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20 septembre 2006
LE PRÊTEUR ET SA FEMME DE QUENTIN METSYS - réédition
Elle rouvrira vendredi matin sans faute, avec la publication
des textes de la dernière Boîte à Rêves.
En attendant, deux rééditions dont voici la seconde…
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Le Prêteur et sa femme par Quentin Metsys,
1514, musée du Louvre, Paris.
En ce début du XVIème siècle, les prêteurs, les changeurs, exercent une fonction de la plus haute importance. Le commerce est international, et les marchands ont besoin de convertir leur monnaie locale afin de travailler dans les pays qu’ils traversent. Quentin Metsys connaît bien ce monde : né en 1466 à Louvain, il passe l'essentiel de sa vie à Anvers qui est alors la capitale économique de l'Europe.
Les deux personnages sont placés de manière symétrique. Devant le changeur sont étalées des bagues, des perles, des pièces d'or qu'il est en train de peser. Sa femme abandonne sa lecture pour observer cette pesée. Entre l'homme et la femme, un miroir convexe. A l'arrière-plan, des objets posés sur des étagères et plus loin à droite, dans la rue, deux passants en grande discussion.
Il s'agit là d'une des première scènes de genre, qui allie la représentation de bourgeois et la nature morte. La méticulosité du dessin rappelle Van Eyck, alors que les visages sont influencés par l'Italie renaissante.
La robe de la femme est quasiment identique à celle que portait Marguerite Van Eyck, quand elle fut peinte en 1439 par son mari.


Ces personnages sont donc représentés dans des vêtements vieux de soixante-quinze ans. Certains historiens en ont conclu que cette oeuvre de Metsys pouvait être la copie d'une oeuvre de Van Eyck, aujourd'hui disparue. Hypothèse purement spéculative.
Le miroir convexe, qu'on retrouve dans plusieurs oeuvres flamandes, trouve peut-être son origine dans celui peint par Van Eyck derrière les époux Arnolfini.

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Là encore, des historiens ont fortement suggéré que le personnage reflété par le miroir du Prêteur et sa femme était Metsys lui-même, au prétexte que l'une des silhouettes de celui des Arnolfini serait un autoportrait de Van Eyck. On attend des preuves concrètes venant étayer ces deux hypothèses qui, pour l'heure, ne reposent sur rien.
Il est plus logique de penser - mais sans l'affirmer telle une vérité établie - qu'il s'agit là de la silhouette du commerçant venu changer son argent. À moins que ce ne soit - puisqu'il est bien vu de formuler d'oiseuses spéculations - celle de Jan Van Eyck !
On a coutume de dire que ce tableau est l'une des premières natures mortes. Hyperréalisme des objets posés sur la table, ainsi que sur les étagères. On peut d'ailleurs noter une astuce des peintres de natures mortes et des peintres de trompe-l'oeil toujours utilisée de nos jours : l'objet qui dépasse de son support. Ici, il s'agit de papiers pliés. Ce procédé, allié à un traitement exagéré des ombres et des lumières, permet de donner l'illusion de la profondeur.


Nature morte aux attributs des arts
par Jean Baptiste Siméon Chardin, 1766
Mais au-delà de la scène de genre, Le Prêteur et sa femme est une critique sociale dans la lignée de la pensée humaniste d'Érasme*, ami de Metsys. Car à y regarder de plus près, qu'y voit-on ?
Un changeur, dont l'épouse détourne son regard d'un livre religieux (une Vierge portant l'Enfant Jésus est représentée sur la page de droite), pour observer l'or qu'il pèse.

Ce changeur tient une balance, évocation du Jugement dernier.

Devant lui, des perles, symbole de la luxure.

Derrière, une carafe et un chapelet rappelant la virginité de Marie (la lumière traverse la carafe d'eau sans la détruire, de la même manière qu'elle traversa la Vierge sans la déflorer afin qu'elle donne naissance à l'Enfant Jésus).

Une orange et une bougie éteinte signifiant la pourriture, la mort inévitable, et le péché originel.

Un vieil homme faisant la leçon à un jeune.

