« 2006-01 | Page d'accueil
| 2006-03 »
28 février 2006
LA BOÎTE À RÊVES - 4 - proposition

Kanbara, seizième station du Tokaïdo, par Ando Hiroshige

Illustration de Quint Buchholz
Vous écrirez un article de guide touristique, décrivant la vie et les moeurs des habitants de ce lieu.
• Vous expliquerez leur activité principale si particulière en vous inspirant de ces deux images, liées par un rapport de cause à effet.
• Vous inciterez le voyageur curieux à faire un indispensable détour par cet endroit.
• Votre style pourra s'inspirer des récits de Nicolas Bouvier.
• Votre texte devra mesurera environ mille signes.
• Il est très fortement recommandé d'observer les images avec la plus grande attention.
• Vous avez jusqu'au mercredi 15 mars à 23h59 pour m'envoyer vos écrits.
• Les personnes intéressées peuvent publier leur texte et les images sur leur blogue éventuel ; dans ce cas, elles devront faire un lien vers cette page de la Boîte et m'avertir de leur parution ;
• les ceusses qui ne possèdent pas de blogue ou ne veulent pas y publier leur texte peuvent me l'envoyer par courrier électronique, voir mon adresse dans l'à propos ;
• le jeudi 16 mars, une page de la Boîte à Images récapitulera, avec les premiers mots en amorce, la liste des textes publiés sur des blogues ; elle affichera également l'intégrale des textes adressés par courrier.
Allez hop ! À vos claviers !
27 février 2006
L'OEIL D'INGRES

Autoportrait
J'ai à plusieurs reprises évoqué Ingres, et la dernière fois concernait une récente affiche de Batory qui s'était inspiré de la Baigneuse de Valpinçon.
Emprunt, clin d'oeil, référence ou hommage, peu nombreux sont ceux qui y échappent et Ingres n'est pas de ceux-là.
En 1824, il peint pour la cathédrale de Montauban le voeu de Louis XIII.

Abandonnant sa passion pour l'Antiquité et sa dévotion pour David, Ingres concocte une toile italianisante très fortement influencée par… R… Ra… Raph… Raphaël ! ouais !

la Madone sixtine de Raphaël, dont j'ai longuement parlé par là.
Récapitulons : on a la Vierge et l'enfant Jésus, les deux personnages de chaque côté, le rideau, les angelots, c'est bon, tout y est.
Deux angelots qui, chez Ingres, ne sont pas accoudés mais tiennent un cartouche (l'ancêtre du prompteur ;-) également présent dans la Madone de Foligno du même Raphaël :

Mais ce n'est pas une exclusivité, loin s'en faut. Le cartouche, l'angelot et la Madone furent peints par plusieurs autres peintres dont Lodovico Caracci, dans sa Vierge apparaissant à Saint-Hacynthe (1594) et sans nul doute, Ingres s'en inspira aussi.


La Madone d'Ingres souleva bien des protestations : on fit remarquer que ses lèvres étaient un peu trop rouges, et que jamais celles de Raphaël n'avaient eu ce regard si peu orthodoxe qui nous laisserait à penser que… À quoi nous ferait-il penser, d'ailleurs ?


Malgré les critiques et malgré les rires des romantiques prônant une nouvelle peinture résolument moderne, ce Voeu de Louis XIII - un peu oublié aujourd'hui - remporta un vif succès et fut très célèbre en son temps.
D'ordinaire visible dans la cathédrale de Montauban, il est pour l'heure au musée du Louvre qui présente une rétrospective des oeuvres d'Ingres.
Quelques autres travaux d'Ingres qui figurent aussi à l'expo (Parisiens veinards) mais ont également l'avantage d'être un peu plus intéressantes que l'italianerie présentée ci-dessus :

la Baigneuse de Valpinçon

La Grande Odalisque
(Elle fut longtemps surnommée la Grande Saucisse, à cause de sa vertèbre supplémentaire qui lui donne un dos démesurément long.)

La Source
(Voir ce que j'en disais par là…)

Le bain turc
(Voir par ici et par là et encore par là.)

Mademoiselle Rivière

Monsieur Bertin
Toiles connues, reconnues, qui cachent peut-être la partie - à mon avis - la plus intéressante du travail d'Ingres : ses portraits dessinés.

