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30 juin 2007

JEUNES DU MONDE, LE FOOTBALL VOUS APPELLE ! - réédition

Ce billet ayant mystérieusement disparu de la Boîboîte, je le republie ici. Il précède ainsi un futur billet, traitant d'un sujet similaire.


En 1998, la société Nike, qui ne figure pas parmi les marques "officielles" de la Coupe du Monde de foutebôle, contre-attaque en inventant le concept du Nikepark. Celui de Paris sera établi à La Défense.

Quatre affiches recouvrent alors les panneaux publicitaires, provoquant quelques remous. Qu'on en juge :












Quatre affiches au graphisme inspiré des iconographies italienne, russe et allemande des années 20 et 30. (J'ai déjà évoqué ici, à plusieurs reprises, les liens de filiation qui unissent ces trois pays dans le domaine graphique.)




Petit jeu des comparaisons




Cantona et sa calvitie portraituré en contre-plongée, regardant vers la droite.
Gros titre du journal annonçant fièrement :
Le Président Cantona, la nouvelle République !
Grande arche de La Défense en arrière-plan.
Typographie en haut et à droite, et en bas à gauche.





Affiche fasciste italienne représentant un homme ressemblant à Mussolini etregardant vers la droite.
Vision en contre-plongée,
Imposante bâtisse en arrière-plan.
Typographie en haut à droite et en bas.





Affiche fasciste italienne représentant Mussolini, regardant vers la droite.
Typographie en haut à droite et en bas,
bande rouge à droite avec faisceau romain.





Affiche de Testi pour la Mostra della rivoluzione fascista, 1933

Similitude de mise en page, mais style graphique différent.
Mentons en avant, éclairage accentué, crânes rasés de Cantona (au patronyme italien) et de Mussolini (même si on ne le voit pas, on le sait).





Affiche néerlandaise


***





Personnage en silhouette sur une sphère, en contre-plongée.
Fond rouge orangé et blanc, traçant des triangles et des trapèzes (Grande arche de La Défense).
Typographie oblique en noir et blanc, slogans appelant à l'enrôlement.






Affiche russe de Gustav Klutsis.
Personnage en silhouette ou presque, sphère, contre-plongée.
Fond rouge orangé et blanc, traçant des triangles et des trapèzes (un drapeau).
Typographie oblique en noir et blanc, à la gloire de l'URSS et du prolétariat.


Similitude de mise en page, style graphique à peu près identique.
Gustav Klutsis était le grand pourvoyeur d'affiches staliniennes réalisées grâce au photomontage.
A l'origine, l'affiche de Klutsis est rouge.
Le temps l'a pâlie, elle a pris une teinte orangée qu'on retrouve dans l'affiche Nike.



***





Affiche représentant un personnage "déconstruit".
Tête hurlante en avant, jambe tendue, buste en engrenages, clés dans les mains, apologie de l'industrie (voir plus bas).
Logos circulaires pris entre deux obliques se rejoignant en un point de fuite.
Mise en page basée sur des carrés placés obliquement (évoquant plus ou moins une croix gammée ?)
La Grande Arche au fond en forme de cible.
Slogan : Augmentez votre production de buts.






Affiche russe pour L'Homme à la caméra, film de Dziga Vertov, 1929.
Les frères Sternberg dont j'ai déjà parlé, ont réalisé cette affiche représentant un personnage "déconstruit".
Tête penchée en arrière, bras et jambes tendues.
Mise en page basée sur le cercle.





Affiche de Tschichold pour La Femme sans nom, film allemand de la fin des années 20.
Photogrammes pris entre deux obliques se rejoignant en un point de fuite.


Eléments russes et allemands, angles droits obliques (évoquant de loin une croix gammée ?) Couleurs noir-blanc-rouge.



***





Arche de La Défense, agrémentée de statues tel les pavillons soviétique ou nazi.
Faisceaux lumineux.
Vue en contre-plongée.
Deux personnages dont un tendant le bras.
Couleurs verte, rouge et jaune pâle.





Affiche soviétique.
Vue en contre-plongée.
Faisceaux lumineux.
Lénine tendant le bras.
Apologie de l'industrie (voir plus haut).
Couleurs verte, rouge et jaune pâle.



CADEAUX BONUS




Pavillon de l'Allemagne nazie
à l'Exposition des Arts et Techniques de Paris en 1937.




Statues au sommet du pavillon de l'URSS
à l'Exposition des Arts et Techniques de Paris en 1937.





Vue générale des pavillons russe et allemand,
face à face au pied du Trocadéro,
à l'Exposition des Arts et Techniques de Paris en 1937.




Bien que le concept du Nikepark existe toujours, sa communication visuelle est désormais radicalement différente. Qui s'en étonnera ?

28 juin 2007

L'USAGE DE LA CALCULATRICE N'EST PAS AUTORISÉ

Un aimable correspondant m'a transmis l'épreuve d'arts plastiques du Brevet des collèges. Il semblerait, précise-t-il, qu'il s'agisse d'une matière optionnelle en série professionnelle, c'est-à-dire pour les élèves de 1ère année de BEP. Jetons-y un zœil, et voyons comment nous nous en serions tirés.


