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29 novembre 2006
AUTOPORTRAITS DE REMBRANDT AUX PETITS BRAS

1629 (âge : 23 ans)
À la fin de mon récent billet Rembrandt, des visages, je me demandais : Pourquoi un homme a-t-il jugé bon de faire son autoportrait déclaré sur nombre de gravures et de peintures ? Pourquoi s'est-il également représenté, de manière plus ou moins dissimulée, dans plusieurs autres oeuvres ? Pourquoi dirige-t-il à peu près toujours son regard vers nous ? Pourquoi d'autres personnages nous dévisagent-ils avec insistance ?

1633 (âge : 27 ans)
De nombreuses études ont été faites sur les autoportraits de Rembrandt, qu'il s'agisse des peintures ou des gravures. Je ne vais pas tenter de les résumer, et de toute façon je ne les ai pas toutes lues, alors bon ! Voici néanmoins et en vrac quelques hypothèses communément admises, comme on dit dans les salons.

1629 (âge : 23 ans)
Dans son jeune temps, Rembrandt produisait des autoportraits comme on conçoit des affiches de publicité. Et s'il avait inventé la BD, une bulle aurait dit : « Vous me reconnaissez ? » Car il lui fallait prouver, en se représentant habillé de manière luxueuse voire exotique, ses dons de portraitiste afin de décrocher des commandes ; il lui fallait également mettre à l'épreuve sa technique de clair-obscur ; il lui fallait se rassurer aussi, peut-être.

1634 (âge : 28 ans)
De là à s'attribuer des rôles de figurant dans de nombreuses oeuvres peintes ou gravées, il n'y avait qu'un pas.
Deux exemples :

La clémence de Titus, 1626 (âge : 20 ans)


Ecce Homo, 1636 (âge : 30 ans)

(Voir par là ce que je disais à propos de cette gravure.)
S'il était sans doute important de se vendre, d'assurer sa promotion à vingt ou trente ans, pourquoi le peintre a-t-il continué de se représenter alors qu'il était riche et célèbre ? On compte quand même quarante à cinquante peintures, trente-trois gravures et sept dessins, qu'il s'agisse d'autoportraits déclarés ou dissimulés dans des oeuvres de commande traitant des sujets les plus divers. Ces chiffres sont sans cesse contestés ; certains "experts" arrivent à comptabiliser une centaine d'oeuvres. Mais peu importe. Jamais personne ne s'est autant représenté à cette époque et on n'est plus à une dizaine d'autoportraits près.
Parmi ceux-ci, cette gravure inspirée par Titien :

1639 (âge : 33 ans)

Portrait présumé de l'Arioste par Titien, 1508
… et cette peinture inspirée de Raphaël :

1640 (âge : 34 ans)

Baldassare Castiglione par Raphaël, 1514-1515
Plus tard, la vieillesse venue, il se contentera d'une blouse de travail. Il n'aura plus besoin de se montrer richement vêtu ni de se mesurer aux Italiens, son statut de peintre reconnu - quoique ruiné - lui suffira.

1660 (âge : 54 ans)
On peut parler de ce besoin de se comparer aux grands maîtres, de ce besoin de s'affirmer, de dire que dans son cas le sacro-
saint voyage en Italie était inutile. On peut parler aussi de narcissisme, tout simplement, et s'arrêter là.
On peut également penser, comme il a beaucoup été dit, que la démarche de Rembrandt est identique à celle de Montaigne quand il écrivit : Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. (Essais, livre III, chapitre 2.)
On peut échafauder des tas d'hypothèses et pourquoi pas celle-ci, pendant qu'on y est :
Rembrandt n'était pas un Apollon. Il était affublé d'un zoeil qui disait zutre à l'autre (voir ce que j'en disais par là) et d'un nez en forme de pomme de terre à faire du stoemp.

