LA BACCHANTE : Bein nan, j'attends que quelqu'un m'en donne la référence ;-)
Ecrit par : KA | 08 septembre 2006
Euhh quelle guerre? et pourquoi "universitaires" ?
Ecrit par : Micheline | 08 septembre 2006
MICHELINE : Je parlais des universitaires de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, dont A. Gunthert - qui a posté ci-dessus le premier commentaire - est l'un des représentants.
Quant à la guerre et la photo que j'évoque, bein justement, faut chercher… :-)
Ecrit par : KA | 08 septembre 2006
Et un autre photochoqué :
http://olivier.taffin.net/2006/09/
Ecrit par : Amazone | 08 septembre 2006
celle-ci?
http://www.zaman.com/2006/08/15/bebek_b.jpg
Ecrit par : Micheline | 08 septembre 2006
OLIVIER TAFFIN : Le Taffin d'Orn ?
MICHELINE : T'as pas comprendu. La photo que tu me cites a été prise au même moment que celle de Hadjj. Et je dis que ces deux-là sont une référence involontaire à une autre photo, plus ancienne et très célèbre.
Et je ne donnerai aucun indice. Na.
Ecrit par : KA | 08 septembre 2006
Himself...
Ecrit par : Amazone | 08 septembre 2006
Bonjour,
la célèbre photo de guerre pourrait être celle de George Rodger prise à Londres pendant le Blitz (on la voit en bas à droite de cette page http://www.photo.fr/portfolios/rodger/index.html)
Ecrit par : Béatrice | 08 septembre 2006
BÉATRICE : Nan nan c'est pas ça ;-)
Ecrit par : KA | 08 septembre 2006
La photo peut faire penser à celle de Kouchner et du sac de riz.
Mais ce n'est sans doute pas ça.
Ecrit par : DB | 08 septembre 2006
DB : un sac ce riz ! Oh lui eh !
Ecrit par : KA | 08 septembre 2006
Deux images célèbres qui illustrent la folie de la guerre : le martyre des enfants.
http://www.crdp-strasbourg.fr/auschwitzDoc/photo1.htm
http://solidarite93.free.fr/museum_guerre_du_vietnam.php
Ecrit par : Lusciniole | 08 septembre 2006
Mais peut-on sérieusement penser que ce truqueur ne savait pas qu'il se ferai démasquer? La retouche est tout de même pathétiquement grossière, et saute directement à l'oeil...
Ecrit par : Lilo | 08 septembre 2006
Comme LeChieur, je trouve que la photo (de Beyrouth) avant retouche est plus significative que la retouchée, ce qui rend la manip d'autant plus ridicule.
C'est curieux parce que je l'avais vue et avais tiqué sur l'immeuble, qui donnait l'impression d'une duplication par bougé, mais pas du tout sur le double panache de fumée.
Les photos choc faites pour choquer sur moi ne fonctionnent pas (tétine pendante ou non), en revanche celles vraiment prise sur le vif (non, non sans vil jeu de mot) parce que le photographe a cliché à l'instinct me font beaucoup réfléchir.
(ex, la fameuse du gars qui s'écroule sous un tir pendant la guerre d'Espagne).
Le dessin humoristique est vraiment parfait. (hélas)
Ecrit par : gilda | 08 septembre 2006
La photo de guerre: une photo plus ancienne, tu veux dire en 1996 ? une photo plus terrible encore ?
Ecrit par : Micheline | 08 septembre 2006
encore un billet remarquable et essentiel !
(comme à ton habitude)
Ecrit par : proc' | 08 septembre 2006
LUSCINIOLE et MICHELINE : Il s'agit d'une photo ancienne qui ressemble pas mal à celle du billet. Mais bon, comme je n'ai pas trop envie que ça devienne un jeu, je mettrai ça en ligne demain (là je suis trop fatigué).
GILDA : La photo du type pendant la Guerre d'Espagne (de Robert Capa), eh bien il paraîtrait qu'elle est bidonnée. J'ai lu ça plusieurs fois mais ne me souviens plus des arguments.
Elle est là, avec une autre :
http://www.uiowa.edu/policult/assets/pre-WWI/Capra_SpanCivilWar.jpg
Ecrit par : KA | 09 septembre 2006
hello le Ka!
la photo en question, ce n est pas cet enfant, photo noir et blanc, nu sur une route, brulé au napalm, pendant la guerre du vietnam, version US (ou l indochine version FR....que des saloperies, tout ça....)???
dis, j ai gagné quoi, dis?
nota: j adore ton site, tes articles, et je regarde dorénavant avec plus d attention tout dessin, tableau, photo qui passe sous mes yeux.........
merci, suis moins tarte!
continue, mek!
