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31 janvier 2007

QUAND JE REGARDE L'ŒUVRE DE BRUEGEL L'ANCIEN

Et si on s'arrêtait un instant pour regarder des images en musique ?

Joe Dassin évoqua Marie Laurencin dans l'Été indien (les paroles du chédeuvre) ;




Portrait de Coco Chanel par Marie Laurencin, 1923



France Gall en fit autant avec Cézanne peint (les paroles du chédeuvre) ;




Nature morte par Paul Cézanne, 1895



Lio interpréta Mona Lisa (les paroles du chédeuvre et des Joconde à la pelle sur The Mona Lisa on the Web) :




Mona Lisa par Andy Warhol, 1963



Dans un autre genre, David Bowie composa et interpréta Andy Warhol pour l'album Hunky Dory (les paroles et un extrait musical par là) :




Autoportraits par Andy Warhol, 1966.



Mais tout ça n'est rien, non, rien comparé au travail de Michel Farinet, auteur, compositeur et interprète de Quand je regarde l'oeuvre de Bruegel l'Ancien.

La Boîte à Images n'est pas peu fière d'offrir ce cadeau aux vrais esthètes doublés d'authentiques mélomanes qui apprécieront tout autant la voix aux accents envoûtants, le texte profond, et la déli-
cate richesse des accords nés d'un synthétiseur Technics Matsu-
shita KN3000
.













La chute d'Icare, vers 1558
(j'en ai parlé par là)




Le combat de Carnaval et Carême, 1559
(j'en ai parlé par ici et par là)




La chute des Anges rebelles, 1562




La tour de Babel, 1563




Les Chasseurs dans la neige, 1565
(j'en ai parlé par là)




Paysage d'hiver avec patineurs et piège à oiseaux, 1565
(j'en ai parlé par ici)




La prédication de saint Jean-Baptiste, 1566
(j'en ai parlé par là)




La noce des paysans, 1568




La danse des paysans, 1568.

26 janvier 2007

LA BOÎTE À RÊVES - 8 - les textes

Neuf participants pour cette huitième Boîte à Rêves.

Or donc :


RAPPEL DES CONTRAINTES

Il fallait écrire une fiction à partir des trois photos ci-dessous et en utilisant trois phrases tirées au sort dans Goupil le renard de Goethe (version lourde) ; ou bien écrire à partir d'une de ces trois photographies et d'une de ces trois phrases (version légère). Le texte n'excédant pas 3 000 signes.

Les trois images avaient été publiées dans cette version épurée :





Les voici maintenant dans leur version originale :



Nintendo DS - Communion Day
Photo de Max & Douglas



The Lowry Museum - Rock'n'Roll at the Lowry
Photo de Paul Moffat



Scuola Calcio A.S (école de football italienne)
Photo de Riccardo Bagnoli


Les trois phrases étaient les suivantes :
• Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps.
• Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies !
• Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère.



LES TEXTES


Léa reste figée. Elle sent bien que derrière elle, Tim essaye de lui soulever la jupe.
Mais pour l'instant elle ne bougera pas. Persuadée que si elle se retourne c'est à ce moment-là que le photographe déclenchera son appareil.
Elle ne veut pas gâcher cette apparence de souvenir heureux. Elle voudrait qu'elle, au moins, soit irréprochable.
Pas comme Marie, sa grande sœur, la mariée du jour qu'elle vient de surprendre avec l'oncle Henri dans une position pour le moins acrobatique.
Elle pense à Max, pas encore marié, déjà trompé. Comme dans les films.
Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère.
« Clic ! »
Maintenant elle peut.
« Clac ! »
Tim pose sa main sur sa joue pour calmer le feu de la gifle que Léa vient de lui administrer.

Henri s’interroge devant la photo d’un jeune bellâtre.
Qu’est-ce qu'elle peut lui trouver, à lui, vieux croûton ?
Non seulement sa jeune nièce est infidèle à son jeune et beau mari, mais en plus elle a choisi comme amant un vieux croûton, un vieux tonton.
Ça fait quelques mois maintenant qu'elle a pris l'habitude de lui rendre visite sur son lieu de travail, au musée.
Le temps d'une galipette, l'absence à son poste de gardien ne se remarque même pas.
Mais cela ne peut plus durer. Il faut mettre fin à cette relation incestueuse.
Il lui a acheté des fleurs pensant que cela atténuerait la rupture...
Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies !
C'est la voix de Max. Henri est pétrifié. Il sent un objet appuyé sous son omoplate gauche.
Il lâche les fleurs...
Max éclate de rire :
— Oh tonton, calme toi, c'était pour rire.
Blême, Henri se retourne :
— Marie m'a dit de passer pour te proposer de venir diner à la maison.
— ...
— Des fleurs ? Pour Marie... C'est gentil...
— ...
— ... Calme toi je te dis. C'était pour rire !


— Incapable... Pourquoi tes parents te payent des leçons de tennis ? Je perds mon temps a essayer de t'apprendre quelque chose. Allez file ! Et réfléchis avant de revenir... C'est peine perdue si tu continues à être aussi nul !
Tim part en pleurant. Max s'assoit sur le banc. Depuis ce matin, il se sent mal. Pourquoi Henri avait l'air aussi apeuré ? Et ces fleurs...
Et la fois où il est entré dans la cuisine, cette impression de déranger.
Mais Marie... Son oncle... C'est pas possible… Et pourtant... Cela expliquerait tant de choses...
Il se lève « Oui c'est clair !» Il pointe sa raquette vers un ennemi imaginaire : Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps.
Marie, guillerette, entre sur le court.
— Tu parles tout seul, mon chéri ?
Elle embrasse Max sans attendre de réponse. Il reste de glace. Elle ramasse les balles.
— Tu viens faire les courses avec moi ? Tu sais qu'on reçoit tonton ce soir ? Je voulais aussi inviter notre voisine, ils ont le même âge, je suis sure qu'ils peuvent faire un très beau couple !
— Ah, tu penses ?

