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22 novembre 2006

LE REGARD LOUCHE DE REMBRANDT - réédition

Réédition d'un ancien billet, en attendant la seconde partie de ma réflexion sur Rembrandt et les visages.


Je viens de découvrir cette dépêche de l'AFP Washington, datée du 17 septembre 2004 :

Regard asymétrique:
une des clés du génie de Rembrandt



Scrutant le regard de Rembrandt dans ses nombreux auto-portraits, une neurobiologiste américaine pense que le grand peintre hollandais du 17ème siècle souffrait d'une asymétrie oculaire qui lui permettait de convertir naturellement le monde tridimensionnel en images plates.

Une vision stéréoscopique permet de percevoir la profondeur des champs optiques et requiert un alignement parfait des deux yeux.

Mais pour des artistes, cette vue tridimensionnelle normale pour la grande majorité des gens complique la représentation de scènes sur une toile ou une feuille de papier, explique Margaret Livingstone, une neurobiologiste de l'Université de Harvard (nord-est), auteur de ces travaux publiés dans la revue médicale The New England Journal of Medecine datée de jeudi.

Pour ceux ne pouvant pas percevoir la profondeur du champ comme c'était apparemment le cas de Rembrandt, ce défaut de la vision n'est ainsi pas un handicap tout au contraire, poursuit Margaret Livingstone.

Les professeurs d'art conseillent souvent à leurs étudiants de fermer un oeil de manière à aplatir ce qu'ils voient pour mieux le reproduire, explique-t-elle. Cette scientifique est parvenue à cette conclusion en examinant des photos à très haute résolution de 36 auto-portraits du maître hollandais, dont 24 toiles et 12 lithographies.

Toutes ces oeuvres, à l'exception d'une, montrent toujours l'oeil du côté gauche regardant bien en face tandis que le droit dévie latéralement, affirme-t-elle.

Preuve qu'il s'agit bien d'une caractéristique anatomique réelle, sur les lithographies, où l'image imprimée est inversée, c'est l'oeil à droite qui dévie et celui à gauche qui regarde droit, ajoute Mme Livingstone.



Quelques remarques :

1/ Cet article a été écrit avec un balai à chiottes, m'est avis qu'il a été traduit avec un moteur automatique du style Babel Fish.

2/ On y parle de lithographies. Ce procédé de reproduction a été inventé à la toute fin du XVIIIème siècle. Rembrandt, tout génial qu'il fut, n'y eut donc jamais accès. Il fit en revanche de très nombreuses gravures sur cuivre, des eaux-fortes principalement.

3/ On nous annonce comme un scoupe le fait que Rembrandt louchait. La chose est connue depuis au moins trois cents cinquante ans, il suffit de regarder ses autoportraits pour s'en rendre compte. Pas besoin d'être neurobiologiste en mal de publicité.








4/ S'il est vrai que l'on conseille aux débutants en dessin de fermer un oeil pour annuler la profondeur de champ (perdre la troisième dimension), chez toute personne qui dessine régulièrement cette réduction à deux plans se fait de manière inconsciente, sans avoir à fermer l'oeil. La particularité oculaire de Rembrandt ne présente donc aucun avantage particulier.

5/ S'il suffisait de loucher pour être génial, ça se saurait.

En conclusion, cet article est nul et cette neurobiologiste nous prend pour des billes.

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Rue Transnonain, le 15 avril 1834 par Honoré Daumier
lithographie


Lithographie : Procédé inventé à la fin du XVIIIème siècle par l'allemand Aloys Senefelder, qui utilise l'antagonisme entre les corps gras et l'eau.

Mode d'emploi express :
A l'aide de crayons gras spéciaux (crayons lithographiques), on exécute un dessin sur une pierre calcaire à grain très fin. Puis, sur toute la surface de la pierre, on étend un liquide composé d'acide azotique faible et de gomme arabique. Une réaction chimique se produit, rendant la pierre nue inapte à recevoir l'encrage (seules les parties dessinées recevront l'encre). Une fois la pierre sèche, on la nettoie, on l'encre, on pose dessus une feuille de papier, on passe le tout sous la presse.

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La petite tombe par Rembrandt, 1652,
eau-forte rehaussée de burin et de pointe-sèche


Eau-forte : Procédé inventé au XVème siècle, pour concurrencer la gravure au burin.