Ecrit par : zaza | 09 septembre 2006
Comme je l'écrivais le 16 juin passé au sujet de l'affaire Brian Walski: «Toutes les photos ne sont pas égales quant à l'attente de vérité qu'elles engendrent. On peut discuter à l'infini des manipulations, mensonges, arnaques et autres arrangements avec la réalité, tant qu'on n'a pas défini de quelles images on parle, tous les arguments sont vains. Il me paraît en effet bien innocent de rendre plus bleu le ciel d'une carte postale touristique (qui d'ailleurs ne leurre personne!)... mais si ce ciel recouvre une scène de guerre, alors gare à celui qui y touchera!»
... la suite, ici: http://blog.photographiste.ch/PagMots1/Texte1.html#ancWalski
Quand aux ridicules retouches de Adnan Hajj je les évoquais ici, il y a un mois: http://blog.photographiste.ch/PagMots1/Texte2.html#ancLiban
Surtout, dans la foulée, je mentionnais l'affaire relatée pas Richard North sur son blog. Il ne s'agissait plus alors de manipulation d'images, mais carrément de la manipulation des photographes et des cameramen après un bombardement israëlien à Qana! C'est ici: http://eureferendum.blogspot.com/2006/08/qana-directors-cut.html
Ecrit par : Béat | 09 septembre 2006
KA : je te rassure, je ne prenais pas cette recherche de photo pour un jeu ! En 2-3 clics hier soir, je l'ai trouvée mais je n'avais pas envie de mettre un lien. Il y a des tas d'images atroces enfouies dans nos mémoires et qu'on aimerait bien oublier...
Ecrit par : Micheline | 09 septembre 2006
J'ai ajouté au bas de ce billet la photo que m'évoque celle de Qana.
Ecrit par : KA | 09 septembre 2006
BEAT : Je ne suis pas du tout d'accord avec ton analyse quant à l'affaire Brian Walski. Tu dis qu'il a recomposé une scène visant à restituer l'intensité du moment vécu. D'accord. Et tu dis qu'en cela il est excusable. Pas d'accord.
Moi je dis qu'il a reconstitué cette scène parce qu'il a été infoutu de la capturer dans son objectif. Et donc qu'il est un mauvais photographe.
Et je dis qu'il est inexcusable parce que la photo, non, ce n'est pas ça. Comme je l'ai dit auparavant, il faut savoir de quoi l'on parle : de photo au sens spécifique ou d'image au sens plus large.
Brian Walski a composé une image grâce à trois photos. Il a fait un travail de peintre. Qu'il nous vende son image en tant que peinture numérique (ratée), s'il veut. Mais pas en tant que photo.
Je renvoie à mon article sur Gregory Crewdson - qui lui se considère comme un peintre - où j'avais parlé de cette différence photo-image et des enjeux des possibilités techniques actuelles :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/07/24/peintures_numeriques_de_gregory_crewdson.html
Ah pis tiens, je vais en remettre une couche :
dans les années 60 ou 70, à l'époque des guerres du Vietnam, du Biafra, du Liban, etc. on avait vite fait le tour des photographes de guerre qui étaient tous excellents : Gilles Caron, Don McCullin, Larry Burrows, Tim Page et quelques autres. Leurs photos faisaient le tour du monde.
Aujourd'hui, il y a pléthore de photographes de guerre (ou de gens qui croient avoir ce talent). Et pas assez de supports pour digérer leurs productions (le nombre d'agences n'a pas crû dans les mêmes proportions, hein). La concurrence est rude, bien plus rude qu'il y a trente ans.
Quand on est cinquante à entourer un civil en train de mourir, cinquante sur un même balcon à faire la même photo de bombardement, il faut bien trouver quelque chose pour s'extraire du lot, n'est-ce pas. Alors hop ! hop ! un p'tit coup de Photoboutique et bonjour M'sieur Reuters, j'ai un cliché pour vous…
Et la messe est dite.
Ecrit par : KA | 09 septembre 2006
Z'avez rien compris ! Faut bien vendre des images que ça émotionne aux gens. Alors, comme ils sont bêtes et qu'ils achètent n'importe quoi du moment que c'est gore, on rajoute sang, fumée, etc.
J'exagère, mais à peine. Regardez les photos délibérément floutées des mags pipole, "ça fait pris sur le vif" alors qu'avec le matos actuel, faut se lever de bonne heure pour foirer une photo à ce point (moi, j'y arrive, mais j'ai un secret...).
