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18 février 2007
DES MAINS DANS LE SOLEIL
Aujourd'hui, un décryptage rapide d'une affiche de film récent. L'analyse n'ira pas bien loin, ladite affiche ne pouvant révéler que ce qu'elle a et elle a peu. Ça tombe bien, j'ai la flemme…
À la recherche du bonheur raconte l'histoire d'un père et de son fils qui ont bien des problèmes et c'est tant mieux, sinon y'aurait pas de film.
L'affiche nous les montre tous les deux, se tenant par la main. Derrière leurs mimines, une puissante lumière qui est sans aucun doute le soleil.

Un père, un fils et deux mains sur une affiche ; un père, un fils et deux mains sur un plafond :

Détail du plafond de la chapelle Sixtine,
Michel-Ange, 1508-1512
Ajoutons une puissante lumière divine, forcément divine, derrière ces deux mains ; empruntons-la à un autre film :

Posons les deux personnages sur un fond blanc comme il sied à tout film familial, et voilà, l'affaire est faite !
J'avais donné, il y a longtemps, la recette rapide pour réaliser une affiche de comédie familiale et c'est par là.

Voilà, c'est fini !
Euuh… J'ai un peu honte, là…
Allez, jetons un œil rapide sur une autre affiche, celle des Lettres d'Iwo Jima. Ce film de Clint Eastwood fait suite à Mémoires de nos pères, dont j'avais parlé par là.

Un Japonais sur une plage. Au niveau zéro, donc. L'affiche américaine de Mémoires de nos pères nous montrait, elle, des soldats amerlocains au sommet d'une colline :

Mais revenons aux Lettres d'Iwo Jima. Le Japonais défait est seul, au niveau zéro. Pour marcher, il a une canne qui l'empêche de s'écrouler sur ce sol pentu. Les nuages de droite et les vagues venant mourir sur la plage accentuent ce caractère penché.

Et même l'horizon est de la partie ! À droite, il est situé assez haut au pied de la colline. À gauche, il est - inexplicablement - plus bas. Autant dire qu'il a sacrément besoin de sa canne, le militaire nippon ! D'autant plus que pèse, sur ses épaules, tout le poids de la typographie japonaise, tout le poids de la faute d'un pays entier.
Derrière lui, un soleil couchant à hauteur de sa main gauche comme dans l'affiche du premier film évoqué ci-dessus. Sauf que là, évidemment, le sens est tout autre : vaincu par les Zétazuniens, le symbole du Japon, Empire du Soleil levant, ne peut que se coucher. Et le militaire est seul. Nul fils pour l'accompagner. Qu'aurait-il à lui transmettre, sinon la honte ?
Autre chose encore : les nuages des deux affiches sont identiques. Mais ils prennent un sens radicalement opposé selon qu'on regarde celle de Mémoires de nos pères ou celle des Lettres d'Iwo Jima.

Dans la première, la ligne des nuages part d'en bas à gauche et monte vers la droite, Elle accompagne le mouvement du drapeau qui se lève. Dans la seconde, elle enfonce le personnage qui se déplace de droite à gauche.
Dans la première, les hommes vont de la gauche vers la droite. Ils progressent, selon le sens de lecture occidental.
Dans la seconde, l'homme va de droite à gauche. Il régresse, selon le même sens de lecture.
Deux affiches simples, donc - voire simplistes - et efficaces. (Pour plus de détails concernant la première, voir ce que j'en disais par là.)
Avec un petit bémol cependant, pour la seconde dans sa version française (l'affiche américaine est identique, à part que c'est écrit en idiome grand-breton). Cliquez donc dessus pour la voir en grand…