1629 (âge : 23 ans)

1631 (âge : 25 ans)
Mais on n'a jamais, à ma connaissance, évoqué son apparence dans son entièreté. Et pourtant ! Jetons donc un oeil (et le bon) sur le physique du bonhomme :

1631 (âge : 25 ans)
On s'aperçoit que notre génie était singulièrement petit. Que l'on compare sa taille avec celle du chien ! (Tiens, encore un cabot, pfff…) On remarquera aussi ses bras courts, sa tête grosse, son bedon bedonnant.
Ces diverses caractéristiques se retrouvent sur nombre d'autres oeuvres, dont voici deux illustrations :

1634 (âge : 28 ans)

1636 (âge : 30 ans)
De là à penser que notre ami était bourré de complexes, il n'y a pas loin. D'où un besoin incessant d'affirmer son image. Un besoin qu'il reportait même sur les autres, si on en juge par ces deux portraits d'Ephraim Bueno, voisin de Rembrandt.

Le docteur Ephraim Bueno, 1647

L'homme a les bras singulièrement courts, lui aussi. Et alors ? Coïncidence ! Bein… On peut en douter parce que Jan Lievens, qui a également gravé le portrait d'Ephraim Bueno, le dessine avec des bras plus longs :

Le docteur Ephraim Bueno, 1647
Quand Jan Lievens accorde à Ephraim Bueno un bras dont la longueur équivaut à trois têtes, Rembrandt se contente de lui octroyer des membres longs de deux têtes un quart seulement. Et l'exemple n'est pas unique :

Portrait de Lieven Willemsz van Coppenol, vers 1658
On peut se demander si cet homme avait les bras si courts, et comparer cette oeuvre avec un autoportrait de 1636 :

Sans doute Rembrandt s'est-il représenté moultes fois parce que son portrait lui servait de carte de visite ; parce qu'il épatait le bourgeois ; parce que ça le rassurait quand il était jeune ; parce qu'il était narcissique ; parce que ça lui servait pour tester sa technique de clair-obscur ; parce que c'était une manière de pratiquer l'introspection au cours des années, parce que par-delà lui-même il s'interrogeait sur la condition humaine. Mais peut-être aussi était-ce un moyen d'assumer son apparence physique peu flatteuse.
Et ce regard toujours lancé face au spectateur, que ce soit dans les autoportraits déclarés ou dissimulés, était peut-être une façon de dire : regardez-moi, je suis ainsi, c'est à ça que je ressemble et pas moyen de faire autrement, vous comme moi devons faire avec et si vous n'êtes pas contents c'est pareil.

1661 (âge : 55 ans)
Et peut-être aussi que tous ces personnages qui nous dévisagent dans les multiples oeuvres de Rembrandt ne sont, finalement, que des autoportraits. Ainsi, la proposition selon laquelle par-delà lui-même il s'interrogeait sur la condition humaine serait inversée. Prenant prétexte de représenter l'être humain dans sa diversité, Rembrandt n'aurait jamais peint que lui-même. Encore et toujours.
Ou peut-être pas.

1669, année de la mort du peintre (âge : 63 ans)
28 novembre 2006
LES PAMÉLAS : LE RETOUR DE LA VENGEANCE
Voici enfin les réponses et les résultats du concours des médors aux Pamélas.
RÉPONSES
Les chienchiens


Le paralytique par Jean-Baptiste Greuze, 1766,
musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg

Le Cabaret de la mère Anthony par Auguste Renoir, 1866,
Nationalmuseum, Stockholm

Le peintre avec sa femme sur la plage de Skagen
par Peder Severin Krøyer, 1899,
Collection Hirschsprung, Copenhague

Les Ménines par Diego Velázquez, 1656,
Musée du Prado, Madrid
Les cabots


The Hay Wain par John Constable, 1821,
National Gallery, Londres

La carriole du père Junier par Henri Rousseau, 1908
musée de l'Orangerie, Paris

Portrait d'un chevalier par Vittore Carpaccio, 1510,
collection Thyssen-Bornemisza, Madrid

Heriot's Hospital, Edinburgh, par William Turner, 1819,
National Gallery of Scotland - Edinburgh
Les toutous à sa mémère


