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06 décembre 2007

LE MERCENAIRE DU PINCEAU - 1

Puisque nous évoquions récemment dans les commentaires le métier d'illustrateur, j'm'en va livrer quelques souvenirs et considérations, en vrac et en épisodes à parution aléatoire.






Ce roman raconte l'histoire d'une jeune fille qui rejoint un chevalier du Moyen Âge.
Nous avons donc la joulie zhéroïne en premier plan, et le personnage secondaire en second plan dans le décor principal de l'action.

De très nombreuses couvertures illustrées et affiches de cinéma sont réalisées sur ce principe. Pasque c'est simple, et efficace. Banal, aussi. Tellement banal, même, que l'illustrateur doit s'évertuer à trouver une combine pour tenter d'apporter un chouïa d'originalité à son chédeuvre impérissable.

Alors, c'est quoi qui fait de cette illustration un chédeuvre une image vaguement originale ?






D'abord, c'est le traitement du personnage secondaire et du décor qui rappellent plus ou moins (mais plutôt moins que plus) les manuscrits à peinture médiévaux, et plus précisément cette
peinture :


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand



Illustration du mois de février issue du calendrier des
Très Riches Heures du duc de Berry
par lesfrères de Limbourg, 1410-1416



J'eusse reçu de la part de l'éditeur une bourse plus garnie que j'eusse tenté de me rapprocher du travail des trois frères, mais bon, avec ce que je percevais, c'était totalement hors de question.

Le deuxième truc qui fait que cette couverture a un semblant d'originalité, c'est ce qui unit la jeune fille contemporaine et le chevalier du Moyen Âge :






L'amour étant difficilement illustrable sans tomber dans l'iconographie de type Harlequin, l'écharpe devenue neige relie les deux personnages, les unit par-delà le temps. (C'est beau, non ?)

Je dirai qu'il s'agit là d'un petit plaisir d'illustrateur, un plaisir tout à fait solitaire. Car il ne faut pas se leurrer : j'ai maintes fois montré cette couverture à des enfants dans des écoles, et rares sont ceux qui s'aperçoivent que neige et écharpe ne font qu'une. Quant au clin d'œil vers les Très Riches Heures du duc de Berry, bah !

L'illustration ci-dessus est, comme beaucoup de couvertures, une illustration à caractère d'ambiance. Elle ne montre pas un moment précis de l'histoire, mais tente plutôt de restituer l'atmosphère générale du récit.

D'une manière générale, l'illustration de couverture doit séduire, vendre le texte en ne le déflorant pas, être accrocheuse, voire menteuse. C'est son boulot. Menteuse, car tous les textes ne sont pas géniaux et l'illustrateur doit convaincre le lecteur potentiel du contraire.

Voici une autre illustration d'ambiance :






Un ordinateur tue tous ceux qui veulent jouer avec lui. Une grande partie de l'action se passe dans un château médiéval, qui prendra feu.

Le ciel suggère l'incendie, et plutôt que de représenter un nordi j'ai peint une tête de mort taillée dans une carte-mère, une tête de mort qui semble nous dévisager. Le château est celui de Puymartin, à peine modifié (merci à Untel-Intel qui l'a retrouvé) :






Une autre couverture qui pourrait être une illustration d'ambiance, sauf que non. Je crois me souvenir qu'elle décrit un moment particulier de l'histoire :






Ici ce n'est pas, on s'en doute, le portrait du héros, mais de l'un des méchants décrit exactement ainsi dans le texte. Avec ses lunettes noires et son ticheurte Miquet.

Il est vu en contre-plongée et lève la tête vers nous, sort du cadre de l'illustration. Son arme, elle, va jusqu'à sortir de la couverture. On pourrait penser qu'il vise quelqu'un se tenant à notre droite mais il nous regarde, nous, et le double reflet dans ses lunettes (rappel d'une paire d'yeux) semble aussi nous dévisager. Aglagla ! ça fait peur ! Heureusement, le Miquet est là pour nous rappeler que tout ça c'est rien que des histoires à dormir debout.

L'auteur a-t-il, pour ce personnage, pensé à François Hadji-Lazaro, ex-lideur des Garçons Bouchers ? En tout cas, moi j'y ai pensé.






La scène se passe dans un port et pour le dessiner, j'ai utilisé une des photos de ma collection :






Il s'agit en fait des ruines d'une usine à gaz qui était située porte d'Aubervilliers, à Paris. Il a fallu modifier l'arrière-plan, afin de correspondre au bouquin.

