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29 novembre 2007
POLY ET SÉMIE SONT DANS UN BATEAU…
Dans mon billet intitulé ALICE, ANNIE, ARTHUR & JOHN, Béat disait en commentaire :
La photo, qu'on le veuille ou non, véhicule des notions de réalisme qui sont absolument incompatibles avec la «construction» d'un imaginaire. Elle gèle tous les processus d'appropriation du récit en imposant une vision rigide. Une vision qu'on ne peut pas modifier.
Dans une certaine mesure, on pourrait dire la même chose des illustrations. Mais comme elles n'ont pas ce statut de réalisme que possède la photo, elles apportent d'autres dimensions, elles ouvrent des portes, elles suscitent des pistes pour l'idéation.
Je ne peux être qu'opposé à ces propos, et m'en vais donc argumenter afin de défendre des idées absolument contraires. Nanmèhô. Sandèc.
La photo, qu'on le veuille ou non, véhicule des notions de réalisme qui sont absolument incompatibles avec la «construction» d'un imaginaire.
Comment se fait-il, dans ces conditions, que je récolte à chaque fois des histoires différentes quand je propose, dans mes ateliers d'écriture, des images telles que celles-ci ?


Photographies d'Annie Leibovitz


Photographies de Diane Arbus


Photographies de Seydou Keita
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand


Photographies de Robert Doisneau
On s'imagine bien, en contemplant les clichés ci-dessus, que l'affirmation selon laquelle
[ La photo] gèle tous les processus d'appropriation du récit en imposant une vision rigide. Une vision qu'on ne peut pas modifier
ne résiste pas une seconde face aux pouvoirs évocateurs d'Annie Leibovitz, Diane Arbus, Seydou Keita ou Robert Doisneau. Et cela ne tient pas seulement à leur immense talent, puisque des photos sans prétention artistique peuvent également s'offrir à l'appro-
priation par le biais de l'écriture :
Cliquez sur l'image pour avoir accès aux textes

Cela tient, me semble-t-il, à la nature même de l'image dont la fonction est de nous transporter. Qu'il s'agisse d'une image religieuse (nous promettant un au-delà), d'une image publicitaire (nous proposant le paradis de la consommation), d'une image artistique (nous faisant rêver) ou d'une image dénonciatrice (nous rappelant les dures réalités de ce monde).
Prenons maintenant un autre exemple :

Ce cliché de Margaret Bourke-White est souvent interprété comme la dénonciation de la pauvreté et du chômage frappant les Noirs amerlocains à l'époque de la Grande Dépression, en opposition à l'opulence de l'American Way of Life réservée au WASP (White Anglo Saxon Protestants).
Or il se trouve qu'il ne s'agit pas du tout de cela, puisque cette photographie a été prise à la suite d'inondations (pour des explications plus détaillées, lire mon billet intitulé America Today).
Alors, elle est où, l'interprétation rigide imposée par la photographie ? Nulle part, puisque nous avons droit ici à une version officielle, historique, supplantée par un détournement de sens.
Dans une certaine mesure, on pourrait dire la même chose des illustrations. Mais comme elles n'ont pas ce statut de réalisme que possède la photo, elles apportent d'autres dimensions, elles ouvrent des portes, elles suscitent des pistes pour l'idéation.
Mmm… Et que dire alors des illustrations ou peintures hyperréalistes ?

Helene's Florist par Richard Estes, 1971
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand

Grocery, gouache, 30x40 cm, 1977
hommage à Richard Estes par le tenancier de ces lieux
On voit par là que l'affirmation selon laquelle
elles n'ont pas ce statut de réalisme que possède la photo
n'est pas toujours vraie, loin s'en faut. De la même manière, on pourrait raconter mille histoires à partir de chacune d'elles et encore mille autres histoires à partir de ces deux images associées. Sans parler des peintures hyperréalistes à tendance surréaliste :

