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13 septembre 2006
SOIR D'ÉTÉ
Je tiens à préciser que ce billet a été rédigé sous la contrainte d'un que je ne nommerai pas, nanmêho.
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Edward Hopper (1882-1967) s'était rendu une première fois à Paris entre octobre 1906 et août 1907. Il y reviendra en 1909, entre mars et août. Quinze mois au total, qui le marqueront durablement : il mettra, dit-il, dix ans pour se dégager de l'influence de la peinture européenne (par peinture européenne, il faut comprendre les impressionnistes, Degas et Vermeer). Quoique en vérité, on retrouve l'ombre de Vermeer et Degas jusque dans ses dernières oeuvres mais ceci est une autre histoire. Revenons à nos moutons.
Peinte en 1914, c'est l'une des dernières oeuvres ouvertement inspirée par la peinturlure d'cheu nous. Exposée en juin 1915 avec New York Corner, elle sera éreintée par la critique. Déçu, Hopper ne l'accrochera plus jamais aux cimaises.
On le comprend ! Si New York Corner - qui fut bien accueillli - préfigure le Hopper que nous connaissons, il faut bien reconnaître que Soir bleu ne brille pas par son invention picturale.

New York Corner, 1914
Bon allez, tentons tout de même d'analyser l'objet. Son titre, d'abord. Il est probablement inspiré par Arthur Rimbaud :
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue,
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
Mars 1870

Rien que deux mots, collés sur une toile qui raconte une histoire bien différente.
Nous avons devant nous une terrasse de bistrot avec une balustrade de pierre et un lointain indéfini. Peut-être évoque-t-il cet au-delà des fortifs, quelques collines à l'extérieur de Paris. Il faut y voir, sans aucun doute possible, un rappel du Déjeuner des canotiers de Renoir daté de 1881 :

Sauf que l'ambiance est très différente, bien sûr. On est heureux chez Rimbaud, on rame et on rit chez Renoir, on se désespère chez Hopper. Mais j'y reviendrai plus tard.
L'image toute en longueur, préfiguration des panoramiques de cinéma (on pense à Nighthawks dont j'ai parlé par là), est coupée par une barre verticale à son premier tiers, un poteau supportant le toit au bas duquel sont accrochés les lampions chinois.
Ce truc de la barre verticale en premier plan, Hopper l'utilisera souvent pour :
1. donner de la profondeur à l'image
2. empêcher le spectateur de participer vraiment à la scène et donc pour le mettre dans une position de voyeur (voir par là ce que je disais à propos du voyeurisme chez Vermeer et Hopper). Quelques exemples :

donner de la profondeur à l'image

instaurer une position de voyeur
Les deux dernières images ci-dessus se confondent avec les thèmes de la fenêtre, du cadre, de l'écran. Mais bon, passons et revenons au Soir Bleu.
On y compte pas moins de sept personnages. Jamais plus Hopper n'en représentera autant puisque sa marque de fabrique est la solitude, l'absence de communication entre les êtres.
Une absence qui est déjà palpable ici puisque aucun des personnages n'est en conversation, aucun n'adresse visiblement un regard à un autre.

Revue de détail des personnages

Le tout premier à gauche, avec sa casquette et sa clope, est un maquereau. C'est ainsi que Hopper titra son croquis préparatoire.

Le deuxième, traversé par le poteau, porte un béret et arbore aussi une cigarette. Il s'agit du peintre Édouard Manet :

Édouard Manet à son chevalet
par Léon-Augustin Lhermitte
Oublions un instant les deux personnages suivants, pour nous attarder sur le clown :

Rappel du Gilles de Watteau en blanc sur fond bleu, et des fêtes galantes.

Dans une lettre adressée à sa mère en 1907, Hopper décrit les défilés de carnaval parisiens. Il mentionne, notamment, un clown et une femme fardée à long nez. On retrouve ces deux personnages dans Soir bleu.
Le clown est un artiste, un bambocheur. Rejeté par la bourgeoisie, il arbore la clope comme le maquereau et le peintre célèbre. Ce clown n'est autre que Hopper, artiste peintre.
Il est placé à droite de la ligne médiane du tableau, du côté des bourgeois. Parce que Hopper n'est ni un membre de la pègre parisienne (qu'il ne côtoyait pas), ni un peintre arrivé tel Manet (qui fréquentait assidûment les endroits louches). Il est et demeure un bourgeois, quoi qu'en pensent ses congénères.
Face au clown, du côté gauche de la ligne médiane, se tient le militaire.