SOFI FI

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Mon Musée

Imaginez que vous vous trouviez dans une retraite isolée (sommet himalayen, désert de Gobi, satellite de Saturne…). Que ressentiriez-vous si, inexplicablement, vous trouviez au sol de cet endroit une boîte avec vos dents de lait, une vieille photo de classe ou l’album d’images offert pour vos six ans ? Un tel mélange de nostalgie, de stupeur et d’angoisse constitue désormais ma tonalité émotive habituelle, tandis que j’arpente les couloirs de mon Musée.
Je dis « mon Musée » parce que toutes les pièces exposées se rapportent invariablement à moi, à ma vie, à mon passé. Une enfilade labyrinthique de salles pleines de vitrines et tapissées de cadres. Sous les photos, on m’a prêté des réflexions pseudo humoristiques, comme certains parents peuvent en noter dans les albums de famille : les betteraves, j’en bave ! (photo d’un de mes repas de nourrisson) ; Brigand ! L'heure de ta mort est arrivée ! Rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies ! (un instantané de moi et d’un autre enfant luttant avec des épées de bois).
À certains endroits sont exposées des pièces plus conséquentes, comme dans cette salle obscure où un vidéo-projecteur passe en boucle contre le mur blanc le film de ma première communion (on m’y repère sans problème : je suis le seul garçon à n’être pas vêtu de noir). Ou bien, suspendue dans un escalier, l’unique raquette de ma brève carrière de tennisman – je me souviens de ce terrain couvert sinistre où j’échangeai deux douzaines de balles avec un moniteur exigeant avant de faire une des plus mémorables crises de nerfs de mon existence.
Plus loin, une photo en compagnie d’une femme. Elle, le visage enfoui dans ses mains, moi, debout l’index levé et l’air grandiloquent. Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps, dit la légende. Soit on se fout de moi et je n’ai jamais rien prononcé de tel, soit je m’avançais beaucoup, car j’ai complètement oublié cette histoire.
Je dis des choses comme « oublié », « souvenir », mais je me demande si j’ai vraiment vécu tout ça, ou si les images m’en ont persuadé. Je crois faire craquer les lattes du plancher, quand je promène dessus mes croquenots. Je suppose qu’il y a un corps dans ce costume de gardien qui erre seul à travers les couloirs du Musée.
Ce matin cependant, l’impensable est arrivé. À l’improviste, je me suis trouvé face au portrait de quelqu’un d’autre que moi, d’un inconnu avec lequel je ne me connais aucun rapport. Au pied du mur, sous la photo, un bouquet de jonquilles fraîches. À côté de l’image, la légende : Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère. Quelle vérité ? Si je suis le gardien du Musée, est-il le cerbère qui en condamne la sortie ? Est-ce que je saurais me mettre dans une terrible colère, après tout ce temps ? Pour le moment, j’ai glissé le bouquet dans ma poche, et levé vers le visage photographié un regard reconnaissant.

GILLES F.

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C'était un petit matin brumeux. Alors que je me promenais, je m'arrêtai devant une cour intérieure où une petite chorale d'enfants, en répétition, chantait : Je le jure sur ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps.
Reprenant mon chemin, j'arrivai à cette galerie dont j'avais entendu parler. M'attardant devant un portrait, un type bizarre en uniforme m'aborda. Il louchait et me murmura : Brigand ! L'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies ! Puis il sortit un bouquet de jonquilles et me gifla avec.
Enfin, il me tendit la photo d'un enfant en pleurs parmi des balles. Je la retournai et je m'aperçus que le papier était du bristol au dos duquel était écrit en lettres d'or : Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère.
À ce moment-là.....mais alors là.....eh bien... je me réveillai en nage : la Boîte à Rêves avait viré au cauchemar, et je me promis de ne plus manger de champignons le soir.

UNTEL

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BILLE DE CLONE - Une aventure de Sam Horton*

Je présentai mon plus beau profil à la webcam, sachant que mon visage de playboy occuperait l'écran géant dans le bureau du Boss. Celui-ci m'apparut vêtu comme l'as de pique, un bouquet de fleurs à gerber coincé sous le coude.
- My name is Horton, Sam Horton, commençai-je...
- Je vous avais reconnu, La Praline.
- La Praline ? Mon code, c'est QQ...
- C'est ce que je disais.
Il disjonctait ou quoi, le Vieux ?
- Vous êtes sapé comme un milord, Chef.
Un peu de lèche n'a jamais fait de mal à personne.
- Je vais à l'enterrement de Georges P.
- Le responsable de "La Disparition" ! m'écriai-je. Mais c'était votre ennemi juré !
- Ah, le fumelard ! Dire que dans ma jeunesse, c'était mon meilleur ami ! Regardez cette photo que je conserve pour attiser ma haine. Le jour de mon mariage, sous le prétexte d'immortaliser l'instant, le bougre nous clona (même pas parfaitement) mon épousée et moi, à l'aide d'un dispositif de son invention planqué dans son appareil. J'étais ivre de rage. Trois d'entre moi tombèrent sur le mauvais plaisant de leurs six bras raccourcis, tandis que leurs bouches hurlaient Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps. Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies et autres calembredaines. Pendant ce temps, le quatrième, murmurant Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère, il récupérait discrètement le cloneur et le glissait dans le manche de la raquette de tennis de Georges qui devait disputer un match après la cérémonie. Je ne vous dis pas la tronche qu'il a tirée quand il a frappé sa première balle. Bon, c'est pas tout, je suis à la bourre...
- Mais... dites-moi, Chef, vous êtes lequel des quatre ?
- Si on vous le demande, vous direz que vous n'en savez rien.

JEAN-LOUIS C.

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* Le personnage de Sam Horton apparut dans la Boîte à Rêves - 7.


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Mon plus beau cliché

Même les rockeurs peuvent souffrir de la calvitie ! Je le savais, ce sont finalement des êtres humains comme les autres. Comment je l’ai su… ça c’est une longue histoire. Je m’en vais vous la conter.

Tout commence en 1962. J’avais alors dix ans. J’était un petit garçon comme les autres… Bref, j’étais une de ces chères têtes blondes sur lesquelless repose l’espoir de ses parents. J’avais un frère - un jumeau (faux jumeau). Nous étions magnifiques, moi petit blondinet et mon frère joli brun (sur la photo 1, je suis le garçon tout à droite, et mon frère est juste à gauche).