Portrait de dame avec un petit chien par Lorenzo Costa,
vers 1500, Royal Collection, Windsor

Portrait de Coco Chanel par Marie Laurencin, 1923,
musée de l'Orangerie, Paris

Femme nue au chien par Gustave Courbet, 1861-1862,
musée d'Orsay, Paris

Lady Elisabeth Delmé et son enfant par Sir Joshua Reynolds,
1777-1780, National Gallery of Art, Washington
Les clébards génétiquement modifiés


Bonjour Monsieur Gauguin par Paul Gauguin, 1889,
Narodni Gallery, Prague

Le chien par Francisco Goya, 1821-1823,
musée du Prado, Madrid

Visitation par Rogier van der Weyden, 1445,
Museum der Bildenden Künste, Leipzig

Nature morte par Frida Kahlo, 1951,
Galeria Arvil, Mexico
RÉSULTATS
Le grand gagnant est… ratatatataaaam…
UNTEL ! qui, en date du 19 novembre, a fourni toutes les bonnes réponses.
Vient ensuite GOOGLE (ou Goût Gueule) qui s'accomplit hautement de sa tâche le lendemain.
Le lendemain également, mais beaucoup plus tard, ce fut au tour de KEZ AKO de circonscrire les affreux médors.
JO avait fourni quinze bonnes réponses sur seize (ah ! le Frida Kahlo…), DOM et SOPHIE P. en avaient chacune fourni un assez grand nombre mais pas la totalité.
Or donc, UNTEL a l'insigne honneur de gagner un cadeau qui, j'en suis sûr, lui sera d'une utilité telle qu'il se révélera bientôt indispensable…
Allez, pour finir, trois images de vies de chien comme on aimerait en voir moins souvent :



27 novembre 2006
LE BON SAMARITAIN ET LE CHIEN
En 1633 Rembrandt réalise cette eau-forte rehaussée de burin, le bon Samaritain (Luc, 10. 30-35).
Un homme, qui s'en allait de Jérusalem pour se rendre à Jéricho, se fait rouer de coups par des bandits qui le dépouillent et le laissent pour mort. Un prêtre puis un lévite passent, et l'ignorent. Vient un Samaritain qui bande les plaies de l'homme, le charge sur son cheval et le dépose dans une hôtellerie. Le lendemain, il donnera de l'argent à l'hôtelier et promettra de revenir dans plusieurs jours pour payer tout ce que le blessé aura consommé.

Ici, le bon Samaritain arrive à l'auberge. Il s'entretient avec l'hôtelier pendant qu'un valet tient la bride du cheval et qu'un autre descend l'homme blessé de la monture. En haut à gauche, un homme à la fenêtre. En bas à droite, une femme puise de l'eau. Et un chien chie, là, plus bas à droite et au premier plan.
On peut noter quelques détails un tantinet bizarroïdes :
- le cheval a été déplacé ; on voit (sur l'image en grand format seulement) que la tête de l'animal avait été tracée plus à gauche, très près de la tête du jeune valet ;
- la jambe gauche du valet qui s'occupe de l'homme blessé est beaucoup trop à droite par rapport à son corps ; la tête et l'épaule du valet ont-elles également été déplacées ?
- l'homme à la fenêtre semble regarder la scène, sauf qu'il n'en est rien ; il regarde en direction de la femme puisant de l'eau, bien qu'il ne puisse la voir ;
- que signifie ce chien qui chie (tout comme la femme, il n'apparaît pas dans le texte de la parabole) ?
Pour tenter de répondre à ces questions, on peut se pencher sur la toile datée de la même année, qui représente le même sujet :

