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30 janvier 2006

BANDES ET ANNONCES

Quelques affiches de films actuellement projetés ou en passe de l'être :























Ainsi donc, la mode serait aux affiches découpées en deux, trois ou quatre bandes horizontales nous présentant les différents protagonistes. Ça nous change des découpes verticales (voir Recette rapide pour réaliser une affiche de film français d'auteur)…

D'où vient cette nouvelle manière ? Peut-être de l'affiche amerlocaine pour Good Night, and Good Luck., quoique cette dernière ne nous présente pas plusieurs images mais des bandes de texte.





(On notera, dans les affiches française et étazunienne de cette bobine, l'éternelle trilogie de couleurs…)





28 janvier 2006

LES FRÈRES STENBERG (réédition)




Le grand malheur d'une petite femme




La Fiancée du boxeur







Fragment de l'empire







Le dernier terrain




L'amour à trois (Le troisième Bourgeois)




Le Jeune Homme de la forêt




Le coup




Le navire dans les fonds marins







Lequel des deux ?




Le pari très mondain




Trente jours / mensuel illustré




Qui a tué ?






Ces affiches de films soviétiques ont été réalisées dans les années 20 par Georgii et Vladimir Stenberg. Ces deux graphistes faisaient partie des Constructivistes russes, groupe né en mars 1921.

Les traductions littérales m'ont été transmises par Macha, aimable lectrice.


Bibliographie

Stenberg Brothers : Constructing a Revolution in Soviet Design
par Christopher Mount
édité par le Museum of Modern Art de New York


27 janvier 2006

PORTRAIT D'UNE INCONNUE (réédition)

Pour cause d'emploi du temps surchargé, je me permets, à titre eXCeptioNNel, de rééditer deux articles. L'un aujourd'hui, l'autre demain.



Qui fut cette femme, l'une des plus belles que j'aie jamais rencontrée ?
Quelle fut sa vie ? Était-elle femme d'un riche commerçant grec ? D'un homme politique romain ?
D'un général égyptien ? Nul ne le saura jamais.

Elle vécut au cours du IIème siècle après Jésus-Christ à Philadelphie, l'actuelle Er-Roubayat d'Égypte. C'est dans cette ville que fut découverte sa tombe. Son portrait était coincé à hauteur de sa tête, entre les bandelettes qui l'enserrait. A moins qu'il ait été fixé sur le sarcophage.

Un portrait funéraire, peint à l'encaustique sur un panneau de bois. Peut-être du sycomore.

Elle nous contemple, de ses grands yeux doux surmontés de sourcils épais. La lumière se reflète dans ses pupilles, accroche le bord supérieur de sa lèvre du dessus pendant qu'une ombre marque la lèvre du dessous. Sa boucle d'oreille attire notre regard, et on pense à Vermeer. Son cou gracile est paré d'un collier recouvert de feuilles d'or, on se souvient des icônes byzantines.

Qui fut cette femme, dont le portrait sublime est maintenant au British Museum de Londres ?



Bibliographie
Un superbe livre : Fayoum
par Bérénice Geoffroy-Schneiter,
aux Editions Assouline.







26 janvier 2006

VERS UN GRAPHISME RÉSOLUMENT MODERNE



Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand








Tout récemment passait à la télévision un film publicitaire pour la marque Citroën. En accompagnement, un visuel qu'on peut encore voir dans les magazines (merci à Frédéric L., qui m'en a signalé l'existence).

Ce film et ce visuel sont une reprise des codes constructivistes russes dont j'ai déjà parlé à maintes reprises. S'il ne fallait montrer qu'une image dont on trouve l'écho dans la publicité Citroën, ce serait peut-être celle-ci :




Mess Mend ou des Yankees à Petrograd, volume 1,
par Aleksandr Rodchenko 1927


Il s'agit de l'une des couvertures d'une série de romans satiriques rédigés sous le pseudonyme de Jim Dollar par Marietta Shaginian.

