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29 mars 2007
ALFRED KUBIN - 1 : Le cabinet des épouvantes - réédition
Pour cause de boulot intensif, réédition de quelques billets…

Ne m'enlevez pas ma peur, docteur,
elle est mon plus grand capital.
Alfred Kubin (1877-1959) était un illustrateur autrichien dont l'importance est considérable dans l'histoire de l'art, même s'il est très peu connu du grand public.
Il naît le 10 avril 1877 à Leitmeritz, petite ville du nord de la Bohême. Le travail de son père, géomètre pour l'État, l'amène à souvent déménager et Kubin, de faible constitution, se sent continuellement exclu. Il s'enferme dans la marginalité :
Comme j'étais le plus faible, il était donc tout naturel que je me réfugiasse dans la ruse et l'astuce pour pouvoir m'abandonner à mes penchants. Je donnais en toute tranquillité libre cours à mes instincts de cruauté refoulés… je torturais de pauvres petits animaux… et pour autant que je l'aie regretté par la suite, j'en éprouvais d'abord un intense sentiment de joie.

La chasse
Lorsque il n'arrache pas les ailes des mouches, le petite Alfred dessine :
J'ai eu de tout temps un penchant singulier à l'outrance et au fantastique : j'ai toujours préféré la vache à quatre cormes à celle qui n'en avait que deux (…) Mes dessins d'enfance correspondaient à ce goût. Ils fourmillaient d'enchanteurs, d'un fatras de bêtes comiques et effrayantes, montraient des paysages tout en feu.

Adoration

Sa mère meurt de phtisie quand il a dix ans. Ce décès et le désespoir de son père le marquent à jamais :
Il tira du lit la longue dépouille de sa femme amaigrie par la maladie et, la prenant dans ses bras, il se mit à parcourir la maison en tous sens, en pleurant et comme demandant du secours.

Le meilleur médecin

Un an plus tard, son père épouse la soeur de son épouse décédée. Très vite enceinte, il semblerait que ce soit elle qui initie le petit Alfred (onze ans) à des jeux interdits avant de mourir en couches.

Saut mortel


La grande Babylone
Son père devient violent, assène forces coups de bâton sur le dos de son fils qui ne ressent plus que haine pour l'espèce humaine.
La contemplation d'un orage, d'un incendie, d'un torrent sortant de son lit comptait parmi mes jouissances les plus fortes. J'étais un spectateur assidu des rixes, des arrestations, des marchés aux bestiaux, où l'on pouvait régulièrement me rencontrer (…) Il y avait en outre toutes sortes de choses qui avaient le pouvoir d'éveiller en moi une curiosité brûlante, par exemple les cadavres.

La Terre, notre mère

Kubin père se marie une troisième fois et Kubin fils devient apprenti photographe chez son oncle par alliance, où il découvre l'art du paysage.
Il fait une tentative de suicide en 1896, sur la tombe de sa mère. Mais le pistolet rouillé s'enraye et il n'a pas le courage de réitérer.


Le dindon (pastel)
Alfred s'engage dans l'armée, où il est pris d'un délire qui l'amène à être hospitalisé pendant trois mois. Il est réformé.

La Guerre
En 1898, il s'inscrit dans une académie de dessin à Munich, découvre les galeries de l'ancienne Pinacothèque et c'est un émerveillement.
L'année suivante il découvre l'oeuvre de Max Klinger (1857-1920), et notamment la série de gravures intitulée Gant (Ein Handschuh) qui l'influencent notablement.
Devant ces estampes, je fis le voeu solennel de consacrer ma vie à créer de semblables oeuvres.

Action

Enlèvement
Deux des dix eaux-fortes de Klinger
pour la série Gant, 1881.
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La deuxième gravure se retrouve à la page 10
de Momies en folie, une BD de Tardi
qui fait partie de la série
des Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec.

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C'est à cette époque que Kubin réalise l'immense majorité des dessins reproduits ici, datés de la période 1900-1904.
Il se fiance en 1901 avec une jeune femme, qui meurt subitement. Kubin est de nouveau cerné par la folie. Alors qu'il connaît un succès grandissant, il dilapide tout son argent et se retrouve au bord du gouffre.

Chez des amis, il rencontre en 1904 Emmy Mayer et l'épouse immédiatement. Kubin est sauvé.
Son style change et la couleur arrive, grâce à Koloman Moser qui lui enseigne l'art de la peinture à la colle.