Maintenant, lisez la phrase inscrite tout en haut :
telle que l'ont vécu les soldats japonais
Y'aurait pas comme une légère faute d'orthographe ?
Et par voie de conséquence, y'aurait pas comme des coudepié o Q qui se perdent ? Personnellement, je suggère le seppuku des fautifs.
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Commentaires
seppuku aux fautifs!
il y a des films qui n'ont pas grand chose à dire et, vous le démontrez parfaitement, les affiches qui les annoncent font pareil.
...et vice versa...
question: y a-t'il des affiches vraiment "profondes" pour des films creux?
...et vice versa...
Ecrit par : KelticLago | 18 février 2007
Ah ah! j'allais justement te signaler la fôte d'orthographe...
Je reviens du cinoche là, j'ai vu la bande annonce des "Lettres d'Iwo Jima" et je n'irai pas voir ce film (je n'avais pas vu la version du côté zétasunienne non plus). Idem pour le premier film dont tu parles.
Désolée pour tout ton travail ;-)
(Ouais, ouais, je sais que tu ne décortiques que l'affiche)
Ecrit par : Micheline | 18 février 2007
KELTICLAGO : Ce sont les distributeurs qui concoivent les affiches de film. Et donc, on peut se retrouver avec des affiches séduisantes pour des films nuls, et vice-versa.
Mais en règle générale, les affiches sont réalisées grâce à des codes bien particuliers selon qu'il s'agit d'une comédie familiale, d'un film d'aventures, etc.
J'ai pondu toute une série de billets sur ce sujet, il faut taper le mot "recette" dans le moteur de recherche intime pour en débusquer certains.
Ecrit par : KA | 18 février 2007
Pas de faute... tu peux accorder avec les soldats ou l'histoire, selon qu'ils ont vécu l'histoire, ou que c'est l'histoire qu'ils ont vécue.
Ecrit par : Sherpa | 18 février 2007
à vérifier : il n'y aurait pas d'accord pour les verbes impersonnels.
à vérifier également : la ligne d'horizon au niveau de la mer (à gauche) est logiquement plus basse que la côte, à droite !!! (donc rien d'inexplicable) ;-)
Ecrit par : didierG | 19 février 2007
Les affiches de "Mémoires de nos pères" et "Lettres d'Iwo Jima" ont exactement les mêmes nuages. Pour la lumière qui jaillit des mains, il me semble avoir déjà vu un Christ en faire autant.
Ecrit par : untel | 19 février 2007
DIDIERG : La différence d'horizon est inexplicable sur l'affiche, puisque le personnage masque ce qui la rendrait compréhensible. Voir par là cette photo issue du film :
http://www.allocine.fr/film/galerie_gen_cfilm=112342&filtre=&page=9.html
En ce qui concerne l'orthographe, je persiste et signe.
UNTEL : Mêmes nuages, oui. Qui prennent un sens radicalement opposé selon qu'on regarde l'affiche de "Mémoires de nos pères" ou de "Lettres".
Dans la première, la ligne des nuages part d'en bas à gauche et monte vers la droite, Elle accompagne le mouvement du drapeau qui se lève.
Dans la seconde, elle enfonce le personnage qui se déplace de droite à gauche.
Dans la première, les hommes vont de la gauche vers la droite. Ils progressent, selon le sens de lecture occidental.
Dans la seconde, l'homme va de droite à gauche. Il régresse, selon le même sens de lecture. (Et qu'on ne me dise pas que les Japonais lisent de droite à gauche et que donc… L'argument ne tiendrait pas la route ;-)
Allez hop, j'ajoute ces réflexions dans le billet ci-dessus.
Ecrit par : KA | 19 février 2007
Oh la honte sur celui qui a donné le BAT, quand même...
Ecrit par : Anne | 19 février 2007
oui mais kelle film à la recherche du bonheur et j'ai apprécié ton analyse et merci pour ce cours............
Ecrit par : n'side | 19 février 2007
