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06 août 2007
VOLUTES DANS LE CIEL - réédition
L'entrée du camp au loin, la neige rayée par les rails, les fils de fer barbelés ; quand on pense à Auschwitz, les premières images qui surgissent sont invariablement en noir et blanc.



Neigerait-il trois cent soixante-cinq jours par an en Pologne ? Certes non.

Telle est cependant la vision qu'on nous assène quand on veut nous vendre l'horreur de la Shoah.
Pourtant, il arrive parfois que le ciel soit bleu et l'herbe verte ; que le soleil brille et que les oiseaux chantent ; que des coquelicots poussent le long des voies ferrées polonaises. Il arrive également que le ciel soit traversé de nuages aux couleurs changeantes.






Mais il faut croire que dans l'esprit de certains, la Nature éclatante occulte tout sentiment de tristesse, de mort et d'effroi.
C'est peut-être la raison pour laquelle le GeoImages Project de l'Université de Berkeley (USA) a jugé bon d'altérer les couleurs de cette photographie à 360°, dont quelques vues sont extraites ci-dessus. À moins que la manipulation ait été opérée par Jerzy Zamora lui-même, auteur de cette image ?






Le monochrome serait donc plus à même d'évoquer les camps de la mort que la couleur naturelle. Soit. C'est le parti qu'avait choisi Spielberg, pour sa Liste de Schindler.




Seulement voilà : les gens qui périrent de la folie nazie n'étaient pas que des silhouettes imprimées en noir et blanc ou en sépia dans les livres d'Histoire. Leurs veines étaient bleues, leur sang était rouge et leurs larmes avaient un goût salé.
Cet esthétisme douteux fut reproché au réalisateur, qui alla encore plus loin dans son film avec cette gamine coloriée en rouge parmi une foule en noir et blanc.

On comprend bien l'intention, consistant à focaliser le regard et l'émotion sur un personnage précis symbolisant les six millions de morts.
Faut-il vraiment utiliser des ficelles grosses comme des câbles pour faire passer le message ? L'emploi de ce genre de procédés n'est-il pas la marque de l'impuissance du réalisateur ? Est-il indispensable d'appliquer un filtre monochrome sur des images fixes décrivant Auschwitz aujourd'hui, ou de ne montrer de ce lieu que des images hivernales ?
On gazait aussi en plein été
pendant que des papillons
traçaient des volutes dans le ciel,
la fumée qui s'échappait de la cheminée du crématorium
n'empêchait pas les oiseaux de chanter.
On était en juin 1942, en juillet 1943 ou en août 1944
et ceux qui enfournaient les cadavres
savaient que leur tour viendrait
bien avant que la neige recouvre Auschwitz.
Dehors, le ciel affichait un bleu insoutenable
au-dessus d'une herbe verte à hurler.