Family Portrait par Guy Johnson, 1980

Watching TV par Guy Johnson, 1983
•••
Une image n'est jamais univoque, non. Penser que la photographie gèle tous les processus d'appropriation du récit en imposant une vision rigide est une démarche qui voudrait nous la faire croire toute-puissante. C'est en réalité l'inverse qui se produit, puisque son pouvoir d'évocation est nié, ramené à trois fois rien.
L'image, qu'elle soit photographique ou non, peut générer au moins autant de lectures qu'il y a de spectateurs. Parce que chaque spectateur est différent et apprécie l'image proposée au filtre de son expérience, forcément unique.
Pour finir en beauté, quatre images photographiques non créditées. Elles valent bien un long discours et en feront peut-être rêver certains qui peuvent soumettre ici leurs textes, ou s'amuser à retrouver les auteurs de ces clichés :




Lien
Mots d'images, le blogue de Béat.
27 novembre 2007
COURBET, LE DÉSESPÉRÉ
Attention, auto-promotion !
Dans le numéro de décembre 2007 du magazine Ça m'intéresse…

… une double page intitulée Courbet affole les bourgeois, entièrement écrite à la main par le tenancier de la Boîboîte :

Avec une biographie du peintre, une analyse détaillée de son Désespéré daté de 1841 et l'histoire de son Origine du monde.

EXTRAITS
À 20 ans, il monte à Paris pour révolutionner la peinture. Il triomphe à coups de scandales et gère seul sa carrière, au mépris des institutions officielles.
•••
UN ÉCLAIRAGE DE FILM D’HORREUR.
La lumière du tableau vient du haut, à gauche. Elle se fixe sur la moitié du front, la pommette et l’arête du nez, qui s’avance tel une pointe de flèche. Le contraste appuyé entre ombre et lumière n’a qu’un but : faire ressortir le regard qui nous fixe pour mieux impressionner le public. Là aussi, Courbet utilise l’héritage des grands maîtres, dont l’Italien Caravage qui, au XVIème siècle, eut le premier l’idée de placer à l’extérieur du cadre un faisceau de lumière éclairant violemment les personnages. Résultat : on se croirait dans un film d’horreur avant l'heure.
23 novembre 2007
MALHEUR AUX BARBUES !

En 1991, Pierre et Gilles créaient la ci-dessus Sainte affligée. Ces deux énergumènes, dont j'avais déjà parlé par là, ne respectent rien, c'est bien connu.
Quoique. Peut-être ont-ils tout simplement voulu rendre hommage à cette statue sise en l'église de Wissant, Pas-de-Calais, France :


À moins qu'il s'agisse, avec sa couronne, d'un clin d'œil à cette autre martyre exposée dans l'église Notre Dame de Lorette à Prague, depuis la fin du XVIIème siècle :


Mais quelle est donc cette martyre ? Un Christ travelo ou une vraie sainte barbue crucifiée telle notre Seigneur Jésus ? Il s'agit de sainte Wilgeforte, et c'est son vrai prénom, à la sainte. Si la sainte est vraie. Ce qui se discute.

Fresque de l'église de Wissenbourg (Bavière),
fin du XIVème siècle
Voici donc l'histoire la plus répandue à propos de notre ami(e) Wilgeforte.
Fille d'un roi du Portugal au XIème siècle, Wilgeforte fut contrainte par son père d'épouser le roi de Sicile pour des raisons politiques. Sauf que la donzelle avait fait vœu de chasteté. Aussi demanda-t-elle à Dieu de la rendre la plus laide possible, afin de décourager le sicilien.
Et d'un seul coup d'un seul, zimboum ! son vœu est exaucé : elle se retrouve affublée d'une épaisse barbe et le sicilien horrifié annule le mariage. Ouf ! seulement voilà, le roi du Portugal qui, contrairement à certains bruits qui n'en finissent pas de courir, n'apprécie pas les femmes à barbe, n'apprécie pas non plus que l'on contrecarre ses projets et fait crucifier sa fifille à l'issue d'un procès.

Gravure sur bois d'Hans Burgkmair, vers 1507
Cette légende nous racontant la triste aventure de la seule et unique femme crucifiée de l'histoire sainte (car il ne s'agit que d'une légende, mais oui) est née aux alentours des XIVème-XVème siècles en Hollande. Les peintres flamands, et non des moindres, ne se sont pas privés de l'illustrer.

Triptyque fermé d'Adriaan Reins
par Hans Memling, 1480
Le personnage de droite qui tient trois miches de pain est sainte Marie d'Égypte. Une prostipute qui fait le pendant avec sainte Wilgeforte, image de la virginité.