Tous les éléments repris par Citroën sont là, sauf un :

- la trilogie noir-rouge-blanc (taper ces mots dans le moteur de recherche intime pour trouver plusieurs articles consacrés à ce sujet)
- le blanc du papier, qui a vieilli et est devenu jaunâtre ou beigasse
- les collages de photographies
- la typographie de type bâton, grasse, dans des cartouches rouges ou noirs (on notera, dans la pub Citroën,le R inversé : preuve d'une vraie inventivité…)
- les flèches
- le papier abîmé, déchiré.

L'élément manquant provient probablement de cette affiche :




Affiche de Tschichold pour La Femme sans nom,
film allemand de la fin des années 20.


Une série de photogrammes pris entre deux obliques qui se rejoignent en un point de fuite, comme se rejoignent les voitures Citroën.

Dans le genre oblique, signalons également :





Affiche de Vladimir et Gyorgy Stenberg,
souscription pour le journal Novymir (le Nouveau Monde), 1926




Pour Lénine, 1924


Publié par la revue La Jeune Garde, cet ouvrage consacré à Lénine parut peu après sa mort. Les images sont l'oeuvre de Gustav Klutsis, Aleksandr Rodchenko et Sergei Sen'kin.
Ici, une illustration intérieure de Klutsis.


Le suprématisme et le constructivisme russes (voir définitions en bas de page) reviennent à la mode, on ne compte plus les images qui s'en inspirent plus ou moins fidèlement. Parmi les "inspirés", j'avais parlé en novembre dernier du groupe Franz Ferdinand, qui pompe allègrement.

Cependant, il ne faudrait pas croire que cette résurgence est une exclusivité des années 2000. En 1978, le groupe Kraftwerk jetait lui aussi un oeil du côté de Moscou :



côté face de la pochette



côté pile de la pochette



Le côté face rappelle ce photomontage réalisé
par la Brigade KGK :





La Brigade KGK était, dans les années 30, un collectif regroupant Vera Adamnova Gitsevic, Viktor Borisovich Konetsky et B. Knoblok.

Une autre image, prenant pour point de départ la même photographie :




L'Armée rouge, photomontage de Boris Ignatovitch
et Varvara Stepanova,
paru dans la revue Za rubezhom en 1930


Quant au côté pile de la pochette, il est une copie quasiment fidèle d'illustrations de Lissitzky :




Couverture de plaquette pour
le Comité de lutte contre le chômage
de la municipalité de Vitebsk,
lithographie de El Lissitzky, 1919




Illustration extraite de À propos de deux carrés,
livre suprématiste pour enfants conçu par El Lissitzky, 1922



Qu'est-ce qui fait qu'une esthétique, créée il y a plus de quatre-vingts ans, revient périodiquement à la mode ? Est-ce pour pallier le manque d'imagination des graphistes publicitaires contemporains, ou bien parce que ces images géométriques en noir-rouge-blanc sont toujours aussi résolument modernes et dérangeantes ?

Un peu des deux, peut-être.

__________

Le suprématisme est un prolongement du cubisme. inventé en 1913 par Kazimir Malevitch avec son Carré noir sur fond blanc. Le suprématisme envisage la peinture comme constituant son propre but :

Il y a création seulement là où dans les tableaux apparaît la forme qui ne prend rien de ce qui a été créé dans la nature, mais qui découle des masses picturales, sans répéter et sans modifier les formes premières des objets de la nature.

Kazimir Malevitch, Du cubisme au suprématisme.



Le constructivisme est l'application du suprématisme dans les arts appliqués : affiches, design industriel, architecture, etc. Dans le domaine des arts graphiques, le constructivisme réintroduit le réalisme avec, notamment, le photomontage. Les ambitions du constructivisme étaient de communiquer grâce à des formes simples, directement compréhensibles par tous.
Rodchenko, Lissitsky et Klutsis sont les trois artistes les plus connus de ce mouvement. On peut y rattacher Kandinsky, qui enseigna au Bauhaus de Weimar.

Ces deux courants frères, qui eurent un temps les faveurs du régime soviétique, furent ensuite condamnés par le pouvoir.