Pour être honnête, notre famille n’était peut être pas tout à fait ordinaire : mon père était hanté par une chose, perdre ses cheveux. Pour lui, la calvitie était une tare congénitale, qu’il fallait à tout prix éradiquer de la surface de la Terre. Il allait d’ailleurs régulièrement en expédition pour assassiner tous les chauves qu’il croisait, et enterrait dans le jardin. Heureusement que nous avions du terrain ! Mais hormis ce léger détail, nous étions une famille banale, avec des jeux d’enfants habituels. Plus petit que mon frère, je devenais par là sa victime désignée. Quand nous jouions au tennis, par exemple, il se croyait subitement transporté à Verdun, et me jetait toutes les balles qui lui tombaient sous la raquette. La photo 3 est tirée d'une de ces fameuses parties. Il me les lançait généralement en criant Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies !, ou autres choses du même genre. Nous menions donc notre petite vie d’enfants paisibles.

Puis nous avons grandi. Mon père était conservateur dans un musée, mais aucun de nous ne suivit ses pas. Je devins photographe de meubles pour catalogues de vente par correspondance. Mon frère, lui, resta dans le domaine artistique, mais plus du côté de la musique : il fonda un groupe de rock. Tout allait donc pour le mieux, hormis les petites expéditions nocturnes de mon père. Nous nous y étions faits, que dire… Nous n’y prêtions même plus attention. Chacun d’entre nous vivait sa vie.

Nous nous sommes un peu éloignés, mon frère vivant la vie des nuits parisiennes, moi celle d’un humble photographe provincial, et mon père cultivant son jardin. Nous ne nous sommes pas vus pendant près de trois ans. Un jour, pourtant, de passage à Paris, je décidait de déjeûner avec mon frère. Nous prîmes donc un rendez-vous dans une brasserie. Il était déjà là quand j’arrivais. Je le vis d’abord de loin, mais je le reconnus tout de suite, je l’aurais identifié entre mille. En m’approchant, je vis pourtant qu’il avait changé, surtout au niveau de l’allure. Il ressemblait dorénavant à un vrai rockeur : blouson de cuir et traditionnelle banane… mais je m’aperçus également qu’il y avait autre chose, quelque chose d’indéfinissable que je n’arrivais d’abord pas à situer… quand tout à coup Eurêka ! Je compris… ses tempes se dégarnissaient. Ce fut un choc ! Tout en m’approchant de la table, je songeais à mon père avec des sueurs froides en pensant Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère. Je n’en touchais pas un mot à mon frère. Mais pour moi, ce constat gâcha la joie de nos retrouvailles, d’autant plus que mon père m’avait expressément demandé de prendre quelques photos de lui, pour voir comme son grand garçon avait changé, disait-il. Le cœur lourd je m’exécutai. La photo numéro 2 est tirée de cette série. Ça aurait pu être un moment agréable, mais je ne pouvais m’empêcher de penser à l’ire paternelle, quand il verrait les tempes de mon frère. Puis nous nous saluâmes et reprîmes notre route, chacun de retour vers sa vie.

Je retardai le plus possible le moment de montrer les clichés à mon père. Un jour, pourtant, il finit par les voir. Sa réaction me stupéfia. Il resta calme et froid en disant seulement que son fils avait changé. Un léger tremblement agitait ses mains, mais je n’y pris pas garde… Peut-être n’avait-il rien remarqué. Quelle naïveté ! Le soir même je l’entendis prendre sa voiture pour une de ses expéditions punitives. Il ne revint qu’au petit matin. Je l’entendis pleurer pendant qu’il enterrait le corps. Je n’en fus pas étonné. Un froid glacial envahissait mes entrailles. Au fond de moi, je savais. À ce moment-là, je me dis : Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps. Mais en fait, que voulez vous, je n’eus pas ce cran.

C’était il y a des années maintenant. La photo de mon frère occupe une place d’honneur au musée de mon père. Régulièrement il vient l’orner de fleurs, et passe des heures à le regarder. Dans ses yeux, je peux lire de l’amour, de la fierté, de l’admiration. Mais je n’y vois pas trace de remords. Et moi, quand je regarde cette photo, on peut lire dans mes yeux essentiellement de la fierté. C’est mon plus beau cliché.

CLÉMENTINE S.

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Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps. Ainsi avait parlé Attaman. Jurant par sa si longue fidélité. En effet, Attaman avait été marié de force très jeune lors d'une cérémonie collective aux côtés de trois autres garçons. C’était l’usage au sein du bastion extrémiste "Pureté blanche". Il avait néanmoins eu le bonheur d’épouser Épiphanie. Ensuite, vinrent une vie tranquille car prudente, un fils, un exil. Et le voici de retour pour accomplir les menaces répétées de sa femme: Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère.

Attaman fit payer son forfait au félon. Avant de le hacher menu, il hurla: Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies ! Et le méchant mourut ; de sa fin, ne parlons plus.

Mais quel avait été l'outrage ? Le fourbe avait laissé peu à peu la jalousie ronger son coeur : le bonheur d'Attaman, la douceur d'Épiphanie à la blancheur d'amande et les promesses du fils, le petit Björn, déjà prince des courts. Un jour, le vilain fut cocu, il n’en put plus et tout fut conclu. Après avoir empoisonné sa femme infidèle, il essaya vainement de séduire Épiphanie et, à défaut de ses mains, il tenta de faire courir sur elle de sournoises rumeurs. Toutefois, rien ne prit. Alors, avec un rare sadisme, l'ignoble s'attaqua au fils. Il l'enferma dans un court privé et, pendant trois jours, il le canarda sans relâche de balles de tennis. L'enfant en resortit catatonique.

Björn passa quelques années, hagard, auprès de ses parents quand, nouveau rebondissement, ceux-ci moururent d’une intoxication alimentaire. Orphelin, il fut placé, à quinze ans, au service psychiatrique d’un hôpital de la capitale. Alors qu'il effectuait des allers-retours machinaux quoiqu'en cadencés dans le couloir, il fut repéré par un agent qui visitait une top model en dépression. Sa nouvelle carrière de mannequin le laissa indifférent. Un coup de foudre pour une tenniswoman fut le choc inespéré, cette brûlante passion fit vaciller sa déraison et il eut la force de transformer son traumatisme en art. À partir de morceaux de balles de tennis qu'il déchiquetait lui-même, Björn réalisa des centaines d'oeuvres dont les plus célèbres «Poussin Pudding», «Souf(f)re Vanille», «Jeune phoque en blond», «Monochrome moquette citron». À trente ans, il créa l’événement en recouvrant la Pyramide de Khéops, installation dénommée «Seth gagnant». À quarante ans, il devient un artiste estimé par ses pairs.
A New York, Raymondo, gardien au musée MoMA, attendait patiemment un bouquet à la main. Dans quelques heures, son artiste contemporain favori viendrait inaugurer une salle. Bien sûr, Raymondo appréciait les œuvres exposées mais la période qu’il préférait de l’artiste, c’était sans conteste sa période mannequin.