Paganini

Charles Marcotte d'Argenteuil

Madame Ingres
Liens
Monsieur Bertin est très bien disséqué par le site du Louvre, c'est par là.
L'expo Ingres au Louvre présente 80 peintures et 104 dessins. Elle a lieu du 24 février au 15 mai 2006. Voir par ici le site de l'expo.
Liste des articles de la Boîte concernant Ingres :
VIOLON D'INGRES
PREMIÈRES IMAGES ÉROTIQUES
LA DANSE DES VENTES
LES AFFICHES PSYCHÉDÉLIQUES CALIFORNIENNES
25 février 2006
TROIS ARBRES
Pourquoi les artistes occidentaux ont-ils si souvent représenté trois arbres ?
Que l'on pense à Rembrandt,
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Les trois arbres, eau-forte, burin et pointe sèche, 1643
Delacroix,

Trois arbres sur une colline, aquarelle, 1827
Hugo,

Paysage aux trois arbres, encres, 1850
Monet,

Les trois arbres, automne, 1891
(à l'instar de sa cathédrale de Rouen, Monet peignit toute une série de ces trois peupliers)
Gilbert Davis Munger,

Fontainebleau, trois arbres, peinture, vers 1900
Thomas Nasson,
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Orage d'été, gravure sur bois, 1940
(on remarquera ici l'évidente citation de la gravure de Rembrandt).
M. C. Escher,

Trois mondes, lithographie, 1955
On retrouve ces trois arbres partout. Que ce soit dans l'architecture, au fronton de l'Hôtel Lallemant de Bourges (XVème-XVIème siècle),

… ou dans l'imaginaire populaire, puisqu'il existe un conte traditionnel portant ce titre (j'en reparle dans deux secondes).
Alors, ces trois arbres ?
Ils trouvent leur origine dans ceux qui servirent à tailler les trois croix du Golgotha, bien sûr !

Crucifixion d'Antonello de Messine, 1475
Les trois arbres de Rembrandt (1643) et les trois croix (1653) ne sont donc qu'un seul et même sujet.


D'ailleurs, l'interprétation du paysage de Rembrandt ne laisse aucun doute : nous avons les trois arbres, tels que Dieu les a créés dans leur resplendissante nature. Mais déjà le soir tombe, le ciel s'assombrit, des nuages d'orage approchent. La catastrophe n'est pas loin… La gravure de Thomas Nason reprend exactement le même discours.
Un conte traditionnel, maintes fois illustré avec plus ou moins de bonheur, explique d'une manière légèrement différente l'origine de ces trois arbres. Voici le résumé de cette histoire :

Il était une fois trois arbres qui rêvaient de ce qu'ils seraient une fois devenus grands.
Le premier s'imaginait être un coffre à trésor, le deuxième s'imaginait en vaisseau grandiose faisant traverser les océans aux plus grands rois de la terre, le troisième se voyait grandir et dépasser la cime des plus grands arbres.
Jusqu'au jour où vinrent trois bûcherons qui les abattirent tous trois.
Le premier fut transformé en une auge pour animaux, le deuxième en une barque de pêcheur et le troisième débité en une paire de poutres. Adieu rêves de gloire !
Jusqu'au jour où une maman se pencha au-dessus de la mangeoire pour y déposer un enfant nouveau-né. A cet instant, le premier arbre reconnut ce trésor et sut que son rêve était réalisé.
Jusqu'au jour un homme, installé dans la barque, calma la tempête d'un simple geste de la main. Alors le deuxième arbre sut qu'il ne pourrait transporter à travers les mers de roi plus puissant et plus grand.
Jusqu'au jour où des soldats vinrent ramasser les poutres pour en faire une grande croix sur laquelle on vint clouer les mains d'un homme. Le troisième arbre sut alors que son rêve se réalisait puisque désormais on penserait à Dieu à chaque fois qu'on le regarderait.
Mais que les athées, les incroyants, les agnostiques, les païens et les mécréants de tout poil se calment, car on retrouve aussi les trois arbres dans les images chinoises et japonaises ! Là, point de référence christique mais l'idée selon laquelle trois arbres (ou trois cerises, ou trois citrouilles) sont plus jolies à regarder que deux ou quatre.

Trois pins sur le mont Hua,
encre, par Shi lu, 1972

Ota, 52ème station du Kisokaïdo,
gravure sur bois de Hiroshige
23 février 2006
LE NOUVEAU MONDE
J'avais parlé, il y a quelque temps déjà, de l'affiche pour les Moissons du ciel, film de Terrence Malick.
Un nouveau film de ce réalisateur vient de paraître sur nos écrans, et c'est Le Nouveau Monde. En France, trois belles affiches pour cette histoire de conquête où l'on retrouvera la belle Pocahontas (qui n'est pas une invention de Disney, non) :



Trois affiches construites sur un fond blanc, avec :
1° un titre en trois mots
2° des personnages groupés en triangle
3° trois verticales en arrière-plan.