24 janvier 2006

LE CAUCHEMAR DE MONET

J'ai eu une nuit remplie de cauchemars : la cathédrale me tombait dessus, elle semblait bleue ou rose ou jaune…

Claude Monet, 1840-1926



La trentaine de toiles que Monet peignit de la cathédrale de Rouen ont été commencées au deuxième étage du 23 place de la Cathédrale, en février-mars-avril 1892 ; puis au deuxième étage du 81 rue du Grand-Pont, entre février et mars 1893. Elles furent terminées à Giverny, et datées de 1894. Elles mesurent toutes 100 x 65 cm ou aux alentours de 100 x 73 cm.




le portail gris-bleu




Le portail ensoleillé




Symphonie en gris et rose




Le portail ensoleillé




Le portail ensoleillé




Sans titre




Fin du jour, effet de soleil




Sans titre




Le portail et la tour d'Albane, temps gris




Le portail, effet du matin




Le portail et la tour d'Albane à l'aube




Le portail, matin de brouillard




Photographie de la cathédrale de Rouen


Liens
L'évolution de la lumière sur la cathédrale de Rouen à travers une animation de vues photographiques, réalisée par le Massachussets Institute of Technology.
Des explications sur ce projet, plus vaste que cette simple animation (mais pas forcément très concluant), sont lisibles par ici, en français.

En 2005 eut lieu un spectacle intitulé Cathédrale de Rouen : de Monet aux pixels. Quelques belles photos sont visibles par là.


23 janvier 2006

LA VIEILLE DAME A MAL AUX OS




La vieille Dame sous l'apocalypse




La vieille Dame en rose




La vieille Dame éclatante sous la neige




1/16eme de seconde étrange




Les pédicures de la vieille Dame




Premier bain de soleil de la saison




La vieille Dame en tenue de soirée




La vieille Dame dans la lumière de mai




Dans son sac de plage , la vieille dame a toujours
de la Biafine, heureusement !





Aube et robe de nuit translucide




Purée de pois




En cette année 1008 la peste sévissait à Valenciennes, et l'on comptait déjà huit mille morts. Jusqu'au moment où la Vierge, entourée d'angelots, apparut dans le ciel et déploya un cordon qui, entourant la ville, l'isola de l'épidémie.

Neuf cents ans plus tard, on édifia la néogothique basilique Notre-Dame du Saint-Cordon à l'emplacement de Notre-Dame-la-Grande, détruite à la Révolution.

Toujours fière sous la pluie et le vent, le soleil ou la neige, la vieille Dame a aujourd'hui bien mal aux os. Rongée par l'âge et la maladie, ses jambes sont de plus en plus grêles et si l'on continue de ne lui poser que de pauvres attelles, elle va finir par s'écrouler pour ne plus jamais se relever.

Mais qui se préoccupe du sort d'une vieille Dame du XIXème siècle, promise à la poussière ?


Cette série de onze photographies atmosphériques est l'oeuvre de Krysalia qui capte aussi les fêtes, les vitrines, les bons petits plats en gros plan, et autres joyeusetés.


Liens
L'histoire détaillée de Notre-Dame du Saint-Cordon.
Le blogue de Krysalia.
La boutique de photos de Krysalia.

22 janvier 2006

PETITES BOÎTES




Boîte à rythmes





Boîte aux lettres





Boîte de Pandore





Boîte à musique





Boîte crânienne





Boîte à illusions





Boîte à frissons





Boîte à fabriquer du temps de cerveau humain disponible





Ultime boîte, bière belge



CADEAU BONUS

Une belle espionne emboîtée dans une belle espionne, elle-même emboîtée…


Cliquez sur le curseur.