Créature de conte de fées
Plus tard, Alfred Kubin adoptera un troisième style fait de dessins à la plume sans adjonction de zones de gris ou de couleurs peintes ou aquarellées.
Bien qu'il connût tout au long de sa vie un immense succès (il illustrera plus de soixante-dix livres, rejoindra Kandinsky au sein du Blaue Reiter et exposera en compagnie de Paul Klee et Franz Marc), l'oeuvre de Kubin vaut surtout, à mon avis, pour ces quatre ou cinq années de jeunesse qui influenceront de nombreux artistes.
La technique qu'emploie Kubin dans les années 1900-1904 est assez simple : les dessins sont réalisés à la plume et à l'encre de Chine sur du papier à cadastre (n'oublions pas que son père était géomètre). Ils sont, le plus souvent, grisés grâce à des lavis ou par des projections d'encre soufflée au pistolet à peinture. Parfois, il utilise l'aquarelle pour réaliser des images dans les tons ocres.


Oublié - englouti

La Dame blanche

Le mur du cimetière
Les grisés par projection sont une manière de restituer l'effet obtenu par l'aquatinte dans les gravures de Klinger. Pour une explication de cette technique, voir ce que j'en disais dans l'article consacré à Martin Lewis.

Chaque nuit la visite d'un rêve


La famine

Le mariage de la Mort

Demain, quelques mots sur les pères et les fils spirituels d'Alfred Kubin. La liste est longue et ne sera sûrement pas exhaustive !
Bibliographie
Les citations de Kubin sont extraites de son autobiographie, dont certains passages figurent dans un livre édité par la galerie Gaubert en 1974.
J'ai parfois retouché la traduction défaillante, qui ne doit sûrement pas correspondre avec le texte français tel qu'on peut le lire dans Ma vie par Alfred Kubin, publié par les Éditions Allia en 2000 :

Il n'existe pas à ma connaissance de livre actuellement disponible montrant l'oeuvre de Kubin, à part Dance of Death and Other Drawings, publié par Dover Publications. Mais il s'agit là de dessins réalisés dans sa troisième période.
07:00 Lien permanent
Commentaires
Saison 1, épisodes 2 et 3
Ce qui est bien avec les rééditions, c'est qu'on peut regarder les épisodes deux et trois dans la foulée!
Ecrit par : la bacchante inspirée | 29 mars 2007
Malgré mon peu d'enthousiasme pour ce peintre-dessinateur, j'ai trouvé ceci
"The Verbal and Visual Art of Alfred Kubin"
Phillip H. Rhein (1989) 49 illustrations
http://www.ariadnebooks.com/productinfo.aspx?productid=0929497015
L'année passée a eu lieu une expo Kubin au "musée Félicien Rops" à Namur
http://www.ciger.be/rops/musee/expo35/
Un catalogue français-allemand pour cette expo "Obsessions. Kubin"
http://www.lesmuseesenwallonie.be/html/musee.php?voir=publi&id=182
Ecrit par : Micheline peu inspirée ;-) | 29 mars 2007
Ça me fout les jetons mais je suis très impressionnée. Et quelle chance aussi de pouvoir exorciser ses peurs et ses fantasmes par l'art. Ça me fait penser à un reportage qui m'avait secouée et qui montrait une prison en Grande Bretagne dans laquelle on donnait des cours de peinture aux détenus. Les travaux de ceux-ci faisaient l'objet d'une exposition annuelle très prisée, même par les professionnels de l'art. Du coup, plus de bagarres, plus de suicides, plus de récidive, plus de problèmes de réinsertion... Certains artistes étaient même reconnus et les oeuvres vendues. Quand l'état a supprimé les budgets, c'est redevenu l'enfer.
Ecrit par : Jo | 29 mars 2007
Des tueurs en série ont raconté exactement les mêmes choses, à propos de leur enfance et de leur adolescence.
Ce qui a sauvé Kubin, c'est une visite à la vieille pinacothèque de Munich : que l'on me dise encore que les musées ne servent à rien... et l'Art !
Ecrit par : Paul | 29 mars 2007
Sacré Kubin va...
"L'Autre côté" (aux éditions Corti) est également à lire
Ecrit par : Qui©he | 29 mars 2007
Il y a aussi des livres sur Kubin en langue allemande avec beaucoup d'illustration. Je pense à "Erotik und Dämonie". et SURTOUT : il y a un roman fantastique, l'autre côté. à lire.
Ecrit par : claude | 29 mars 2007
Bonjour
Comment se procurer la réeddition du Cabinet des Epouvantes, quel est l'éditeur ?
merci
Philippe d'Hennezel
Ecrit par : d'Hennezel | 04 avril 2007






