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31 décembre 2005

RAME, RAME, RAMEURS RAMEZ

La nouvelle année de la Boîte à Images s'ouvrira par un jeu, qui vous demandera de convoquer votre imagination.

Compte tenu du fait que le 1er janvier a la détestable habitude d'apparaître le lendemain du 31 décembre au soir, et compte tenu du fait que vous ne serez pas forcément au mieux de votre forme, vous aurez trois jours pour réfléchir à ce jeu baptisé la Boîte à Rêves qui aura lieu toutes les deux semaines.

En attendant, voici l'interprétation amusante d'une photo de Sebastião Salgado.




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Cette photo de Sebastião Salgado nous montre des pêcheurs siciliens s'en allant à la pêche au thon. En apparence. Examinons plus attentivement l'image avec une règle graduée et une calculette…

Le personnage qui est au premier plan est très exactement fixé sur une ligne verticale déterminée par le nombre d'or :
370 pixels divisés par 1,618 = 228 pixels.

Ce personnage barbu, portant beau, placé au point stratégique de l'image et dirigeant une escouade de rameurs, ça ne vous rappelle rien ?

Composée de onze participants, ladite escouade s'inscrit dans un triangle parfaitement centré. Un triangle, la trinité, vous voyez ?

Onze participants + un chef = douze.
Et le treizième ? Est-il tombé à l'eau ou bien est-ce lui, debout tout au loin sur une autre barque aux frontières du triangle ? Lui, le traître, qui se frotte les mains !

Alors que des Romains (nous sommes en Italie, ne l'oublions pas) sont en train de dresser une croix, une perche sortie d'on ne sait où préfigure la lance qui blessera au flanc le futur crucifié.

En lieu et place d'une compagnie de pêcheurs siciliens, nous avons donc Jésus, accompagné de ses disciples, qui se rend sur les lieux de son supplice.






Délire d'interprétation, direz-vous. Et pourtant.

Une scène qui se présente sous les yeux d'un photographe offre un choix infini de possibilités. L'angle, le cadrage, le moment où il appuie sur le déclencheur. Il est possible que le hasard ait offert ici une bonne opportunité à Salgado.

Face à cette scène, il a choisi l'angle, le cadrage et le moment idéaux pour appuyer sur le déclencheur. Ce qu'il a vu à l'état d'ébauche, de potentialité, ce qu'un autre n'aurait peut-être pas vu, il l'a concrétisé en un déclic.





30 décembre 2005

L'EUROPE A-T-ELLE DES POILS ?

Fureur à Vienne !

Créées par un collectif d'artistes nommé 25PEACES, des affiches en faveur de la prochaine présidence de l’Union européenne par l’Autriche viennent d'être retirées des panneaux viennois.

La première d'entre elles :







Œuvre de Tanja Ostojic, artiste berlinoise d’origine yougoslave, elle fait ici référence à l'Origine du monde de Gustave Courbet :






Deux autres affiches ont déchaîné les passions :










Œuvres de l’espagnol Carlos Aires, elles montrent Jacques Chirac, la reine d'Angleterre et George Bush en train de faire du sport sur une terrasse.

Le collectif 25PEACES a ainsi trouvé un moyen de se faire connaître du grand public : Parlez de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi.

Le savoir-faire, confronté au faire-savoir.

Savoir-faire, oui, car 25PEACES, qui a reçu une subvention d'un million d'euros pour promouvoir l'image de l'Europe, ne se contente pas de produire des images destinées à choquer. Ce collectif entreprend des choses plus sérieuses, moins scandaleuses, comme ces décorations de tramways espagnols, polonais ou slovènes, conçues par Lothar Pondold :





(Plus de détails photographiques sur le forum EBFO, EisenBahn Forum Österreich.)

Mais quel quotidien songerait à afficher des tramways à la une ? Aucun. Il est sans aucun doute plus intéressant de se demander si l'Europe a des poils et si la reine d'Angleterre aime le sport.



Lien
25PEACES a un site, qui est d'une lenteur extrême. Cliquez sur ce logo puis armez-vous de patience.



