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29 octobre 2006
LE MYSTÈRE DES PORTRAITS FLAMANDS - réédition
La Boîte à Images se referme temporairement, mais pas complètement. Trois rééditions de billets, donc, dont voici la première.
En 1434, Jan Van Eyck peint la Vierge au chancelier Rolin (voir, dans la Boîte à Images, la longue note consacrée à cette oeuvre).

Huile sur panneaux de chêne assemblés, 66x62 cm,
musée du Louvre, Paris.
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En 1435, Rogier Van der Weyden peint Saint Luc dessinant la Vierge.

Huile et tempera* sur panneaux de bois, 137,7 x 110,8 cm, Museum of Fine Arts, Boston.
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La parenté entre ces deux chefs d'oeuvre est évidente. Composition similaire, traitement de la lumière, vêtements, décors et personnages en arrière-plan, références à d'autres oeuvres de Van Eyck.
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*La tempera est un mélange de pigments et de jaune d'oeuf. L'adjonction de ce liant donne une peinture extrêmement résistante au temps, à l'aspect ivoire. Son usage fut longtemps en concurrence avec l'emploi de l'huile.
Van Eyck était établi à Bruges, Van der Weyden vivait à Bruxelles. Il semble établi que ce dernier rendit visite au Maître de Bruges, avant que la Vierge au chancelier Rolin parte pour Autun où vivait son commanditaire. Van der Weyden fut saisi par les couleurs, la lumière, l'atmosphère qui enveloppe la Vierge de Van Eyck. Il peignit aussitôt son Saint Luc, à Bruges même. Peut-être dans l'atelier de Van Eyck.
Pour quelles raisons précises réalisa-t-il cette oeuvre ?
Deux explications sont possibles :
1/ en hommage à Van Eyck
2/ pour répondre à une commande de la Guilde des Peintres bruxellois ; Saint Luc est en effet le saint patron des peintres ; artiste, on dit qu'il fit un portrait de la Vierge vivante.
Van der Weyden se serait, par la même occasion, représenté en Saint Luc.
Cette seconde explication est la plus communément admise. Si la première partie de la proposition ne laisse à peu près aucun doute, la deuxième prête à discussion. Comment ce portrait de Saint Luc pourrait-il être également celui de l'artiste alors qu'il existe deux autres portraits fort différents dont un contemporain (Nicolas de Cuse) nous affirme qu'ils représentent Van der Weyden ?
Voici les deux portraits en question :


Le premier est un dessin extrait du Recueil d'Arras, le deuxième fait partie d'une tapisserie qui est une copie des Exemples de Justice de van der Weyden, aujourd'hui disparus.
Quel rapport peut-il y avoir entre ce visage au long et gros nez doté d'yeux globuleux, et ce portrait aux traits sensiblement plus fins ?

Je n'y vois guère de points communs, sinon le nombre d'yeux… Seulement voilà, il a suffi qu'Erwin Panofsky - grand expert incontesté - dise qu'il y voyait une vague ressemblance, pour que la chose soit admise. Gravée dans le marbre.
Un phénomène similaire s'est produit avec le soi-disant autoportrait de Van Eyck. On a l'habitude de dire que ce portrait d'Homme au turban est celui de son auteur.

Huile sur bois, 1433, 25,5 x 19 cm, National Gallery, Londres.
Quelles preuves en a-t-on ? Aucune. Cette supposition repose entièrement sur une autre supposition aussi peu étayée, celle que les deux petits personnages de dos dans la Vierge au chancelier Rolin seraient les silhouettes des deux frères Van Eyck. Là encore, aucune preuve. L'argument est donc on ne peut plus mince, tout ne repose que sur du vent.