Ce valeureux représentant de l'ordre a, quant à lui, provisoirement franchi la ligne. Du côté des malfrats, on peut supposer qu'il lorgne vers la prostituée.

Lourdement fardée, cette dernière est également un clin d'oeil à la peinture française et plus précisément à celle de Toulouse-Lautrec, qui passa sa vie dans les cabarets et les bordels. La prostituée de Hopper trouve ses origines dans celle qui se tient à l'extrême droite du tableau de Toulouse-Lautrec :

Au Moulin-Rouge, 1892
À moins qu'elle soit inspirée par ce portrait de Fernande Olivier - compagne de Picasso - réalisé en 1905 par Kees Van Dongen. Même traitement, mêmes couleurs…

Ce panoramique s'achève sur un couple de bourgeois, venus s'encanailler à la terrasse de ce bistrot des barrières. Relégués sur le bord droit de la toile, ils ne se mélangent pas à la bohème qui ne constitue qu'une seule masse : soit ils empiètent physiquement l'un sur l'autre, soit ils sont reliés par les tables et les chaises.

Les bourgeois, eux, sont bien à part : le dos de la femme ne mord pas sur le costume du clown, et c'est le seul endroit où l'on distingue clairement la rambarde de pierre. L'encanaillement a ses limites !

Bon, alors, en définitive, que raconte cette peinture ?
En prenant comme sujet une terrasse de bistrot louche, Hopper nous parle de sa situation en ces années 1914-1915. Artiste incompris, il se dépeint en clown triste contraint de produire des illustrations à la chaîne pour survivre comme d'autres se livrent à la prostitution. Bourgeois par nature - placé à droite - sa cigarette l'assimile aux personnages de gauche : Manet - l'artiste arrivé dont il envie la position - et le maquereau symbolisant la bohème.
Son pendant graphique est le militaire, garant de l'ordre bourgeois passé provisoirement de l'autre côté. L'oeuvre est donc composée comme un yin-yang : une partie blanche à gauche [la bohème] avec un point noir [le militaire] / une partie noire à droite [la bourgeoisie] avec un point blanc [le clown].
Si l'on continue l'analogie prostitution/illustration, ce militaire qui regarde probablement la pute peut être considéré comme un rédacteur en chef de magazine passant commande à l'artiste, désespéré d'avoir recours à de tels expédients.
Voilà ! Ce décryptage m'ayant passablement épuisé (oui oui), je ne publierai pas de nouveau billet avant lundi ou mardi prochain. Mais si le coeur vous en dit, il y en a 460 en stock…
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Commentaires
Ouéééééééééééééééééé !
Ecrit par : LeChieur | 13 septembre 2006
Rha, la vache ! Même avec une toile pas très intéressante a priori, Maître KA arrive à nous pondre un billet passionnant... C'est dingiue. KA, je veux aller au musée avec toiiiiiiii !
(et pis merce, aussi. Pasque bon).
Ecrit par : LeChieur | 13 septembre 2006
rololo. MERCI, je voulais écrire. Avec un i.
Ecrit par : LeChieur | 13 septembre 2006
C'est marrant, c't'aprèms à quelqu'un qui m'interrogeait sur mon lien avec le travail à l'usine tertiaire j'avais failli parler de prostitution intellectuelle, avant de me reprendre, consciente que mes douleurs et mon inadaptation me rendaient excessive. J'ai donc pudiquement évoqué un sentiment d'enfermement.
Mais à la réflexion et à ta lecture je me dis que ...
Ecrit par : gilda | 13 septembre 2006
A chaud ! « Soir d’été » me fait énormément penser aux thèmes et à l’atmosphère des romans de Robertson Davis. Peut-être s’est-il inspiré de Hopper ? Par ailleurs, il me semble que les motifs et la facture de cette toile sont plus proches de Verlaine que de Rimbaud.
Dis Ka, tu ne vas tout de même pas faire mariner tes lecteurs jusqu'à mardi ? Ce serait du sadisme ! Des vacances désesp