29 décembre 2005

LA MADONE SIXTINE, DE RAPHAEL

Suite à une demande, quelques mots à propos de la Madone Sixtine de Raphaël.





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Peinte en 1512-1513 par Raphaël, cette toile a sans doute été commandée par le pape Jules II, élu en 1503.




Jules II par Raphaël, 1511-1512



À gauche est représenté Sixte II, plus connu sous le nom de Saint Sixte. Élu pape en 257, Saint Sixte périt décapité l'année suivante sous le règne de Valérien, dont le sport favori était la chasse aux chrétiens.




Saint-Sixte, fresque de la chapelle Sixtine
par Sandro Botticelli, 1481



Au pied du pape, sa tiare posée sur le rebord d'un balcon. Ce couvre-chef remplit deux fonctions. Le premier : il est à la fois le symbole des pouvoirs terrestre et éternel. Le deuxième : j'en parlerai tout à l'heure.

Le pape désigne de la main droite le monde terrestre à Jésus, pendant que sa main gauche repose sur son coeur. Il a l'air de lui dire : « Tu peux y aller, aie confiance ! » Et pourtant…
Retenez bien ce détail, chers lecteurs, car il aura plus tard son importance !






À droite est représentée Sainte-Barbe (Barbara, en anglais). D'ordinaire elle porte la palme du martyre ou des plumes de paon, et se trouve non loin d'une tour. La tour est représentée ici, presque complètement dissimulée par le rideau. Parfois, un petit chien - symbole de fidélité - se tient à ses pieds (voir par ici ce que je disais à propos de ce chien fidèle dans la peinture).





Une autre représentation de Sainte-Barbe :




par Jan van Eyck, grisaille sur bois, 1437


L'histoire de Sainte-Barbe, qui comporte quelques menues variantes, est intéressante :

Son père, roi de Nicodémie, l'avait faite enfermer dans une tour construite tout exprès, afin de la protéger des hommes. Seule, elle se convertit au christianisme puis demanda aux architectes de percer une troisième fenêtre à sa prison, afin de symboliser la Trinité. Quand son père apprit la chose, il la fit fouetter mais le fouet se transforma en plumes de paon. Alors, il la décapita lui-même ! Mal lui en prit, puisqu'il fut aussitôt réduit en cendres par la foudre. Bien fait.

Sainte Barbe est la patronne de toutes les professions à risque, et notamment des pompiers et artificiers (à cause de la foudre, eh oui !)

Dans la peinture de Raphaël, Sainte Barbe regarde "le monde d'en bas". Elle a l'air confiante, et pourtant…

La Vierge porte son enfant. Eux aussi regardent "le monde d'en bas", et l'on sent une certaine crainte dans leurs regards.






On s'est longtemps questionné sur les raisons de ces regards inquiets. Jusqu'à ce qu'on se souvienne qu'à l'origine, cette toile était accrochée à un mur du couvent Saint-Sixte à Piacenza, face à un crucifix. L'inquiétude, c'est donc celle de Jésus et de Marie découvrant le destin du fils de Dieu. Quant à Saint-Sixte et Sainte-Barbe, cela ne les émeut guère puisqu'ils connaissent déjà l'épilogue de l'histoire qui est la résurrection. Voilà pourquoi ils encouragent sans inquiétude le Christ à entrer dans le monde terrestre.


Derrière la Vierge, un ciel nuageux constitué de portraits d'anges.






Avant, Raphaël peignait des anges en chair et en os :




La Madone Canigiani, 1507



Et puis, en 1511-1512 il peint :




La Madone de Foligno


Au centre de cette toile se dresse un ange, porteur d'un cartouche dans lequel devait être inscrit une dédicace. Un ange de chair et d'os au sol, plus d'autres dans le ciel, ça faisait beaucoup. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Raphaël décida de transformer les chérubins spatiaux en nuages. Il reprendra ce procédé l'année suivante, pour la Vierge Sixtine.


Au pied de la Vierge Sixtine, deux angelots accoudés au balcon. Deux angelots, qu'on retrouve un peu partout en affiches, puzzles, sur des serviettes, des tasses de café, etc. Que c'en est énervant.