Puisqu'il est si facile de lancer des hypothèses à jamais invérifiables, pourquoi s'en priver ?
Personnellement moi tout seul, j'aime à penser que l'homme représenté en Saint Luc est Jan Van Eyck !
Quelles preuves puis-je apporter ? Aucune. Sauf la certitude qu'il ne s'agit pas de Van der Weyden. L'histoire serait assez drôle : Van der Weyden s'inspire de Van Eyck, le fait poser, peut-être, le représente en Saint Luc en train de dessiner, et cette oeuvre devient si célèbre qu'on lui en commande plusieurs copies !
C'est ainsi que ce Saint Luc dessinant la Vierge, qui est accroché à Boston, a un petit frère à Saint-Pétersbourg, un autre à Munich et un dernier à Bruges. Les quatre oeuvres sont très similaires, seule la dernière a des couleurs un peu plus chaudes.
J'aime à penser que Van Eyck, jouissant du don d'ubiquité et déguisé en Saint Luc, se joue de nous depuis près de six cents ans…
Bibliographie
Les Primitifs flamands d'Erwin Panofsky, paru en 1953, réédité chez Hazan en 2003. Il s'agit là de LA bible incontournable.

L'ABDdaire de Van Eyck de Damien Sausset, paru en 2002 chez Flammarion. Une bonne introduction à l'art inégalé des Primitifs flamands, à prix modique.