Ecrit par : Amazone | 13 septembre 2006
Un clic malencontreux : des vacances désespérées...
Ecrit par : Amazone | 13 septembre 2006
Je ferai ptêtre un ou deux billets extra-courts d'ici la semaine prochaine. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais le temps.
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
Malgré les lampions qui devraient donner un air de fête à cette scène, on est dans une ambiance triste et froide, même si Hopper l'intitule "Soir d'été". Ensuite, le choix du personnage pour se représenter lui-même : le clown blanc (qui est par définition le clown triste, me semble-t-il).
J'ai découvert Hopper il n'y a pas très longtemps, et toujours on a cette impression d'ennui, de tristesse, de solitude...
Tu es épuisé? ;-) (Pamela n'est pas revenue?)
Fais travailler les autres : tu n'avais pas parlé d'une Boîte à rêves ?
Ecrit par : Micheline | 13 septembre 2006
MICHELINE : Tu es ma sauveuse, euh… ma salvatrice pas triste ! Oui oui, à partir de demain une nouvelle Boîte à Rêves pour vous occuper !
(Mais où avais-je donc la tête ? Uh uh uh…)
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
"(Mais où avais-je donc la tête ? Uh uh uh…)"
P'têt sur un plateau ? ou coincée dans des mains gantées? Arf...
Ecrit par : Micheline | 13 septembre 2006
Yin-yang ?
La "grossesse" de la prostituée, flagrante, portant haut le crâne du militaire, confirme !
à mardi.
Ecrit par : Wolivié | 13 septembre 2006
Une Boîte à rêves sixième du nom sera mise en ligne demain jeudi 14 septembre à partir de 00h05. Affutez vos répliques !
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
à en juger par la position de la tête du militaire, j'ai du mal à concevoir quil regarde la prostituée, et en plus, les regards du clown et de Manet sont plutot porté vers la table, pourquoi en serait-il différent pour le bidas?!
quand à la prostitué, il me semble qu'elle regarde directement le spectateur non?! enfin perso c'est elle qui me fait rentrer dans la scène, genre "tu rentres chéri?!"
y a t-il une preuve que le clown soit le peintre lui même? parceque je suis un fan assidu de tes analyse, mais j'qvoue que celle-ci me laisse perplex..., j'ai un peu de mal avec la signification de l'oeuvre.
Chez Degas les choses qui se dégagent sont les empreints à la foto naissante, le cadrage (quoique l'un va pas trop sans lautre) et les themes abordés. J'ai l'impression que cette toile est de la même veine. Une ambiance, des personnages à "gueule" représentants parfaitement leurs milieux sociaux, et cadrage inhabituel... doit-on obligatopirement trouvé une explication significative a tout cela, ne peut-on pas se contenter de ça?
(j'ai oublié le titre d'une des oevres de Manet ou lon voit de face une serveuse derriere son barre qui regarde directement le spectateur, mais c'est aussi ce a quoi me fait penser le Soir Bleu!)
Ecrit par : le maori | 13 septembre 2006
les 'empreints' du Maori = joli : )
Ecrit par : Sylviane | 13 septembre 2006
LE MAORI : On peut supposer que le bidasse, passé de l'autre côté, est attiré par la prostituée. C'est tout simplement logique, même si rien ne nous l'affirme de manière absolue.
La prostituée nous regarde peut-être, oui. Ou bien elle regarde ailleurs. En tous cas une chose est sûre, elle s'approche de clients potentiels.
En ce qui concerne le clown, il est admis depuis très longtemps que celui de Watteau - le Gilles - est un autoportrait psychologique du peintre (il n'y a pas de ressemblance physique). Il est admis également que Hopper connaissait cette oeuvre, qu'il avait vue au Louvre. Le lien clown-Hopper semble ne faire aucun doute.
Le fait qu'il n'ait jamais voulu exposer à nouveau cette toile descendue par la critique tend à prouver également la charge émotionnelle qu'elle contenait aux yeux de l'artiste.