Deux angelots dont jamais personne n'est parvenu à percer la signification avec certitude. Contrairement aux autres personnages, ils regardent vers le ciel d'un air rêveur. À quoi pensent-ils ? Nul ne sait.

Si le symbole qu'ils incarnent nous est inconnu, on peut en revanche définir sans problème leur fonction graphique.

1/ Ils sont le pendant de cet autre angelot porteur de cartouche dans la La Madone de Foligno.
2/ Ils concourent à cet effet illusionniste, cet effet de tri-dimensionnalité qu'a voulu créer le peintre avec la tiare posée à gauche, et le rideau accroché à sa tringle qui encadre la peinture.






Cet effet 3D a maintes fois été utilisé à travers les siècles. Deux exemples :




Annonciation, partie gauche d'un diptyque
par Jan van Eyck, 1436




Les Attributs des Arts avec un buste de Mercure
par Jean-Baptiste Siméon Chardin 1728


Chez Van Eyck, ce sont les ailes de l'archange Gabriel qui sortent du cadre ; chez Chardin, se sont les papiers qui dépassent de la table ; chez Raphaël, ce sont la tiare et les angelots accoudés à la balustrade d'un balcon. Pour un peu, leurs avant-bras dépasseraient.

Cette balustrade forme la base de la toile, la tringle en délimite le sommet, les rideaux l'encadrent sur les côtés verticaux.

Rideaux qui jouent un double rôle :

- d'un côté, ils semblent protéger l'oeuvre du peintre, et l'on attend qu'une main les tire pour la dissimuler à notre vue ;
- d'un autre côté ils nous révèlent un monde céleste, s'ouvrent pour laisser passer la Vierge et son enfant.

Alors ? S'agit-il d'un rideau protégeant une image ou s'ouvrant sur une réalité divine ?



L'effroi de la Vierge et de son fils s'opposant au calme des deux saints ; une paire d'angelots mystérieux ; un effet de tri-dimensionnalité créé entre autres par un rideau à la fonction trouble : la Madone Sixtine est finalement un oeuvre qui repose sur bien des ambiguïtés !

(On notera au passage que le halo de lumière qui entoure Marie est ici bien plus discret que dans La Madone de Foligno. La Madone Sixtine est à la Gemäldegalerie de Dresde.)


BONUS

Couleurs et attributs libres et imposés
dans la peinture religieuse européenne


Certaines couleurs sont imposées par la tradition

- Celles de la Vierge, rouge et bleu ; le rouge de la robe symbolise la vie terrestre (le sang source de vie), le bleu du manteau symbolise sa pureté céleste, sa virginité ;

on retrouve ces deux couleurs sur les trois Vierges de Raphaël montrées ci-dessus, et chez tous les autres peintres ;

- le pape a, quant à lui, les couleurs blanche et dorée de son sacerdoce ; d'ailleurs, le drapeau du Vatican affiche des clés sur ces fonds de couleurs, voir par ici ;

D'autres couleurs sont des choix artistiques

Dans cette toile de Raphaël, on a les trois primaires (bleu-jaune-rouge) en couleurs obligatoires ; le vert du rideau s'imposait, pour des raisons d'équilibre ; rien n'empêchait que ce rideau fût violet, rose ou orange, mais ça aurait été d'un moche !

Il y a donc des couleurs libres, et des couleurs imposées (on se croirait dans une compète de patinage artistique).

Il existe également des attributs plus ou moins libres et des attributs imposés

- Une Marie-Madeleine aura quasiment toujours en main un pot d'onguents, par exemple. Mais les couleurs de son costume pourront varier selon que la peinture est italienne, espagnole ou flamande ;

- quant à Sainte Barbe, on a vu qu'elle avait toute une batterie d'attributs et bien sûr, il est hors de question de les coller tous ensemble sur une même peinture.