Durée : 1 heure 30
1 heure pour la pratique
30 minutes pour les questions

Coefficient 1

Barème :
I. PRATIQUE : 14 points
II. QUESTIONS : 6 points

L'usage de la calculatrice n'est pas autorisé


ARG ! Damnaide ! Pas de calculatrice ! Mais à quoi pourrait nous servir la calculatrice ? Nous le verrons par la suite…


Première partie : pratique
1 heure

Sujet :
Séquence visuelle

En partant du document proposé, vous inventerez une suite de trois images. Ces trois images devront reprendre des éléments du document dans une séquence visuelle cohérente où la variation des cadrages et des points de vue — éloignement, rapprochement,… — nous fera découvrir un contexte événementiel inattendu.

Les moyens d'expression sont laissés au choix du candidat. Le travail sera réalisé directement sur le support calibré fourni.





L'image proposée en plus grand :




Mouais. C'est pas de la tarte, hein. Une mauvaise image en noir et blanc, une planche à voile démodée et un slogan ringard avant même que d'avoir été imprimé. Et avec ce truc, il faut faire une espèce de bande dessinée. Parce que c'est bien de cela dont il s'agit :

une séquence visuelle cohérente où la variation des cadrages et des points de vue.

Allez, vous avez une heure.

Tic-tac… Tic-tac…

Ça y est ? C'est terminé ? Bon. J'espère que vous avez bien relu l'énoncé, qui précisait :

une séquence visuelle cohérente où la variation des cadrages et des points de vue — éloignement, rapprochement,… — nous fera découvrir un contexte événementiel inattendu.

Alors les ceusses qui ont dessiné le planchiste tombant à l'eau ou se faisant bouffer par un requin, c'est pas sûr qu'ils obtiennent leurs 14 points ! Parce que dans le genre inattendu, on a vu mieux. En plus, je parie qu'il y en a au moins un ou une au fond de la classe (je ne donnerai pas de nom mais j'me comprends) qui n'a même pas pigé ce que voulait dire un contexte événementiel inattendu.

En français, un contexte événementiel inattendu ça s'appelle un coup de théâtre, voire un gag. Voilà donc ce qu'ils voulaient probablement, les gens qui ont conçu ce sujet. Une petite bédé de quatre cases (un comic strip, comme on dit) qui se termine par un gag.





Un truc genre Peanuts de Schulz, avec Snoopy qui menacerait sa boîte aux lettres :


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand




Quatre cases de format identique, avec un gag final. Sauf que, si l'on examine à la loupe n'importe quel comic strip :


Cliquez sur les images pour les voir en plus grand



Andy Capp par Reg Smythe



WIzard of Id par Brant Parker and Johnny Hart


… on s'aperçoit que la variation des cadrages et des points de vue n'y court pas les rues. La caméra est toujours placée à hauteur d'œil humain et les plongées et les contre-plongées ainsi que les champs et les contre-champs sont inexistants.

Si le but était bien de réaliser une espèce de comic strip, il me semble qu'il y a comme une contradiction entre l'énoncé et la mise en page proposée : la bande dessinée en trois ou quatre cases de format identique avec gag final n'est pas adaptée à des cadrages et des points de vue décoiffants.

Ah mais j'y pense soudain ! L'énoncé ne dit pas d'où vient l'image de départ. Alors voici :






Il s'agit d'une boîte d'allumettes, issue d'une série
publiée en 2002 :







Une boîte d'allumettes. Avec la loi anti-tabac ! Pas très politiquement correct, tout ça, hein !

•••


Passons maintenant à la seconde partie de cette épreuve.

Seconde partie : questions
30 minutes


Première question (0,5 point par bonne réponse)

Attribuez à chaque siècle un des sculpteurs cités en reliant par une flèche le siècle au nom du sculpteur.


XXe siècle       XIXe siècle       XVIIe siècle       XVIe siècle
Giacometti       Michel-Ange       Rodin       Le Bernin


Seconde question (0,5 point par bonne réponse)

…plan …maquette …esquisse …édifice…


Replacez ces quatre mots dans le texte qui suit :

L'architecte est une personne capable de tracer le…………d'un…………et d'en diriger l'exécution. Il peut commencer par une…………pour schématiser le fonctionnement des espaces intérieurs ; il peut aussi réaliser une…………en trois dimensions.


Troisième question (2 points pour la bonne réponse)

Dans ces trois œuvres, laquelle est une œuvre de Léonard
de Vinci ?
Indiquez dans la case la lettre correspondant au tableau.







Dans ces trois zeuvres, qui sont quatre ! comme le remarqua un honorable commentateur de ce billet ;-)

Mais revenons à nos moutons : la question relative aux sculpteurs me semble particulièrement difficile pour des gamins de quinze ans. Étudie-t-on Le Bernin en 3ème ? Qui serait capable ici de dire tout de go à quel siècle il appartient ?




Buste du cardinal de Richelieu
par Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, 1640


Ce buste fut exécuté d'après le Triple portrait du cardinal de Richelieu que Philippe de Champaigne réalisa la même année :






En comparaison, les deux dernières questions relatives à l'architecture et à Léonard de Vinci me paraissent d'une extrême simplicité. Mais je ne suis pas prof de collège, encore moins élève, et sûrement pas le meilleur juge.