Le héros et l'héroïne dans l'affiche n°1

Le héros contre un méchant Indien dans l'affiche n°2

Le héros et l'héroïne, plus le jaloux (?) dans l'affiche n°3
Trois affiches françaises, bien plus jolies que cette affiche amerlocaine :

Construite elle aussi en triangle, son côté sombre est peut-être le signe de la culpabilité des émigrants qui, par la suite, massacrèrent allègrement les nations indiennes. Et par contraste, la typographie dorée - dont les Zétazuniens sont friands - ne fait qu'accentuer la chose.
Les liens qui figurent sur le site officiel du film semblent conforter cette impression (cliquer sur About the film puis sur Resources).
Il existe une autre affiche à peu près aussi sombre, ressemblant fortement à l'une de celles qui furent réalisées pour le Seigneur des Anneaux - les Deux Tours :


22 février 2006
BATORY COCKTAIL
au Top100 du Site du Jour !
J'avais parlé, il y a longtemps, de Michal Batory, un garçon qui fait de si belles images pour le Palais de Chaillot que c'en est extrêmement énervant autant de talent chez un seul homme que c'est pas dieu possib' faut faire quèque chose.

Heureusement, le sieur Michal n'est pas surhumain et parfois il fatigue, offrant ainsi une occasion inespérée de lui casser quelques kilos de sucre sur le dos. Pour preuve, cette toute récente affiche :

Un petit coup de Magritte…

plus une dose de Baigneuse de Valpinçon d'Ingres (ou de Bain turc, ce qui revient au même)…

… et l'affaire est jouée !
Manquent juste les ouïes de violon de Man Ray pour inclure une référence dans la référence.

Manquent-elles vraiment ? À mieux y regarder (et je remercie ici OuSSama), l'une des ouïes est bien présente dans le S barré de on DANSE. La boucle est bouclée.

Un peu facile, tout ça, non ? Bon, cela dit, Batory est probablement le meilleur affichiste entre Paris et Oulan Bator via Honolulu, et c'est ainsi qu'il lui sera beaucoup pardonné.
Nous ne pardonnerons pas, en revanche, à la société Bourjois (ou plutôt aux publicitaires qui ont bossé pour eux) d'avoir pondu cette infâme copie d'une si belle image de Batory :

21 février 2006
MANHATTA[n]
En 1920, Charles Sheeler (dont j'ai parlé précédemment dans L'ART ET L'INDUSTRIE -1, j'en vois dans le fond qui suivent pas !) travaille avec le photographe Paul Strand (1890-1976).
À deux, ils tournent un film de court métrage muet en noir et blanc intitulé Manhatta (nan nan, ya pas de fôte de phrape !)
Cette bobine de six minutes, parsemée de cartons de textes puisés çà et là dans les Leaves of Grass de Walt Whitman, raconte la journée des employés new-yorkais.
Ce film peut aujourd'hui nous paraître bien fade, et ses piètres qualités techniques n'arrangent rien. Vieux de quatre-vingt-six ans, il est néanmoins considéré comme le tout premier film d'avant-garde américain. Il fera date, inspirera de nombreux autres artistes (je parlerai d'au moins l'un d'entre eux très bientôt, dans la série L'ART ET L'INDUSTRIE).
On retrouve, dans le film, une photo qu'avait faite Paul Strand en 1915 :


… pendant qu'à l'inverse (et comme à son habitude), Sheeler réutilise des photogrammes du film pour en faire des peintures :