Liens
Vous pouvez cliquer ici pour voir le panorama en QuickTime VR à 360° de Jerzy Zamora.
Vous pouvez cliquer là pour voir sa version sépia sur le site de GeoImages.
Vous pouvez lire ou relire l'histoire du camp d'Auschwitz sur la Wikipédia.
09:06 Lien permanent
Commentaires
Je suis passée par là ce matin...
Rien à ajouter
Ecrit par : la bacchante | 06 août 2007
... si ce n'est que les animaux ne perçoivent que peu de couleur et que ceci explique peut-être cela...
Pardon.
Ecrit par : wolivié | 06 août 2007
Et Gorée, point d'embarquement, d'entassement monstrueux d'esclaves, de l'Afrique vers l'Amérique est un camp de concentration avec de très, très jolis bougainvillés...
Des bises
Ecrit par : anita | 06 août 2007
ANITA : J'avais fait une petite BD sur Gorée, ya longtemps. Pour un magazine pour enfants. Faudrait que je la retrouve, tiens…
Ecrit par : KA | 06 août 2007
Je ne sais pas quoi dire... les mots me manquent. Sauf peut-être qu'il est important de ne pas oublier, surtout quand certains osent affirmer que cela n'a pas existé ou que l'on a "exagéré les faits". Et aussi, en parler à nos enfants.
Ecrit par : jo | 06 août 2007
Bonjour et merci pour vos billets, que je lis de temps à autre. Les partis esthétique et « climatique » de Steven Spielberg dans « La liste de Schindler » sont discutables, c’est vrai. Mais personnellement, le choix du n&b me semble défendable :
- il permet de distinguer nettement deux univers, pour en faire deux mondes quasi-imperméables l’un vis-à-vis de l’autre : le présent-espoir, en couleur (cf. la dernière scène du film), et le passé-horreur, en n&b. La présence ténue de la couleur dans un univers en n&b permet de souligner la minceur de l'espoir de survivre à un cauchemar. Le présent n’est pas gagné d’avance, si j’ose dire ;
- et ce mince espoir est conditionné tout entier, dans le film, par le changement du regard que porte Schindler sur les Juifs. Rappelez-vous que son comportement change du tout au tout à partir du moment où il voit cette fillette en rouge (y compris une fois morte). L’émotion dont il est question, c’est moins celle du spectateur que celle de Schindler, selon moi en tout cas.
Le n&b exprime peut-être moins un cauchemar passé qu’une indifférence de Schindler à l’égard de l’horreur nazie qui l’environne, jusqu’au choc de cette fillette rouge. Cette touche de couleur, dans cet univers tout en nuances de gris, permet de souligner visuellement l’originalité et l’importance de ce choc.
N&b et indifférence, voilà une association qui nous parle dans le monde actuel, que nous voyons en couleur et qui est truffé d’images en couleurs. Voudrait-on encore d’une télévision en n&b ? Et pourquoi certains éprouvent-ils le besoin de coloriser les vieux films ? Face à la couleur envahissante, le n&b ne fait pas le poids, ou si peu. C’est à partir de ce constat - que je ne cautionne pas - que peut s’instaurer une sorte de refus de ce qui n’est qu’en n&b et, partant, qu’il peut être affecté une charge négative à ce qui n’est qu’en n&b.
Le n&b n’est pas morbide en soi ; Chaplin, Laurel et Hardy, ce n’est pas morbide ! Mais un tel parti esthétique correspond aujourd’hui à un appauvrissement volontaire de l’image. C’est le choix de l’indistinction ou de la distinction primaire, avec peu de nuances. Pour Spielberg, il s’agit d’appauvrir d’abord pour mieux enrichir ensuite, par la couleur précisément. Spielberg nous prive temporairement de la couleur pour nous mettre en quelque sorte en état de manque par rapport à cet ingrédient aujourd’hui quasi omniprésent du cinéma contemporain.
À partir du moment où le n&b est privilégié, un cadre enneigé semble lui aussi assez judicieux. Bien sûr pour le froid, les conditions difficiles des prisonniers, au risque de tomber dans la caricature, je vous rejoins complètement. Mais aussi pour mettre plastiquement l’accent sur les personnages sombres, pour donner de la densité aux hommes dans ce décor blanc, du ciel au sol.
« Faut-il vraiment utiliser des ficelles grosses comme des câbles pour faire passer le message ? L'emploi de ce genre de procédés n'est-il pas la marque de l'impuissance du réalisateur ? » On pourra trouver que la ficelle est grosse, en effet. Spielberg aurait pu s’en tenir à la réalisation d’un film en couleur, « classique », misant davantage sur le jeu des acteurs, entre autres, pour exprimer l’indicible. Mais par ces choix plastiques forts il me semble qu’il affirme au contraire sa « puissance de réalisateur », contre les spectateurs. Il joue de toutes les cordes qui sont en sa possession pour produire un film qui, plastiquement aussi, tente d’exprimer, et donc d’émouvoir et de convaincre.
Ecrit par : Erwan | 10 août 2007
ERWAN : Même si je ne suis pas d'accord avec les choix de Spielberg, je dois reconnaître qu'il s'agit là d'une belle analyse !
(Et puis je m'en vais inscrire illico iconique.net dans ma liste de blogues et sites graphiques.)
Ecrit par : KA | 10 août 2007
Merci monsieur Ka, pour le compliment... et pour le lien !
Ecrit par : Erwan | 10 août 2007
Oh la vache, je réalise ici qu'avec toutes ces images hivernales, en noir et blanc - j'ai toujours une réticence à abréger en NB parceque ça me semble trop proche de NN, c'est bête… mais sur mon clavier les deux lettres sont mitoyennes - avec toutes ces images donc, et aussi loin que je remonte, (lectures, documentaires, films…) je ne visualise Aushwitz qu'en hiver.
Le choc que m'a fait cette herbe verte !!!
Ecrit par : Fincasor | 22 août 2007