Détail

Triptyque du martyre de sainte Liberata
(alias Wilgeforte) par Jérôme Bosch, 1500

Détail
Je sens la question qui vous brûle les lèvres : comment est née cette légende ? Voici donc l'explication délivrée par les vrais experts en martyrologie.
Les chrétiens d'Orient n'appréciaient pas d'exhiber le Christ en petite tenue, et vers le VIème ils décidèrent de le revêtir d'une tunique. C'est ainsi qu'est représenté le christ de Lucques de la cathédrale Saint-Martin, en Italie. Il est connu sous plusieurs appellations : Christ de la sainte Face, Volto Santo ou Christ de la Saint Vou.

Le Volto Santo de Lucques, XIIIème siècle

Le même en tenue de sortie,
tel qu'il paradait lors des processions
Ce Christ d'allure byzantine aurait été sculpté par Nicodème, un intime du Christ. Bon, en vérité je vous le dis, on l'attribue plutôt à l'atelier de Benedetto Antelami, sculpteur du XIIIème siècle.
Quoi qu'il en soit, le Christ de Lucques prétendument sculpté par un disciple du Christ fut pendant longtemps l'objet de vénération et l'on venait de toute l'Europe pour l'admirer et se recueillir à ses pieds. Et le petit peuple occidental, qui était plutôt habitué à voir des Christ en petite culotte, crut que la Sainte Face de Lucques était une femme à barbe. Aussi, il inventa la légende de Wilgeforte. On ne dira jamais assez combien le petit peuple, dans sa grande niaiserie, aime à se raconter des histoires sans queue ni tête…
Une femme à barbe crucifiée, non vraiment ! Il en est une, dans l'église Saint-Étienne de Beauvais…

…à qui l'on a repeint la barbe avec une couleur chair :

Pour la poitrine et la taille fine, en revanche, on n'a rien pu faire !
Sainte Wilgeforte est souvent représentée avec un violoneux à ses pieds, et l'on peut voir également l'une de ses chaussures qui traîne. Il s'agit d'une seconde légende hollandaise venue se greffer sur la première, celle d'un musicien qui joua devant la statue de la sainte qui le récompensa en laissant tomber l'une de ses chaussures dorées. Le violoneux, qui fut accusé de vol, demanda à jouer encore une fois aux pieds de la sainte. Wilgeforte laissa alors tomber sa deuxième chaussure et ce miracle renouvelé innocenta le musicien.

Peinture dans l'église Saint-Stéphane d'Hilgertshausen

Peinture dans l'église Saint-Thomas de Brno
La gravure sur bois de Hans Burgkmair publiée plus haut mélange la légende du musicien et le Christ de Lucques, ainsi que nous le dit le phylactère : Die Bildnus zu Luca, le tableau de Lucques.

Wilgeforte, dont le nom signifie Virgo fortis (Vierge forte), est probablement une altération de Hilge Vartz, Sainte Face (et l'on retrouve le lien avec le Christ de Lucques, Volto Santo).

Peinture allemande du XVIIIème siècle
Elle est aussi connue sous d'autres appellations : Uncumber, Kümmernis, Komina, Comera, Cumerana, Hulfe, Ontcommene, Ontcommer, Dignefortis, Eutropia, Reginfledis, Livrade, Liberata, Digneforte, Guilleforte, Milleforte, Sainte Affligée.
On voit par là qu'en fin de compte, Pierre et Gilles n'ont fait que suivre une tradition !

PREMIER CADEAU BONUS

Wilgeforte s'offre des boucles d'oreille
(avec une certaine demoiselle Berthe Frémont
dans le rôle de la sainte)