Malheureusement, cette peinture ne nous aide guère :
- la tête du cheval a une position encore différente ;
- les jambes du valet présentent la même absurdité ;
- le chien est absent.
Alors se pose la question suivante : la gravure a-t-elle été réalisée avant ou après la peinture ? On peut penser qu'en toute logique elle a été réalisée après, et son inversion confirme ce sentiment. Sauf que le chien, hein ? Pourquoi est-il sur la gravure et pas sur la peinture ?
On a supposé un temps que le cador a été ajouté par un élève de Rembrandt. Pourquoi pas ? Mais pourquoi ?
Le chien apparaît également dans un dessin préparatoire de Rembrandt qui date de 1642-45, soit environ dix ans plus tard :

On trouve également ce médor dans un dessin exécuté par Willem Drost, élève de Rembrandt :

Le chien est donc apparu, à un moment ou un autre, dans le traitement de ce sujet. Sur la gravure réalisée après la peinture ? À moins que le chien ait été volontairement omis de la peinture - réalisée après la gravure - pour ne pas choquer. Ce regret se manifeste peut-être dans la réapparition du chien sur des dessins postérieurs traitant du même sujet… Connaîtra-t-on jamais le fin mot de cette histoire de clébard ?
(Ce billet est dédié aux Pamélas, évidemment !)
23 novembre 2006
MESSAGE À CARACTÈRE HAUTEMENT PROMOTIONNEL
Samedi 25 novembre je dédicacerai à partir de 16 heures deux de mes bouquins au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, sur le stand des Éditions Møtus au premier étage dans le petit carré rouge à gauche :

LA PETITE FILLE QUI MARCHAIT SUR LES LIGNES
Texte de Christine Beigel , illustrations de ma pomme :
Cliquez sur les images pour les voir en plus grand

À partir de 5 ans


OÙ VONT LES OMBRES ?
Texte et illustrations de ma pomme :

À partir de 5 ans


J'avais parlé de ces deux bouquins ici et là.
Sur le salon, vous pourrez faire également l'acquisition de la série Lila et Lin co-écrite sous le pseudonyme commun de Bruce Litchi avec ma complice Christine Beigel, et publiée aux Éditions Magnard. Le tome 5 est paru ce mois-ci :





Pour les 8-12 ans
Si vous n'en avez pas assez, vous pouvez également acquérir Akouti les-Yeux-clairs, roman qui vient d'être réédité chez Hachette au Livre de Poche Jeunesse :

Pour les 8-12 ans
Et si vraiment vous êtes insatiables, voici deux albums tout récemment parus à la Réunion des Musées nationaux, Pluie de plumes et Sitâ au royaume d'Agra, illustrés par Marie-Geneviève Thoisy :


À partir de 5 ans
Ah mais je viens de m'apercevoir que la RMN n'était pas présente au Salon. Pfff…
Vous voulez un lot de consolation ? Vraiment ? Allez, un roman ancien qui a la chance de n'être pas épuisé, la Maladie bleue publiée aux Éditions du Seuil :