EGO

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Retrouvailles

Eyh, regardez ! Regardez bien cette photo. À votre avis
oukechuis ? Hmm ? Vi, la ptite brunette avec le noeudnoeud sur les ch’veux, c’est moi. Choupinette hein ? C’était le jour de ma confirmation. Vous avez vu la tête de mon cavalier, Gabriel il s’appelait.
Lire la suite du texte de VROUMETTE.

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21.01.2026 : Dernière nouvelle et pour cause !

Une dépêche de l'ABP * nous informe du décés brutal de Monsieur Kaah Junior, 36 ans.
Héritier du célébre milliardaire ayant fait fortune sur la blogosphère à l'aube du vingt et unième siècle, Monsieur Kaah Junior, blogueur d'Or de l'Année 2021 au festival d'Arromanches, aurait été définitivement déconnecté de la vie réelle par un de ses proches.
Lire la suite du texte de MONETTE*.

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Petite vie d'un autre

Petit, aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un échec vivant. Les souvenirs qui affluent entre mémoire et contes inventés, me ramènent à l'indignité de mes efforts.
À peine né, racontait ma mère d'un air désespéré, j'avais sans réussir, fait plusieurs tentatives pour têter le mamelon tendu, plein d'amour et d'attente. Je me semblais prédisposé aux ratés, il se dérobait, glissait, je le mordais de la mâchoire pour le retenir.
Lire la suite du texte de DOM.

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24 janvier 2007

CÉZANNE P. - 1bis

On ne substitue pas au passé, on y ajoute seulement un nouveau chaînon*.

Cézanne n'a peint que très peu de sujets différents, mais il les a peints moultes fois ! Natures mortes, joueurs de cartes, baigneuses, montagne Sainte-Victoire…

Natures mortes




1888-1890




1893-1894




1895




1895




1895-1900



Dans ces natures mortes, on constate que la perspective est d'abord chahutée :




1888-1890


Le panier, dont l'anse est tordue, ne tient pas sur la table : posé ainsi il devrait tomber ; les bords de ladite table se dispersent sous le torchon ; le point de vue sur la cruche est différent de celui à partir duquel sont représentés les autres récipients ; et enfin, à l'image de toutes les verticales du tableau, le petit pot à lait penche du côté où il va tomber.

Avec une pomme, je veux étonner Paris.

Ensuite, le fond naturaliste disparaît et la perspective itou. Ce ne sont plus que formes géométriques, aux limites de l'abstraction.




1895


Tout dans la nature se modèle sur la sphère, le cône et le cylindre, il faut apprendre à peindre sur ces figures simples, on pourra ensuite faire tout ce qu'on voudra.


Joueurs de cartes
Il existe cinq versions des joueurs de cartes. En voici quatre :




vers 1890




1890-1892




entre 1890 et 1895




entre 1890 et 1895



… probablement inspirées par cette toile de Mathieu Le Nain :






Partant du réalisme, Cézanne supprime des éléments, simplifie progressivement les formes, les repasse au fer, et bientôt ce ne sont plus que des aplats de couleurs.

La lumière et l'ombre sont un rapport de couleurs, les deux accidents principaux différant non par leur intensité générale mais par leur sonorité propre. L'ombre est une couleur comme la lumière, mais elle est moins brillante ; lumière et ombre ne sont qu'un rapport de deux tons.


Les Baigneuses
Il en existe je ne sais combien de versions, en voici deux éloignées de trente ans :




1875-76




1906



Il est probable que la différence entre ces deux œuvres ne semble pas immense à des yeux contemporains. Et pourtant, un gouffre les sépare ! Le tableau de 1906 n'est plus que zones de couleurs, l'érotisme des corps se dissout et Cézanne introduit, là aussi, l'abstraction.

Peindre signifie penser avec son pinceau.


La montagne Sainte-Victoire
« Je viens d’acheter la Sainte-Victoire de Cézanne, déclara Picasso en 1958.
— Laquelle ?
— L’originale », répondit le peintre, qui venait d'acquérir le château de Vauvenargues situé au pied de ladite montagne.

La question de l'interlocuteur de Picasso n'était pas vaine, puisque Cézanne peignit plus de quatre-vingts fois la montagne Sainte-Victoire. En voici cinq :




1882-1885




1885-1887




1897




1904-1906




1904-1906



Vue réaliste à la perspective classique, aplatissement des formes, zones de couleurs vives, géométrisation, prémices de l'abstraction et du cubisme.

Il n'y a pas de ligne, il n'y a pas de modelé, il n'y a que des contrastes, ce ne sont pas le noir et le blanc qui les donnent, c'est la sensation colorée.

On voit par là que Cézanne est le père de la peinture moderne et ses enfants s'appellent Braque, Picasso, Matisse, Kandinsky…


Je suis le primitif d'un nouvel art.



__________
* Citations de Cézanne, bien sûr.

23 janvier 2007

CÉZANNE P. - 1

Entre 1890 et 1894, Cézanne peint la Femme à la cafetière qui est désormais visible au musée d'Orsay à Paris.






Une femme assise, une table, une tasse et une cafetière. Rien que de très banal. Et pourtant, cette toile recèle un secret. Quel est donc ce secret ? Il est là, sous nos yeux, regardez bien…






La femme est construite sur le principe de l'assemblage de trois figures géométriques simples, en tous points identiques à celles de la cafetière. Et pour bien insister sur cette évidence, la femme a les mêmes couleurs que le récipient. Femme et cafetière sont identiques, c'est du pareil au même.

Cézanne dévoile ici au spectateur ce que sait pertinemment n'importe quel peintre : toute forme à dessiner est d'abord un assemblage de figures géométriques simples.

Des formes situées dans un espace, répondant aux sacro-saintes lois de la perspective dont j'ai longuement parlé par ailleurs. Des lois que nous avons tellement intégrées que nous avons fini par les oublier. Aussi, pour nous les rappeler, Cézanne les malmène : avec sa nappe qui pend, il nous donne l'impression que la table est quasiment vue du dessus : où s'arrête le plan horizontal et où commence le vertical ?