Wilgeforte fait du Vélib'
DEUXIÈME CADEAU BONUS

La petite commune de Montpinçon était l'objet, le troisième dimanche de juillet, d'un curieux pélerinage. Le matin, les pélerins assistaient à la messe dans l'église paroissiale. Ils déposaient, pendant l'office, au pied du tableau représentant Sainte-Wilgeforte, leur offrande constituée d'un pain acheté à la boulangerie voisine du Billot. En contrepartie, ils imploraient la Sainte de donner appétit, santé et vigueur aux enfants chétifs et malingres. Le midi, ils pique-niquaient dans un herbage près de l'église en attendant la célébration des vêpres. En fin de journée, le pain était distribué aux pauvres et aux indigents (...). En Seine-Maritime, à Flamanville, la sainte était implorée pour le traitement des maux d'estomac (...). Les pélerins portaient la moitié d'un pain de 12 livres au presbytère, puis frottaient l'autre moitié sur le ventre de la statue de la sainte. Cette deuxième partie était emportée pour être mangée par les malades.
Jack Maneuvrier,
Ainsi se soignaient nos aïeux,
éd. Bertout, 1999.
On remarquera que notre brave Wilgeforte s'est rasée de près et que sa croix a été remplacée par un arbre. Un pommier, probablement (la commune de Montpinçon est située dans le département du Calvados…)
Liens
Un très intéressant texte sur les saintes et travesties du Moyen Âge.
Des Christ féminins à la pelle par là, où le meilleur côtoie le pire (voir l'immense liste de liens à partir du milieu de la page).
20 novembre 2007
DES BIDONS DE PEINTURE BIDON
Depuis hier lundi 19 novembre, la chaîne NBC fait, sur son site ouèbe, une vente aux enchères des tableaux de la série Heroes. Ces tableaux sont censés être l'œuvre d'Isaac Mendez, un personnage de l'histoire qui a l'étrange capacité de peindre le futur.





Il va de soi que l'acteur incarnant Isaac Mendez est un véritable manchot du crayon et du pinceau (ils sont nuls ces acteurs). Aussi, la production a-t-elle fait appel à un professionnel pour réaliser les zeuvres en question. Il s'appelle Tim Sale, est dessineux de bédé de son état. On lui doit, entre autres, des palanquées de Spider-
Man, Batman, Daredevil et Superman.




Ce sont donc les trois peinturlures ci-dessous, œuvres de notre bédéiste, qui sont proposées à la vente depuis hier.



Sauf que voilà, il y a comme un léger problème. Oh, trois fois rien, une broutille…
Tim Sale a un handicap : il ne voit pas les couleurs. Son monde est en noir et blanc et en valeurs de gris uniquement. Alors comment c'est qu'il a fait pour peinturer ces jolis tableaux en couleurs, lui qui est incapable de distinguer un rouge d'un vert et même d'un jaune ? Eh bein il a pas fait.
Il a exécuté ses dessins au crayon sur du papier, avec parfois des lavis de gris à l'encre. Les dessins ont ensuite été scannés et c'est un coloriste nommé Dave Stewart, avec qui il a l'habitude de travailler lorsqu'il fait des bédé, qui les a colorisés avec son nordinateur. Enfin, ils ont été imprimés sur de la toile qui fut montée sur châssis.
Réaliser de faux tableaux pour un feuilleton télé, rien de plus normal. Que NBC les vendent ensuite aux enchères sur le ouèbe en oubliant de dire comment ils ont été fabriqués et en faisant croire qu'il s'agit de pièces uniques alors qu'on peut les imprimer à des millions et des millions et des millions (et des millions) d'exemplaires, relève de quoi ? De l'arnaque pure et simple ? On s'autorise à penser, dans les milieux zautorisés, qu'il y a un peu de ça, en effet (enfin c'est ce qu'on m'a dit, j'fais pas partie des milieux zautorisés). Le fin du fin consistant, quand même, à publier sur le site le dos d'une de ces toiles, histoire de prouver que c'est du vrai pour de vrai pas du bidon non non non :

À l'heure où j'écris ces lignes, la dernière enchère sur l'oeuvre intitulée Painting of Peter Petrelli under the Homecoming Banner se monte à 1050 dollars ;
la dernière enchère sur l'oeuvre intitulée Painting of Claire and Zach at School se monte à 1026 dollars ;
la dernière enchère sur l'oeuvre intitulée Painting of Claire Bennet se monte à 2500 dollars. Cette vente se terminera le 3 décembre prochain, d'autres images seront proposées par la suite.
Painting of Claire Bennet : 3 801 $
Painting of Peter Petrelli under the Homecoming Banner : 3 000 $
Painting of Claire and Zach at School 2 550 $
Liens
Si vous voulez poser une enchère sur les peinturlures bidons de la série Heroes, la page de NBC est par là.
Mais entre nous, vous feriez mieux d'acheter mes livres ou, encore mieux, de me commander des conférences sur l'image…
Les autres peintures de Tim Sale pour la série Heroes.
Le site perso de Tim Sale.
J'avais écrit, il y a un peu plus d'un an, un billet intitulé BRUSH STROKES AVAILABLE UPON REQUESTS où il était également question d'un gigantesque truandage peinturesque industriel, assez similaire à celui-ci.
19 novembre 2007
TES YEUX ÉTONNÉS