Un autre exemple : si Saint Christophe est toujours montré en train de traverser une rivière avec l'enfant Jésus sur son dos (Christophoros, porteur du Christ), il peut apparaître comme un géant extraordinaire sur les peintures italiennes alors qu'il sera moins grand sur les peintures flamandes ; il aura parfois une tête de chien dans les représentations byzantines, mais pas ailleurs. En revanche, il aura toujours son bâton qui plus tard deviendra palmier et fournira la palme, attribut de tout martyr.

Voilà. C'était juste un aperçu, hein. Il existe des livres entiers sur ce sujet…





28 décembre 2005

ALLONS VOIR LA NEIGE






Viens

Allons voir la neige

Jusqu'à nous ensevelir !





Matsuo Bashô (1644-1694)




Gravure sur bois,
Kawase Hasui, 1936.









27 décembre 2005

ÊTRE AU PARFUM

Il existe plusieurs formats d'affiches de publicité, dont voici quelques exemples :
- 120x176 (1x4) pour les abribus,
- 4x3 pour les grands panneaux horizontaux,
- 400 x 150 et 200 x 150 dans les couloirs du métro,
- 140 X 31,5 pour les flancs d'autobus,
sans parler du format "polochon" des colonnes Morris.

Pour convenir à ces différents formats, les éléments constitutifs des affiches sont redimensionnés, déplacés, etc., grâce à Photoshop qui autorise toutes les manipulations.

Cependant, il peut arriver qu'une affiche soit déclinée selon une technique bien plus simple mais parfois plus subtile, qui s'appelle le recadrage.



Affiche n°1




Deux zones importantes dans cette image :
- le visage de la femme, tordu par la douleur du manque ;
- la main prisonnière du slip, qui tente de saisir le flacon situé à gauche.
En complément, le miroir et le corps de la femme recouverts de perles de sueur.
La femme est accro à ce parfum, qui s'appelle Addict.



Affiche n°2




L'image est recadrée :
le parfum n'est plus à portée de main mais se retrouve à droite avec le slogan Admit it.
Autrement dit : Mademoiselle, acceptez votre dépendance.



Affiche n°3




L'image en plan large :
la main gauche de la femme apparaît maintenant ; elle tient le flacon qu'elle s'apprête à glisser dans son slip. Image de masturbation renforcée (s'il en était besoin) par la forme du flacon surmonté d'un bouchon proéminent.
À gauche, le flacon encore une fois avec le slogan Admit it.


Cette version fit parler d'elle, bien entendu. Dior la communiqua à la presse qui en fit ses choux gras, et les associations anti-pub également. Pour la plus grande satisfaction de la marque, qui l'avait conçue dans ce seul but ! Parlez de moi. En bien ou en mal, mais parlez de moi…

Car en vérité, cette version "masturbatoire" - qui servit de base aux différentes déclinaisons - ne fut guère utilisée par la suite. Comment imaginer, en effet, qu'une telle image ait pu s'afficher sur les panneaux publicitaires californiens ou hongkongais ?

De nombreux pays eurent droit aux deux versions ci-dessous, et l'on oublia vite la scandaleuse qui avait joué son rôle d'hameçon.


Affiche n°4




Affiche n°5





Cette technique, qui consiste à produire une image choquante dans le seul but qu'on en parle, a aussi été utilisée par Yves Saint-Laurent :






L'affiche alternative, quant à elle, ne résultait pas d'un recadrage. Il s'agissait d'une seconde photo, montrant le même modèle masculin :






La première affiche YSL est-elle moins choquante que celle imaginée par Dior ? C'est probable, puisque l'association dont j'ai parlé dans mon article précédent parla de la seconde en omettant la première, tout comme elle oublie de parler des calendriers de rugbymen nus. Pourtant, imaginons un instant que le modèle masculin d'YSL soit remplacé par un modèle féminin aux jambes écartées, au sexe bien visible.…


Lutter contre l'avilissement de la femme dans la publicité est une entreprise vaine, tout comme lutter contre l'avilissement de l'homme le serait si d'aventure une quelconque association s'y risquait.

Parce qu'alors, pourquoi ne pas créer aussi des associations luttant contre l'utilisation des enfants, des animaux, ou des fox à poil dur dans la publicité ?