Avec, par ordre d'apparition à l'écran :

Bohémienne au tambour de basque par Adolphe William Bouguereau, 1867

• Casse d'imprimerie extraite de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751

• Affiche pour Pandora ou le Hollandais volant, film d'Albert Lewin avec Ava Gardner et James Mason, 1951

• Extrait de publicité pour le jukebox Wurlitzer modèle 5220 Remote Speaker Wall Box, années 60

La Grande Vanité de Sébastien Stoskopff, 1641

• Affiche pour le Cabinet des Esprits du Grand Carter, lithographie, 1926

• Publicité pour le papier à cigarettes Riz Lacroix, 1998

The incomparable Capehart 21-inch Saratoga, publicité pour télévisions IT&T, 1953

• Châsse de Sainte Ursule peinte par Hans Memling, 1489

• Film publicitaire pour la vodka rouge Smirnoff "Matrioshka", réalisé par l'agence J. Walter Thompson en 2004.





20 janvier 2006

UN CABINET D'AMATEUR

Un nombre considérable de tableaux, sinon tous, ne prennent leur signification véritable qu'en fonction d'oeuvres antérieures qui y sont (…) encryptées.

Georges Perec, un cabinet d'amateur



Le cabinet d'amateur fut un genre pictural qui traversa tout le XVIIème siècle flamand : les bourgeois aimaient posséder une toile affichant leur collection, au milieu de laquelle ils se faisaient souvent représenter.




Cabinet d'amateur
par Cornelis de Baelleur, 1637




Cabinet d'amateur
par Frans Francken le Jeune, 1618




Cabinet d'amateur
par Frans Francken le Jeune, 1636




Cabinet d'amateur
par Frans Francken le Jeune, 1636




Cabinet d'amateur
par Frans Francken l'Ancien




Cabinet d'amateur de Jan Snellinck
par Hieronymus Francken




Galerie de l'archiduc Léopold-Guillaume
par David Teniers le Jeune, 1639




Cabinet d'amateur avec Vénus à sa toilette
par Jan van Kessel l'Ancien, 1679



David Teniers le Jeune peignit de nombreuses Galeries de l'archiduc Léopold-Guillaume mais dans ce domaine, l'oeuvre la plus célèbre est le cabinet d'amateur de Cornelis van der Geest lors de la Visite des Archiducs, peint par Willem van Haecht en 1628.


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand




Ce tableau met en scène la visite que l'archiduchesse Isabelle et son époux Albert d'Autriche, gouverneurs des Pays-Bas méridionaux, rendirent le 23 août 1615 à Cornelis van der Geest. Y figurent également Ladislas, roi de Pologne, Nicolas Rockocx, bourgmestre d'Anvers et célèbre mécène, ainsi que les peintres Rubens, Antoon van Dyck, Jan Wildens et Frans Snyders.





Isabelle et Albert d'Autriche sont assis. Derrière l'archiduchesse se tient sa dame d'honneur, Geneviève d'Urfé, marquise de Croy. Rubens se penche vers l'archiduc et commente l'oeuvre que montre Cornelis van der Geest, une Vierge à l'enfant de Quentin Metsys :





Le portrait de Cornelis van der Geest est une copie de celui exécuté par Van Dyck :





Ceux de l'archiduc et de l'archiduchesse ont été réalisés d'après les portraits qu'en fit Rubens :






En vérité, les principaux personnages représentés sur cette toile sont des représentations de seconde main, des images rapportées, des citations de tableaux. Tout comme les oeuvres représentées sont des citations d'oeuvres existantes. Cette mise en abîme, qui pourrait se continuer à l'infini si un autre cabinet d'amateur avait été accroché à l'un des murs, a séduit Georges Perec qui en fit le sujet de l'un de ses romans : un cabinet d'amateur, dont je parlerai plus bas.

En attendant, continuons l'exploration de ce catalogue.

Certains personnages, notamment au centre du tableau, n'ont pas été identifiés.
Dans son essai intitulé les Peintres flamands de cabinets d'amateurs au XVIIe siècle paru en 1957, S. Speth-Holterhoff avance que celui qui monte l'escalier à droite serait Willem van Haecht, le peintre. Supposition gratuite, fondée sur le néant. Une seule certitude concernant ce détail : l'inscription au-dessus de l'escalier, Vive l'Esprit, était la devise du commanditaire, Van der Geest.






