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25 décembre 2006

L'ARBRE DE MONDRIAN

N'oubliez pas de participer au jeu de la tête dans les nuages !


À ses débuts, Piet Mondrian peignait des paysages dans le style des impressionnistes hollandais (ce qui, dans son cas, est une bonne excuse). Ses arbres, notamment, n'étaient pas loin non plus de ceux de Van Gogh.




Mondrian




Van Gogh, détail de l'oeuvre ci-dessous datée de 1890





Ceux que Mondrian peint vers 1903-1906 sont très différents. Ils inspireront peut-être les arbres que représentera le suisse Félix Vallotton, quelques années plus tard.




Mondrian




Vallotton, 1911



En 1908, patatras ! Mondrian peint cet arbre rouge aux accents fauves qui n'est pas sans rappeler le Vincent déjà cité :






Le bougre récidive car trois ans plus tard, en 1911, il réalise cette aquarelle où s'opère déjà une très nette tentative de simplification des formes :






Il faut dire que Mondrian vient de déménager pour Paris, où il restera trois ans. Paris, où naît le cubisme de Braque et Picasso. Ralala, notre ami Piet est sur la mauvaise pente ! En 1911, encore, un grand pas - que dis-je, une glissade ! - est franchi[e] avec cet arbre gris :






Les espaces entre les branches déterminent des zones qui se prolongent dans le ciel, dessinant des surfaces géométriques aux contours courbes.

La même année rien en va plus, le ciel se structure en carrés avec cet arbre horizontal :






1912. Encore une glissade sur la pente fatale, avec l'abandon progressif des volumes :






1912 toujours, et cet arbre en fleur. Si le cubisme n'a pas encore totalement disparu (la gamme d'ocres est toujours présente), Mondrian est en voie d'abandonner définitivement la tri-dimensionnalité pour un espace plan. Carrément.






1914. Badaboum. Ça y est, c'est fait. Cette Composition 8 (arbre) n'est plus que géométrie.






En 1915, Mondrian rencontre Theo Van Doesburg avec qui il créera le groupe De Stijl deux ans plus tard. Dans la revue qu'ils éditent, Mondrian publie la nouvelle création en peinture, apologie de l'abstraction géométrique.

C'est Bart Van Der Leck, autre membre du groupe inspiré par les constructivistes russes, qui soufflera à Mondrian l'idée d'utiliser les couleurs primaires dans ses composotions.

Désormais, tout en s'inspirant encore, parfois, de thèmes réalistes, ce ne seront plus que carrés, lignes et rectangles peints en rouge, bleu, jaune, noir, gris et blanc. Il aura fallu environ dix ans à Mondrian (de 1904 à 1914) pour passer du réalisme à l'abstraction géométrique qu'il baptisera, en 1920, néo-plasticisme.




Broadway Boogie-Woogie, 1942-1943



Cette toile célèbre trouve son origine dans le plan du métro new-yorkais, dont voici un détail :




Extrait d'un plan de 1939



C'est à la même époque que Mondrian abandonne toute référence au réel pour donner à ses œuvres des titres en forme de numéros.





N°11, 1940-1942



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L’intention du cubisme était d’exprimer le volume. Ainsi était maintenu l’espace tri-dimensionnel, c’est à dire l’espace naturel. Le cubisme restait donc un mode d’expression fondamentalement naturaliste. Cette volonté des cubistes de représenter des volumes dans l’espace était contraire à ma conception de l’abstraction, qui est fondé sur la croyance que ledit espace doit être détruit. C’est ainsi, pour aboutir à la destruction du volume, que j’en vins à l’usage des plans.








L'art révolutionnaire de Mondrian est entré dans nos mœurs, il fait partie des meubles et les plus vils commerçants s'en sont emparés depuis belle lurette :




Robe de Saint-Laurent des années 60




Logo d'un fabricant français de vélos




Logo pour une ligne de produits cosmétiques


Il faudrait empaler tous ces gens-là, puis leur faire avaler à chacun dix-huit litres et demi de peinture glycérophtalique satinée spécial plafond. Au moins. Si vous les attrapez, je veux bien fournir la peinture.

Le 7 mars 2002, Google eut l'amusante idée d'afficher un logo aux couleurs du peintre qui aurait eu cent trente ans, s'il avait fait un peu de sport au lieu de peinturer à main levée* des carrés plus ou moins égaux :






Cela dit, pour des raisons bassement financières, Google n'a pas hésité à livrer en Chine une version bridée de son moteur de recherche afin de satisfaire aux exigences politiques du gouvernement en place (lire cet article). Le pal pour eux aussi. Badigeonné au piment.