Si des profs d'arts plastiques ou des élèves de 3ème qui ont subi cette épreuve du Brevet passent par ici, j'aimerais bien avoir leur avis !





P.S. : L'usage de la calculatrice n'est pas autorisé, était-il précisé. Trop dommage.

26 juin 2007

RODTCHENKO, L'EXPO

Du 20 juin au 16 septembre se tient, au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, une exposition unique regroupant trois cents des photographies d'Alexandre Rodtchenko.

L'expo commence sur quelques peintures et constructions, se poursuit avec des photomontages, des portraits, etc. Tout l'art d'un grand maître constructiviste, d'un fervent adepte de la révolution qui sera ensuite exclu de l'Union des Artistes, rejeté par un pouvoir jugeant ce mouvement trop élitiste.

J'avais consacré pas moins de quatre billets à Rodtchenko :


RODTCHENKO - 1 - Photographies



Portrait de pionnière, 1930




Jeune fille avec un Leica, 1934



RODTCHENKO - 2 - Affiches



Publicité pour le grand magasin GUM et les montres Moser, 1923




Publicité pour pour les éditions d'État de Leningrad
Lenguiz : des livres dans tous les domaines de connaissances



RODTCHENKO - 3 - Photomontages



Couverture de Pro Eto (À propos de), suite de poèmes
dédiés à Lily Brik par Maïakovski, 1923




L'un des collages de Rodchenko pour l'ouvrage ci-dessus



RODTCHENKO - 4 - Couvertures de livres



Revue Kino Fot n°4, octobre 1922




Affiche de la Sixième partie du monde,
film de Dziga Vertov, 1926



Rodtchenko, "La Révolution dans l’œil",
Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président Wilson - Paris XVIe
Du 20 juin au 16 septembre 2007.
Du mardi au dimanche de 10h à 18h sauf le lundi ;
le mercredi jusqu'à 22h, le vendredi et le samedi jusqu'à 20h.
Tarif : 3,5€ ou 5,5€.
Renseignements : 01-53-67-40-00.
Catalogue publié par les Éditions Parenthèses,
disponible à partir du 29 juin.

24 juin 2007

LE TRIPTYQUE DU MAÎTRE DE MOULINS

Ce billet est pour l'ami Maurice Pommier, dessineur peinturiste.


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Le Triptyque de la Vierge en gloire - ou triptyque du Maître de Moulins - se trouve dans la cathédrale de Moulins qui se trouve dans l'Allier et qui a été peinturluré par le Maître de Moulins vers 1498-1500 parce que ledit triptyque a été peinturluré à Moulins qui se trouve dans l'Allier.

Quand on dit "Maître de Machin ou de Bidule", cela signifie qu'on ne connaît pas l'identité du peinturiste, même si parfois l'on parvient à lui attribuer plusieurs zeuvres. Pour ce triptyque, cependant, on avance le plus souvent le nom du néerlandais Jean Hey qui fut au service du cardinal Charles de Bourbon jusqu'à sa mort en 1488.




Portrait de Charles de Bourbon
par Jean Hey, 1488


Jean Hey se retrouvait au chômage technique ! Il se fit donc engager dare-dare par le frère du défunt, le duc Pierre de Beaujeu connu aussi sous le nom de Pierre II de Bourbon. C'est pour lui et sa femme Anne de France qu'il peignit ce triptyque destiné à orner une nouvelle chapelle de leur demeure, l'actuel musée Anne de Beaujeu.

La chapelle a disparu et la peinturlure est désormais installée dans la cathédrale de Moulins, mélange de gothique flamboyant du XVème siècle et de néo-gothique du XIXème.

Bon allez, examinons ce triptyque peint à l'huile sur panneaux de chêne et qui mesure 133 cm de long pour 159 cm de haut.

Fermé, il affiche deux peintures en grisaille imitant des sculptures.


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Le sujet est une Annonciation, c'est-à-dire la venue de l'Archange Gabriel qui annonce à Marie qu'elle va être enceinte mais qu'elle ne s'inquiète surtout pas, au début elle ne sentira rien et ça passera comme une fleur (peut-être bien que je reviendrai plus longuement sur ce sujet dans mon prochain billet, tiens !)

À propos de fleur, justement, on remarquera le vase contenant des lys, posé derrière la Vierge.





Au XVème siècle, on avait pris l'habitude de conférer aux fleurs des rôles bien précis. Les églantines, dérivées des roses, évoquaient l'image du péché de l'humanité car avant la faute d'Adam, les roses du Paradis n'avaient pas d'épines ; les pivoines, qui viennent d'Orient, rappelaient que selon la Genèse, l'Eden était situé à l'Orient, justement ; les iris, aux bords tranchants comme des glaives, rappelaient la peine de Marie devant la souffrance de son fils sur la croix ; les pâquerettes étaient symbole d'innocence et les lys, enfin, symbole de la pureté de Marie (voir à ce sujet mon billet sur la Vierge au chancelier Rolin).

La majorité des Annonciations flamandes du XVème siècle nous montrent Marie agenouillée en train de consulter un livre de prières, avec non loin un vase de lys.