Mode d'emploi express :
On recouvre de vernis une plaque de cuivre. Quand il est sec, on dessine sur le vernis à l'aide de pointes. Ces pointes ôtent le vernis, mettent le cuivre à nu. On plonge ensuite la plaque dans un bain d'eau-forte (acide nitrique ou perchlorure de fer).
L'acide va creuser le cuivre là où il n'est plus protégé par le vernis.
On nettoie ensuite la plaque, on la recouvre avec une encre qui a la consistance d'une pâte, on enlève l'excédent afin que restent encrées les parties gravées.
La planche de cuivre est posée sur une presse, on pose dessus une feuille de papier humide, on imprime.
La gravure à l'eau-forte est un procédé très riche. Il présente beaucoup de variantes, de subtilités que je ne pourrai expliquer ici faute de temps !

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand



Le lit à la française (avec une bizarrerie…), 1646,
eau-forte rehaussée de burin et de pointe-sèche



Lien
L'excellent site canadien cybermuse explique en détail, avec images à l'appui, les techniques de la lithographie et de l'eau-forte.

00:05 Lien permanent

Commentaires

Oulalaaaa ! Mais ! Cré vain Dieu ! J'loucherais-t-y pas moi aussi !I' m'semble qu'elle a une quatrième main la p'tite dame, on dirait qu'elle se tient le genou droit ! Pôpôpôôôô...

Ecrit par : untel | 22 novembre 2006

UNTEL : une troisième main lui suffit… recompte sur tes doigts !

Ecrit par : KA | 22 novembre 2006

Bon, tu avais déjà dit pour le bras (et d'ailleurs j'avions pas vu, pfff), mais aussi quand même : la jambe droite n'aurait-elle pas quelque difficulté à être rattachée au corps ? Hein quand même ?

Ecrit par : Louise | 22 novembre 2006

Rhoulàlà, encore des piliers de lit à baldaquin coquins ! L'effet d'écho est limpide, ici ! (c'est pas très original ds la peinturlure...)

Ecrit par : Myri-tournelle | 22 novembre 2006

LOUISE & MIRY-TOURNELLE : Certes certes… et je vous renvoie au Verrou de Fragonard par ici :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2006/05/11/autour-du-verrou.html
et par là :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2006/04/21/le-don-de-double-vue.html

Ecrit par : KA | 22 novembre 2006

Et puis, ne serait-ce pas le célèbre chapeau à plume de Rembrandt, là, posé sur l'un des piliers ? Hé hé le coquin... Ce serait donc lui, en plein... euh... travail ?

Ecrit par : Jo | 22 novembre 2006

Ma foi une réédition qui débute par "Je viens de découvrir ..." ça ne manque pas de charme (avec ou sans trois bras, quatre mains, un lit à balda-coquins) :-).

Il faudrait décidément que j'aille voir l'expo Rembrandt au Louvre avant qu'elle n'y soit plus.

Ecrit par : gilda | 22 novembre 2006

GILDA : Ya aussi l'expo des gravures de Rembrandt au Petit Palais (à ne pas manquer) et une autre expo de gravures à la BN.
Prends des notes pasqu'après ya interro !

Ecrit par : KA | 22 novembre 2006

Peut-être mais je te rappelle que depuis lundi ça compte pour le deuxième trimestre, alors hein .... ;-) !!!

Ecrit par : gilda | 22 novembre 2006

GILDA : Excelllllent !
Cherchez pas les autres, c'est un gag perso ; ou alors rendez-vous ici : http://www.samantdi.net/dotclear/index.php?2006/11/15/768-allo-ne-quittez-pas

Ecrit par : KA | 22 novembre 2006

Les théories à quat'sous de neurobiologistes (ou abusivement inspirées par la neurobiologie - cf le b-a ba pour l'apprentissage de la lecture) sont en pleine bourre.
C'est tellement plus simple !

Dans le cas de "l'oculiste" de Rembrandt, c'est le portrait de l'artiste en "génie" qui sous-tend tout ce salmigondis scientiste.

L'idée de "génie", c'est celle de l'artiste "monstrueux", hors des normes de l'humain, devant lequel on peut juste se pâmer: c'est un génie ! un extra-terrestre ! Ultime promotion bien pratique pour mettre l'artiste et son oeuvre à l'écart de la société qu'il pourrait déranger... (alors que le "génie" n'est pas un attribut de l'artiste, mais simplement notre sidération devant sa création qu'il est justement intéressant d'explorer.)