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* Ouais parce qu'en vérité je vous le dis, aucune ligne des tableaux de Mondrian n'est tracée à la règle.

20:00 Lien permanent

Commentaires

Cet article illustrant le schéma d'évolution de Modrian ressemble à ce que je ressens en tant que peintre amateur, car mes filles voudrait me voir filer vers l'abstration, je sais que je la porte en moi, mais qu'elle est le fruit d'une évolution personnelle. Je leur envoie la page, Merci

Ecrit par : HENROTTE thérèse | 25 décembre 2006

merci, merci beaucoup!
ce cours que vous venez de donner est tout simplement fantastique.

Ecrit par : MccMcRc | 25 décembre 2006

J'aime beaucoup l'étape arbor arachnea...

Ecrit par : la bacchante | 26 décembre 2006

''aucune ligne des tableaux de Mondrian n'est tracée à la règle.''
Incroyable ça ! Elles paraissent tellement parfaites.

Ecrit par : steph | 26 décembre 2006

Hey, dis, Ka, si on empale Cardin, Look et autres, faut pas absoudre Gougueule, hein !
Dans le genre, sont encore plusopportunistes. Dénoncer un opposant chinois ou faire des carrés même pas réguliers, pour eux, c'est du kif...
Donc, un pal, et encore plus gros...

Ecrit par : Isido | 26 décembre 2006

Ce que je préfère, ce sont les étapes d'arbres intermédiaires. Euh c'est grave docteur ?

PS1 : je la trouve très jolie, moi, ta vile commerçante, (quoiqu'un peu sous alimentée d'apparence) et fort bien emballée.

PS2 : comme j'ai l'esprit mal tourné, l'histoire du "comme à la règle mais à main levée" me rappelle irrésistiblement un vieil Indiana Jones, où un homme de l'art (martial) face à un ennemi entame quelques gesticulations préparatoires rituelles, alors que ce dernier sort une arme à feu et y met un point final. Que voulez-vous mon bon monsieur, y a plus d'respect pour la beauté du geste ...

Ecrit par : gilda | 26 décembre 2006

ISIDO : Quand j'ai mis ce Goût-Gueule mondrianisé, j'ai eu comme un doute, j'me suis dit « T'oublie un truc, là, t'oublie un truc. »
Et puis comme je le trouvais bien joli, ce Goût-Gueule mondrianisé, j'ai oublié de chercher ce que j'avais oublié : la version chinoise et censurée de Google.
Je bats ma coulpe et mets un lien au bas de mon artik'.

Ecrit par : KA | 26 décembre 2006

je vois toujours des ptits points blancs aux croisements des lignes noires, persistance rétinienne oblige, du coup les tableaux de Mondrian me paraissent toujours en train de clignoter...

Ecrit par : cali rezo | 26 décembre 2006

Et pi n'oublions pas ceci ! D'acc' pour le supplice, mais avec une 'tite cuiller de purée d'pomme de terre. http://bonappetitbiensur.france3.fr/

Ecrit par : untel | 26 décembre 2006

Moi, je trouve que ce qui est obcène, ce n'est pas que la pub pique du Mondrian, c'est la pub. Point.
Maintenant, l'art pictural, c'est comme la langue, ça se triture, s'évade dans la rue, se banalise, se prostitue aussi. Jusqu'a jour ou un foutraque de plus se penche sur la poubelle et ramasse un truc aussi usé qu'une catachrèse, que plus personne y regardait, pfffff , et en fait un truc neuf et bouleversant.
Voilà, l'esprit conciliant de Nouwwell est descendu sur moi.
Quand à cette obsession de pal, je vois certains qui seraient d'accord avec Cavanna (ou bien était-ce Desproges? ma mémoire fuit dans le Sauterne): "si le christ avait été empalé au lieu d'être crucifié, ça aurait donné lieu à une toute autre gestuelle à la messe"

Ecrit par : anita | 26 décembre 2006

Une offrence de plus et trop ...

Ecrit par : Catherine | 26 décembre 2006

Bravo. Pour la chute aussi/surtout !

Ecrit par : le DRFactor | 26 décembre 2006

J'ai entenu dire que Mondrian aurait pu être inspiré par les visages découpés de la Pietà de Villeneuve lès Avignon (qui est, elle, encore visible au Louvre et donc pas partie boire du coca à Atlanta) :
http://mishilo.image.pbase.com/u14/francist/large/4351001.louv3.jpg.