J'ai illustré beaucoup de romans du style polar et donc, me suis très tôt constitué une photothèque de lieux en déshérence : usines, entrepôts, ruelles, etc. Indispensable quand on veut travailler dans ce style. Il faut aussi posséder quelques flingues en plastique, répliques de vraies pétoires. J'ai donc un faux Smith&Wesson Special Police, un automatique Colt 1911 et un engin du genre Magnum 357. C'est ce dernier qu'on voit dans les mains du méchant ci-dessus. Mais il y a un problème, avec ces flingots en plastique toc : ils ont été fabriqués pour des mains d'enfant, bien plus petites que des mains d'adulte ! Il faut donc adapter son dessin, se souvenir de la taille réelle des joujous delamorkitue.

Voilà ! La prochaine fois, je livrerai un vrai secret d'illustrateur mercenaire…

P.S. : Toutes ces illustrations ont été réalisées à l'aquarelle sur du papier Arches grain satiné. Les contours ont été tracés à l'encre de Chine avec un stylo tubulaire Rotring n°3.

22:25 Lien permanent

Commentaires

"inspiré d'un véritable château français, je ne sais plus lequel "
Sully-sur-Loire ?
http://www.linternaute.com/sortir/livre/beaux-livres/france-patrimoine/diaporama/image/1.jpg

Ah! enfin les secrets de fabrication ! (et tu te souviens de tout, de la plume employée, de la couleur du papier, du temps qu'il faisiat, etc...;-) ?)

J'aime bien la première illustration avec l'écharpe de neige...

Ecrit par : Micheline | 06 décembre 2007

Moi qui suis profane, je trouve ça intéressant.
Micheline, tu es connectée avec le maître des lieux par ouebecame, ou par télépatie, pour réagir aussi vite ? ...

Ecrit par : Marc | 06 décembre 2007

MICHELINE : ça y ressemble, en effet, mais je ne suis pas certain qu'il s'agit de cette bâtisse.

Ecrit par : KA | 06 décembre 2007

Marc: même pas ! après avoir vu mon courrier, j'ai cliqué sur la BàI à touzazar...

Ecrit par : Micheline | 06 décembre 2007

"L'auteur a-t-il, pour ce personnage, pensé à François Hadji-Lazaro, ex-lideur des Garçons Bouchers ? En tout cas, moi j'y ai pensé."

Et pourquoi pas Bernard Blier, genre "Les Tontons-Flingueurs" ?

Ecrit par : Maraudeur | 06 décembre 2007

Le chauve au petit Miquet me fait penser à Bernard Blier (sauf qu'il n'est pas gaucher)
http://www.festival-larochelle.org/images/visuels/Blier,_Bertrand-Buffet_froid-1.jpg

Ecrit par : Micheline | 06 décembre 2007

Le temps d'écrire mon com' je découvre que Maraudeur a eu la même idée :-)
Ci-dessus c'est une scène de "Buffet froid"

Ecrit par : Micheline | 06 décembre 2007

Mes chers,

Otez-moi d'un affreux doute: j'hésite, est-ce Sercy

http://www.casteland.com/pfr/chateau/bourgogne/saone&l/sercy/sercy.htm

ou bien Cherveux

http://www.casteland.com/pfr/chateau/poitou/2sevres/cherveux/cherveux.htm

ou alors Suscinio

http://www.casteland.com/pfr/chateau/bretagne/morbihan/suscinio/suscinio.htm

ou enfin La Motte d'Usseau

http://www.casteland.com/pfr/chateau/poitou/vienne/la_motte/la_motte.htm

je ne sais choisir ;-)

Ecrit par : Saint Luc | 06 décembre 2007

Horreur, une reproduction encadrée de «Février» des Très Riches Heures du duc de Berry est accrochée dans mon salon depuis des lunes et je n'ai pas remarqué le lien avec votre illustration. Par contre, pour le truc de l'écharpe, j'avais bien noté. C'est l'anachronisme d’une ado en blouson dans un paysage moyenâgeux qui a attiré d'abord mon attention.

Et puisque je parle de lune, que signifient les bijoux en forme de croissant de lune que porte l'ado (sur le blouson et boucle d'oreille) ?

Hecto-8

Ecrit par : Hecto-8 | 07 décembre 2007

Mercenaire, chateau médiéval, garçon boucher et tonton flingueur.....Ouahh! ça bouillonne dans le chaudron du sorcier Ka quand il doit rendre sa copie.

Ecrit par : rozo | 07 décembre 2007

Je trouve que l'ado de la première couv a quelque chose de Botticelli (Madone à la grenade ou alors les deux portraits intitulés "Jeune homme").

Pour le château, ça sent le Puymartin légèrement modifié à plein pif :

http://www.best-of-perigord.tm.fr/sites/chateaux/puymartn/puymartin.jpg

Ecrit par : untel | 07 décembre 2007

Ma famille maternelle étant de Sully Sur Loire, et passant assez régulièrement devant le chateau (et même dedans pour voir la magnifique charpente), je confirme que ça ressemble beaucoup au "chateau de ma maman".
Mais le vrai chateau de Sully est entouré par des douves et une rivière et pas au sommet d'un pic comme dans l'illustration de monsieur Ka. Mais ça doit être ça la liberté de l'artiste.