De plus, le point de vue déterminé pour dessiner la cafetière n'est pas le même que celui choisi pour tracer la tasse et sa soucoupe dont la ligne d'horizon (c'est-à-dire l'emplacement de notre regard) est situé plus haut. La position quasi-verticale de la petite cuiller continue de donner un aspect d'étrangeté à cette nature morte.

Nous trouvons également chez la femme une variété de points de vue : celui choisi pour son visage n'est pas le même que celui choisi pour les mains.

Et pour casser une trop grande rigueur géométrique qui pourrait ôter toute vie à l'ensemble, Cézanne peint des verticales tendant nettement vers l'oblique. Ce qui, malgré tout, ne nuit pas au hiératisme et à la stabilité générale grâce à d'autres obliques indiquées en sens contraire.






Alors deux questions se posent :
1. pourquoi Cézanne hurle-t-il ce secret de peintre qu'est la simplification géométrique ?
2. pourquoi nous rappelle-t-il les lois de la perspective en les malmenant ?

C'est ce que nous verrons dans le deuxième épisode de cette passionnante saga.

(Mon seul souci, dans cette histoire, c'est que je ne pourrai pas rééditer le catastrophique jeu de mots contenu dans le titre de ce premier billet. Trop dommage…)

20 janvier 2007

C'EST INTÉRESSANT

Pour clore cette petite série japonaise, je m'en vais faire une exception à la règle en parlant d'une exposition en cours, les installations vidéo de Tabaimo à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris.

De son vrai nom Ayako Tabata, Tabaimo est née en 1975. À partir de 1999, elle réalise des installations vidéo à base de dessins animés projetés sur des murs. La Fondation Cartier présente une courte rétrospective de son travail.






Trois installations sont présentées, et l'on peut avoir une idée de quatre autres qui furent filmées et sont projetées sur des écrans.


Japanese Commuter Train, 2001

Le spectateur pénètre dans une pièce composée de six murs, trois à gauche et trois à droite. Sur ces murs est projeté une vue panoramique montrant une ville japonaise, traversée par un train de banlieue aérien.





Ensuite, s'enchaînent plusieurs petites scènes étranges ayant pour cadre l'intérieur de la rame.








Deux vues extraites de cette succession de films :

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand






Sur un plan graphique, le travail de Tabaimo puise à la source des estampes du XIXème siècle. Le traitement des ciels, notamment, est assez caractéristique de cet emprunt aux grand maîtres.

Zones colorées en haut et en bas, comme chez Hiroshige :






Nappes de brouillard clairement délimitées comme chez Hokusai (qu'on retrouve dans les cartes postales du mariage du futur Hirohito, dont j'ai parlé dans le billet précédent) :





Il faudrait aussi parler des poissons empruntés au premier et des fleurs au second, et de tas d'autres citations.



Tabaimo



Hokusai



Les situations contemporaines décrites dans ce train et dans d'autres installations pourraient faire penser que les images de Tabaimo s'inspirent également de la bande dessinée, mais ce serait oublier que la BD japonaise est directement issue de l'art des estampes du XIXème (voir ce que j'en disais par là). En vérité, le trait de Tabaimo me fait penser à un autre artiste, pas du tout japonais celui-là, dont je parlerai plus bas (bein ouais, faudra attendre pour une info exclusive !)


Haunted House, 2003

Le spectateur est placé dans une salle sombre, face à un mur courbe. Dans les écouteurs, une musique sans intérêt. Sur le mur, un cercle qui se déplace de gauche à droite puis de droite à gauche, effectuant un panoramique de 180° sur des immeubles.







Le spectateur est placé dans une situation de voyeur muni d'une longue-vue, épiant la vie de ses voisins : une femme devant son ordinateur, un homme qui assassine son épouse, etc. Cette séquence se termine par un pigeon venant s'écraser sur l'optique de la longue-vue.














Midnight Sea, 2006

Le spectateur se déchausse, entre dans une pièce obscure et s'allonge par terre. Au plafond est projeté un dessin animé, la bande son évoque le bruit de la mer.






Deus scènes apparaissent de manière alternative ou se chevauchent : des vagues qui déferlent et, comme vues à travers l'optique d'un microscope, des animaux marins indéfinis.








L'un d'eux, dont la forme évoque une chevelure, est cependant assez grand pour chevaucher les vagues.






Voilà. Fin de l'expo Tabaimo. Enfin, pas tout à fait puisque dans la salle suivante, quatre écrans présentent le film de quatre précédentes performances : Japanese Zebra Crossing, Dream Diary Japan, Japanese Bathhouse-Gents et Gino-ryu (Guignoller).

Japanese Bathhouse-Gents
Le dispositif est identique à celui de Japanese Commuter Train et à d'autres installations de Tabaimo : trois murs sur lesquels sont projetées des images de gens dans un bain public, lieu d'événements bizarres.






Quelques vues de ce bain public :












Je n'ai, malheureusement, pas trouvé d'images des trois autres installations. L'une d'elles, pourtant, aurait bien mérité qu'on s'y arrête et c'est Gino-ryu (Guignoller). Il s'agit encore une fois d'un film d'animation, nous montrant des mains posées sur un ruban qui se transforment. Ces mains, ces transformations, évoquent furieusement le tout premier dessin animé réalisé à l'ordinateur.

Il fut l'œuvre de Peter Foldes, artiste anglais d'origine hongroise (1924-1977) qui travailla à Paris et au Canada. C'est là qu'il rencontra Nestor Burtnyk, inventeur du premier logiciel d'animation 3D. Grâce à lui, Foldes réalisa en 1971 Metadata, court métrage où l'on voit des personnages se transformer.
En voici une image, la seule que j'ai pu trouver :





Et le trait de Tabaimo, dont un grand dessin mural marque l'entrée de l'exposition, rappelle beaucoup celui de Foldes.






Ce n'est pas évident à la vue de ces exemples, et ça ne l'est pas non plus avec la Faim, autre court métrage de Foldes daté de 1974 qu'ont peut visionner en entier par là. Mais s'il passe par ici des vieux croûtons se souvenant du cinéma d'animation des années 1970, nul doute que le trait de Tabaimo leur rappellera Foldes*.

On voit par là que notre jeune nipponne a de la culture et c'est très bien.

Maintenant, considérons ces différentes installations. Que voit-on exactement ? De jolis films d'animation très bien dessinées, qui se veulent dérangeants, qui "interpellent". Des films d'animation projetés sur des murs voire des plafonds. Des trucs à l'issue de la vision desquels on dit : « C'est intéressant » quand on ne sait pas quoi dire et qu'on ne veut pas passer pour un plouc.