À partir de 14 ans
et pour les lecteurs de la Boîboîte exxxclusivement,
je dédicacerai tous ces bouquins
au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil
(métro Robespierre),
sur le stand des Éditions Møtus
samedi 25 novembre à partir de 16 heures.
Même ceux qui ont été publiés ailleurs.
Même que je ferai des bôdessins avec des jolies couleurs
sur La petite fille et Où vont les ombres ?
Voualààà…
22 novembre 2006
LE REGARD LOUCHE DE REMBRANDT - réédition
Réédition d'un ancien billet, en attendant la seconde partie de ma réflexion sur Rembrandt et les visages.
Je viens de découvrir cette dépêche de l'AFP Washington, datée du 17 septembre 2004 :
Regard asymétrique:
une des clés du génie de Rembrandt
Scrutant le regard de Rembrandt dans ses nombreux auto-portraits, une neurobiologiste américaine pense que le grand peintre hollandais du 17ème siècle souffrait d'une asymétrie oculaire qui lui permettait de convertir naturellement le monde tridimensionnel en images plates.
Une vision stéréoscopique permet de percevoir la profondeur des champs optiques et requiert un alignement parfait des deux yeux.
Mais pour des artistes, cette vue tridimensionnelle normale pour la grande majorité des gens complique la représentation de scènes sur une toile ou une feuille de papier, explique Margaret Livingstone, une neurobiologiste de l'Université de Harvard (nord-est), auteur de ces travaux publiés dans la revue médicale The New England Journal of Medecine datée de jeudi.
Pour ceux ne pouvant pas percevoir la profondeur du champ comme c'était apparemment le cas de Rembrandt, ce défaut de la vision n'est ainsi pas un handicap tout au contraire, poursuit Margaret Livingstone.
Les professeurs d'art conseillent souvent à leurs étudiants de fermer un oeil de manière à aplatir ce qu'ils voient pour mieux le reproduire, explique-t-elle. Cette scientifique est parvenue à cette conclusion en examinant des photos à très haute résolution de 36 auto-portraits du maître hollandais, dont 24 toiles et 12 lithographies.
Toutes ces oeuvres, à l'exception d'une, montrent toujours l'oeil du côté gauche regardant bien en face tandis que le droit dévie latéralement, affirme-t-elle.
Preuve qu'il s'agit bien d'une caractéristique anatomique réelle, sur les lithographies, où l'image imprimée est inversée, c'est l'oeil à droite qui dévie et celui à gauche qui regarde droit, ajoute Mme Livingstone.
Quelques remarques :
1/ Cet article a été écrit avec un balai à chiottes, m'est avis qu'il a été traduit avec un moteur automatique du style Babel Fish.
2/ On y parle de lithographies. Ce procédé de reproduction a été inventé à la toute fin du XVIIIème siècle. Rembrandt, tout génial qu'il fut, n'y eut donc jamais accès. Il fit en revanche de très nombreuses gravures sur cuivre, des eaux-fortes principalement.
3/ On nous annonce comme un scoupe le fait que Rembrandt louchait. La chose est connue depuis au moins trois cents cinquante ans, il suffit de regarder ses autoportraits pour s'en rendre compte. Pas besoin d'être neurobiologiste en mal de publicité.


4/ S'il est vrai que l'on conseille aux débutants en dessin de fermer un oeil pour annuler la profondeur de champ (perdre la troisième dimension), chez toute personne qui dessine régulièrement cette réduction à deux plans se fait de manière inconsciente, sans avoir à fermer l'oeil. La particularité oculaire de Rembrandt ne présente donc aucun avantage particulier.
5/ S'il suffisait de loucher pour être génial, ça se saurait.
En conclusion, cet article est nul et cette neurobiologiste nous prend pour des billes.

Rue Transnonain, le 15 avril 1834 par Honoré Daumier
lithographie
Lithographie : Procédé inventé à la fin du XVIIIème siècle par l'allemand Aloys Senefelder, qui utilise l'antagonisme entre les corps gras et l'eau.
Mode d'emploi express :
A l'aide de crayons gras spéciaux (crayons lithographiques), on exécute un dessin sur une pierre calcaire à grain très fin. Puis, sur toute la surface de la pierre, on étend un liquide composé d'acide azotique faible et de gomme arabique. Une réaction chimique se produit, rendant la pierre nue inapte à recevoir l'encrage (seules les parties dessinées recevront l'encre). Une fois la pierre sèche, on la nettoie, on l'encre, on pose dessus une feuille de papier, on passe le tout sous la presse.

La petite tombe par Rembrandt, 1652,
eau-forte rehaussée de burin et de pointe-sèche
Eau-forte : Procédé inventé au XVème siècle, pour concurrencer la gravure au burin.
Mode d'emploi express :
On recouvre de vernis une plaque de cuivre. Quand il est sec, on dessine sur le vernis à l'aide de pointes. Ces pointes ôtent le vernis, mettent le cuivre à nu. On plonge ensuite la plaque dans un bain d'eau-forte (acide nitrique ou perchlorure de fer).
L'acide va creuser le cuivre là où il n'est plus protégé par le vernis.
On nettoie ensuite la plaque, on la recouvre avec une encre qui a la consistance d'une pâte, on enlève l'excédent afin que restent encrées les parties gravées.
La planche de cuivre est posée sur une presse, on pose dessus une feuille de papier humide, on imprime.
La gravure à l'eau-forte est un procédé très riche. Il présente beaucoup de variantes, de subtilités que je ne pourrai expliquer ici faute de temps !