Church Street El, 1920
En 1925, John Dos Passos publie Manhattan Transfer. Fabuleux roman construit selon les techniques cinématographiques dont le sujet est, à travers une multitude de personnages, New York.
En voici les toutes premières lignes, illustrées par les images de Sheeler et Strand :
Embarcadère
Trois mouettes tournent au-dessus des caisses brisées, des peaux d'orange, des trognons de choux pourris qui flottent entre les palissades disjointes. Les lames vertes écument sous la proue arrondie du bac qui, porté par la marée, écrase, engloutit l'eau brisée,
glisse et, lentement,
accoste à son embarcadère.
Des treuils tournent avec un bruit de chaînes ; des herses se relèvent ; des pieds franchissent le vide.
Dans le tunnel en bois de l'appontement où règne une odeur de fumier, des hommes et des femmes se pressent, écrasés, bousculés,
comme des pommes qu'on fait rouler dans un pressoir.
Les phrases de Walt Whitman qui figurent dans le film :
City of the world !
(for all races are here)
"City of tall facades
of marble and iron,"
"Proud and passionate city."
"When millon-footed Manhattan
unpent, descends
to its pavements."
"High growths of iron
slender, strong,
splendidly uprising
toward clear skies."
"The building of cities,
- the shovel, the great derrick,
the wall scaffold, the work
of walls and ceilings."
"Where our tall topt
marble and iron beauties
range on opposite sides."
"City of hurried and sparkling water
City nested in bays."
"This world all spanned with iron rails."
"With lines of steamships
threading every sea."
"Shapes of the bridges
past frameworks, girders, arches."
"On the river the shadowy group,
the big steam tug,
closely flank’d on each side
by barges."
"Where the city’s ceaseless crowd
moves on, the live long day."
"Gorgeous clouds of sunset
drench with your splendor
me or the men and women
generations after me."
Lien
L'intégralité des Leaves of Grass de Walt Whitman est disponible en V.O. par là.
00:05 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
20 février 2006
L'ART ET L'INDUSTRIE - 1 - SHEELER
Pendant une longue période de sa vie, Charles Sheeler (1883–1965) s'intéressa à l'industrie.
Ses débuts dans la peinturlure sont influencés par les modernes français, notamment par Cézanne et Braque. Dès les années 1915, il photographie, dessine et peint des fermes dont les formes géométriques, extrêmement épurées, flirtent avec l'abstraction.

Side of White Barn, photographie, 1915
Mais il faut bien que Charlie gagne sa vie, vu que la peinturlure, c'est pas un vrai métier ! Grâce à ses talents en matière photographique, il vend des reportages sur les fermes et les usines américaines.
Et c'est ainsi qu'en 1927, Ford lui commande un reportage. Charlie se rend à l'usine de River Rouge, y prend moult clichés. C'est une ode à la machine, à l'industrie où l'homme n'est qu'un minuscule serviteur quand il n'est pas absent.

River Rouge Plant Slag Buggy, 1927

River Rouge Plant Stamping Press 1927
Cathédrales de fer et d'acier, tuyaux, cheminées, turbines et grues fascinent Sheeler qui déclare :
Our factories are our substitute for religious expression.
Rien que ça. D'autres artistes auront une vision bien différente du monde industriel, mais j'en parlerai plus tard parce que aujourd'hui, c'est le jour de Charlie.
Deux ans plus tard, notre homme photographie la cathédrale de Chartres comme il avait fixé l'usine Ford :

la cathédrale de Chartres 1929

River Rouge Plant, Criss-Crossed Conveyors, 1927
On notera le titre Criss-Crossed, qui rappelle Christ cross. Quand il a une idée dans la tête, Charlie, il ne la lâche pas !
En 1928, Sheeler est chargé de faire un reportage sur un paquebot, le SS Majestic. L'une de ses photos lui servira de base pour réaliser, en 1929, son célèbre Upper Deck :


De la même manière, il recycle ses photos de l'usine Ford en dessins et peintures :

American Landscape, 1930

Classic Landscape, 1931
L'usine tel un lieu idéal, hors du temps. L'usine qui fonctionne toute seule par la grâce d'un Saint-Esprit mécanique. L'usine aux formes pures, peintes en de délicats aplats silencieux.
La qualité c'est de bien faire les choses même quand personne ne vous regarde,
avait coutume de dire Henry Ford.

Ballet Mechanique, dessin au crayon Conté, 1931

River Rouge Plant, 1932

City Interior, 1936
Ce City Interior est sans doute l'une des plus belles toiles de Sheeler, et aussi l'une des plus connue avec la suivante, qui trouve également ses origines dans une photographie :

Wheels, photographie, 1939

Rolling Power, 1939
On ne peut que penser au célèbre Pacific 231 qu'Arthur Honegger composa en 1923.
(La Pacific 231 était la plus renommée d'entre toutes les locomotives à vapeur. C'est elle que Jean Gabin pilote dans la Bête humaine, film que Jean Renoir réalisa en 1938. En 1949, Jean Mitry tourna un fameux court-métrage intitulé Pacific 231 ; dix minutes d'images mettant en scène la locomotive, sur la musique de Honegger.)
À partir des années 40, le style de Sheeler évolue : grâce à son outil de départ qu'est la photographie, il réalise des surimpressions. Cette usine électrique de New Bedford (Massachusetts), par exemple…

Photographie prise aux alentours de 1938
… lui permet de dessiner ces :

Chimneys, 1946
La peinture de Sheeler devient de plus en plus géométrique, rejoignant ainsi l'esprit de ses tout premiers travaux.