Le tableau de Van Haecht nous montre quarante-trois oeuvres. On peut y distinguer, notamment,




une femme au bain de Jan van Eyck


Cette peinture ayant disparu, sa copie par Van Haecht est l'une des deux traces que nous en possédions. La seconde est au Fogg Art Museum de Harvard, qui possède une peinture sur bois de format différent, inspirée des époux Arnolfini de Van Eyck.







Outre la Vierge à l'enfant de Quentin Metsys, deux autres oeuvres de ce peintre sont accrochées :




Portrait de Paracelse, et Portrait d'un homme à lunettes








Georges Perec était fasciné par ces cabinets d'amateur. Tout de suite après avoir écrit la vie, mode d'emploi, chef-d'oeuvre absolu de sept cents pages, il rédigea un cabinet d'amateur. Ce petit livre - qui prend pour point de référence le cabinet d'amateur de Cornelis van der Geest de Van Haecht - nous raconte l'histoire étrange d'un de ces tableaux composites et, au delà de cette apparence picturale, la vie de son auteur (Perec ne sera pas insensible au fait que le tableau de Van Haecht représente quarante-trois oeuvres, ce chiffre étant intimement lié à sa vie personnelle ; lire à ce propos l'article que j'écrivis il y a quelques années de cela : Georges Perec, romans et écrits).

Petit texte fascinant qui mêle le vrai et le faux, l'original et la copie, la citation dans la citation, le reflet, le reflet du reflet, l'abîme ; petit texte construit comme un pendant de la vie, mode d'emploi qui lui sert de piste balisée.

Dans le registre du vrai-faux, signalons entre autres cet énorme mensonge de Perec qui dit que le cabinet d'amateur de Cornelis van der Geest lors de la Visite des Archiducs peint par Van Haecht nous montre notamment :

« la série des Galeries archiducales de Léopold-Guillaume, par David Teniers le Jeune, dont la plupart des tableaux sont aujourd'hui à Vienne ; les Galeries de peinture de Gian Paolo Pannini, L'enseigne de Gersaint, où Watteau, conscient que ce tableau serait sont "testament artistique", a choisi de reproduire les oeuvres qu'il admirait le plus ; Le collectionneur Jan Gildemeester dans sa galerie de tableaux, d'Adrien de Lelie, etc. »


Ces tableaux, qui sont tous des cabinets d'amateur, ne figurent pas dans celui de Van Haecht où ne s'inscrit aucune mise en abîme.

Reste un petit livre précieux traversé par le faux, le vrai-faux et le faux-faux (c'est-à-dire le vrai), souvent difficiles à démêler.

« Des vérifications entreprises avec diligence ne tardèrent pas à démontrer qu'en effet la plupart des tableaux de la collection Raffke étaient faux, comme sont faux la plupart des détails de ce récit fictif, conçu pour le seul plaisir, et le seul frisson, du faire-semblant. »

Georges Perec, dernière phrase d'un cabinet d'amateur.




Bibliographie
un cabinet d'amateur
par Georges Perec,
Éditions du Seuil, collection Points




Liens
Deux analyses, réservées peut-être aux fanatiques de Perec qui ont lu et relu la vie, mode d'emploi et un cabinet d'amateur :
Georges Perec sur remue.net : extrait de Perec, La Contrainte du réel par Manet van Montfrans.
Épuisement du roman et expérience du temps dans Un cabinet d'amateur par Christelle Reggiani.

19 janvier 2006

LA BOÎTE À RÊVES - 2 - textes

Dix participants pour cette deuxième Boîte à Rêves, dont un qui n'a pas respecté les consignes à la lettre, quelle honte ! On remarquera, dans certains textes, l'intrusion de l'actualité et la notion de classes sociales…