À l'évidence, c'est l'envie qui est condamnée ici. La convoitise qui détourne des saintes Écritures.
Le sujet de ce Prêteur et sa femme puise peut-être sa source dans le Saint Éloi réalisé par Petrus Christus
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On trouve maintes copies et interprétations du Prêteur de Metsys, dont deux exécutées par Marinus van Reymerswaele :

Le Prêteur et sa femme , 1539

Le Banquier et sa femme
Plus tard, Metsys traitera à nouveau le sujet avec Les Usuriers, en y ôtant toute référence religieuse. Ce tableau est construit selon la même mise en page que Le Prêteur et sa femme , mais présente quatre personnages très caricaturaux. (Je n'en ai malheureusement pas trouvé de reproduction sur le ouèbe.)
Dans un genre différent, Le Prêteur et sa femme figure au Cahier des charges de Georges Perec pour la rédaction de La Vie, mode d'emploi.
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* Érasme : voir note explicative au bas de l'article intitulé la Duchesse d'Alice.
12:00 Lien permanent
Commentaires
yaka demander !
"Les usuriers" de Metsys
http://www.bergerfoundation.ch/wat1/picture?ref=9248-3171-2390.60&type=medium
Ecrit par : Micheline | 20 septembre 2006
ici en entier, mais mauvaise qualité de reproduction :
http://pic.aceboard.net/img/14766/6743/1158749359.jpg
Ecrit par : Sylviane | 20 septembre 2006
Un autre tableau attribué à Metsys (ou Matsys ou Massys)
mais je ne sais pas où il se trouve. (la qualité de la repro pas terrible)
http://www.posters.seindal.dk/p254106_Money_Changers.html
Ecrit par : Micheline | 20 septembre 2006
webcam bip bip bip un peu trop déshabillée pour ce billet là non !!!
Ecrit par : google | 21 septembre 2006
Chouette, c'est la gloire, Ka, t'es trollé !
Cela dit, gaffe au genre vanille et aux dialers (le kit qu'il faut télécharger...), pour ceux qui seraient tentés : c'est le truc qui fait grimper les factures téléphoniques plus vite que le prix du pétrole...
Faut que tu restes devant l'écran 24/7, Ka. Ou alors, réembauche Pamela, j'sais pas, moi !
Ecrit par : Isido | 21 septembre 2006
Ah ah ça ne m'étonne pas que tu aies des propositions malhonnêtes. C'est à cause de cet étalage de nichons, ils ont cru tomber sur un site porno !
Pour le prêteur : c'est 'achement mieux en "live" quand même (j'aime bien faire ma crâneuse).
Ecrit par : Vroumette | 21 septembre 2006
ISIDO : J'ai passé une petite annonce pour embaucher une nouvelle Paméla. Pour l'instant j'ai deux tas : l'un a été classé verticalement dans la poubelle, l'autre ne contient qu'une proposition que je garde jalousement…
Bon, va falloir que je vire fissa ce commentaire de fesses.
Ecrit par : KA | 21 septembre 2006
En essayant d'envoyer un comentaire, Haut et Fort me demande une confirmation. Comme je n'étais pas sûre qu'il soit accepté, j'ai à nouveau envoyé un commentaire. Rebelote. Tu peux supprimer les doublons.
Ecrit par : Micheline | 21 septembre 2006
Très bonne analyse, même si il y a beaucoup d'autres choses à dire, au niveau des personnages (regards / vêtements), niveau des objets (avec le livre et la main de l'épouse inversée), peut etre aussi l'interprétation du vieil homme faisant la morale au jeune homme au sujet de la richesse opposé à la réligion puisque Metsys semble dire à travers son tableau : Attention l'argent détourne l'homme de la foi, avec ce paradoxe : Metsys a réalisé ce tableau pour un public cultivé et lettré > bourgeois.
(Essor de l'économie en Flandres, ou on reproche aux artistes de peindre des natures mortes pour s'enrichir)
Mais très bien !
Ecrit par : Une passagère - Mont Houy 59 | 22 mars 2007
UNE PASSAGÈRE : Très bonnes précisions, même si il y a beaucoup de choses à dire au niveau de l'inspection des travaux finis-et-du-moi-j'en-sais-plus-que-les-autres-mais-je-me-garde-bien-
de-faire-un-blogue-alors-j'étale-ma-science-avec-suffisance-dans-les-
commentaires.
Mais très bien !
Ecrit par : KA | 23 mars 2007
Le face-à-face vieux/jeune me rappelle celui-là : http://hesperia.canalblog.com/albums/etudes_de_leonard_de_vinci/photos/9963582-leonard_de_vinci__tetes_d_un_vieillard_et_d_un_jeune_homme__1495.html
Ecrit par : untel | 23 mars 2007
Si j'ai tout suivi, à gauche, la passante, à droite, môôssieur Ka...
Ecrit par : la bacchante | 23 mars 2007