Mais bon, après chacun voit ce qu'il veut !
De toute façon, nous considérons toujours d'abord les oeuvres en fonction de notre vie, de nos expériences…
Le Manet dont tu parles est ici. Il s'appelle "un bar aux Folies-Bergère" et date de 1881-1882. A mes yeux, il n'a rien à voir avec le Hopper, mais bon…
http://p.giroud.free.fr/manet/bar_folies_bergere.jpg
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
LE MAORI bis : Je défends mon bout de gras, hein ;-)
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
...le bout de gras de l'escalope?
Ecrit par : Micheline | 13 septembre 2006
c'est vrai qua le revoir, il n'a pas grand chose a a voir (sauf ptet l'aspect triste de la serveuse qui irait assez bien dans l'ambiance de Hopper...). comme quoi, la mémoire a ses raisons que la Raison ignore! =)
Bon soit pour la signification, je m'incline, tu es plus convaincant que moi (ah les lois de la nature hein....!). et comme tu dis, chaque oeuvre nous parle différement, je la vois peut être d'une façon trop impressioniste!
(p.s. t'as intêret à le défendre ton bout de gras, c'est pour ça aussi qu'on aime ton site!)
Ecrit par : le maori | 13 septembre 2006
Le bourgeois, il regarde qui lui? Pas sa bourgeoise!
Tous les deux semblent attirés par le clown qui lui a le regard dans le vague. A qui pense-t-il?
Le militaire semble discuter avec le personnage de gauche. De quoi?
Dans ce monde figé, la femme fardée à outrance avance, fière ou hautaine, le regard ailleurs.
Ecrit par : la bacchante perplexe | 13 septembre 2006
Pour moi, ce panoramique est une frise où le même personnage, transformiste dépressif, roule sur lui-même et se présente de face, de profil, de dos...Manque plus qu'une petite musique lancinante et lugubre, et l'on a une idée de l'éternité au Purgatoire...
Ecrit par : ania | 13 septembre 2006
La femme fardée m'a évoquée cette autre :
http://pic.aceboard.net/img/14766/6743/1158157346.jpg
Femme Lippue - Van Dongen 1909 - Musée d'Art Moderne de Villeneuve d'Ascq
Ecrit par : Sylviane | 13 septembre 2006
m'a évoqué sans "e" erf...
Ecrit par : Sylviane | 13 septembre 2006
SYLVIANE : Ah certes ! la ressemblance est frappante. Mais il faudrait savoir si Hopper a pu avoir connaissance de cette toile de Van Dongen. En d'autres termes, a-t-elle été exposée dans une galerie parisienne ?
Je rappelle que Hopper a quitté Paris en auût 1909, l'année même au cours de laquelle cette toile de VD a été peinte.
Sylviane en Miss Marple ?
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
SYLVIANE bis : la notice du musée de Lille indique que cette femme lippue a probablement été peinte vers 1908, alors que VD s'était rendu en Allemagne pour rencontrer le groupe expressionniste die Brücke.
En saurons-nous plus ?
Sylviane en Miss Marple ?
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
C'est qui, Miss Marple :-)
"Fin 1907, Van Dongen est pris sous contrat par H.D. Kanhweiler (comme ce dernier le fit avec Vlaminck et Derain). En mars 1908, la galerie Kanhweiler exposera à Paris les oeuvres du fauve. La même année, l’exposition se renouvellera à Dusseldorf, année où ‘Liverpool Light House’ est présenté au salon d’automne."
Ecrit par : Micheline | 13 septembre 2006
...à Paris rue Vignon (IXe)
Ecrit par : Micheline | 13 septembre 2006
MISS PARPLE M. : On peut donc en conclure que Hopper a PEUT-ÊTRE vu la toile de Van Dongen à Paris.
A moins qu'il en ait vu une reproduction plus tard, puisque son Soir d'été date de 1914.
Pfff… Et dire qu'il va falloir que j'ajoute tout ça au billet ci-dessus !
Ah vraiment zêtes pas marrantes, hein !
Ecrit par : KA | 13 septembre 2006