Ecrit par : PhWatrelot | 07 décembre 2007

Ah! les plaisirs solitaires de l'illustrateur mercenaire...
Pour ma part, j'aime beaucoup le pseudo-méchant avec son Miquet qui dépasse.
Et vivement la suite pour la découverte du secret.

Ecrit par : Basquounette | 07 décembre 2007

MARAUDEUR & MICHELINE : Peut-être l'auteur a-t-il pensé à Bernard Blier, en effet. Quant à moi, je me souviens avoir eu en tête la tronche de François Hadji-Lazaro, que je ne suis pas allé rechercher pour faire ce portrait.

HECTO-8 : La broche et la boucle d'oreille en forme de lune ne sont là que pour caractériser un peu plus le portrait de la jeune fille. Il n'en est pas du tout question dans le roman.

UNTEL : Je me souvenais qu'il s'agissait d'un château du Périgord mais n'en étais pas absolument certain, aussi je n'ai pas donné l'info.
C'est Puymartin, en effet. J'ai ajouté l'image au billet. Pour la boule neigeuse, t'as pas changé d'adresse ?
Arf arf arf

Ecrit par : KA | 07 décembre 2007

T'es vacheùment bon, toi !

Ecrit par : Josep66 | 07 décembre 2007

"De très nombreuses couvertures illustrées et affiches de cinéma sont réalisées sur ce principe."

Déjà ?

http://www.cartage.org.lb/en/themes/Arts/painting/paintings/bigphotos/C/03knight.jpg

Quant à l'illustration de février avec ses entrecuisses : février fait vriller. ;-)

Ecrit par : untel | 07 décembre 2007

M. Ka, juste pour savoir : quand il s'agit d'un roman, avez vous généralement, ou systématiquement, ou rarement, le texte dudit roman (ou un synopsis, à tout le moins) ?
Souvent, dans la presse magazine, j'ai souvenir d'avoir dû me contenter du titre, parfois agrémenté du chapô : le résultat peut être déplorable, si le titre est ambivalent...

Ecrit par : blouzougu | 07 décembre 2007

BLOUZOUGU : En édition, il ne m'est arrivé qu'une seule fois d'avoir à faire la couv avec seulement une page de synopsis, vu que le roman n'était pas encore écrit. Il s'agissait de "Hôtel Sahara" de Jacques Lanzmann. (il me semble l'avoir mise sur ce blogue, d'ailleurs).
A part cet exemple, j'ai toujours eu le texte intégral. Avec parfois la surprise de voir, à la parution, que le titre de l'ouvrage avait changé entre-temps. Et que donc, mon illus ne fonctionnait plus vraiment.

En presse, ça m'est arrivé quelques fois. Rarement. Le titre, le chapô, un résumé oral de l'article et les dimensions de l'illus…

Ecrit par : KA | 07 décembre 2007

Une miniature du mois de janvier qui se rapproche du mois de février ci-dessus
http://www.kikirpa.be/www2/cgi-bin/wwwopac.exe?DATABASE=object&LANGUAGE=0&OPAC_URL=&%250=20027226

Ecrit par : Micheline | 07 décembre 2007

Et la broche en forme de lune de la jeune fille renvoie au ciel, non ? Très beau.

Ecrit par : toto le crapo | 07 décembre 2007

Un beau travail d'illustration ici aussi: http://brisckervelec.canalblog.com/
(en même temps ça nous fait d'la pub !...)

Ecrit par : Briscard | 07 décembre 2007

Mazette, c'est du beau boulot ! Et c'est pas rien de le dire !
J'sais pas, j'dois avoir l'esprit mal tourné aujourd'hui : quand Ka parle de ses flingues en plastique et que je lis chez Untel "la madone à la grenade", je vois direct une madone en train de dégoupiller et Ka braquer une banque pour arrondir ses fins de mois. C'est grave, docteur ?
Zeeeeeeeeeeeeeennnnn

Ecrit par : jo | 07 décembre 2007

Très intéressant comme d'habitude.
L'echarpe de neige me plaît énormément mais ce que j'essaye de comprendre c'est le regard très "abscent" de la fille, qui semble en même temps très éloigné, c'est voulu je suppose?

Ecrit par : S. | 07 décembre 2007

Petite légende pour la troisième image:

"Bougez pas!
J'vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur
et des flingues de concours!!!"

Ecrit par : Ter | 07 décembre 2007

Jo : quelle imagination ;-)) Mais alors Ka avec un masque de Miquet en plus du ticheurte !