Le lit à la française (avec une bizarrerie…), 1646,
eau-forte rehaussée de burin et de pointe-sèche
Lien
L'excellent site canadien cybermuse explique en détail, avec images à l'appui, les techniques de la lithographie et de l'eau-forte.
21 novembre 2006
AU NOM DU PÈRE ET DE LA WINCHESTER
Allez hop, une seconde fournée de Christs dignes de figurer dans des boules avec de la neige dedans. Dont une qui dépasse toutes les autres.
Un de ces quatre, je publierai encore des images de ce style, deux séries que j'aime bien malgré tout.



Passons maintenant aux choses sérieuses :



Arg !

Et encore un Jésus frappeur :

Et encore un lion :

Et voilà la gratinée :

Je vous avais prévenus…
Bon, très bientôt un article sérieux sur le kitsch non armé.
18 novembre 2006
AU NOM DU PÈRE ET DU KITSCH…
Les peintures et gravures bibliques de Rembrandt, c'est bien joli mais dans le domaine, il n'y a pas que ça.
Voici donc quelques images issues de ma collection d'horreurs. Des allemandes de la fin du XIXème (que j'aime bien, en vérité), des espagnoles ou mexicaines, et des zétazuniennes.














Si vous en voulez d'autres, des kitscheries, n'hésitez pas, j'en ai encore en stock et je vous ai évité les pires !
17 novembre 2006
REMBRANDT, DES VISAGES
Avec la complicité de ma muse.
Dans les oeuvres religieuses de Rembrandt, on trouve parfois un personnage qui se tient le menton ou la joue. Ce n'est pas un hasard, il s'agit d'un code iconographique connu qui est censé nous montrer quelqu'un de perplexe, réfléchissant sur l'aspect éphémère de la vie ou effrayé à l'idée que Dieu puisse apparaître soudain.
Deux exemples italiens :

Saint Jérôme par Andrea Bonaiuti (Andrea da Firenze),
fresque de la chapelle espagnole de Santa Maria Novella, Florence, 1365-1368

Saint Jérémie, plafond de la chapelle Sixtine
par Michel-Ange, 1512
Chez Rembrandt, cette tradition donne ceci :

La prédication de saint Jean-Baptiste, 1634
Vous ne le voyez pas, le personnage qui se tient le menton ? Regardez mieux, c'est par là :

Et ce gars-là n'est pas n'importe qui, mais j'en reparlerai plus tard. Sur une gravure maintenant, un autre personnage pensif qui se tient le menton ou la joue :

Les cent Florins, eau-forte, pointe-sèche et burin, 1643-1649
Celui-là est plus facile à repérer :

Il en est un troisième qui se tient aussi le menton et semble plongé dans un abîme de réflexion, mais qui ne participe pas à la même tradition :

Il s'agit du jeune homme riche qui voulait obtenir la vie éternelle et à qui Jésus a dit :
« Tu es en retard seulement de ceci : va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, tu auras un trésor au ciel. Puis viens et suis-moi. » À cette parole il est assombri. Il s'en va, attristé : oui, il a de nombreuses possessions. Marc, 10.17, traduction d'André Chouraqui.
Et Rembrandt le met encore plus en retard, puisqu'il le fait s'asseoir et réfléchir.
À ne pas confondre, donc, avec le type qui se tient le menton et qui est une figure classique. La même qu'on retrouve chez Michel-Ange quand il peint des personnages avec un doigt dans leur barbe (voir son Moïse).
Sauf que Rembrandt détourne le truc de deux manières.
1. Il se représente lui-même :