De particularisme en particularisme, de communauté en communauté, le combat contre l'envahissement publicitaire se dissout, se désagrège, quand il ne lui sert pas la soupe.

Chaque jour, un citadin est confronté à 5 000 images fixes (sans parler de la télévision, donc). Dans la rue, dans les transports, dans les magazines, au supermarché, etc. Images qui influencent, qui conditionnent, qui guident nos achats qu'on le veuille ou non.







Se scandaliser à la vue d'une certaine catégorie d'images sans parler des autres revient à entériner le message des secondes. Pour l'industriel qui nous vend ses produits, le bénéfice est double puisque l'image choquante gagne un surcroît de visibilité pendant que l'image banale (celle d'un paquet de café ou de céréales) est confortée dans son apparente innocence.

Apprendre à décrypter les images, de quelque nature qu'elles soient, est la seule stratégie envisageable à long terme.








26 décembre 2005

HURLER AVEC LA MEUTE ?

La Meute contre la publicité sexiste s'insurge contre la publicité ci-dessous:


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Le père Noël, qui a mis des lunettes noires pour ne pas être reconnu, s'apprête à visiter une madame renne en vitrine. Il s'agit à l'évidence d'une renne prostituée, installée dans le quartier rouge d'Amsterdam :






La Meute considère que la SNCF fait de la publicité pour la prostitution, et lui demande de faire des excuses.

M'est avis que la Meute, qui manque singulièrement d'humour, devrait aiguiser son regard afin d'étoffer son propos. Car que voit-on au bas de cette publicité ? Un appel à la pédophilie avec…





… un nounours qui vend ses charmes ! Quelle honte.

Le père Noël est-il un obsédé, un détraqué sexuel, une ordure ? On pourrait le croire. Sauf qu'après une nuit d'ivresse, il emmène sa renne au musée Van Gogh et les voici tous deux, contemplant une cheminée peinte par l'artiste :





N'est-ce point charmant ?

Tout comme Jésus, qui ne se détourna pas de Marie-Madeleine, le père Noël est un être de miséricorde. Accordons-lui notre pardon en évitant de hurler avec la Meute.





25 décembre 2005

LE MANTEAU ROUGE DU PÈRE NOËL - 2





On dit souvent que Santa Claus s'est retrouvé habillé de rouge à l'initiative de Coca-Cola. C'est faux.

On a dit aussi que le Santa Claus de Nast était rouge, bien avant Coca. C'est tout aussi faux. Le Harper's Weekly était, comme on l'a vu précédemment, imprimé en noir et blanc. L'héliogravure, qui permettait à l'époque d'imprimer en couleurs, coûtait trop cher pour des quotidiens ou des hebdomadaires.

J'ai recherché d'éventuelles illustrations en couleurs de Nast, n'en ai point déniché. Celles qu'on trouve sur le ouèbe sont issues des Harper's Weekly et ont été colorisées par les marchands de posters.

Au XIXème siècle, Saint Nicolas n'avait pas de couleur bien définie. Il pouvait, selon les pays, se retrouver noir de suie, vert, rouge, et même bleu en Russie.

En 1875, Louis Prang invente la Christmas Card. Dix ans plus tard il édite la première carte représentant Santa Claus et l'année suivante il édite une seconde série dont voici deux exemplaires :







La couleur rouge commence à se stabiliser…




Carte postale américaine de 1906




Carte postale américaine de 1909


… et dans les années 1920 elle devient indissociable de Santa Claus.

En 1931, Coca-Cola décida de recentrer ses campagnes publicitaires. Il ne s'agissait plus de viser le public adulte avec une boisson revigorante, mais de vendre un soda à toute la famille, et notamment aux enfants. Cette année-là, la firme demanda à Haddon Sundblom, illustrateur d'origine suédoise, de représenter un père Noël bedonnant et souriant. Vêtu de rouge, qui est par coïncidence la couleur de la marque.

Coca-Cola diffusa jusqu'en 1964 les pères Noël de Haddon Sundblom.


