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15 septembre 2007
LA PEINTURE SUR SOI
Je n'ai jamais parlé ici des œuvres ou des peintres qui me touchaient le plus, de celles et ceux qui me remuent les tripes et plus loin encore. Tout au plus les ai-je rapidement évoqués, sans jamais entrer dans les détails. Il s'agit, notamment, de :
Alberto Giacometti

Portrait de sa mère
Giorgio Morandi

Nature morte
Félix Vallotton

La Chambre rouge, 1898
Henri Regnault

Exécution sans jugement
sous les rois maures de Grenade, 1870
J'aurais pu, bien sûr, me contenter de répéter ce qu'on dit dans les livres. Faire une rapide compilation de ce qu'il faut penser de l'œuvre de Giacometti, de Vallotton ou de Regnault. Ou bien jouer au jeu des comparaisons, des influences, etc. Dire et montrer, par exemple, que Edward Hopper a considérablement été influencé par Vallotton (la chose est indiscutable et pourtant elle n'a jamais, à ma connaissance, été traitée dans aucun ouvrage).
Sauf que voilà : il suffit que je prononce trois mots sur ces peintures pour que je me retrouve face à des sentiments relevant de l'intime. J'avais senti le piège quand j'avais griffonné quelques mots à propos de Morandi, dans un billet intitulé Captation de la lumière. Le gouffre était là, à deux pas. Mais il ne m'a pas happé, je connais trop bien les prémices du vertige.
C'est peut-être pour cette raison que la peinture nous fascine : parce qu'elle a le don de nous renvoyer à notre intimité. À nos placards encombrés de cadavres ou surmontés de pots de confiture, à nos souvenirs brouillés, à nos larmes ou à nos caresses enfuies.
Je ne parlerai jamais des portraits d'épingles de Giacometti, des boîtes folles de Morandi, des chambres rouges de Vallotton ou du sabre d'Henri Regnault. Jamais.
Liens
Bientôt une grande rétrospective Giacometti au Centre Pompidou.
Le site du musée Morandi à Bologne.
Le dossier Vallotton du Monde des Arts.
Le tableau de Regnault au musée d'Orsay.
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Commentaires
Beau billet pour en parler sans en parler tout en en parlant quand même.
PS : "les larmes et les caresses enfuies", tiens peut-être qu'il serait temps que j'essaie les cadavres dans le placard ou le local poubelle, afin d'enfin changer un peu. :-(
Ecrit par : gilda | 15 septembre 2007
C'est vrai qu'on ne peut rien dire. Quand bien même on nous dirait que nos goûts sont à chier, nous nous y accrocherions encore plus.
Ca me fait un peu le même effet avec "L'enfant au pâté de sable" de Bonnard ou ce Monet : "Villas à Bordighera".
http://claude-monet.org/artbase/Monet/1883-1884/w0856/apc.jpg
Ecrit par : untel | 15 septembre 2007
Pas facile de livrer un peu de son intime... On touche au sacré.
Etant comme tout un commun un peu vampire, m'en vais tout de suite m'informer plus avant sur les trois lascars.
(et mince, pas assez de "feling" à l'image pour être touchée à ce point par une oeuvre, mais sensibilité en voie de construction, je ne désespère pas... Grâce à des balades comme celles-ci.)
Merci :)
Ecrit par : Basquounette | 15 septembre 2007
Voilà des peintres que je connais très mal, heureusement m'sieur Ka est là pour nous ouvrir les yeux ! Merci.
Pour moi, j'ai été éblouie en découvrant les peintres de Skagen (Danemark).
http://www.geographis.ch/~podouphis/kroyer.htm
Untel : c'est marrant, il y a quelques jours, j'ai acheté le marque-pages "L'enfant au pâté de sable" ...
Ecrit par : Micheline | 15 septembre 2007
L'Alberto bouscule, avec ou sans cadavres.
Ecrit par : s_cl | 15 septembre 2007
Micheline : j'ai moi aussi ce marque-page et j'y ai écrit, au dos, cette phrase de Meng-Tse :
"Grand est celui qui n'a pas perdu son coeur d'enfant."
PS : Je l'ai même en affiche au mur.
Ecrit par : untel | 15 septembre 2007
La semaine dernière, un peu agacé par des pages peut être trop... pinailleuses (j'y avais moi-même mini-participé chez Erwan), j'avais failli te mettre un mot pour te dire combien, pour moi, la boîte était pour moi une dégustation d'images, une gourmandise à la sauce Ka, pleine de jeu et de gravités discrètes, le côté "comprend-qui peut" toujours là pour empêcher des lourdeurs.
Je n'avais pas osé te mettre ce mot... C'est toi qui l'a fait a aujourd'hui petit salopard !
Quand cesseras-tu de deviner où c'est qu'on a envie que tu nous ballades ?