Parce qu'il louche, tout s'explique ! Le génie est bien un "anormal" et, satisfaisant le goût bourgeois pour l'ordre, il est affligé d'un handicap dans son quotidien d'homme qui équilibre le bénéfice qu'il est censé tirer de son oeuvre. Comme Odin donna un oeil pour la sagesse, Rembrandt paie son art du prix d'un strabisme. Brrr, ils sont bizarres ces artistes !

Ecrit par : nic | 22 novembre 2006

Qu'ils sont moqueurs, alors, ces deux ! (Gilda et Monsieur Ka)

D'abord moi aussi je louche et je n'ai jamais compris que certains prétendent voir les choses en 3 dimensions.

(mon astrologue me souffle dans l'oreillette que je suis peut-être la réincarnation de Rembrandt)

Ecrit par : samantdi | 22 novembre 2006

Bien, moi je n'ai pas tout suivi, alors pour l'interro, ça va être coton!

Et puis, je recompte sur tous mes doigts, ... je ne comprends pas pourquoi le deuxième trimestre commence lundi, ... pourquoi pas mardi tant qu'on y est !?

Et le barême, vous ne parlez pas du barême M'sieur Ka, sur 21 j'espère?

Ah! là!, c'est pas gagné! Hiiiiiiiiiiiiiihi! Sur ce je file à la médiathèque ................

Ecrit par : ETienne | 22 novembre 2006

je vous trouve bien dur avec cet article! Je ne pense que l'auteur ait voulu expliquer le génie de Rembrandt par cette seule particularité.

Mais il n'est pas absurde de penser que, tant qu'a faire à exprimer son intelligence ou sa créativité, l'être humain se dirigera souvent naturellement vers le moyen le plus performant pour lui. Cela peut tenir tout autant de sa culture que de la complaisance neurologique. L'éducation précoce, la valorisation sociale sont autant de facteurs positifs. Pourquoi refuser de faire rentrer en compte la plus ou moins grande aisance en matière de représentation spatiale?

A ceux que cela intéresse, je conseille fortement les ouvrages de Damazio, qui n'a jamais prétendu que la neurobio pouvait tout résumer. C'est bien écrit dans la forme, fascinant sur le fond et...respectueux de la part irréductible en nous.

Ecrit par : anita-retarded genius | 22 novembre 2006

"cette neurobiologiste nous prend pour des billes."

des billes oeil-de-chat-qui-louche?
http://www.protic.net/profs/normand/images/billes.gif

Ecrit par : Micheline | 23 novembre 2006

ANITA : « la plus ou moins grande aisance en matière de représentation spatiale » Bein justement, cette aisance qui serait due au strabisme n'existe pas.
Seuls les dessinateurs débutants ferment un oeil, sur conseil de leur prof. Et assez vite ils laissent tomber parce qu'en vérité, c'est assez peu utile.
Je dessine tous les jours depuis… un bon paquet d'années, et je ne m'embête pas à fermer un oeil.
La neurobiologiste ci-dessus, qui découvre un strabisme connu depuis des siècles, n'a jamais dessiné de sa vie. C'est ptêtre une grande perte pour l'art, mais ça m'aura donné l'occasion de faire deux billets sur la Boîboîte ;-)

Ecrit par : KA | 23 novembre 2006

J'ai enfin trouvé cette oeuvre d'Aldegrever dont se s'rait inspiré Rembrandt pour Ledikant : http://www.lwl.org/westfaelische-geschichte/portal/Internet/finde/langDatensatz.php?urlID=652&url_tabelle=tab_medien&url_zaehler_blaettern=18

Ecrit par : untel | 13 décembre 2006

UNTEL : Au-dessus du moine et de la nonne en train de se faire plaisir, il y a un diable en train de…

Ecrit par : KA | 13 décembre 2006

Pas malin, untel, d'empêcher le pauvre KA de " fermer l'oeil"...

Ecrit par : MiniPhasme | 14 décembre 2006

Qui voudrait encore s'rincer le zoeil (mais pas celui dont parle Miniphasme), n'a qu'à loucher sur la copie qu'esquissa Rembrandt, un an avant Ledikant. Voir le sixième commentaire du lien, c'est la seule repro que j'ai trouvée : http://www.xs4all.nl/~in/Nl/Aant/AvdM/J60-63.HTM

Ecrit par : untel | 14 décembre 2006