Quelques-uns des pères Noël de Sundblom :









Cliquez ici pour regarder d'autres pères Noël Coca-Cola de Sundblom.


PREMIER BONUS

LA LÉGENDE DE SAINT NICOLAS


Saint Nicolas de Myre serait né entre 250 et 270 après J.-C. à Patara, dans l'actuelle Turquie. On raconte de nombreuses légendes à son sujet, dont la plus célèbre est celle-ci :







Il était une fois trois soeurs, trop pauvres pour se constituer une dot en vue de leur mariage. L'évêque Nicolas, qui était très timide, décida de les aider. Une nuit, il grimpa sur le toit de leur maison et jeta par la cheminée une bourse d'or. La bourse tomba dans le feu et l'aînée des filles récupéra l'or.






Une deuxième nuit il fit de même, et une troisième nuit encore. Mais ce soir-là, la bourse d'or tomba dans une chaussette qui avait été mise à sécher au-dessus du feu. La tradition de la chaussette, à peu près ignorée en France mais courante dans d'autres pays, vient de là.






Saint Nicolas est mort un 6 décembre, en 345 ou 352. C'est, traditionnellement, cette nuit-là qu'il délivre ses cadeaux. Pourtant, il faut attendre, dans certains pays, le 25 décembre. Pourquoi ? À cause de qui ? À cause des Amerlocains ! En effet, ce sont les Hollandais qui ont amené cette tradition sur le nouveau continent. Les Anglais, n'ayant pas l'habitude de célébrer Saint Nicolas, ont opéré un glissement vers le 25 décembre, jour de la Nativité de Jésus.






SECOND BONUS


Sundblom, l'illustrateur des pères Noël Coca-Cola, ne travailla pas que pour ce client, loin s'en faut ! Il créa en 1957 le personnage des céréales Quaker Oats, toujours utilisé aujourd'hui. Et en décembre 1972, il réalisa ce qui fut probablement sa dernière illustration, un père Noël légèrement différent (attention les yeux !)



24 décembre 2005

LE MANTEAU ROUGE DU PÈRE NOËL - 1

Le 23 décembre 2004, je publiais sur la Boîte un article à propos du manteau rouge du père Noël.
Le revoici considérablement modifié, en deux épisodes. Celui de 2004 a donc été supprimé.





Santa Claus par Thomas Nast,
publié dans le Harper's Illustrated Weekly en 1881


C'est le 3 janvier 1863 que l'illustrateur Thomas Nast publia, dans le journal new-yorkais Harper's Illustrated Weekly, un Santa Claus dérivé du saint Nicolas européen qui allait donner naissance à notre père Noël.

Puis, pendant une trentaine d'années, Thomas Nast croqua en noir et blanc Santa Claus sous la forme d'un bonhomme bedonnant vêtu de fourrure et fumant la pipe. Il s'inspirait d'un poème, et d'illustrations.


Le poème


Intitulé The Night Before Christmas, ce texte parut de manière anonyme en 1823 dans le Sentinel, journal local de Troy (État de New York). Plus tard, Clement Clarke Moore révéla qu'il en était l'auteur. Sauf qu'il semblerait que ce poète amateur ait copié Henry Livingston (lire à ce sujet un site qui traite de manière approfondie ce sujet ô combien délicat : Livingston and Moore). D'autres exégètes rapprochent le texte de Moore du Knickerbocker's History of New York publié en 1809, ouvrage dans lequel Washington Irving décrit avec humour la tradition de Sint Niklaas pratiquée par les Hollandais émigrés.

Quoi qu'il en soit, vous trouverez par ici le poème de Moore en français et en anglais (merci à H. de Strasbourg qui m'a fourni cette traduction).


Les illustrations


Nast avait beaucoup regardé celles de Jenny Nyström, illustratrice suédoise (1854-1946) qui peignait les elfes nordiques.












Ci-dessous, la une du Harper's Weekly du 3 janvier 1863 affichant une illustration de Nast. On y voit Santa Claus, offrant des cadeaux à des militaires. Les États-Unis étaient encore en pleine guerre de Sécession (elle se terminera l'année suivante) et Abraham Lincoln demanda à Nast de dessiner Santa Claus réconfortant les soldats de l'Union.