Ceci dit, " nos placards encombrés de cadavres ou surmontés de pots de confiture, nos souvenirs brouillés, nos larmes ou nos caresses enfuies.", c'est bien chaque fois le sujet, mais les non-dits en racontent toujours un peu plus.
C'est d'ailleurs toujours le sujet de mes pages...
Nombril en plus
Tiens un joli truc pour finir.
Giacometti... Par soi-même
http://www.ubu.com/film/drot.html
Ecrit par : wolivié | 15 septembre 2007
Oué, faut surtout pas essayer de disséquer ce qui nous ébranle.
Je connaissais pas Félix Valloton, mais la petite repro que tu présentes m'as causé tout de suite, avant même que je lise ton papier et ton histoire d'influences. Bon, bin je vais chercher tout seul, alors :)
Ecrit par : LeChieur | 15 septembre 2007
WOLIVIÉ : Mille milliards de mille mercis pour ce film sur Giacometti, dont je ne connaissais que des extraits.
Émouvant, au-delà des mots.
Ce billet, je l'ai écrit hier dans ma tête en deux minutes, en me rendant au supermarché. Je m'étais dit que ce serait bien de le publier le 15 décembre, pour le 3ème anniversaire de la Boîboîte. Et puis voilà, les tours et détours de l'âme, l'impatience, l'envie de faire le point…
D'une certaine manière, il rassemble toute l'ambition et toutes les limites de ce blogue : permettre aux gens d'approcher les images en leur donnant quelques clés. Non pas pour faire aimer, même pas pour faire comprendre, mais pour inciter à ouvrir des portes. Après, chacun est libre. Libre de consommer les images par paquets de douze comme n'importe quel autre produit, libre de pousser une porte et de s'aventurer à l'intérieur.
L'idéal serait qu'au moins une personne ait poussé la porte et que sa vie en ait été changée.
Ecrit par : KA | 15 septembre 2007
Motus...
Ecrit par : la bacchante | 15 septembre 2007
Des fois, pas grand chose d'autre à faire que saluer. Des bises.
Ecrit par : anita | 15 septembre 2007
Ah ! Que dire ? Cette immersion dans l'univers de tout grands artistes, c'est quelque chose qui nous renvoie à ce qu'il y a de plus beau, je crois, dans l'humanité, et de plus enthousiasmant. On se sent touché, transporté, voire chaviré devant tant d'intelligence et de grandeur dans le sens le plus absolu du terme, surtout à notre époque où il semble que l'on veuille nous réduire à l'état de veaux. Ce billet et le film sur Giacometti... ce sont des cadeaux inestimables. Merci !
J'en suis toute retournée mais pffffuit, que ça fait du bien !
Ecrit par : jo | 15 septembre 2007
Au fait, le titre de ton billet est tout aussi beau que son contenu.
Ecrit par : la bacchante | 15 septembre 2007
KA, Tu es un GRAND ouvreur de portes, et je t'en remercie.
Il y a des tableaux aux ongles crochus, qui appuyent pile-poil sur nos furoncles. Heureusement, il y en a d'autres qui nous massent le dos, qui nous fournissent les divans moelleux ou qui nous emmènennt nous balader dans des endroits que même pas t'aurait imaginé.
Ecrit par : ours gris | 15 septembre 2007
au musée Orsay, l'execution sans jugement m'avait interpellé aussi, j'avais eu un cou de foudre pour ce tableau (j'aime bien les tableaux un peu gore, lol)il detone par sa grandeur , la violence et ce type grand, robuste et classe lorsqu'il essuie son épée, ça produit son effet.Ce qu'on ne sait pas c'est qu'il s'appelle aspirine en fait, un guerisseur de son epoque quoi...
Ecrit par : olivier | 15 septembre 2007
OLIVIER : Non non il ne s'apelle pas Aspirine, mais Pirine. Et on dit de lui que c'est un as, depuis qu'il para sept tamouls.
(Et je défie Untel de faire pire dans le genre…)
Ecrit par : KA | 15 septembre 2007
La peinture surseoit à calembouriser ?
C'est pas l'as Pirine mais l'as Ide. Et l'as Ide, à Sète, il salit silique ! ;;;;;;;;-)
Ecrit par : untel | 15 septembre 2007
Le giacometti me rappelle un livre de Jocelyne François (chuis plus littéraire qu'autre chose, faut me pardonner), où elle parle de sa longue amitié avec René char, et entre autre, ce projet qu'il avait de faire enluminer ses poèmes par des peintres qu'il aimait.
Giacometti a accepté d'en illustree quelques uns et c'était pour moi un grand mystère que ces modernes "enluminures". Cet été, il y avait une expo René Char à la Bibliothèque nationale et comme par hasard, j'étais à Paris. Je suis allée voir l'expo pour ces trois gravures.
Je n'aurais pas aimé connaitre Char, l'homme ne m'est pas sympathique, mais sa poésie et giacometti mêlés... ça... je ne peux pas dire ce que ça m'a fait.