Panneau central du triptyque de Mérode
par le Maître de Flémalle, vers 1427


C'est moins courant dans les Annonciations italiennes de la même époque, sauf chez Fra Filippo Lippi qui n'oubliait jamais de représenter l'Archange tendant une tige de lys à la Vierge. Histoire de faire passer la pilule…




Annonciation
par Fra Filippo Lippi, vers 1443


Revenons vers notre Annonciation, avec un p'tit coup d'œil sur Gabriel qui cause grâce à un phylactère.





Un phylactère, c'est :
- une amulette grecque (phulactérion = antidote) ;
- une bandelette de papier sur laquelle est recopié en hébreu un extrait de la Torah et, par extension, la boîte (téfilin תפילין) contenant ces bandelettes ;
- une banderole affichant les paroles d'un personnage dans une peinture du Moyen Âge ou de la Renaissance ;
- une bulle de bande dessinée.

Il y a un p'tit côté Van Eyck chez Jean Hey. Normal : il fut probablement l'élève de Hugo van der Goes, lui-même influencé par Van Eyck et Van der Weyden.

Comparons :




Le triptyque de Moulins fermé de Jean Hey, 1498-1500



Le triptyque Portinari fermé de Hugo van der Goes, 1476-1479


Position de l'Archange à peu près identique, traité similaire de l'étoffe. Rouvrons maintenant les deux panneaux du triptyque du Maître de Moulins :


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À gauche, on voit Pierre de Beaujeu alias Pierre II de Bourbon, agenouillé en grand avec saint Pierre derrière. Ce dernier, qui porte la tiare des futurs papes, semble héler l'Enfant Jésus afin qu'il accorde sa bénédiction au duc.

Pierre II de Bourbon, aussi grand que la Vierge ou les saints. Normal : quitte à payer l'exécution d'un retable, autant que le sponsor y soit représenté de manière conséquente !





Avant, on représentait les commanditaires en tout petit et l'on avait l'impression qu'il s'agissait de gnomes. On peut le constater en ouvrant le triptyque Portinari évoqué tout à l'heure :


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Le triptyque Portinari de Hugo van der Goes, 1476-1479


Vers la fin du XVème, on laisse de plus en plus souvent tomber cette tradition pour peindre les commanditaires en grand. Et encore, estimons-nous heureux d'avoir échappé ici au blason. Dans cette Nativité, peinte également par Jean Hey, on a droit au portrait en grand du donateur (le fils du chancelier Rolin) ainsi qu'à ses armoiries collées en haut à droite comme un vulgaire logo d'opérateur téléphonique pendant un matche de foute :




Nativité
par Jean Hey, vers 1480


Notre copain Pierre de Beaujeu alias Pierre II de Bourbon est un peu plus malin que ça, moins premier degré que le fils Rolin : il se fait représenter en grand, certes, mais au lieu de placarder l'autocollant de sa firme il utilise deux stratagèmes :

1. il fait peindre par Jean Hey sa devise sur le manteau du porteur de clés. Cette devise, "Espérance", y est écrite deux fois dans des phylactères, au-dessous des deux portraits de chérubins :





et c'est ainsi qu'il rallie à sa cause le bon saint Pierre ;

2. il fait sculpter, au bas du panneau central du retable, les initiales P et A, Pierre et Anne, reliées par la ceinture d'espérance, emblème des Bourbons.





On retrouve cette ceinture sculptée au fronton de la demeure du couple Beaujeu :





À la droite du retable, c'est Madame qui s'affiche. Avec, derrière elle, sa fille Suzanne et sainte Anne. Madame porte une couronne, et un chapeau. Les deux couvre-chefs signifient qu'elle est à la fois l'épouse d'un duc et la fille du roi Louis XI.





La gamine, âgée d'environ huit ans, a le teint souffreteux et d'ailleurs, elle mourra en 1521 à l'âge de trente ans. La voici, la petite Suzanne, peinte par Jean Hey alors qu'elle avait trois ou quatre ans :





Passons maintenant à la partie centrale, celle qui est censée être la plus importante. Je dis "censée", parce que les portraits des commanditaires étaient, on vient de le voir, au moins aussi importants que les représentations religieuses. Et c'est tellement vrai que Jean Hey avait déjà, auparavant, exécuté un triptyque mettant en scène ses patrons. On en a perdu la partie centrale et la partie droite a été coupée pour isoler le portrait de la môme Suzanne présenté plus haut. Certains bouts de ce triptyque sont au Louvre, d'autres à la National Gallery et à l'Art Institute de Chicago. Un vrai puzzle, et ce cas n'est pas isolé.


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Assise sur un trône derrière lequel se déploie un arc-en-ciel circulaire, la Vierge tient l'Enfant Jésus bénissant et ses pieds reposent sur un croissant de lune. Au-dessus d'elle, des anges s'apprêtent à la couronner. Cet arc-en-ciel, cette lune et cette couronne trouvent leur origine dans un passage de l'Apocalypse de saint Jean qui est écrit plus bas, sur le phylactère tendu par deux anges :





On peut y lire : Hec est illa dequa sacra canunt eulogia sole amicta lunami habens sub pedibz stelis mervit coronari duodenis

soit : Un signe grandiose apparut au ciel : c'est une Femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête.