Ecrit par : Micheline | 07 décembre 2007

JO : La Madone à la grenade doit être une fervente de l'action directe…
Quant à moi, j'braquerais bien une banque mais pas celle où j'ai mon compte pasque le magot risque d'être maigre.

S. : Elle regarde ailleurs, la nénette, oui. Comme l'histoire ressemble à un songe, je devais forcément lui faire un air rêveur. Elle est perdue dans ses pensées.

Ecrit par : KA | 07 décembre 2007

Ka, si tu veux, je te file l'adresse de la mienne (banque), passe que c'est pas là que tu feras des affaires, avec ou sans masque Miquet :-)

Ecrit par : jo | 07 décembre 2007

JO : Pfff… ces artisses, tous des fauchés !

Ecrit par : KA | 07 décembre 2007

Sympa ton article! tu explique bien

Ecrit par : QLoTé | 07 décembre 2007

T'as fait le mercenaire, toi? Moi, j'ai même fait le nègre!
(Si si, ça existe!)

Ecrit par : Béat | 08 décembre 2007

A chaque fois que je viens ici je me régale.

Très jolie, l'écharge de neige, je m'en veux de ne pas l'avoir repérée avant que tu ne nous la fasses remarquer. Mais voilà ce que c'est que de faire de la prose intéressante, on te lit et on oublie de regarder. En plus, on prend la mauvaise habitude ne ne regarder qu'après avoir lu, puisqu'on sait que tu nous dissèqueras tout. L'illus pré-mâchée en quelque sorte. Il faut que je me surveille si je veux garder mon esprit critique, ou mon esprit tout court. Ici, je gobe tout!

A propos d'illus, sur mon blogue je me suis fait un flingue avec un bout de bois, si ça t'amuse d'aller voir.

Ecrit par : nathalie | 09 décembre 2007

bonjour, je viens de découvrir votre blog avec un grand intérêt et je souhaiterais établir un lien avec mon blog. Qu'en pensez-vous? cordialement.

Ecrit par : jlb | 09 décembre 2007

Bien vu François Hadji-Lazaro, c'est lui c'est sûr :)

Ecrit par : musculation | 09 décembre 2007

Diantre,

encore grillé par Untel, enfin je veux dire Lestels !
Décidément, personne d'autre n'aura les fameuses boules à neige de l'oncle Ka...

Ecrit par : Saint Luc | 09 décembre 2007

Dans la série "Observons notre nombril même si ça fait mal aux cervicales", zavez vu ma tronche portraiturée par Soluto ? Non ?
C'est par là :
http://soluto.over-blog.org/article-14500304.html

Ecrit par : KA | 10 décembre 2007

Didjû ! C'est super ! Ça vaut le déplacement. Chapeau l'artiste !

Ecrit par : jo | 10 décembre 2007

C'est le portrait du mercenaire baroudeur (pas rasé) ? ;-)

Nan, il est bien ce portrait, je sais que c'est dur de poser trois heures. ;-)

Ecrit par : Micheline | 10 décembre 2007

Allons bon j'avais bien vu l'écharpe tout de suite, en revanche il a fallu que je relise tout pour comprendre que c'étaient des productions du maître de maison... C'est triste de vieillir... :)

Ecrit par : isophe | 11 décembre 2007

Allez hop ! Un petit coup de ciseaux pour éliminer le fâcheux donneur de leçons qui se reconnaîtra et criera à la censure dans le désert.

Ecrit par : KA | 12 décembre 2007

Si au moins on comprenait de quoi qu'est-ce les fâcheux veulent causer avec leurs propos sibyllins ...;-)

Ecrit par : Micheline | 12 décembre 2007

Comme je le disais dans un commentaire à propos d'un autre billet, que les fâcheux laissent donc les mouches tranquilles, c'est pas humain, ce qu'ils font à ces pauvres bêtes ...

Ecrit par : Marc | 12 décembre 2007

Quel belle explication picturale. Le Magnum avec le miquet me fait penser à cette affiche de Dirty Harry: http://eu.movieposter.com/posters/archive/main/3/A70-1760

Une question s'il m'est permis: n'est-ce pas un peu comme donner de la confiture aux gorets de mettre tant de recherche dans une illustration pour que cela passe inaperçu? Ou peut-être est-ce le but: la discrétion du propos?

Ecrit par : Bartleby | 19 décembre 2007

BARTLEBY : D'abord, tous les jeunes lecteurs ne sont pas des neuneu.
Ensuite, même s'ils l'étaient, ça n'empêcherait pas un grand nombre d'illustrateurs de faire de joulies zimages, ou au moins d'essayer.
Pasque sinon, ce métier deviendrait insupportable.

Ecrit par : KA | 19 décembre 2007