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Commentaires
C'est pourtant simple. L'Homme au turban correspond à Van Eyck puisqu'il porte la même coiffure que le personnage que l'on voit de dos dans le tableau de la Vierge au chancelier Rolin. Et le personnage de dos dans la Vierge est bien Van Eyck, puisque c'est lui qu'on voit dans l'Homme au turban, lequel représente Van Eyck !
Et si ce n'est lui, c'est donc son frère !
Je crois que je vais me lancer dans la critique d'art. Et si la Boîte ferme, il n'y aura personne pour m'empêcher de dire des bêtises. Bref : ne ferme pas, ou alors pas trop longtemps !
Ecrit par : thbz | 29 octobre 2006
Hum ! je ne sais pas, mais il y a quand même un petit air de famille entre les dessins représentant Van der Weyden et son « Saint Luc dessinant la Vierge » : les bajoues, qui sont assez semblables dans les trois cas. Et puisque Van der Weyden se serait représenté lui-même, pourquoi n'aurait-il pas utilisé quelques artifices (dont son couvre-chef masquant ses oreilles quelque peu proéminentes) afin de se montrer sous un meilleur jour. Ainsi du rabottage de son nez et de l'amoindrissement de ses yeux. Enfin bon, je dis ça, je dis rien.
Ecrit par : P'tit Ben | 29 octobre 2006
A lire aussi de Panofsky l'excellent "Idea"(chez Gallimard, je crois).
Ecrit par : Bra | 29 octobre 2006
P'TIT BEN : Ouais et la Sainte Vierge a subi une liposuccion, en même temps qu'on lui injectait du Botox® et qu'on lui implantait du silicone dans la poitrine.
(Le premier qui parle des nouveaux seins de la Sainte, des prothèses mammaires de la Mère du Christ, il sort.)
Ecrit par : KA | 29 octobre 2006
On dirait que Van der Weyden a peint quelque chose de plus humain : pas de lys, ni d'ange ; et l'évangile avec le philactère rejetés dans la pièce du fond. Un billet épatant, bien fouillé , comme d'hab'. Mon coloc' n'a pas perdu son temps quand il m'a parlé d'vot' site.
Ecrit par : untel | 29 octobre 2006
Et pour poursuivre les hypothèses autant se plonger dans la littérature et dévorer :
L'enfant de Bruges de Sinouhé.
Van Eyck vous paraîtra si familier qu'il n'y aura plus aucun doute, vous le reconnaîtrez !!! : ))
http://www.ratsdebiblio.net/sinouegilbertlenfant.html
Ecrit par : Dom | 29 octobre 2006
Ce que j'aime dans "L'homme au turban", c'est ce regard pénétrant. Que ce soit un autoportrait de Van Eyck ou pas n'enlève rien à la magie de sa peinture.
Ecrit par : Micheline | 29 octobre 2006
Forme du visage, menton fuyant, nez qui pendouille…d'accord avec Ptit Ben : "sous un meilleur jour".
Ecrit par : Apfelstrudel | 29 octobre 2006
Au Musée du Louvre, une tapisserie reprenant le tableau de Van der Weyden, mais le sujet est inversé.
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000044281.html
Ecrit par : Micheline | 29 octobre 2006
Une 'tite zypothèse : et si l'homme au turban était un des frères Arnolfini? Y'a pas mal de points communs avec le " Portrait de Giovanni Arnolfini " ( Gemäldegalerie, Berlin ), même support, même taille, même pose et mêmes vêtements représentés. Ce s'rait comme deux pendants; et les deux frangins, vu qu'y s'ressemblent pas, pourraient être demi-frères. Mais j'suis pas très chaud.
Ecrit par : untel | 29 octobre 2006
Quand j'vous disais que Van der Weyden a peint cake chose de plus humain ! Cliquez sur l' sixième détail du lien et vous voirrez un gars de dos qui semb' vider sa cochonne : http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/e/eyck_van/jan/01page/10goldsm.html Le taureau ( symbolisant saint Luc ) sous l' lutrin, c'est quand même un peu gros, pourquoi pas l' boeuf sur le toit tant qu'on y est !
Ecrit par : untel | 08 novembre 2006
Bon ! J' m'a trompé. Ca passe pas. Quand vous êtes sur le lien, tapez Weyden pis saint Luke Madonna.
Ecrit par : untel | 08 novembre 2006
A y est ! http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/w/weyden/rogier/02stluke/index.html
Ecrit par : untel | 08 novembre 2006
Moi aussi, j'ai bien aimé l'Enfant de Bruges de Sinoué. C'est un super thriller flamand...Mais j'ai souffert chaque fois que je l'ai vu estropier un terme flamand, justement. J'en rajoute...J'ai lu un bouquin 28 fois mieux que le livre de Sinoué (et c'est dire puisque je viens d'écrire que j'avais apprécié etc...) : "Thé au Trèfle" de Ciaran Carson, un livre erudit à mort, siprituel d'enfer qui met en oeuvre une cosmologie épatante et dans lequel on se promène dans la Vierge au chancelier Rollin, dans les Epoux Arnolfini, etc. Vous etes au début de vos découvertes - autant vous avertir - car vous lisez les mots de l'unique représentante (et fondatrice) de l'Ecole des Primitifs Wallons (classe Wild Thing). Sans plaisanter...je vous invite à jeter de temps à autre un oeil sur mon blog : vous assisterez à la naissance en direct (manière de dire... puisque plus lent que ça, on n'a pas inventé) d'un tableau réalisé en technique mixte par mes doigts agiles et dodus. vous y accéderez en direct via le Tag "je peins". :o)
Ecrit par : patricia | 10 novembre 2006
PATRICIA : "Thé au Trèfle" de Ciaran Carson est un excellent livre. Pour le reste, la promo perso un peu trop appuyée pour un blogue où la modestie est rare, chuis moins partant…
Ecrit par : KA | 10 novembre 2006
Oups! OK Ka! Supprime le post, alors! (ou la partie concernée)
Ecrit par : patricia | 11 novembre 2006
Je reviens quand même...pour te signaler que sur mon blog ne figure aucun de mes autres tableaux...par pudeur, justement...L'écrit ne permet pas de transmettre deux dimensions importantes de la communication verbale...l'humour et l'ironie. Il faut, en effet, une sérieuse dose d'inconséquence pour s'attribuer sincèrement ce genre de pédigree. Par ailleurs...mais là, tu n'es pas mage pour le deviner, pas mal des précisions figurant là résultent d'une certaine irritation face à des commentaires qui me sont faits du genre : "c'est vous qui faites ça?" au moment même je suis occupée à le faire. Dois-je répondre : "non, c'est ma main"?. Enfin, je redis : supprime le post (et les suivants) si l'éthique de ton blog le requiert
Ecrit par : patricia | 11 novembre 2006






