« MESSAGE À CARACTÈRE HAUTEMENT PROMOTIONNEL | Page d'accueil | LES PAMÉLAS : LE RETOUR DE LA VENGEANCE »

27 novembre 2006

LE BON SAMARITAIN ET LE CHIEN

En 1633 Rembrandt réalise cette eau-forte rehaussée de burin, le bon Samaritain (Luc, 10. 30-35).

Un homme, qui s'en allait de Jérusalem pour se rendre à Jéricho, se fait rouer de coups par des bandits qui le dépouillent et le laissent pour mort. Un prêtre puis un lévite passent, et l'ignorent. Vient un Samaritain qui bande les plaies de l'homme, le charge sur son cheval et le dépose dans une hôtellerie. Le lendemain, il donnera de l'argent à l'hôtelier et promettra de revenir dans plusieurs jours pour payer tout ce que le blessé aura consommé.

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand




Ici, le bon Samaritain arrive à l'auberge. Il s'entretient avec l'hôtelier pendant qu'un valet tient la bride du cheval et qu'un autre descend l'homme blessé de la monture. En haut à gauche, un homme à la fenêtre. En bas à droite, une femme puise de l'eau. Et un chien chie, là, plus bas à droite et au premier plan.

On peut noter quelques détails un tantinet bizarroïdes :

- le cheval a été déplacé ; on voit (sur l'image en grand format seulement) que la tête de l'animal avait été tracée plus à gauche, très près de la tête du jeune valet ;

- la jambe gauche du valet qui s'occupe de l'homme blessé est beaucoup trop à droite par rapport à son corps ; la tête et l'épaule du valet ont-elles également été déplacées ?

- l'homme à la fenêtre semble regarder la scène, sauf qu'il n'en est rien ; il regarde en direction de la femme puisant de l'eau, bien qu'il ne puisse la voir ;

- que signifie ce chien qui chie (tout comme la femme, il n'apparaît pas dans le texte de la parabole) ?


Pour tenter de répondre à ces questions, on peut se pencher sur la toile datée de la même année, qui représente le même sujet :

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand





Malheureusement, cette peinture ne nous aide guère :

- la tête du cheval a une position encore différente ;

- les jambes du valet présentent la même absurdité ;

- le chien est absent.

Alors se pose la question suivante : la gravure a-t-elle été réalisée avant ou après la peinture ? On peut penser qu'en toute logique elle a été réalisée après, et son inversion confirme ce sentiment. Sauf que le chien, hein ? Pourquoi est-il sur la gravure et pas sur la peinture ?
On a supposé un temps que le cador a été ajouté par un élève de Rembrandt. Pourquoi pas ? Mais pourquoi ?

Le chien apparaît également dans un dessin préparatoire de Rembrandt qui date de 1642-45, soit environ dix ans plus tard :






On trouve également ce médor dans un dessin exécuté par Willem Drost, élève de Rembrandt :






Le chien est donc apparu, à un moment ou un autre, dans le traitement de ce sujet. Sur la gravure réalisée après la peinture ? À moins que le chien ait été volontairement omis de la peinture - réalisée après la gravure - pour ne pas choquer. Ce regret se manifeste peut-être dans la réapparition du chien sur des dessins postérieurs traitant du même sujet… Connaîtra-t-on jamais le fin mot de cette histoire de clébard ?


(Ce billet est dédié aux Pamélas, évidemment !)

09:15 Lien permanent

Commentaires

Ah ah ah ! non seulement les Pamélas t'ont obligé à identifier 16 cabots, mais t'ont donné le goût de déchiffrer queques peintures de médors!!!
Le chien en peinture est aussi symbole de fidélité, je crois. Mais quand ce chien se retrouve dans une position "politiquement incorrecte", il faut l'enlever sans doute. Toute la question est de savoir à quel moment il a été enlevé ou ajouté. Mystère...

Félicitations pour "l'intense activité au Salon du Livre jeunesse" (y avait à boire aussi ? :-)

Ecrit par : Micheline alias Paméla | 27 novembre 2006

Un billet intéressant, j'avions point vu toutes ces bizarreries ! La femme au puits ne serait-elle pas une allusion à la Samaritaine à qui Jésus demande qu'elle lui puise de l'eau ( Jean, chap.4 ) ? Le chien symboliserait-il l'ingratitude ( fais du bien à ton prochain, il te chiera dans la main ) ? Mystère et patatère ! Tout c'que je sais, c'est qu'avec : "un chien chie", z'avez frôlé l'à-peu-près "un chien chie là".

Ecrit par : untel | 27 novembre 2006

On retrouve aussi le chien avec le bon samaritain chez Jacopo Bassano (actif de 1535 à 1592)

http://www.nationalgalleryimages.co.uk/search.aspx?q=BASSANO%2C+Jacopo&mode=artist&frm=1
et plus récent chez Eugène Burnand (1850-1921)
http://www.bibliquest.org/images/Substance_Sujets/Burnand/Burnand-Bon_Samaritain-BR.jpg

Ecrit par : Micheline | 27 novembre 2006

L'auteur du livre ci-joint donne une explication du chien dans la peinture hollandaise http://www.passiondulivre.com/livre-25754-le-nez-de-rembrandt.htm

http://www4.fnac.com/Shelf/article.aspx?PRID=1786181

Ecrit par : Micheline | 27 novembre 2006

Les commentaires n'ont pas l'air de passer, Hautetfort demande de montrer patte blanche !