héhé ... tu n'es pas le premier à m'appeler Miss Marple ...
Mais d'après Agatha Christie, c'est une vieille dame à l'allure frêle et inoffensive...
J'espère ne pas encore mériter le premier qualificatif, j'ai bien peur de n'avoir pas droit au deuxième, quant au troisième, ma foi... il est peut-être exagéré de prétendre qu'aucune mouche n'a eu à se plaindre de moi.
Ecrit par : Sylviane | 13 septembre 2006
Pas la peine d'aller chercher Rimb comme référence kivabien aujourd'hui, si ça se trouve le Hopper avait une référence bien plus kitsch et bien plus à la mode à cette époque comme Anna de Noailles
http://www.poesie.webnet.fr/poemes/France/noailles/24.html
Ecrit par : Dominique | 13 septembre 2006
Bonsoir
Je suis allée à l'expo Hopper à Cologne il y a un an (que de monde! que de monde!)
J'adore ce peintre, peintre d'atmosphère s'il en est
Savez vous que Philippe Besson écrivain que j'apprécie bcp (voir interview en février dans mon blog) est parti plusieurs fois de l'atmosphère d'un tableau de Hopper?
L'animatrice d'ateliers d'écriture que je suis part souvent de personnages ou de lieux de tableaux de Hopper que je propose aux écrivants comme consigne de départ ...vers une écriture fictive...
Merci pour cet article très intéressant
Ecrit par : Coumarine | 13 septembre 2006
Bonsoir, le traitement et la facture se rapprochent davantage d'un Van Dongen, j'y retrouve l'épaisseur du trait qui cerne les contours qui sont si particuliers aux expressionnistes, et cette "lourdeur" du visage qui renforce cette impression d'étouffement et d'univers presque sans âme qui décrit l'univers de Hopper, je ne dirai pas dépressif mais en dépression, comme si l'oxygène s'était raréfié...Je ne sais pas bien parler de Hopper,il ressort assurément de ses toiles un malaise difficile à qualifier, où plus rien ne semble entretenir de rapport avec le reste, une sorte de désolation plus que de solitude, ou alors d'absolue solitude des êtres. Il montre l'incommunicabilité, et cela est à la fois très courageus et très oppressant. Vos renvois aux différentes toiles ont du sens si votre oeil l'a pressenti.
Merci pour toutes ces contributions,
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 14 septembre 2006
COUMARINE : Les écrits de Philippe Besson, on m'en a parlé hier, justement ! Un livre écrit à partir de "Nighthawks", notamment.
J'anime aussi des ateliers d'écriture (même que c'est mon job principal) et Hopper comme élément déclencheur, oui, ça marche toujours ;-)
J'ai plusieurs fois parlé de Hopper dans la Boîte à Images, le moteur de recherche intime (dans la colonne de gauche) peut être utile pour retrouver ces billets.
AMEL Z. : Van Dongen, oui, nous en avons parlé dans les commentaires ci-dessus et je compte modifier mon billet en l'évoquant.
Ecrit par : KA | 14 septembre 2006
Une modification à été faite à ce billet sur Hopper : une toile de Van Dongen (pas celle qu'on évoqua dans les commentaires) vient d'être ajoutée, ainsi qu'un gros plan oublié en fin d'article (les bourgeois).
Ecrit par : KA | 14 septembre 2006
bonjour Ka
Le livre de Ph Besson en question s'intitule: L'arrière saison
La couverture de son dernier livre (Un Instant d'abandon) est la photo du fameux phare de E.Hopper
(mon activité principale est aussi l'animation d'ateliers d'écriture, mais aussi des interview d'auteurs surtout belges puisque je le suis moi-même
J'anime un atelier d'écriture en ligne aussi
"Paroles Plurielles": http://coumarine2.canalblog.com)
Bonne journée
Ecrit par : Coumarine | 14 septembre 2006
Désolé, mais j'ai beaucoup de mal a suivre les raisonnements de cette note.
Le rapprochement avec le Renoir : je vois pas bien.
Manet : pourquoi pas ... mais pourquoi pas un autre ?
