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25 juillet 2007
L'ART ET L'INDUSTRIE - 1 - SHEELER - réédition
Pendant une longue période de sa vie, Charles Sheeler (1883–1965) s'intéressa à l'industrie.
Ses débuts dans la peinturlure sont influencés par les modernes français, notamment par Cézanne et Braque. Dès les années 1915, il photographie, dessine et peint des fermes dont les formes géométriques, extrêmement épurées, flirtent avec l'abstraction.

Side of White Barn, photographie, 1915
Mais il faut bien que Charlie gagne sa vie, vu que la peinturlure, c'est pas un vrai métier ! Grâce à ses talents en matière photographique, il vend des reportages sur les fermes et les usines américaines.
Et c'est ainsi qu'en 1927, Ford lui commande un reportage. Charlie se rend à l'usine de River Rouge, y prend moult clichés. C'est une ode à la machine, à l'industrie où l'homme n'est qu'un minuscule serviteur quand il n'est pas absent.

River Rouge Plant Slag Buggy, 1927

River Rouge Plant Stamping Press 1927
Cathédrales de fer et d'acier, tuyaux, cheminées, turbines et grues fascinent Sheeler qui déclare :
Our factories are our substitute for religious expression.
Rien que ça. D'autres artistes auront une vision bien différente du monde industriel, mais j'en parlerai plus tard parce que aujourd'hui, c'est le jour de Charlie.
Deux ans plus tard, notre homme photographie la cathédrale de Chartres comme il avait fixé l'usine Ford :

la cathédrale de Chartres 1929

River Rouge Plant, Criss-Crossed Conveyors, 1927
On notera le titre Criss-Crossed, qui rappelle Christ cross. Quand il a une idée dans la tête, Charlie, il ne la lâche pas !
En 1928, Sheeler est chargé de faire un reportage sur un paquebot, le SS Majestic. L'une de ses photos lui servira de base pour réaliser, en 1929, son célèbre Upper Deck :


De la même manière, il recycle ses photos de l'usine Ford en dessins et peintures :

American Landscape, 1930

Classic Landscape, 1931
L'usine tel un lieu idéal, hors du temps. L'usine qui fonctionne toute seule par la grâce d'un Saint-Esprit mécanique. L'usine aux formes pures, peintes en de délicats aplats silencieux.
La qualité c'est de bien faire les choses même quand personne ne vous regarde,
avait coutume de dire Henry Ford.

Ballet Mechanique, dessin au crayon Conté, 1931

River Rouge Plant, 1932

City Interior, 1936
Ce City Interior est sans doute l'une des plus belles toiles de Sheeler, et aussi l'une des plus connue avec la suivante, qui trouve également ses origines dans une photographie :

Wheels, photographie, 1939

Rolling Power, 1939
On ne peut que penser au célèbre Pacific 231 qu'Arthur Honegger composa en 1923.
(La Pacific 231 était la plus renommée d'entre toutes les locomotives à vapeur. C'est elle que Jean Gabin pilote dans la Bête humaine, film que Jean Renoir réalisa en 1938. En 1949, Jean Mitry tourna un fameux court-métrage intitulé Pacific 231 ; dix minutes d'images mettant en scène la locomotive, sur la musique de Honegger.)
À partir des années 40, le style de Sheeler évolue : grâce à son outil de départ qu'est la photographie, il réalise des surimpressions. Cette usine électrique de New Bedford (Massachusetts), par exemple…

Photographie prise aux alentours de 1938
… lui permet de dessiner ces :

Chimneys, 1946
La peinture de Sheeler devient de plus en plus géométrique, rejoignant ainsi l'esprit de ses tout premiers travaux.

Architectural Cadence, 1954

Composition Around White, 1959
Sheeler n'a pas peint que des sujets industriels, loin s'en faut. Mais ces oeuvres-là ont laissé une trace profonde dans l'imaginaire amerlocain des années 20 à 50, ont conforté cette toute-puissance du fer et du feu érigée en religion païenne, au service de l'indestructible American Way of Life.
Les images froides et précises de Sheeler, d'où tout sentiment personnel est absent, inspirèrent les hyperréalistes étazuniens des années 70, et notamment Richard Estes :

Grant's, sérigraphie, 1972
À propos de Estes, voir également le petit Précis d'hyperréalisme.
Demain, d'autres mots à propos de Sheeler, un autre aspect de son travail…
07:51 Lien permanent
Commentaires
Les premieres photos ne me plaisaient pas trop, mais j'ai continué un peu quand même. Et j'ai eu bien raison, je prefere nettement les images suivantes, en particulier les dessins d'usine.
Ecrit par : TarValanion | 25 juillet 2007
En parlant d'art et d'industrie, l'époux Becher vient de mourir, vous saviez ?
Ecrit par : Jeanne | 25 juillet 2007
JEANNE : J'savions point ! J'avais parlé de Bernd et Hilla Becher par là :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2006/02/10/portraits-d-entomologie.html
Ecrit par : KA | 25 juillet 2007