Jean Hey a ici remplacé le soleil par un arc-en-ciel, mais beaucoup d'autres artistes respecteront la citation et représenteront un soleil.

Pourquoi cette confusion entre la Vierge et cette Femme de l'Apocalypse ? Parce que : « Sous l'influence des litanies de Lorette, la Vierge de l'Assomption est généralement figurée sur un croissant de lune, le front ceint de douze étoiles, comme la femme de l'Apocalypse. [...] Le Speculum Humanae Salvationis explique en détail cette présentation de la Vierge calquée sur la femme de l'Apocalypse, avec les pieds sur un croissant de lune et la tête couronnée d'étoiles. Le femme de l'Apocalypse qui échappe au dragon est l'image de la Vierge enlevée au ciel. La lune qu'elle foule aux pieds est le symbole des choses changeantes de ce bas monde. Les douze étoiles qui illuminent sa tête rappellent les douze apôtres pressés à son chevet au moment de sa mort (Gagnon 1976, p. 62-63, citant Réau 1955-1959, tome III, p. 617). »

Citation extraite de ce site canadien. Pour les litanies de Lorette, voir la Ouiquipédia.

Ne nous laissons pas avoir, cependant. Comme souvent, le caractère sacré de cette peinture n'est qu'un prétexte. Prétexte à montrer la trogne des puissants du coin tout en ayant l'air d'afficher sa religiosité, de servir l'Église et de participer à cette œuvre pédagogique que sont les retables dont le but est d'enseigner au peuple les grands épisodes de la religion catholique. On voit par là que la notion de sponsorigne n'est pas toute neuve.


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Quelques mots sur la conservation de ce triptyque de Moulins. Le guide de la cathédrale affirme que ce retable n'a jamais été restauré et que son éclat est originel.

Cela dit, il est impossible de s'en approcher à moins de trois mètres afin de vérifier la véracité du propos. L'encadrement, lui, a bel et bien été restauré, ainsi que le révèle l'Inventaire général du Patrimoine de France à cette adresse : « traces de restauration sur la traverse inférieure et sur l'angle supérieur droit du panneau central ; système de fermeture des panneaux restauré ».

Signalons enfin - et la chose est d'importance - que la visite du triptyque du Maître de Moulins est entièrement gratuite. Et puis tant que vous y serez, rendez-vous à l'Hôtel de Mora qui est situé à deux pas et abrite le superbe Centre de l'Illustration qui vaut très largement le détour.


Liens
Le site de Maurice Pommier, dessineur peinturiste.
D'autres zeuvres de Jean Hey.
À propos des blasons et logos, voir mon billet intitulé Biznesse et blasons.
Le Centre de l'Illustration de Moulins.

20 juin 2007

TOI !







Tout le monde connaît cette affiche amerlocaine, maintes fois pillée, détournée.




Couverture de MAD Magazine, avril 1969



Affiche anonyme contre la guerre du Viêt-nam, 1972





• Affiche de Charles Raymond Macaulay, 1917
• Affiche pour le Cadavre vivant par G. Borisov et P. Joukov, 1929
• Affiche anonyme contre la guerre du Viêt-nam ?
• Affiche pour un parc d'attractions belge, juillet 2007



… et notre SuperDupont national !



Mais d'oùsqu'elle vient-elle, l'affiche originale avec l'Oncle Sam ? Alors voilà :

Elle est l'œuvre d'un illustrateur nommé James Montgomery Flagg qui traça son autoportrait, se vieillit un tantinet et s'ajouta une barbichette. Un ancien combattant du nom de Walter Botts posa pour le buste et la main.

L'image parut à la une du Frank Leslie's Illustrated Weekly, daté du 6 juillet 1916.






Il s'agissait, bien sûr, d'enrôler de fringants jeunes hommes afin qu'ils viennent s'éclater la rate dans nos tranchées de la Somme et autres départements riants. L'image eut un tel succès qu'elle reparut aussitôt en affiche, fut copiée à l'envi…




Affiche anonyme de 1917, dont les couleurs inversées
du drapeau français précisent bien la destination du voyage


… et fut également réutilisée lors de la Seconde Guerre mondiale pour des raisons à peu près identiques.

Sauf qu'en fait, cette affiche d'Oncle Sam puise sa source dans une autre, moins connue mais quand même pas tout à fait
ignorée :






Celle-là parut en 1914 à la une de l'hebdomadaire anglais London Opinion. Elle est l'œuvre d'Alfred Leete et nous montre Lord Kitchener, ministre de la Guerre du roi George Vé.




Lord Kitchener



L'image fit sensation et sera ré-utilisée sous plusieurs formes par le Parliamentary Recruiting Committee, chargé d'enrôler des volontaires pour la grande boucherie.








En 1915 le geste était repris par John Bull, Britannique emblématique :




Qui manque à l'appel ? Est-ce toi ?


En 1916 l'illustrateur étazunien James Montgomery Flagg récupérait l'idée pour servir la même cause.

Pendant la Grande Guerre toujours, les magazines juifs amerlocains publièrent cette image :






La Fille de Sion, figure emblématique du peuple hébreu, y dit à peu près ceci (traduction non garantie) : Je veux votre Altneuland !
Rejoignez le régiment juif !