(Il faudrait, dans les lieux où sont données des installations, installer, oui, installer un compteur de « C'est intéressant » après avoir déposé officiellement la phrase dans les organismes adéquats. Parce que c'est sûrement celle qu'on entend le plus souvent dans les expos d'art contemporain.)

Allez, faisons dans le lieu commun à lunettes et écharpe écarlates et affirmons que le travail de Tabaimo s'inscrit dans le cadre du « C'est intéressant. »

Certes. Mais pourquoi cette mise en scène, cette "mise en espace" - pauvre en imagination de surcroît - qui n'apporte rien à la pertinence du propos ? Parce que c'est mode, pardi ! Parce que si Mademoiselle Tabaimo était sagement restée dans son domaine du dessin animé, elle serait à l'heure actuelle dessineuse à la chaîne au studio Ghibli, en train de bosser sur le futur long métrage de Hayao Miyazaki. Et le ouiquinde, elle se rendrait dans les festivals pour présenter ses petits films dans l'espoir de décrocher une médaille en chocolat.

L'installation, m'sieurs-dames, ya rien de tel pour vous sortir de l'anonymat. Surtout quand on n'a rien à dire, comme c'est la plupart du temps le cas (mais pas celui de la Miss Tabaimo, attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).

Or donc, passez des petites culottes féminines dans des cintres, accrochez-les ensuite au plafond, reliez-les par des guirlandes clignotantes de Noël, et trouvez un titre énigmatique.
Ou bien, alignez sur du carrelage cinquante assiettes remplies de sable.
Ou encore, fixez une pièce de monnaie en or sur un piédestal qui tourne, installez à quinze mètres de là une longue-vue dirigée vers ladite pièce et comptez les « C'est intéressant** » proférés par les ceusses qui auront vissé leur œil à l'oculaire. Enfin bref, installez ! installez !

Et moi, pendant ce temps, je m'en vais déposer chez qui de droit la phrase qui va me rendre riche.


__________
* Si je me souviens bien, Foldes est mort d'une façon pour le moins étrange : il avait chez lui un gibet auquel il aimait se pendre, histoire d'éprouver de menues sensations. L'engin disposait d'un mécanisme par lequel la pendaison s'interrompait avant qu'elle vire au fatal. Sauf qu'un jour, le mécanisme se bloqua et Foldes connut son ultime érection…
** La description de cette dernière installation n'est pas inventée (les autres non plus, d'ailleurs), on peut la voir actuellement à la même Fondation Cartier et elle est signée Gary Hill. Mais rassurez-vous, il a fait pire et c'est également visible à la Fondation.


Petit ajout de dernière minute


Christine Beigel, avec qui je suis allé voir cette expo, prétend que je suis de mauvaise foi et que l'article ci-dessus ne donne pas envie de se rendre à la Fondation Cartier. Certes…
Alors si vous voulez vous faire une idée juste et si vous résidez en région parisienne, allez voir l'expo Tabaimo ! Dépêchez-vous, elle s'arrête le 4 février prochain.

19 janvier 2007

COLLAGES JAPONAIS

Le 26 janvier 1924, le prince Hirohito, futur empereur du Japon, épouse la princesse Nagako Kuniyoshi.








Quelques jolies cartes postales pleines de dorures, commémorant l'événement :



















Et maintenant trois autres cartes postales, souvenirs de cette émouvante cérémonie :










Ce genre d'image, en forme de collage, s'inspire des estampes du XIXème siècle :




Estampe de Hosai (alias Kunisada II)




Estampe de Kunichika, 1893




Estampe de Kunisada et Sadahide, vers 1860




Deux senjafuda anonymes (cartes votives),
période Meiji (1868-1912)



On peut toutefois retrouver quelques-uns de ces "collages" sur des estampes du XVIIIème siècle.

Chez Utamaro :





Chez Utagawa Kuniyoshi associé à Yoshimaru :





Cette idée, qui consiste à montrer plusieurs personnages, lieux ou actions en même temps, est typiquement japonaise et il faudra attendre, en Occident, l'avènement de la bande dessinée pour trouver quelques-chose de similaire.

Certains artistes japonais contemporains, tel Tadanori Yokoo dont j'ai déjà parlé par là, utilisent parfois ce système de collage :




Publicité pour un spectacle
de la troupe de danse Ankoku butô-ha, 1965



On reconnaît ici une évocation de Gabrielle d'Estrées et l'une de ses soeurs, peinture dont j'ai plusieurs fois parlé (voir ici, , et encore là).





Illustration publicitaire pour annoncer la parution
dans le Playboy japonais d'un article
consacré à Marilyn Monroe, 1969



Cette série japonaise se refermera avec un prochain article un tantinet polémique, consacré à une artiste japonaise contemporaine. Allez, さようなら !

Lien
Un intéressant article de la Wikipédia consacré à Hirohito.

18 janvier 2007

LE LOBBY DU OBI

La carte postale a été inventée en 1865, par le secrétaire d'État aux Postes de l'Empire allemand. Mais son projet fut refusé par l’administration et il faudra patienter quatre ans pour qu'un professeur d’économie relance l’idée, en affirmant que ce système pouvait rapporter beaucoup d’argent à l’État.

Très vite, les cartes postales remportèrent un immense succès populaire et la France en autorisera la commercialisation à partir de 1872. À l’époque, elles étaient ornées d’un dessin.

La première carte postale photographique au monde date de 1891 et cocorico, c’est un marseillais, Dominique Piazza, qui l’imprima.

En 1918 et rien qu'en France, on vendit huit cents millions de cartes postales. Le sujet le plus représenté était - et demeure - la tour Eiffel.

Au Japon - et là c'est le drame - on n'avait pas de tour Eiffel. On en construisit une copie à Tokyo en 1958 mais en attendant, il fallait bien imprimer quelque chose sur les cartes postales !

L'immense succès des photographies de Felice Beato et du baron Raimund von Stillfried (dont j'ai parlé dans mon billet précédent) montra la voie : il fallait représenter la femme traditionnelle japonaise en kimono, obi et geta (sandales).






Ces images du tout début du XXème siècle étaient principalement destinées aux étrangers résidant dans l'empire du soleil levant qui les envoyaient en Occident, et on en trouve assez facilement dans les brocantes de par chez nous.
