Et puis il y a aussi la peinture d'Arpad Szenes.
Ecrit par : Leila Zhour | 15 septembre 2007
Ka, puisque tu nous livres, sans nous livrer, tout en nous livrant, de ton intimité, je ne peux pas passer sans laisser un signe de reconnaissance.
J'aimerais un jour te dire que ma vie aura été changée parce que tu m'auras prise par la main virtuelle et fais connaître de nouvelles pièces dans le monde dans lequel je vis, et je te promets que lorsque cela se produira, je n'oublierai pas de venir le faire, d'une manière ou d'une autre.
Pour aujourd'hui, je voudrais te remercier d'énoncer ce désir que tu as. Que je partage certainement avec toi, et je n'aurais pas su le dire comme toi. Le monde est si grand.
Ecrit par : Otir | 15 septembre 2007
Pour ton anniversaire, je suis allé récupérer ça...
http://olivier.taffin.net/2006/07/24/fond-de-frigo-1/
Il y a et le super marché et Valloton.
Ecrit par : wolivié | 15 septembre 2007
Belle et subtile ellipse !
(mais prémiSSes, non ?)
Zyva, dis zen nous plus ?
Ecrit par : yves Duel | 16 septembre 2007
YVES D. La différence entre prémices et prémisses a toujours été très ténue, si ténue que parfois ils sont quasi synonymes :
Prémisse : de + subst. Point de départ, condition première d'un phénomène.
Prémice : 1. Littér. Début, commencement.
2. Première manifestation, premier résultat d'un processus, d'un phénomène.
A part ça, z'en dirai pas plus, non.
Ecrit par : KA | 16 septembre 2007
KA: faut-il dire "le prémice des prémisses" ou l'inverse?
C'est un pré-mystère...
UNTEL: c'est contagieux tes jeux homonymiques, c'est vraiment n'importe quoi!
Ecrit par : la bacchante | 16 septembre 2007
Ah ! Si s'éteint Miss Terre !
Mais laissons faire laid Tim au logis. ;-)
Prémice vient de primitiae (primus = premier).
Prémisse, de prae- missa (mise avant), terme utilisé en latin scolastique pour les deux premières propositions d'un syllogisme (la majeure et la mineure) "mises avant" la dernière appelée conclusion.
Ecrit par : untel | 17 septembre 2007
Le terme "prémisse" appartient donc à l'arête aurique. ;;;-)
Ecrit par : untel | 17 septembre 2007
Bon, alors, puisque l'humeur tourne au jeu de mots, je vous en signale juste deux (involontaires ?) que vous avez loupés dans les commentaires ci-dessus :
> Untel = "Grand est celui qui n'a pas perdu son coeur d'enfant."
PS : Je l'ai même en affiche au mur."
Après le cœur à l'ouvrage, voici le cœur au mur…Bourreau d'enfant !!!
et Olivier ="…au musée Orsay, l'execution sans jugement m'avait interpellé aussi, j'avais eu un cou de foudre pour ce tableau…"
Le type allongé sur les marches aussi a eu un truc au cou… Mais ça n'a pas du lui plaire beau…coup !!
:-DDD
Oui
bon,
d'accord,
je sors d'ici aussi…
Ecrit par : Fincasor | 17 septembre 2007
Bonjour,
je comprends ce sentiment d'intimidation face à des oeuvres qui nous touchent autant. On n'a pas envie de les déflorer. Les mots éclairent parfois mais salissent aussi un peu les chosent qu'ils désirent toucher du doigt.
Il se trouve que je partage les noms que vous avez cité ici. En particulier Giacometti et Vallotton, dont j'avais parlé dans "la première porte à droite", en le rapprochant précisément de Hopper (et en prolongeant vers Vermeer, un autre de mes préférés) :
http://lapremiereporte.canalblog.com/archives/2006/11/25/3260644.html
Ecrit par : dytar | 18 septembre 2007
DYTAR : Eh… Faut pas croire que je sois intimidé ou que j'aie peur de la salissure des mots, hein…
J'ai beaucoup écrit sur ces peinturlures, justement. Mais je n'ai pas envie de communiquer mes états d'âme. C'est tout.
Ecrit par : KA | 18 septembre 2007
bonjour
bravo pour ce site incontournable.
petite anecdote au passage, pour rester dans le sujet : mon trouble profond devant "L'Accident" de Ponce de Léon, vu pour la première fois au Reina Sofia de Madrid. J'étais tout remué en voyant ce tableau limpide qui parlait tant de moi. C'était il ya plus de 10 ans.
http://www.museoreinasofia.es/s-coleccion/FormObra.php?idobra=113&idautor=60
j'en ai même acheté la carte postale ! (que j'ai toujours devant moi en écrivant ce commentaire).
magie et miracle.
merci pour tout !
Ecrit par : fred | 14 octobre 2007