Ou lui-même,ou aristide Bruant, ou par exemple :
http://absinthe.msjekyll.com/album/photos/images/painting_absinthe_lautrec.jpg
Le rapprochement avec le Gilles : hum, moyen-moyen...
Et alors la conclusion !...euh, autant capillotractée que le crâne du clown.
Franchement on est habitué à plus convaincant dans cette boîte.
Hopper n'a pas fait que du "Hopper" ; de temps en temps on trouve chez lui des toiles très oniriques ou étranges, parce que pas vraiment dans le style où on le confine, dont celle ci pourrait faire partie.
Le monde du spectacle était un de ses motifs (on connait plus ses salles de cinéma) :
http://www.drd.de/planteater/edward/index.html
http://www.huntfor.com/absoluteig/gallery%2FArtistsH%2Fhopper11.jpg
Parfois il est surréaliste
http://pwp.netcabo.pt/0165760801/sea.jpg
souvent il est entre réalisme et onirisme
http://www.tylermuseum.org/images/exhibitions/Hopper/Le-Bistro.jpg
Donc, ne serait-ce pas, tout simplement, une scène de sortie de spectacle conviant toutes les classes de la société parisienne sur un mode d'évocation très proche de l'univers de Toulouse-Lautrec (auquel Hopper fait souvent songer), le tout teinté d'une étrangeté propre à la rêverie et au regard "Hopperien" ?
Ecrit par : didierG | 14 septembre 2006
DIDIERG : Le rapprochement avec Renoir est assez clair, il me semble : une terrasse, des convives attablés. Il n'y en a pas tant que ça dans la peinture française de cette époque et Hopper confia qu'il fut longtemps influencé par l'impressionnisme (à peu près toutes les toiles qu'il peignit à Paris ou juste après s'en ressentent).
Ton premier lien renvoie à un portrait de Lautrec nous montrant… Van Gogh ! C'est-à-dire un gars blond-rouquin. Assez éloigné de ce portrait de Manet.
Le rapprochement avec le Gilles de Watteau : il a été fait par Gail Levin, LA grande spécialiste de Hopper, et l'on peut supposer avec une grande certitude qu'elle tient cette info de Hopper lui-même.
Les toiles de Hopper traitant des salles de spectacles sont, le plus souvent, des références à Degas. (La première que tu signales est l'une de ses dernières.) Même celle du cinéma a son clin d'oeil "degasien" ! Il arriva cependant que Hopper cite Vallotton (je pense à une toile que tu n'indiques pas, j'en ferai ptêtre un billet un jour).
La toile "surréaliste" que tu proposes, alors là chuis désolé, mais elle n'a rien de surréaliste. (A noter qu'il reprendra dans plusieurs oeuvres ce "truc" du rectangle de lumière sur un mur).
La dernière toile que tu signales ("un bistro à Paris" si je me souviens bien du titre) date de 1909. Souvenir de son séjour à Paris, c'est vrai qu'elle a un petit côté onirique avec le Louvre, effacé de la rive droite. Sans parler des arbres, hautement improbables.
Enfin bref, je ne vois pas en quoi tes objections annulent mon analyse, dont on retrouve certains éléments chez Gail Levin (déjà citée) et chez Ivo Kranzfleder. D'autres sont tout de mon cru…
J'en profite pour signaler un excellent ouvrage (qui reprend largement Gail Levin) : "Edward Hopper les années parisiennes 1906-1910". Publié chez Le Passage en collaboration avec le musée américain de Giverny.
DOMINIQUE : Tu me cites l'effroyable Anna de Noailles. Mouais. Sauf qu'on sait de manière absolument certaine (Gail Levin, toujours) que Hopper lisait Verlaine et Rimbaud. Il en possédait des recueils chez lui, en anglais il est vrai. Chuis pas certain qu'il était fana de la Noailles ;-)
Enfin bref, comme vous voyez, je défends toujours âprement mon bout de gras ! D'autant plus que je "fréquente" assidûment Hopper depuis la rétrospective qui eut lieu à Amsterdam en 1976 ou 77, il y a presque trente ans de cela.