On remarquera, sur plusieurs de ces cartes, un tampon indiquant Tien Tsin et l'année 1908. Tien Tsin (Tianjin) n'est pas au Japon, mais en Chine et non loin de Pékin. À l'issue de la Guerre de l'Opium, le traité de Pékin offrit en 1860 des concessions à la France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En 1894, le Japon put également en installer une et c'est la raison pour laquelle des cartes postales représentant des Japonaises furent postées de Tien Tsin ou Shanghai, où le Japon avait également une concession. Le règne des concessions s'écroula en 1945, lorsque les nationalistes prirent le pouvoir en Chine à l'issue de la seconde Guerre Mondiale.

Si toi aussi tu rêves de t'habiller en femme traditionnelle japonaise, si toi aussi tu t'imagines en envoûtante geisha fardée de blanc, soit heureuse car l'incontournable Boîte à Images t'offre une panoplie rien que pour toi :






Et si tu rêves de séduisants sumotori, va donc visiter l'un de mes anciens billets intitulé Images de poids.

Liens
Une collection de cartes postales anciennes sur PhotoGuideJapan.
Le site immortalgeisha.com présente, entre autres choses, une série de photographies anciennes de… geishas, évidemment.

17 janvier 2007

LE HOBBY DU OBI

Le obi (帯 en kanji ou おび en kana) est la ceinture traditionnelle des kimono. Elle apparut, dans sa forme actuelle, à la période Edo (1600-1868) et se popularisa grâce au théâtre kabuki qui instaura également les kimono à longues manches, les furisode.
C'est à cette époque que les tisserands fixèrent la longueur du obi à 3 m 60, et sa largeur à 30 centimètres.




La classe supérieure,
estampe de Kitagawa Utamaro, 1795-1796




L'heure du Singe,
estampe de Kitagawa Utamaro, 1795-1796



Dans ces deux estampes de Kitagawa Utamaro - qui fut le plus grand peintre de la gent féminine japonaise - on s'aperçoit qu'à cette époque le obi se portait encore, indifféremment, avec le nœud devant ou derrière. En 1946, Kenji Mizoguchi tourna la vie romancée de l'artiste, sous le titre Cinq femmes autour d'Utamaro.

Il faudra attendre l'ère Meiji (1868-1912) pour que ledit nœud, de plus en plus important, passe définitivement dans le dos des femmes.







Ci-dessus, deux estampes de Ito Shinsui datant du début des années 1930, à l'orée de l'ère Shōwa (1926-1989), période pendant laquelle régna l'empereur Hirohito. On est loin, graphiquement, du style des gravures ukiyo-e du XVIIIème siècle (voir ce que j'en disais par ici), puisqu'elles sont réalisées dans le style shin-hanga né au XXème siècle et fortement inspiré par l'art occidental (voir ce que j'en disais par là).

Mais revenons à l'ère Meiji (1868-1912). C'est à cette époque que, contraint et forcé par les navires de guerre amerlocains qui croisaient au large et avaient salement envie d'en découdre (on voit par là que c'est une vieille manie qui ne les quitte pas), le Japon abandonna son isolationnisme ancestral. Il s'ensuivit une invasion culturelle occidentale visible dans ces images, par exemple :



Lithographie aquarellée à la main et anonyme,
datée de 1889 et publiée par Oshima Tokusaburo




Lithographie aquarellée
de Watanabe Tadahisa, 1889




Lithographie aquarellée
de Watanabe Tadahisa, 1891




Lithographie pas du tout aquarellée
de Kumazawa Kitaro, 1892


L'image ci-dessus présente un intéressant mélange d'européanisme et de tradition japonaise, visible dans les petites mimines de la dame. Et l'on retrouve là, bizarrement, une tradition partagée par le haut moyen âge de chez nous qui voulait que dans les peintures on représente souvent les mains plus petites que nature en signe de pureté.

Cette influence occidentale est notamment l'oeuvre des premiers photographes européens présents au Japon. Parmi eux, l'italo-anglais Felice Beato qui est souvent désigné comme étant le premier reporter photographe de guerre. Il arriva au Japon en 1863 et réalisa des centaines de photos en noir et blanc qu'il faisait colorier à la main par son associé Wirgman, illustrateur de son état et figure importante de la bande dessinée, dont j'ai parlé par là. Mais très vite, ne pouvant plus satisfaire la demande, Beato et Wirgman engagèrent des coloristes locaux.




Vers 1860 ou 1870




Date inconnue




Vers 1870



Le baron Raimund Von Stiellfried est l'autre grand photographe du Japon au XIXème siècle. L'homme était à la fois autrichien, peintre et photographe. Il débarqua dans l'empire du soleil levant en 1870 et monta un studio deux ans plus tard à Yokohama.










Dates inconnnues




Vers 1880



Il forma également quelques photographes japonais, dont Kusakabe Kimbei :




Tayu (prostipute de haut rang), vers 1880-1890










Vers 1880-1890



Pour être complet sur la question, mentionnons Adolfo Farsari (1841-1898), qui succéda au baron Von Stillfried :




C'est-y pas charmant ?



Cette abondance de photographies d'un Japon vu par des yeux européens engendra pas mal de copies, de sous-produits dont on montrera quelques exemples… demain !

À part ça, faudrait pas croire que Beato, Von Stillfried et consorts se contentèrent de photographier des dames obsédées du obi, non. Leurs sujets furent bien plus vastes et d'une richesse documentaire irremplaçable. Mais bon… Allez, さようなら !

Lien
Un très aimable lecteur baptisé Tanguy m'a communiqué l'existence d'un livre consultable sur le ouèbe : Kimono par Kenitchi Kawakatsu, publié par Maruzen Company à Tokyo en 1936. On peut consulter ses photos noir et blanc par ici et admirer la première et la quatrième de couverture par là :





14 janvier 2007

LA BOÎTE À RÊVES - 8 - proposition




Je le jure par ma fidélité conjugale ! Je punirai ce crime de telle façon qu'on ne l'oubliera de longtemps.




Brigand ! l'heure de ta mort est arrivée ! rends-toi à l'instant ou bien je te fais périr pour toutes tes perfidies !




Quand il saura la vérité, il se mettra dans une terrible colère.


Contraintes d'écriture

• Version lourde •

Écrivez une courte fiction à partir de ces trois photographies* et de ces trois phrases**.