Autoportrait de 1634

Portrait de la mère de Rembrandt à la bouche pincée,
eau-forte, 1628
… en n'oubliant pas d'inclure sa mère à sa gauche.
2. Il montre un personnage qui nous regarde, nous, spectateurs. On trouvera, plus loin à droite, un autre figurant à droite qui nous regarde également mais sans se tenir le menton :

Ces personnages nous dévisageant, on en trouve des tas dans les zeuvres de Rembrandt. Dans Ecce Homo, par exemple :

Ecce Homo, 1636
Un homme ici :

Cinq hommes là :

Celui du centre, encore une fois, n'est autre que Rembrandt. Et en bas à gauche, un autre autoportrait de profil :

Rembrandt imagine l'aspect qu'il aura dans une vingtaine d'années. Et il ne se trompe pas de beaucoup ! Il suffit de comparer avec cet autoportrait daté de 1659 :

En 1634, deux ans avant la gravure d'Ecce Homo, il avait déjà tenté la même expérience avec ses deux versions peinte et gravée de la Descente de croix où il apparaît, là aussi, plus vieux qu'en réalité :



Allez, encore un exemple, assez célèbre celui-là. Rembrandt s'est également glissé en arrière-plan de la Ronde de nuit, qui s'appelle en réalité la compagnie du capitaine Frans Banningh Cocq et qui date de 1642 :


On ne voit que son oeil droit et son béret, mais c'est bien suffisant pour le reconnaître.
Pourquoi un homme a-t-il jugé bon de faire son autoportrait déclaré sur nombre de gravures et de peintures ? Pourquoi s'est-il également représenté, de manière plus ou moins dissimulée, dans plusieurs autres oeuvres ? Pourquoi dirige-t-il à peu près toujours son regard vers nous ? Pourquoi d'autres personnages nous dévisagent-ils ?

Joseph racontant ses songes, 1638

Le Triomphe de Mardochée, 1641

On essayera de débroussailler tout ça dans un prochain billet…

Autoportrait de 1630
16 novembre 2006
8 604 431 000

Peinte en 1513 par Gaudenzio Ferrari (1475-1546), la fresque de l'église Santa Maria delle Grazie à Varallo Sessia (Italie) nous montre la vie du Christ en vingt et un épisodes :

L'Annonciation

La Nativité

L'Adoration des Mages

La Fuite en Égypte

Le Baptême de Jésus

La Résurrection de Lazare

L'Entrée à Jérusalem

La Cène

Le Lavement des pieds

Jésus à Gethsemani

Le Baiser de Judas

Jésus devant Hérode

Jésus devant Pilate

La Flagellation de Jésus

La Condamnation

La Montée au Calvaire

Le Portement de Croix

La Crucifixion

La Déposition

La Descente de Jésus aux Enfers

La Résurrection
Ces images sont bien petites, et on aimerait voir de plus près cette fresque qui mesure vingt-six mètres de long. Qu'a cela ne tienne ! Approchons-nous de l'Adoration des Mages :

Et de l'enfant Jésus :

Puis de sa mère :

Encore plus près :

Encore plus près :

Les cils de la Vierge, et l'Adoration des Bergers, et les vingt autres épisodes de la vie de Jésus (dont celui de la Crucifixion, quatre fois plus grand que les autres) constituent une seule et même photographie. Sa taille est de 8 604 431 000 pixels
(8,6 GigaPixels) et nous sommes là devant la plus grande image du monde au monde disponible sur le ouèbe.
Pour la regarder en détail, s'y promener, errer (et y trouver un chien !), il suffit de se rendre sur hall9000iconos.
Merci à la Paméla en ticheurte L qui m'a communiqué cette adresse.
13 novembre 2006
ZIZIQUE POUR LA KOZ'
Drigne ! Drigne !
— Allô M'sieur KA, on fait un truc sur les blogues pour l'anniversaire de Kozlika. Tu participes ?
— Bien sûr ! Mais qu'est-ce que j'vais faire ? Chais pas
quoi faire ! Ah ! Un truc sur les pochettes de disques des chanteuses d'opéra, tiens, puisque c'est son truc à elle les chanteuses d'opéra.
— D'ac ! N'oublie pas, c'est lundi.
Cligne !
Bon… Les pochettes de disques des chanteuses d'opéra. Pas facile, elles sont toutes plus moches les unes que les autres, c'est le summum du ringard si on oublie les fausses croûtes chinoises Souvenir de Paris.
Et puis d'abord c'est quoi ses chanteuses préférées à la Koz ? Ouais ça je sais, c'est Natalie Dessay et Anna Moffo. Allez hop, cherchons sur le ouèbe…
Arg ! C'est bien ce que je craignais :