Altneuland (vieux pays neuf) est le titre d'un roman de Theodor Herzl, fondateur du sionisme, qui parut en 1902.

Dans les années 20 parut cette autre affiche, soviétique :




Toi ! T'es-tu engagé comme volontaire ?



Ce doigt pointé eut encore bien des petits frères. En voici deux autres tout aussi politiques :




Tu as un devoir ! Examine ta conscience !
Affiche publiée dans l'État de São Paulo (Brésil) en 1932




Euzkadi´k bear zaitu,
le Pays basque a besoin de toi
Autocollant du Parti Nationaliste Basque, années 1970



Et un petit dernier, éminemment commercial :





CADEAU BONUS





Apparemment ça n'a rien à voir, et pourtant si : cette magnifique affiche pour le métro londonien a été dessinée par Alfred Leete, celui-là même qui CROQUA le très vindicatif Lord Kitchener (inventeur, rappelons-le, des tout premiers camps d'internement en 1901 ; c'était en Afrique du Sud, et les internés étaient des Boers).

•••


La chanson qui agrémentait ce billet est extraite de :



18 juin 2007

TOUT CE QUE JE SAIS DE SOLUTO

De Soluto, je ne sais pas grand-chose.

Je sais qu'il habite vers le Havre ;





que Soluto est un nom d'emprunt ;





qu'il dessine et peint des gens ;







mais aussi des paysages urbains en noir et blanc ;





ou en couleurs ;





qu'il n'a jamais fait d'études d'art, qu'avant il peignait autrement et sous un autre nom ;





qu'il a fait sa version personnelle des Ménines après avoir lu un article de la Boîboîte ;





qu'une série de ses paysages intitulée Carnets de routes est consultable en grand sur l'excellent site coconino, et plus précisément par ici ;







que de ces mêmes paysages, on peut admirer de très gros plans par là ;





que ça fait souvent penser à des encres abstraites et chinoises ;





que ça fait rêver.


Liens
Le blogue de Soluto.
Le site de Soluto.
Avec tout plein d'images dedans.
La série Carnets de Routes.
Les très gros plans des Carnets de Routes.
Et enfin l'article que je lui avais déjà consacré dans la Boîboîte, il y a un peu plus d'un an : Ricota Soluto.

Précision de dernière minute : j'adore les zeuvres de Soluto.

14 juin 2007

UN BONHEUR SIMPLE, ET PLUS SI AFFINITÉS






Vous avez peut-être remarqué, à l'époque du Nouvel An chinois (ou Fête du Printemps), ce caractère affiché sur les portes des maisons et des magasins :





Peut-être même avez-vous constaté, observateurs comme vous êtes, qu'il était parfois affiché à l'envers !






Alors quoi ? Nos deux petites filles ci-dessus seraient-elles illettrées ? Que nenni ! Que nenni ! Car en vérité je vous le dis, c'est tout le contraire puisqu'elles se livrent ici à un jeu de mots que voici expliqué :


En mandarin, l'idéogramme fú 福 signifie bonheur, bonne fortune. Si on l'affiche à l'endroit, cela peut signifier qu'on appelle le bonheur, qu'on l'espère. Si on l'affiche à l'envers, nous constatons que « le bonheur est retourné », fú dào le, en mandarin. Mais fú dào le signifie aussi « le bonheur est arrivé ».

Afficher l'idéogramme à l'envers au moment du Nouvel An ou pour une inauguration de magasin équivaut à demander la bonne fortune sans la demander vraiment, puisqu'elle est déjà là !






Au signe du bonheur - à l'envers ici encore - on associe habituellement ce petit couple de jumeaux qui est également souvent affiché sur les vitrines ou les portes. On les appelle Da A Fú, les Enfants du Bonheur.






Les revoici à la sauce communiste. Chez le garçon, les poissons rouges sont symbole de richesse, le coq est signe de promotion sociale, les plumes de paon sont celles du phénix, lié à l'harmonie conjugale.






Chez la fille, les poissons rouges encore, le lotus symbole de fertilité et l'éléphant, animal fort, astucieux et empreint de hautes valeurs morales.





•••


Ça, c'était le bonheur simple. Maintenant ça va se compliquer parce qu'il existe aussi le bonheur double, ou plutôt le double bonheur, le bonheur à deux :





Il est basé sur l'idéogramme xǐ 禧 qui signifie également bonheur.






Amputé de sa première partie, xǐ 禧 le bonheur devient le verbe aimer et se prononce toujours xǐ 喜.






(Comment ça vous ne pigez pas tout ? Arrêtez de vous plaindre parce qu'en chinois mandarin, il y a au moins 24 entrées de dictionnaire pour le mot bonheur et ici on n'en regarde que deux ou trois ; alors estimez-vous heureux et essayez de suivre. Nan mais.)






Or donc, répété, xǐ 喜 le verbe aimer devient shuāngxǐ 双喜, la paire de bonheurs. Autrement dit, le double bonheur conjugal.







Le double bonheur et la pie, symbole du mariage et de la fertilité. La fleur de prunier exprime la longévité, évoque la femme pure et innocente. Quand elle est associée au bambou (ce qui n'est pas le cas ici) elle symbolise également le double bonheur. La fleur de prunier + le bambou : je vous laisse méditer là-dessus…





Le double bonheur et le phénix ; le double bonheur, le phénix et le dragon, symboles de l'harmonie conjugale.