• L'ordre des photographies et des phrases est indifférent.
• Votre texte n'excédera pas 3 000 signes (espaces compris).

• Version légère •

Écrivez une courte fiction à partir d'une de ces trois photographies et d'une de ces trois phrases.

• Votre texte n'excédera pas 3 000 signes (espaces compris).

Modalités de participation et de publication

• Les personnes intéressées peuvent publier leurs textes et les images sur leur blogue éventuel ; dans ce cas, elles devront faire un lien vers cette page de la Boîte et m'avertir par courrier électronique de leur parution ;
• les ceusses qui ne possèdent pas de blogue ou ne veulent pas y publier leurs textes peuvent me les envoyer par courrier électronique ;
• ils devront être publiés ou postés au plus tard
le dimanche 21 janvier 2007 à 23h 59 ;
• une page de la Boîte à Images récapitulera, avec les premiers mots en amorce, la liste des textes publiés sur des blogues ; elle affichera également l'intégrale des textes adressés par courrier.

Allez hop ! À vos claviers !

__________
* L'origine de ces photographies sera révélée ultérieurement.
** Ces trois phrases ont été tirées au sort dans Goupil le renard de Goethe. Traduction d'Édouard Grenier, l'École des Loisirs, 1978.

13 janvier 2007

LA CHAMBRE D'AMOUR

S'étalant langoureusement au bord de l'Atlantique, la commune d'Anglet, poumon vert de la Côte basque, bénéficie d'un climat océanique à tendance légèrement humide. Chevauchées par de valeureux seurfeurs, les vagues viennent mourir sans regret sur la plage de la Chambre d'Amour pendant que de revigorants coquetèles sont servis au comptoir des cabanas locales. Anglet, cité balnéaire idéale des Pyrénées-Atlantiques.

En cette période de nouvelle année, la mairie et son conseil affichent fièrement leurs vœux à l'adresse de leurs trente-six mille huits cents concitoyens, sans négliger toutefois le touriste de passage :






Quoi de plus doux pour l'esprit que de recevoir les souhaits de la municipalité angloye, qui n'oublie pas d'inscrire également quelques mots dans cet incompréhensible idiome local aux accents si charmants ?
L'image de cette affiche fut commandée à un photographe du cru, nommé Stéphane Buon. On voit par là que le maire et ses édiles ont une véritable volonté de faire travailler leurs administrés, plutôt qu'un quelconque étranger aux mœurs incertaines qui serait venu, pfiouuu… de Biarritz ou Bayonne, si ça se trouve !

Or donc, Stéphane Buon s'en alla avec sa commande sous le bras et son appareil photographique autour du cou. Il sillonna la pimpante agglomération dont l'une des notables particularités est de n'avoir point de centre-ville, en se remémorant sans cesse les recommandations appuyées du chargé de communication qui n'en finissait pas de tripoter le lauburu* en or pendu à son cou :
« Vous associerez le logotype de la commune avec une vue pertinente d'Anglet, cité balnéaire idéale des Pyrénées-Atlantiques. Sinon… »

__________
* Un lauburu est une croix basque.


Le résultat fut en un premier temps cette très belle photographie qui sait à la fois restituer l'atmosphère particulière d'Anglet tout en l'ancrant dans une espèce de douce et universelle éternité :

Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand





… à laquelle fut, en un second temps, associée ce logotype qui fait la fierté du chargé de communication :








« Vous associerez le logotype de la ville avec une vue pertinente d'Anglet, cité balnéaire idéale. Sinon… », avait dit l'homme, sur un ton qui semblait un tantinet menaçant. Ne nous méprenons pas cependant, le Basque est rude mais il a bon fond, tous les Béarnais vous le diront.

Examinons maintenant au plus près de quelle manière la contrainte a été respectée par notre ami photographe angloys :






Nous remarquons que la mise en perspective du banc et de ses lattes coïncide parfaitement avec les ardents rayons du soleil logotypé. Quand Stéphane Buon signala cette similitude au chargé de communication, l'homme ne répliqua pas.

Mais ce n'était pas fini ! Il y avait encore un autre détail qui, sans aucun doute, allait finir de conquérir l'homme au front buriné par le vent soufflant sur les coteaux d'Iraty :





Si le logotype municipal affiche un soleil jaune dans sa partie supérieure et bleu vert dans sa partie inférieure, la photographie affiche le contraire : bleu en haut et jaune en bas. Avec, pour ne pas que la rupture soit brutale, les lèvres jaunes du soleil dans la partie bleue du logotype et sur la photo le jaune du sol (du soleil couchant) qui vient empiéter sur le bleu du ciel.

Le chargé de communication esquissa l'ombre d'un discret sourire, ce qui signifiait - dans la gestuelle locale - qu'il était pris d'une joie inextinguible. Il décocha une virile bourrade sur l'épaule droite du photographe qui s'en alla bien vite rejoindre les cabanas où il éclusa moults coquetèles revigorants en se disant que travailler pour la ville était un vrai défi qu'il avait ma foi fort vaillamment remporté, pendant qu'au loin les seurfeurs n'en finissaient pas de seurfer et les vagues de vaguer.

Les derniers rayons du soleil caressaient le sable blond de la plage de la Chambre d'Amour alors qu'une brise légère et tranquille effleurait Anglet, cité balnéaire idéale des Pyrénées-Atlantiques. La démarche hésitante, notre ami Stéphane finit pas rejoindre son chez-soi où l'attendait un couple de cochons d'Inde installé à l'ombre d'une bougainvillée. Il s'écroula dans son canapé rouge, poussa un long soupir et s'endormit d'un sommeil réparateur.

•••


Quelle histoire !

Sauf que voilà, une bonne partie de ce qui précède n'est qu'invention car en vérité, Stéphane Buon fit cette photographie en dehors de toute commande commerciale. Sans qu'à aucun moment il songeât qu'elle pût être achetée par la municipalité d'Anglet, cité balnéaire idéale des Pyrénées-Atlantiques.

Alors alors, une angoissante question se pose : quand il décida d'acheter cette photographie, le chargé de communication de la mairie remarqua-t-il la similitude graphique entre la perspective du banc à lattes et le logotype ensoleillé ? Aaah aaah ! Mystèèère…

Lien
Les photographies de Stéphane Buon sont visibles sur son site, intitulé Photographies du Pays basque et du sud des Landes.

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