Laquelle des deux est la plusse piiire, on se demande. Avec l'autographe qui tue pour satisfaire les mélomanes fétichistes. Ouaf ! Cherchons autre chose… Ah oui, Cecilia Bartoli ! C'est aussi une chanteuse d'opéra, il me semble. La mère d'une de la Starac, Jenifer Bartoli. Allez hop, cherchons sur le ouèbe…
Ah ! J'ai touvé la perle rare, la réincarnation de la Castafiore !

Oh pis non… Continuons à chercher…
Et voilà l'travail ! Une image certes pas très originale, mais à partir de laquelle je peux gribouiller deux mots et demi :


Dans ce disque, la Cecilia interprète des airs baroques de Haendel, Scarlatti et Caldara. Pourquoi a-t-elle été photographiée ainsi ?
Pour faire un clin d'oeil à la scène de La Dolce Vita de Fellini au cours de laquelle Anita Ekberg entre dans le bassin de la fontaine de Trevi à Rome.

Et quel rapport avec ces airs baroques qu'elle interprète et qui étaient chantés à l'origine par des castrats ? La Cecilia n'en dit rien dans cette intervioue publiée par ResMusica, mais un aimable lecteur (voir dans les commentaires) précise que le livret du disque fournit une assez longue explication selon laquelle Fellini affirmait que La Dolce Vita, « de par sa transfiguration continue et son aspect figuratif, paraît vraiment baroque ».
Admirons donc, encore une fois, la baroque Anita, ainsi que deux affiches d'époque du film.



Drigne ! Drigne !
Ah excusez-moi, on m'appelle.
— Allô M'sieur KA, alors ça avance ce billet ? On te connaît, hein, on sait qu'il faut toujours te pousser.
— Pfff… J'ai presque fini. C'est sur Cecilia Bartoli, même que j'ai trouvé un fichier MP3 du disque dont auquel je cause de la couverture.
— Malheureeeuuux ! La Koz déteste Cecilia Bartoli ! Elle ne supporte pas sa voix une seconde, t'as qu'à lire ce qu'elle en dit par là dans le commentaire n°14.
— Damnaide. Oui bon alors je fais quoi maintenant ?
— Tu te démerdes, coco, tu te démerdes… Je te rappelle que ses gouailleuses préférées sont Natalie Dessay et Anna Moffo. An-na Mof-fo.
Cligne.
Crotte de bique au caramel ! Que de temps perdu ! (En vrai j'ai pas dit ça comme ça.) Et si je lui balançais un bout d'ma collec de vieilles affiches d'Une Nuit à l'Opéra des Marx Brothers ? Elle ne peut pas ne pas aimer les Marx, la Koz. C'est une femme de goût, la preuve elle porte des cuissardes.




Mais soudain le doute m'étreint de 21h37 et je me précipite vers mon téléphone :
Drigne ! Drigne !
— Allô Madame la Muse ? J'ai un problème (et patati et patata).
— Te casse pas le chou mon chou, prends ton air genre Woody Allen, fais ton billet avec la Cecilia et avec les Marx aussi et ça passera comme une fleur.
— D'ac. Merci Madame la Muse.
Cligne !
Bon voilà, espérons…
Ah ! Quand même, j'allais presque oublier, un p'tit peu de zizique pour toi, Koz. Et…
Anna Moffo dans Caro nome, extrait du Rigoletto de Verdi.

Lien
Dix morceaux interprétés par Anna Moffo par là.