Ou, effectivement, ces images manipulées par tous les moyens. A ce sujet, j'ai vu, lors d'un reportage fait par une asso dont j'ai malheureusement oublié le nom, une édifiante démonstration sur la manière dont le cadrage d'une image pouvait en changer le sens. Il s'agissait d'un immeuble koweiti criblé d'obus, une vraie passoire. La photo passée dans la presse le montrait de gros plan, avec une voiture écrabouillée juste devant : la désolation à l'état pur.
Sauf que... on faisait trois pas en arrière, on élargissait le champ et là, que voyait-on ? Toujours notre passoire, mais entourée d'autres immeubles flambant neufs et en parfait état.
Globalement, pour résumer, une photo n'est pas le reflet d'une situation ; elle est le reflet de la situation telle que la voit le photographe. Ca fait une nuance...
Ecrit par : Isido | 09 septembre 2006
Excellent billet ! Comme toujours.
Ecrit par : steph | 09 septembre 2006
Tu vois, même tu ne traites pas de peinture, c'est passionnant.
Tout comme LeChieur et Gilda, la raison du bidouillage de la première photo m'échappe violemment, si ce n'est de créer une polémique en sachant pertinemment que la supercherie sera découverte.
@Gilda : trop forte, tu fais maintenant des contrepétries à l'insue de ton plein gré (et j'lai trouvé en deux secondes pour une fois !).
Ecrit par : Vroumette | 09 septembre 2006
VROUMETTE : Le photographe n'a pas voulu créer de polémique, non. Il a voulu truander bêtement et s'est fait prendre. Résultat des courses : il s'est fait virer de l'agence Reuters qui a supprimé de sa base les 900 photos du type, et vaudrait mieux qu'il ait une bonne couverture chômage parce qu'il n'est pas près de retrouver du taf.
Quant à sa photo originale avant retouche, l'agence Reuters a dit qu'elle ne l'aurait certainement pas publiée, parce que trop fade.
Ecrit par : KA | 09 septembre 2006
C'est à se demander si les mecs qui tiennent ce type d'agences (Reuters en l'occurence) s'y connaissent en photo...
Ecrit par : Amazone | 09 septembre 2006
Merci, beau travail. Salvateur.
Ecrit par : Souplounite | 10 septembre 2006
KA: (je réponds avec un peu de retard pour cause de voyage de retour de vacances)
Eternel problème des citations!
Tu résumes mes (trop?) longs paragraphes de façon un peu cavalière en disant que je juge «excusable» le travail de Walski. Tu oublies quand même de dire -et c'est important- que dans mon billet je condamne clairement ce genre de pratiques, s'agissant de photo de presse. J'espère que cela est bien clair. Pour le détail, se référer au dit billet!
En ce qui concerne toutes les photos autres que celles de presse, de témoignage ou de type documentaire, peu m'importe qu'on les bidouille ou pas. Pourvu qu'il n'y aie pas d'ambiguïtés. Et qu'on appelle cela «photo» ou «image» ou «peinture numérique» est pour moi un problème secondaire.
Il faut gentiment commencer à comprendre qu'avec les possibilités d'aujourd'hui, les règles changent, que nous le voulions ou pas. Et les affirmations vertueuses clamant que «... la photo c'est ça» ou «...c'est pas ça» n'y changeront rien non plus! Mieux vaut en tenir compte et essayer de vivre avec. Les photographes de presse et les agences ont une éthique à défendre là-dedans... eh bien qu'ils le fassent! C'est leur boulot du moment et je veux bien admettre que cela n'est pas simple. Mais ils ont tout à y gagner. Et nous aussi.
Ecrit par : Béat | 10 septembre 2006
> la manière dont le cadrage d'une image pouvait en changer le sens
C'était le thème d'une campagne publicitaire du Monde, dont le slogan était "on ne sait rien quand on ne sait pas tout".
Les images de ladite : http://www.francparler.org/fiches/presse_etudier.htm
Ecrit par : Zorglub | 10 septembre 2006
ZORGLUB : Excellent lien !! A lire, à regarder, à réfléchir.
Ecrit par : KA | 10 septembre 2006
BEAT : « Il faut gentiment commencer à comprendre qu'avec les possibilités d'aujourd'hui, les règles changent, que nous le voulions ou pas. »
Eh bien non, justement. Ce n'est pas parce que la retouche d'images devient indétectable (sauf chez Adnan Hajj) que l'éthique change.
Prenons un exemple caricatural : tuer un homme à coups de silex affuté pose un problème d'éthique. Le tuer à distance avec une arme bactériologique pose le même problème d'éthique. Ce n'est pas parce que les moyens changent que le problème est différent.