excellent oui merci .............
Ecrit par : yullens | 19 février 2007
J'ai vu qu'il existe plusieurs affiches amerlocaines.
Chez nous y aura pas de problèmes d'orthographe, nous aurons l'affiche en angliche, comme d'hab :-)
ici l'affiche japonaise annonçant les 2 films
http://www.allocine.fr/film/galerie_gen_cfilm=112342&filtre=&page=16.html
Ecrit par : Micheline | 19 février 2007
Pour revenir à la première affiche, "à la recherche du bonheur", qui sent bien sûr le film mélo et bien pensant à plein nez, je trouve qu'on peut quand même noter deux différences (deux efforts ?) par rapport à l'affiche que vous avez donnée en exemple pour les comédies familiales : le cadrage serré des deux personnages, qui coupe la valise à gauche et utilise le bas de l'affiche comme sol, et qui crée je trouve avec le fond blanc une forme "en creux" qui n'est pas vilaine ; et l'effort au niveau typographie, pour le titrage, serré lui aussi, et en palier. Y a un peu du mieux quand même, non ?
Ecrit par : BB | 19 février 2007
BB : Si on regarde mon billet consacré aux affiches de comédies familiales, on se rend compte qu'il n'y a quand même pas grand-chose de nouveau sous le soleil (ah ah ah) car la typographie bicolore, par exemple, fait partie des codes devenus quasi-incontournables.
Cela dit, l'affiche de cette "Recherche du bonheur" n'est pas la plus moche du genre, je suis bien d'accord.
Ecrit par : KA | 19 février 2007
KA: C'est plus une coquille, c'est un poulailler ce "vécu" à qui il manque un oeuf!
Ecrit par : la bacchante | 19 février 2007
En même temps l'affiche de "Lettres d'Iwo Jima", j'ai d'abord pensé voir un vieux samouraï et son sabre .... comme quoi !!!
Ecrit par : Gandalf | 19 février 2007
GANDALF : Ouais bein j'ai eu le même "réflexe" quand j'ai vu l'affiche de loin mais justement, le gars il n'a même plus son katana, juste une espèce de baguette qui lui sert de canne. La vraie honte, quoi.
Ecrit par : KA | 19 février 2007
Oh hé hein un vieux Ronin (ayant perdu son sabre) sur le retour ca pourrait faire l'affaire non !?!
Ecrit par : Gandalf | 19 février 2007
Vigilant comme vous l'êtes, vous avez sûrement remarqué qu'on trouve aujourd'hui des fautes (d'orthographe, de grammaire ou d'usage, au choix) absolument partout: non plus seulement, comme naguère, cachées au plus épais de rossignols voués au pilon dès leur naissance ou dans les bas de casse les plus ténus de la rubrique des chiens écrasés (où seul le Canard Enchaîné réussissait à les débusquer, à grand'peine, pour sa Rue des Petites Perles), mais jusqu'en des lieux d'où, jusqu'ici, des cohortes de correcteurs sourcilleux mettaient un point d'honneur, relecture après relecture, à les faire disparaître jusqu'à la dernière: manchettes et titres de "une", légendes de photos, "prière d'insérer" des candidats au Goncourt et autres messages à caractère informatif...
Relever des fautes étant devenu trop facile ("on ne tire pas les oiseaux au repos", n'est-ce pas?), ce qui pourrait être amusant, à présent, ce serait décompter les affiches, les pubs et les sommaires de journaux sans aucune faute...
Ecrit par : Porco Rosso | 20 février 2007
PORCO ROSSO : Oui c'est tout à fée vraie, je voit souvant, dans la rue, des fôtes d'ortaugrafe sur les affiche ou à la une des journeaux et à chaque foi je regrètte de ne pas avoir d'apareil photo numériqe dans une main et un knout dans l'autre…
Je voi aussi baucou de slogan publicitèrre en englais et là je regrètte de ne pas posséder de bas-zouquà.
Ecrit par : KA | 20 février 2007
ce matin dans l'inter-france un poulet était "pulvérisé par un produit "