Le double bonheur encore et toujours, le double bonheur partout. Jusque sur les produits de grande consommation :





Paquet de cigarettes et boîte d'allumettes…





Boîte de bière…





Aérosols…





Autocollants, serrures, vaisselle, etc. Les restaurants sont constellés de cet idéogramme, le plus souvent combiné avec l'image stylisée de la chauve-souris. Ici, sur un tapis :






Le bonheur et la chauve-souris : quelle drôle d'idée ! Pour connaître le pourquoi du comment, il suffit de lire un de mes anciens billets avec de vraies belles peintures dedans et qui s'appelle les ailes du bonheur. Après, vous ne regarderez plus les chauves-souris de la même façon.



13 juin 2007

À VOMIR

Hier soir à 23 h 20, TF1 a diffusé un documentaire d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle, intitulé Eva Braun, dans l'intimité d'Hitler. Affligeant (…) Inquiétant, conclut un article de Télérama.

Eva Braun, dans l'intimité d'Hitler, ou la vie d'un couple maudit avec des vrais morceaux de scandale inédits dedans : tel est le parti-pris de ce torchon filmique, et c'est bien ainsi que le présente TF1 par là.

Eva Braun, dans l'intimité d'Hitler, ou l'histoire tragique de millions de femmes et d'hommes oubliée au profit de soi-disant révélations dignes d'un journal à emballer le poisson qui nous conterait les galipettes de Lady D. ou de Paris Hilton. À vomir.

Allez, lavons-nous les yeux et les oreilles avec Chaplin :
























12 juin 2007

DUBOUT ! DUBOUT ! - réédition

Trop de boulot ! trop de boulot ! Alors voici, pendant quelques jours, un assortiment de rééditions sous la forme 2en1.

LE CODE DE LA ROUTE DE DUBOUT

Albert Dubout
(1905-1976) a créé quatre-vingts affiches de publicité et de cinéma, dont celles de la trilogie de Pagnol, Marius, Fanny et César.

Il a également illustré plus de soixante-dix livres. De Beaumarchais à San-Antonio, en passant par le Kama Soutra et Balzac. Il s'est attaqué aussi au code des impôts, et au code de la route.













Le code de la route a paru en 1956. Réédité en 1992 sous une couverture différente, il est actuellement épuisé.




Couverture de 1992



Voici la couverture originale, plus quelques-unes des illustrations.












Article 20 : Lorsqu'ils sont sur le point d'être dépassés,
les conducteurs doivent serrer immédiatement sur leur droite
sans accélérer l'allure.






Article 55 : Les véhicules à gazogène bénéficient dans la limite d'une tonne…






Article 65 : Tout chargement débordant le contour extérieur
du véhicule du fait des oscillations du transport
doit être solidement amarré.






Article 105 : Les véhicules destinés normalement au transport
en commun de personnes doivent être aménagés
de manière à assurer la sécurité des voyageurs.









Si l'expression n'avait pas été inventé après la mort de Dubout, on pourrait qualifier son dessin comme faisant partie de l'école de la ligne claire, incarnée par Hergé. Un dessin net, sans pleins ni déliés ni hachures, assorti de couleurs en aplats.

Toutefois, ce style "clair" n'a pas été inventé par Hergé. Aux Etats-Unis, il fut précédé par Geo McManus en 1913 avec Bringing up Father, et même par Alain Saint Ogan, qui dessine Zig et Puce dès 1925 et impose dans la BD française les premiers ballons, les bulles.




Bringing up Father




Zig et Puce






Mais foin de considérations historiques, terminons sur une image pleine de grâce et de sensualité signée Dubout.




Article 186 : Il est interdit de transporter sans autorisation des objets indivisibles de dimensions ou de poids exceptionnels.



Liens

Le site officiel de Dubout contient des galeries thématiques de dessins, d'illustrations, d'affiches et de peintures. Sans compter une biographie, une bibliographie, etc.
Et aussi : le dessin de la semaine.





LE STANDINGE SELON DUBOUT

Après l'indispensable Code de la Route et quelques vagues considérations sur la ligne claire, voici, pour l'édification des masses en un temps où le respect s'perd et où tout fout le camp ma bonne dame que c'est pas Dieu possib', encore heureux qu'y'en a qui s'lèvent tôt pour redresser tout ça, voici donc, disais-je, quelques illustrations extraites du Standinge selon Bérurier écrit par San-Antonio et illustré par Dubout (ces scans proviennent d'un site russe dont les pages sont inaccessibles, mais pas les images. Les scans du Code de la Route, eux, furent réalisés d'après l'exemplaire de ma bilibiliothèthèque).































Bibliographie


édition de 1965



Liens

Le site officiel de Dubout contient des galeries thématiques de dessins, d'illustrations, d'affiches et de peintures. Sans compter une biographie, une bibliographie, etc.
Et aussi : le dessin de la semaine.

11 juin 2007

MACAO ET COSMAGE - réédition

Trop de boulot ! trop de boulot ! Alors voici, pendant quelques jours, un assortiment de rééditions sous la forme 2en1.