©Alain Korkos



LES TEXTES


URGENT
AVIS N°76 16/1/06 DOSSIER N°Z-524-820
DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS.
COMMUNICATION OPJ : LIEUTENANT CHOUCHEN À AUTORITE
OBJET : disparitions chalutier le Bugale Breizh. Cinq marins disparus. Familles toujours sans nouvelle des circonstances du drame. Corps toujours manquants. Nouvelle orientation de l’enquête. Piste chimiquier éliminée, hypothèse submersible Marine nationale écartée sur ordre.
Résultats désormais impératifs ; fortes pressions politiques venues à l’oreille. Elus bretons sens dessus dessous – Le Pain sec dans le clafoutis (Réf. code 12).
NOUVEAU SUSPECT : homme encore non identifié, environ trente ans, brun, portant chandail bleu sur cliché joint. Surveillance en cours. Photographie prise le 14/01/06 à 15h10 jardin du Luxembourg, proximité bassin. Signalement à confronter au fichier des monstres marins. Inconnu convaincu de la disparition de plusieurs bâtiment de plaisance avec parents à bord.
Enfants désemparés. Pleurs proches.

NICOLAS D.

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Monsieur le commissaire Karsoky à Madame Loyal, juge des enfants auprès du Tribunal de Sainte Apolline.
Objet : vol
Rappel des faits : Jardin du Luxembourg, mercredi 1er octobre 2005, 14h24. Vol d’un voilier miniature sur le stand de M. Speedboat.
Enquête : 14h28 Le vendeur s’aperçoit du larcin. 14h37 Objet repéré sur le Grand Bassin. Attente avant de voir vers qui dirige le bateau : Karim Khan, 8 ans et Alex Andre, 12 ans, apercevant le propriétaire du stand, s’enfuient, abandon du voilier. Marathonien, M. Speedboat rattrape les fuyards. 15h Interrogatoire des deux garçons. Ne pas élever la voix, trop de badauds autour de nous à tendre l’oreille, pas moyen de les passer au Kärcher. 16h12 Version des garçons : me désignent une fillette de 6 ans, Adèle Hope, près d’un banc sur lequel lit sa maman ; prétendent qu’Adèle leur a demandé de voler le voilier en échange de clafoutis. 16h30 Me présente à sa maman, Mme Célia Hope. Adèle H nie sa participation au délit, gestes menaçants vers les garçons. Soudain Adèle, une part de clafoutis dans chaque main, écrase sur le visage de Karim Khan et sur celui d’Alex Andre la pâte farcie de prunes. D’un pas décidé elle revient vers nous. Ce n’est plus Adèle H mais l’incorrigible petite Lila de Belleville, dont j’ai déjà entendu parler.
Conclusion : compte tenu de la distinction de Mme Célia Hope, sa fille Adèle est hors de cause ; hélas, il n’en est pas de même pour les deux garçons, futures graines de " racaille ".

FG

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11H20: Nous sommes transportés à la rue des Lilas, n°1, accompagnés de l’agent Müller, aux fins de prendre des renseignements sur la fugue de la petite Marie Claude France Marie.
11h34, Étant arrivée au dit endroit, nous avons trouvé le prestigieux médecin, monsieur Aymence Pierre-Yves, (père de la jeune fille), assis en pleurs, la tête dans les mains. Après nous avoir salués selon les usages, il nous expliqua les faits. Voici sa déclaration :
Le réveil sonna à 7h30. Après m’être rendormi trop longtemps, je finis par me traîner hors du lit et rejoindre ma fille dans la cuisine. À la vue de celle-ci pouponnée de rose, je lui ai déclaré mon regret sur son choix vestimentaire, lui préférant sa robe en velours bleu marine. Vexée, elle me lança une assiette de clafoutis au visage. Je restai stoïque et elle passa dédaigneusement en me claquant l’oreille par un soufflet de la main. Informée du motif de notre dispute, Madame Omberty lui ouvrit la porte pour que Mademoiselle reprenne ses esprits au calme. Deux heures plus tard, Mon collègue le professeur Taverny me dit au téléphone avoir aperçu mon trésor dans le parc de la Bobinette, en face du vendeur de bateaux miniatures. Ma pupuce lui avait déclaré qu’elle suivait le vent. C’est lui qui me suggéra de faire appel à vous.
Cette opération terminée, nous nous sommes retirés vers 14H, après avoir déclaré tout notre respect à ce gentil homme et l'avoir rassuré que 300 hommes étaient déjà sur l’affaire.
14h25, la petite Marie Claude France Marie revenait d’elle-même du parc. Elle désirait immédiatement une autre assiette de clafoutis.
14h28, Madame Omberty s’exécuta.