le pôooovre !
Ecrit par : véron | 20 février 2007
Je me posais une question idiote, homme de lettres plus qu'homme de lignes que je suis...
Cette analyse de l'affiche des Lettres d'Iwo Jima est passionnantes. Mais un graphiste/maquettiste/artiste/dessinateur (rayez la mention inutile) pense-t-il à tout cela quand il réalise ce genre de travail, au sens qu'il veut donner suivant l'orientation des personnages, la position de l'horizon... ou est-ce un instinct et un talent naturel de réussir à traduire tant de sens dans une image ?
Ecrit par : François Houste | 20 février 2007
FRANÇOIS H : Homme de lignes (j'aime bien l'expression !), je confirme que l'on pense à tout ça, oui, quand on compose un dessin, une peinture, une affiche. Et que la capacité de construire une image en vue de lui donner un sens précis est une des composantes du talent.
Ecrit par : KA | 20 février 2007
Hier soir, j'ai vu dans le métro deux affiches de "Lettres d'Iwo Jima", sur lesquelles la fôôôte avait été corrigée.
Ouf...
Ecrit par : BB | 20 février 2007
BB : Corrigée par un graffiti ou nouvelle affiche imprimée ?
Ecrit par : KA | 20 février 2007
par une nouvelle affiche imprimée !
Ecrit par : BB | 20 février 2007
KA : je vous admire alors d'autant plus, vous les hommes de lignes :-)
Ecrit par : François Houste | 20 février 2007
Je m'apprête à faire une remarque bien vaseuse mais bon.... En ce moment, à Paris, on voit beaucoup d'affiches de "Lettres d'Iwo Jima" donc, mais aussi pour le film "Massacre à la tronçonneuse". Et ce qui est étrange, c'est qu'elles se ressemblent un peu.... Sur chaque, on aperçoit une silhouette qui s'éloigne, de lourds nuages ainsi qu'une lueur un peu ocre. Bon c'est tout, ça s'arrête là, le contenu des deux films divergent totalement c'est sûr (quoique question massacre...). C'est sûrement mon imagination qui va un peu trop loin rajoutée à mon envie frénétique d'analyser toutes les affiches de film( ça, c'est depuis que je vais sur la Boîte à Images^^) , enfin voilà.
Ecrit par : Groucho | 21 février 2007
GROUCHO : J'avais envie de causer de ça, justement, ya deux ou trois choses à dire, mais je me demandais si c'était intéressant. Bein je vais le faire !
Ecrit par : KA | 21 février 2007
Que vous sachiez reconnaître à l'oeil nu les fées vraies, je n'en ai jamais douté!
Ecrit par : Porco Rosso | 21 février 2007
@François Houste : Bin normalement, et comme le dit l'ami KA, c'est effectivement une construction : où l'image (dans le cas d'iwo jima, par exemple), le texte, la typographie sont alliés pour, eh bien... "produire du sens" ('peux pas m'empêcher de mettre entre guillemets ce cliché).
Mais il faut bien avouer aussi, et l'ami KA le souligne dans d'autres billets : l'interprétation, a posteriori donc, peut mener à la surinterprétation. Où l'on prête à l'auteur les intentions qu'il n'a pas eues (faute, là ? J'ai un mal fou avec les accords de participes, je suis un rejeton de l'école des années 80), ou tout au moins pas consciemment.
Ecrit par : Groublouz | 22 février 2007
Pour les accords de participe, la règle est simple.
Un participe conjugué avec le verbe "être" s'accorde en genre et en nombre avec le sujet. (la pomme est mangée.)
Un participe conjugué avec le verbe "avoir" s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct à condition qu'il précède le verbe. (il a mangé une pomme; la pomme qu'il a mangée.)
Et sinon, merci m'sieur KA pour toutes ces images et analyses dont vous nous régalez les yeux et les neurones.
Ecrit par : Nathalie | 27 février 2007