Mais je n'ai pas la vérité révélée, tant il est vrai que la puissance d'une oeuvre se reconnaît - entre autres - par sa capacité à procurer chez chacun de nous des rêves différents.
Ecrit par : KA | 14 septembre 2006
Pour te remercier d'avoir cité le cousin Arthur, même si c'est dans un bout ousqu'il fait son Paul (enfin moi je trouve), j'ai voulu te faire montrer que j'essayais de comprendre, voire même, à mon niveau numérique de faire application :
http://www.fotolog.com/gilda_f/?pid=13827448
Ecrit par : gilda | 15 septembre 2006
GILDA : Je t'ai posté le commentaire suivant :
« Ouaipe, c'est ça ! Mais tu remarqueras que sur un format vertical, le poteau t'arrive inévitablement en pleine tronche.
Surtout s'il est situé sur le bord gauche.
Dans un format horizontal, il serait plus discret quoique aussi efficace :-) »
Ecrit par : KA | 15 septembre 2006
merci d'être passé y voir (et commenter) jusque là, KA matinal.
Je sens que grâce à toi je vais faire (enfin) des progrès en photo ou au moins commencer à faire des trucs exprès au lieu d'involontaires.
chic alors.
Ecrit par : gilda | 15 septembre 2006
Bonjour,
Vous avez anticpé : il s'agissait bien en l'occurence du portrait de FERNANDE OLIVIER par Van Dongen, et c'est un plaisir renouvelé de la revoir dans son attiude altière, sans pathétique, même si sa vie l'était, mais il ressort de ce portrait une force étonnante, comme dans la toile de Hopper, plus outrageuse, mais si ressemblante; Je m'exuse mais je n'avais pas lu votre poste auparavant et donc, votre travail sur Le peintre si peu américain et si américain...
Dans les jours qui viennent je mets bas ma cervelle pour tenter d'écrire un texte, je ne lirai les vôtres qu'près, le mimétisme est inconscient t redoutab le ! Vos illustrations sont superbes et ayant travaillé à l'organisation d'un prix littéraire pour enfants de la dernière section de la maternelle jusqu'à la seconde TATOULU, dont j'avais en charge la maquette et les textes, je crois me souvenirs de vos illustrations qui étaient entre mes mains, mazette, le monde est petit!!!!!! Depuis le départ de sa présidente je ne m'occupe plus du secrétariat de rédaction ni du journal... je peins:)
Bien à vous,
Amel zmerli
Je reprends les numéros disponibles pour vous retrouver...et si cela vous intéresse je peux vous faire parvenir l'un de ceux où vous figurez;
Ecrit par : Amel Zmerli | 15 septembre 2006
Tout ceci reste peu convaincant ( même si c'est attesté par des espècialistes).
Le rapport avec Lautrec me semble plus fort qu'avec les autres artistes cités :
il a fait des quantités de tablées de buveurs (qui ne sont pas des guinguettes), et des portraits de groupes où se mèlent toutes les couches de la société, (clowns inclus) comme ici.
Le Van Dongen non plus n'est pas probant.
Je préfère ceci :
http://www.toulouselautrec.free.fr/peintures/peintures0058.jpg
Pour d'autres similitudes, il suffit de fouiller chez Lautrec...
(Il y a aussi toutes ces figures féminines face à des fenêtres que l'on retrouvent chez Hopper )
Ceci dit, je ne nie pas l'influence de Manet et de Degas.
J'ai pour ma part l'impression que cette scène de Hopper n'est qu'une vision personnelle, frontalisée à sa manière, d'une certaine "Belle époque".
Pour le sens intime de la chose (il y en a certainement un, on ne peut en douter), la conclusion et "l'analogie prostitution/illustration" me laissent dubitatif.
Ecrit par : didierG | 15 septembre 2006
Dans une des salles du château d'Ancy-le-franc (Yonne) se trouve une très belle série de neuf peintures (probable école de Fontainebleau) illustrant l'histoire de judith et Holopherne. Judith a pris explicitement le visage de Diane de Poitiers, maitresse d'Henri II.
Ecrit par : Lalka | 18 septembre 2006