LA FOURMI

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Encore raté ! Pourtant, tout était réglé. Une petite fille, un père, son fils et l’homme aux bateaux. Ils devaient se rencontrer tous les quatre, tenir le milieu de la scène, et c’est raté, il est cinq heures. J’avais installé deux chaises à droite, ils devaient s’y asseoir avant l’arrivée des autres protagonistes. Elle devait l’attendre, lui et son chariot, devant la fontaine ; elle voulait gagner la régate qu’elle imaginait le matin même, recevoir le vainqueur, celui qu’elle lançait quelques minutes auparavant, et lui remettre comme récompense un clafoutis. Tout était réglé : promontoire, cabane, charette, bancs de pierres, sièges. Une ligne qui scinde l’image grise puis verte en deux. Et au milieu, deux enfants deux adultes. Dispute des enfants, négociations des adultes. Clair, net, précis. J’essaie de rattraper l’action mais tout va trop vite, je bouge l’appareil, mais c’est trop tard. Une chaise avancée rompt la ligne par la gauche, la petite fille s’y trouve proche, et sinistre. Elle a raté le batelier qui replace un des navires bancal. Il ne se soucie plus du garçon (il est assis sur le banc) qui tente de souffler à l’oreille de son père un secret. Peut-être était-ce la réplique que j’avais sautée et qu’il essayait, d’une manière ou d’une autre, de me donner. Il est décidément trop tard, l’ombre prend place et les arbres volent la lumière alentour. La photo n’est plus possible. Et je ne l’avais pas compris.

THIBAULT L.

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Mardi 24 octobre 2005 - 17H45.

Je me trouve sur un banc du jardin du Luxembourg , visible de tous, mais habillé en civil, nul ne peut soupçonner ma présence.
La fille du président…
Lire la suite du texte de ANNE-GAËLLE P.

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17h47
La petite fille est encore pleine de clafoutis sur la figure. Elle semble toujours chercher. Elle semble aussi avoir moins froid…
Lire la suite du texte de TIMOTHÉE P.

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25 septembre 2005, 17 heures
Lieu : jardin du Luxembourg, côté Vaugirard

L'heure chaude a attiré de nombreux promeneurs. Des enfants de tous âges sont actifs autour du bassin. Une petite fille (robe rose, souliers noirs) semble laissée sans surveillance…
Lire la suite du texte de VIRGINIE L.

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L’individu a été vu pour la première fois le samedi 6 mai 2006 dans le parc Monceau au nord du petit plan d’eau à bateaux vers 16 heures. La petite Eglantine de Saint Saumon allait prendre son goûter…
Lire la suite du texte de ARILLE.

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Le 30 octobre 2005
Rapport
L'APJ Reza DELUC en fonction à la surveillance du jardin du Luxembourg
à l'OPJ Louis GRAND en fonction à la surveillance du jardin du Luxembourg

Le dimanche 30 octobre 2005 à 10h45, l'APJ Jean-Paul VALMONT et moi-même avons été saisi par Mme Léonore DESTRAC (identité en Annexe 1) du comportement douteux d'un individu de type européen…
Lire la suite du texte de S_CL.

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Captation du temps qui passe

Le 26 octobre 2005, à 18 heures, Eugénie Fraische est de promenade au Parc, comme chaque après-midi après l'école. Depuis peu, elle a remarqué que le temps passait plus vite si on lui prêtait attention.
Lire la suite du texte de ORIGAMI.

18 janvier 2006

À L'AUBE D'UNE GRANDE CARRIÈRE

Un grand merci à mon fils unique et préféré, qui m'a fait découvrir ce qui suit.
















Cinq des plus belles photographies de Nymphetamin3, qu'on peut sans réserve applaudir. Car je vous le révèle en confidence : elle n'a que treize ans !

Une petite jeune fille, à l'aube d'une grande carrière.


Lien
Cliquez ici pour d'autres photos de Nymphetamin3.





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