On retrouve aussi le chien avec le bon samaritain chez Jacopo Bassano (actif de 1535 à1592)

http://www.nationalgalleryimages.co.uk/search.aspx?q=BASSANO%2C+Jacopo&mode=artist&frm=1
et plus récent chez Eugène Burnand (1850-1921)
http://www.bibliquest.org/images/Substance_Sujets/Burnand/Burnand-Bon_Samaritain-BR.jpg

L'auteur du livre ci-joint donne une explication du chien dans la peinture hollandaise http://www.passiondulivre.com/livre-25754-le-nez-de-rembrandt.htm

http://www4.fnac.com/Shelf/article.aspx?PRID=1786181

Ecrit par : Micheline | 27 novembre 2006

et s'il y avait un rapport (a contrario) avec ça :
Bible - Proverbe 17
Comme celui qui saisit un chien par les oreilles,
Ainsi est un passant qui s'irrite pour une querelle où il n'a que faire.
???

Ecrit par : Sylviane | 27 novembre 2006

Bof ! Faut p'têt' pas trop chercher pourquoi l'chien s' roule un cigare. L'humour scatologique était fréquent dans la peinture aux Pays-Bas : Brueghel a peint un type en train de débourrer dans " La pie sur le gibet " mais aussi une fillette remuant un bâton dans d'la crotte ( "Les jeux des enfants" ). Par la suite, certains ont peint des chiens chiant comme Philips Wouwermans ou, ici, Ludolf de Jongh : http://cgfa.sunsite.dk/j/p-jongh3.htm

Ecrit par : untel | 27 novembre 2006

Un autre chien chiant ( à sa mémère ): http://cgfa.sunsite.dk/j/p-jongh3.htm

Ecrit par : untel | 27 novembre 2006

Oups ! Pardon pour l'doublon, c'était çui-là que j'voulais montrer : http://www.royalcollection.org.uk/eGallery/object.asp?maker=WOUWERMANSP&object=404615&row=0&detail=magnify

Ecrit par : untel | 27 novembre 2006

Excellent blog.
Bravo !!!

Ecrit par : PPL | 27 novembre 2006

Peut-être que le premier chien chiant était une sorte d'ancêtre canin et déféquant à la souris autrement active des dessins de Plantu ?
Les suivants trouvant l'idée élégante l'ont reprise tout naturellement.

Ecrit par : gilda | 27 novembre 2006

Peut-être que Rembrandt veut nous dire que l'acte du bon Samaritain est (ou devrait être) un acte normal, un acte de la vie quotidienne, qui n'a rien d'exceptionnel (comme un chien qui chie) ...?

kévin

PS: j'aime vraiment bien ce blog. Merci.

Ecrit par : kévin | 27 novembre 2006

I haven't had time to explore all of your archives, but I do like what I've seen so far - and will return soon for a more leisurely reconnoiter. Excellent work. Keep it up!

Louis

http://voltaires-monkey.blogspot.com/

Ecrit par : Louis London | 28 novembre 2006

Je découvre votre blog par hasard. C'est un pur délice. Les thèmes, les images, les références, les avis, la langue. Haut et fort, oui. Jouissance de l'âme. Merci.

Ecrit par : Freddy LAURENT | 28 novembre 2006

Bravo pour ce blog. A bookmarker et à recommander...

Ecrit par : Simon | 28 novembre 2006

UNTEL et MICHELINE : Les chiens chiant sont communs, OK, mais pas dans la peinture à caractère religieux. Faudrait que je lise le livre du gars cité dans les commentaires pour me faire une religion…
Cela dit, j'aime beaucoup l'explication proposée par KÉVIN. Elle n'est peut-être pas unique mais n'en est pas moins bien observée.

Ecrit par : KA | 28 novembre 2006

UNTEL : Damnaide ! J'invoquerai ma grande fatigue pour être passé à côté de "un chien chie là", que j'inclus illico dans le billet.

Ecrit par : KA | 28 novembre 2006

J'viens de trouver cette gravure de Jan Van de Velde II dont se s'rait inspiré Rembrandt : http://www.thinker.org/imagebase_zoom.asp?rec=3328201303590007

Ecrit par : untel | 01 décembre 2006

Si le chien a choqué, pensez si Rembrandt avait placé, dans cette scène, " la femme qui pisse "; dont, si j'm'a point trompé, la turbine à chocolat semble fonctionner : http://expositions.bnf.fr/rembrandt/grand/081.htm

Ecrit par : untel | 02 décembre 2006

Encore un billet fort intéressant, merci KA !
Ce qui me saute (d'obstacle) aux yeux sur ces représentations
c'est le problème d'échelle lié au cheval...
Comptant 7 marches à l'escalier (+1 sur le perron = 8 ouah la symbolique des chiffres ?!) de 20cm = 140cm... La tête du cheval est en dessous... 140cm au garot équivaudraient déjà à un cheval nain !
Il y a également un problème sur la perspective : en regardant la taille du valet (6ème marche = 120cm) et en traçant la ligne de fuite : on arrive à la ptite dame qui a la tête dans le puits ! Etant courbée, elle doit mesurer dans les 3m de haut !
Ainsi si je vous suis, le chien a probablement été rajouté... Ne serait-ce pour mettre en évidence ces approximations d'échelle et de perspective ??? D'où ce comportement quelque peu osé au premier plan !

Ecrit par : LM | 06 décembre 2006

Hello, i love laboiteaimages.hautetfort.com! Let me in, please :)

Ecrit par : Lusidvicel | 18 décembre 2006