Voilà, c'était juste en passant.
Le lien me paraît beaucoup moins clair que pour les arbres de Van Gogh... preuve surement que ce blog est indispensable!

Ecrit par : Chapo | 27 décembre 2006

J'ai eu un jour droit à une petite conférence sur le sujet,
avec reproduction de toutes les échelons gravis par cet arbre
vers les cieux de l'abstraction... fascinant...

Mais auparavant nous étaient montrés de nombreux paysages
ou il y avait une obsession flagrante
pour le découpage de plaines sans le moindre relief
par des arbres raides projetant des ombres perpendiculaires.
Mon prof y voyait deux choses:

- L'obsession de la platitude du paysage hollandais,
où le ciel infini répond à une plaine sans limites devant l'oeil,
s'y ajoutant la lumière hollandaise et la manie autochtone de peindre leurs maisons de couleurs vives et criardes

- L'influence de la doctrine théosophique où le vertical masculin a pour tâche essentielle de déchirer l'horizontal féminin (et à l'appui, des tableaux en losange que Mondriaan baptisait "androgynes")

Ecrit par : Ter | 28 décembre 2006

C'est marrant, ce billet ressemble à celui de Picasso et de ses taureaux : dans les deux cas, Ka nous fait suivre un parcours de stylisation progressive des formes. Et comme pour Picasso, c'est concis et éclairant. Bravo et merci !

Ecrit par : dytar | 29 décembre 2006

@ Anita

Une variante, de Cavanna je crois : "Si le Christ avait été noyé, on aurait tous un aquarium au dessus de notre lit".

Ecrit par : Ouaille | 31 décembre 2006

Cavanna avait écrit dans sa "Lettre ouverte aux culs-bénits" : "s'ils l'avaient empalé, leur Jésus-Christ, où les porteraient-ils, les stigmates, les élus de Dieu ?". Sans aller jusqu'au pal, le chardon c'est déjà pas si mal ! Zieutez ce charmant p'tit portrait flamand que j'ai dégotté : http://www.ulg.ac.be/wittert/fr/images/i_12/b12013Bx.jpg

Ecrit par : untel | 31 décembre 2006

Si le grand Piet n'a pas utilisé de règle pour tracer les trames orthogonales de ses compositions, un prof d'histoire de l'art m'a enseigné qu'il avait été un des premiers (si ce n'est ZE preum's) à utiliser . . . le ruban adhésif (commercialisé à partir de 1930 par qui vous savez, vous prendrez bien un S....h-whisky ?!) . . . ce que l'on peut voir aux intersections de ces dites lignes ainsi que sur leurs bords (dont le contour est parfois retouché, il est vrai, à la main levée lorsque la peinture glisse sous le ruban ou qu'elle bave... baah...).
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/9/9c/Mondrian_Comp10.jpg
Cela n'enlève rien au génie de l'artiste, à sa démarche intelectuelle et au poids de son oeuvre encore aujourd'hui...
A propos du rapport entre la pub et l'art : soyons positifs ! En copiant, déformant les compositions de Mondrian dans leur logo, les publicitaires ont fait passer ces oeuvres d'art dans l'inconscient collectif. N'est-ce pas le meilleur moyen de toucher le plus grand nombre lorsqu'un musée aura la fausse bonne idée de dilapider sa collection ? "Touche pas à l'original de mon logo" !

Ecrit par : LM | 03 janvier 2007

Dix-huit litres de peinture pour chacun, mazette, ça va te coûter cher !
Bon, histoire de la ramener un peu, une citation :
"La mission de l'art est de dégager l'esprit de l'arbre et non pas de dessiner un tronc, des branches et des arbres qui ressemblent à des arbres." (Khalil Gibran)

Ecrit par : fuligineuse | 04 janvier 2007

Si, comme moi, vous souhaitiez plus d'informations sur le piquant portrait recommandé par untel, suivez le lien http://www.ulg.ac.be/wittert/fr/flori/opera/anonyme1/anonyme1_notice.html mais refermez le panneau.

Ecrit par : Ego | 04 janvier 2007

merci beaucoup pour toutes ces informations!!
car cela va m'aider pour mon exposé oral sur Mondrian.

Ecrit par : roumaissa | 02 mars 2007

merci pour cet article.
a chaque fois que je tombe sur ce site par hasard je délaisse les activités programmée pour la suite de la journée... sans aucun sentiment de culpabilité en plus !

vive tes yeux, cher redacteur !

Ecrit par : Bastien | 15 avril 2007