Architectural Cadence, 1954

Composition Around White, 1959
Sheeler n'a pas peint que des sujets industriels, loin s'en faut. Mais ces oeuvres-là ont laissé une trace profonde dans l'imaginaire amerlocain des années 20 à 50, ont conforté cette toute-puissance du fer et du feu érigée en religion païenne, au service de l'indestructible American Way of Life.
Les images froides et précises de Sheeler, d'où tout sentiment personnel est absent, inspirèrent les hyperréalistes étazuniens des années 70, et notamment Richard Estes :

Grant's, sérigraphie, 1972
À propos de Estes, voir également le petit Précis d'hyperréalisme.
Demain, d'autres mots à propos de Sheeler, un autre aspect de son travail…
10:00 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
13 février 2006
PAPIERS DE RIZ
La Boîte à Images va se refermer pendant quelques jours. Pour patienter, quelques encres sur papier de riz de Zao Wou-Ki.










10 février 2006
PORTRAITS D'ENTOMOLOGIE
J'avais déjà évoqué les portraits en séries dans 500 PORTRAITS DE CHEN SHAOFENG et dans FANTÔMES.
J'y reviens aujourd'hui avec les travaux d'Ari Versluis, photographe, et Ellie Uyttenbroek, styliste (grand merci à JFL, qui m'a signalé leur existence).

Versluis et Uyttenbroek sont hollandais.
Parcourant Rotterdam puis les grandes villes de la planète depuis 1998, ils photographient des gens.

Portraits de personnes qui s'habillent, se coiffent selon des codes particuliers.

Portraits identiques, automatiques, regroupés par paquets de douze.

Et l'on découvre que le désir de se distinguer, de se différencier, de se réunir en tribus, conduit à la perte de l'identité.

Les séries de Versluis et Uyttenbroek s'intitulent Exactitudes, contraction - selon leurs dires - de exact et attitudes.
Dans le new-yorkais Influence Magazine, Gil Blank évoque à leur propos un mélange d'August Sander et de Bernd et Hilla Becher. Il y a de cela, en effet.
Des années durant, Sander (1876-1964) photographia la population allemande. Colporteurs, boutiquiers, agents de police, etc., fixés dans la rue ou en studio, sans artifice aucun.



« L'idée originelle de mon travail photographique Hommes du XXème siècle (...) n'est rien d'autre qu'une profession de foi en la photographie comme langage universel, et la tentative d'établir un portrait contemporain de l'homme allemand, qui se construirait uniquement sur le pur travail de la lumière. »
Son travail, aussi anthropologique qu'artistique, resta longtemps dans l'ombre avant d'être révélé dans les années 1970.
Allemands comme Sander, Bernd et Hilla Becher ne photographient pas des humains mais des sites industriels. Avec un même souci de neutralité feinte, d'ambition scientifique visant à l'exhaustivité.



Puits de mines, châteaux d'eau, gazomètres en séries ; bodybuilders, punks à crêtes, vieilles dames en imperméables de gabardine, adolescentes en blousons de jeans, papillons, chenilles, coléoptères…
Les Exactitudes de Versluis et Uyttenbroek, ou comment épingler ses contemporains à la manière d'un entomologiste.




Lien
Exactitudes.
09 février 2006
IMAGES D'ENFANCE
La Boîte possède un double fond dissimulant des images issues de l'enfance qui décidèrent d'un avenir professionnel, d'une passion, d'une vie.
En voici quelques-unes, piochées un peu au hasard.

Je me souviens du Chat Botté, et de ce calendrier de 1959.


Je me souviens du marché des Quatre Chemins à Pantin,
le dimanche matin. On y vendait des Liseuses
de Fragonard et des Glaneuses
de Millet, dans leurs versions canevas.

Je me souviens des Galeries Barbès,
et de cette affiche de Charles Loupot.

Je me souviens du logo des magasins Tati.

Je me souviens de la Vache qui rit,
dont le dessin original était de Benjamin Rabier.

Je me souviens des illustrés Kiwi avec Blek le Roc,
de Akim, de Zembla et de Vaillant le journal de Pif le Chien,
que les militants communistes vendaient au porte-à-porte
avec l'Humanité Dimanche.

Je me souviens de Draoui le petit Marocain
illustré par Hervé Morvan, qui demeure
le plus bel album pour enfants jamais édité.

Je me souviens de l'énigmatique campagne de publicité
qui annonçait en avril 1967 : les ronds rouges arrivent.

Je me souviens des cartes postales peintes de l'Algérie.

Je me souviens des incroyables photos des Beatles
par Richard Avedon.

Je me souviens d'un portrait dédicacé
de John Fitzgerald Kennedy.

Je me souviens des affiches et des photos de western
aux cinémas Montréal, Ordener et Marcadet-Palace.
Je me souviens de tout cela, je me souviens d'hier matin.