Deux autres images, issues de ce même numéro de 1863 :





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D'autres illustrations de Nast pour le Harper's Weekly, au fil des années :




1865




1871




1876




1878




1878




1884




1885



Et pour finir sur Nast, cette image qui est, elle aussi, issue de ce numéro du Harper's Weekly daté du 3 janvier 1863. On remarquera, en haut à gauche et à droite, le père Noël glissant des cadeaux dans une cheminée puis s'en allant à bord de son traîneau ; en bas à gauche et à droite, des combats terrestres et navals de la guerre de Sécession.

La mère de famille prie auprès de ses enfants endormis, pendant que son mari militaire contemple les portraits dessinés de sa famille. Entre eux, un cimetière.


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Mais alors, vous demandez-vous, qu'en est-il du costume rouge du père Noël ? La suite par ici !



23 décembre 2005

TROIS EN UN ET QUATRE SAISONS

Un grand merci à Quel Fourbi !, pourvoyeur de sujets et d'images.


Quels sont, à votre avis, les produits que ces trois personnages sont censés nous vendre ?









Du rouge à lèvres ?




De la crème pour le visage ?




Du shampooing ?





Que nenni ! Que nenni ! Ces trois personnages nous proposent des enregistrements de la musique de Vivaldi.










Naguère, l'on illustrait les couvertures de disques classiques avec un portrait du compositeur, une toile de maître, une vue générale de l'orchestre ou du chef dans sa fosse, un plan rapproché des musiciens quand ils n'étaient pas nombreux.

Puis vint le temps où l'on décida de vendre la plastique de l'artiste.










Le site ouèbe de Deutsche Grammophon propose d'ailleurs d'intéressantes galeries de photos de ses playmates musiciennes.

Mais tout cela relève de l'arrière-garde, puisque la compagnie discographique Naïve a décidé de nous vendre désormais la musique à l'aide de mannequins comme s'il s'agissait de produits de beauté. Vivaldi ravalé au rang de la crème anti-rides.










Si d'aventure vous avez installé les Quatre Saisons en sonnerie de votre téléphone portable, alors vous apprécierez le catalogue Vivaldi de la compagnie Naïve qui n'a jamais aussi mal mérité son nom.



22 décembre 2005

GENDROT AIME LES GENS !




La brioche, par Jean-Louis Gendrot



À première vue, les photos de Jean-Louis Gendrot nous rappellent les images de Robert Doisneau ou de Willy Ronis. Et sans aucun doute, on peut trouver chez le premier des clins d'oeil aux seconds.

Mais s'il y a un rapprochement à faire (non pas pour amoindrir mais pour élever), il faut plutôt aller du côté de Jean-Philippe Charbonnier (1921-2004) qui disait :

L’exotisme est à un demi-ticket de métro de chez moi.

L'un comme l'autre révèlent des situations cocasses, dénichent des personnages attachants sur lesquels ils portent un regard souvent humoristique toujours dénué de méchanceté, un regard empreint d'une profonde humanité.



Jean-Philippe Charbonnier



Grimaces à Kotzebue - Alaska 1955





Le conscrit - Marcq-en-Barœul - 1954




Le recteur Ramonet - Ile de Sein 1956



Jean-Louis Gendrot



Chahut




Le bonheur




Le curé de Pornic




La rue piétonne




Le pansement




Regard



Liens

Le site de Jean-Louis Gendrot : Les gens dans la rue…

La galerie Agathe Gaillard expose Jean-Philippe Charbonnier, du 7 décembre 2005 au 28 janvier 2006.
Galerie Agathe Gaillard - 3 rue du Pont Louis-Philippe - 75004 Paris

Bibliographie

L'association Reporters sans frontières a publié en 2005 un recueil de photographies de Jean-Philippe Charbonnier :




Une exposition eut lieu au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1983. Un très beau catalogue de trois cents photographies fut édité, peut-être est-il dénichable chez les bouquinistes.

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