Macao et Cosmage ou l'Expérience du bonheur est un album écrit et illustré en 1919 par Edy-Legrand (de son vrai nom Edouard Léon Louis Legrand, 1892-1970).

Publié en 1920 par les Éditions de la Nouvelle Revue Française (c'est-à-dire Gallimard), Macao et Cosmage peut être considéré comme le premier album pour enfants moderne.

Images plein cadre, texte manuscrit, on pense parfois aussi à de la bande dessinée. Les illustrations, aux couleurs réalisées grâce à des pochoirs, s'inspirent de l'art déco avec quelques soupçons de japonisme, de fauvisme et de cubisme. C'est dire si l'ouvrage est en rupture avec ce qui se faisait à l'époque dans le domaine de la littérature enfantine !

L'histoire, quant à elle, relate la vie du couple Macao et Cosmage qui vit heureux sur une île paradisiaque jusqu'à ce que débarque la si brillante Civilisation française avec son drapeau bleu-blanc-rouge, ses fonctionnaires à col dur, sa technologie et ses plaisirs futiles.

Dénonciation du colonialisme, ode à l'écologie, Macao et Cosmage reste un livre absolument merveilleux, riche de soixante-six illustrations qui n'ont pas pris une ride malgré leur quatre-vingt-sept ans d'âge.

En voici quelques-unes, pur plaisir des yeux.




































•••


Par la suite, Edy-Legrand illustrera un ou deux autres albums dont les Voyages et glorieuses découvertes des grands navigateurs et explorateurs français.






Puis il abandonnera l'illustration enfantine pour rejoindre en 1933 son ami Jacques Majorelle au Maroc, et se consacrer à la peinture orientaliste.






Bibliographie
Macao et Cosmage ou l'Expérience du bonheur a été réédité par les Éditions Circonflexe. Il est toujours disponible au prix de 27 euros, et ça les vaut !









L'ATLAS DE MAJORELLE - réédition

Jacques Majorelle (1886-1962) est le fils de Louis Majorelle, célèbre ébéniste de style Art Nouveau.
Il étudie les Beaux-Arts à Nancy mais, au lieu de suivre les traces de son père, il rejoint Paris avant d'effectuer plusieurs voyages en Egypte. Il part en 1917 à Marrakech, tombe éperdument amoureux du Maroc, y passera le reste de sa vie. (Il mourra cependant à Paris, des suites d'une fracture du fémur.)





Photo de Majorelle en 1921,
en train de peindre le ksar d'Anemiter


Les reproductions ci-dessous ne rendent pas justice à l'art de Jacques Majorelle. Ses peintures sont lumineuses et subtiles, empreintes d'une sérénité absolue parfois traversée par des fils ou des aplats d'or ou d'argent, toutes qualités que le ouèbe est incapable de restituer.

Il est indispensable de les voir en vrai, accrochées aux cimaises d'un musée. Mais la chose est malheureusement difficile, tant son oeuvre est dispersée. En 2000, l'Institut du Monde arabe à Paris avait organisé une exposition rétrospective Jacques Majorelle qui fut un véritable enchantement.






Le souk des tapis, 1924




Les Haïks au souk El Khemis, 1926




Les passants, 1930




Les Allamattes, 1931




Anemiter, vers 1939




Ksar de l'Atlas marocain, 1949




Sur les terrasses de Tagoudat, 1949




La bonne histoire, vers 1950




Le souk El Khemis




Affiche pour le Syndicat d'initiative de Tanger, 1924




En 1923, Jacques Majorelle se fait construire une villa à Marrakech. Puis, en 1931, un atelier. Oeuvre de l'architecte Sinoir, la bâtisse sera un mélange de style international tel qu'a pu le pratiquer un Robert Mallet-Stevens*, et d'architecture mauresque. La palmeraie qui l'entoure deviendra un magnifique jardin :
1800 sortes de cactées, fleurs tropicales, bananiers, fougères géantes et 400 variétés de palmiers envahissent l’espace répandant leurs parfums enivrants sur quatre hectares. Onze bassins de différentes formes rafraîchissent ce somptueux jardin, précise l'Institut du Monde arabe à Paris.

En 1937, Majorelle fait peindre en bleu tous les murs extérieurs ainsi que tous les aménagements du jardin. Le bleu Majorelle sera déposé en tant que marque. Un autre bleu, créé plus tard et déposé lui aussi, lui ressemble étrangement…

La villa du peintre appartient maintenant à Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. Les jardins et l'atelier, transformé en musée d’art islamique, se visitent.










D'autres photographies de la villa et du jardin Majorelle par Thierry Matthys.

A titre de comparaison, il est intéressant de contempler la Villa Majorelle qu'avait fait édifier son père à Nancy.


Bibliographie

Les orientalistes - Jacques Majorelle par Félix Marcilhac, ACR Editions. Ce livre est à ma connaissance le premier ouvrage paru sur Majorelle. Il est toujours disponible. Il existe également un excellent catalogue publié lors de la rétrospective qui se tint à Nancy et à Paris, à l'Institut du Monde arabe, en 2000. Épuisé, celui-là.






* Une grande exposition rétrospective de l'oeuvre de Robert Mallet-Stevens eut lieu au Centre Pompidou à Paris en 2005.

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