Accepter qu'une image (et singulièrement une image d'actu) puisse être transformée, réinventée ou fabriquée de toutes pièces au prétexte que Photoboutique est "plus fort que toi" équivaut à une lâcheté passive ou à une complicité active.
(Je sens que je viens, encore une fois, de me faire de nouveaux amis ;-)
Ecrit par : KA | 11 septembre 2006
KA: Quand je dis que les règles changent, je veux parler des règles définissant ce qu'est une photo ou pas. Il faut être conscient que ces règles, non écrites, ont été façonnées par le media. Aujourd'hui, le media est en train de changer considérablement. Il va donc, obligatoirement, susciter de nouveaux usages, «que nous le voulions ou pas» (j'insiste ;-)
Je ne dis pas que nous n'avons pas besoin d'une éthique, loin de là. Mais je n'ai pas de solutions toutes faites... il faut chercher... (Enfin, j'ai quelques petites idées que je développerai un jour quand j'aurai le temps, sur mon blog. En prenant mille précautions, pour ne pas passer pour un dévoyé.)
Le monde est plein de petits malins (et de gros malhonnêtes!) prêts à tordre les règles à leur profit. Je préfère contribuer, modestement, au débat en reconnaissant de nouveaux enjeux, en essayant de cerner de nouvelles normes, plutôt que de me draper dans une vertu intégriste et peut-être stérile.
(Moi je n'ai pas de problème avec l'amitié... on fait que discuter, non?)
Ecrit par : Béat | 11 septembre 2006
Un groupe d'universitaires montés en association a tourné un documentaire sur la représentation de l'humanitaire dans les journaux télévisés... Sans aller jusqu'aux retouches, les prises de vues et les reportages sont très précisément "réglementés" - pour mettre en valeur, notamment, les équipes humanitaires, le travail humanitaire... Et montrer finalement bien peu les populations... Tout cela, la manipulation par l'image, de la plus innocente (et expliquée, dans ces cas-là), jusqu'au trucage de photos, fait partie de la manipulation des médias, bien plus chercheurs de sensations fortes et rapides, vite oubliées, du modèle prêt à penser, prêt à voir, prêt à avaler qui nous est proposé.
En gros, je ne suis pas étonnée. Il y a eu d'autres manipulations de l'information, et d'autres manipulations de l'image... Pourquoi, dans quel but ? Faire de l'audience, simplement? Ou influencer le public ? Ou les deux ?
La propagande est faite de tout ça: traficotage sur les images, détournement d'images, informations orientées...
Ecrit par : Pivoine Blanche | 19 septembre 2006
Connaissez vous l'artiste photographe jeff Wall...
Ecrit par : tef | 19 septembre 2006
TEF : Oui oui. J'aime pas tout, mais certaines images sont vraiment très fortes.
Ecrit par : KA | 21 septembre 2006
Bonjour,
j'ai découvert une image que je voulais vous montrer. Même si ce n'est pas forcément sa place dans les commentaires de ce sujet, puisque de retouche d'image il n'est pas question. Mais de photographie oui, qui vous évoquera en palimpseste sans doute d'autres images plus contemporaines et tristement célèbres...
Voici donc une photo prise à New York en 1972 par André Kertesz :
http://www.exporevue.com/images/magazine/511kertesz.jpg
Ecrit par : cidrolin | 09 octobre 2006
CIDROLIN : Je le savais, que Kertesz était dans le coup :-)
Merci pour cette belle image.
Ecrit par : KA | 09 octobre 2006
Il y a les photographes qui retouchent leurs images pour montrer aux gens ce qu'ils ont envie de voir (du sang, du feu, tout ce qui a été dit plus haut).
Mais il y a aussi les photos pas truquées du tout dans lesquelles les gens persistent à voir ce qu'ils ont envie de voir ! Cet été j'ai exposé des photos de la Bosnie d'aujourd'hui, 2006 ; dans la série il y en avait une d'une pelleteuse au milieu des gravats d'une maison en train d'être démolie (c'était une bien belle pelleteuse et j'ai un faible pour les engins de ce genre), et une autre d'un homme enjambant une fosse creusée pour installer des canalisations (c'est le mouvement du bonhomme qui était intéressant). Réaction de quelques visiteurs : "rha là là cette guerre c'est terrible, regarde un peu tous ces stigmates" (mot pour mot, hein)
Alors ? Gens avides d'images choc ou bien victimes trop abreuvées de trash, formatées pour ne considérer que l'atroce ?
Ecrit par : Milky | 30 octobre 2006
je vou souhaite un bon travail
Ecrit par : hind | 18 novembre 2006
je vou souhaite un bon travail
Ecrit par : hind | 18 novembre 2006