La porte s'ouvrit toute grande
sur tes yeux étonnés
petite sœur
Kazuo (1955-…)
Gravure sur bois,
Ito Shinsui, 1933.
17 novembre 2007
BIENVENUE AU JAPON !
Sur son blogue, le sieur Ouinon rapporte des propos que lui a tenus Thomas Bertrand, un Français vivant au Japon qui lui-même a un blogue intitulé la rivière aux canards :
Le Japon va mettre en place de nouvelles mesures pour l'entrée sur le territoire des étrangers. Tous les étrangers, y compris ceux qui vivent au Japon depuis des lustres, qui ont une famille japonaise, tous, devront se soumettre à une prise d'empreintes et une photo à chacune de leur arrivée au Japon.
Et cela pour prévenir les attentats. Tous les étrangers sont désormais des terroristes potentiels.
Les Japonais eux, n'ont toujours pas de passeport biométrique, mais qui pourrait les suspecter de quelque
chose ?
À l'appui de ses dires, la reproduction d'une affichette écrite en plusieurs langues (dont le japonais !) qui explique la procédure aux étrangers foulant le sol de l'Empire du Soleil levant :
Cliquez sur l'image pour la voir en très grand

Cette affichette, dont les dessins réalisés dans un style "ligne claire" sortent tout droit d'un ordinateur, n'a pas été conçue à la va-vite par un graphiste débutant sous-payé, non. Enfin, il est peut-être débutant et sous-payé, le graphiste, mais la conception de cette page ne laisse rien au hasard.
Elle ressemble à s'y méprendre aux pages plastifiées qu'on trouve dans les rônavions de ligne et qui nous donnent toute une série de consignes de sécurité à respecter au cas où le rônavion il aurait des problèmes :

Petite revue de détail

Le cartouche de titre


Les cartouches à coins arrondis



Les flèches et les chiffres


Les personnages au dessin simplifié


Avec ses références aux cartes de sécurité des rônavions de ligne qu'on ne lit jamais, l'affichette nipponne tente de dédramatiser l'affaire : « Oui bon d'accord, on prend vos empreintes, on prend votre photo et on vous enregistre dans nos bases de données à chaque fois que vous foutez les pieds au Japon parce que vous n'êtes qu'un gaijin mais tout ça n'est pas bien méchant et ça n'a pas plus d'importance que ces cartes de sécurité des rônavions de ligne qu'on ne lit jamais. Allez, souriez, vous êtes filmés. Et bienvenue au Japon. »
Cliquez sur l'image pour la voir en très grand

Lien
La pétition contre cette mesure est par là.
15 novembre 2007
RECETTE POUR FABRIQUER UNE AFFICHE DE FILM AVEC DEUX COULEURS ET DEMIE - réédition
Avec la sortie d'American Gangster de Ridley Scott…

… il m'a semblé qu'une réédition de ce billet s'imposait.
•••

L'affiche de Scoop, le dernier Woody Allen, évoque les figures des jeux de cartes, roi, dame et valet. Et le slogan insiste en indiquant : Après Match Point, une nouvelle partie commence…
Il est une autre recette graphique utilisée pour la version française de cette affiche, c'est l'opposition noir-blanc. Ce truc avait déjà fait ses preuves avec le Scarface de Brian de Palma (1983) avec Al Pacino :

Affiche du film

Couverture du DVD
(exit Michelle Pfeiffer !)
Ce principe fut ensuite utilisé en 1988 par Yves Saint-Laurent pour son parfum Jazz :

Et peut-être faut-il en voir également l'écho dans la pochette du Love on the Beat de Serge Gainsbourg, sorti en 1986 :

Dans Scoop, Scarface et Gainsbourg Love on the Beat, le rouge a été ajouté au duo noir-blanc. La recette fait ses preuves depuis les années 1920, voir par ici tout ce que j'ai pu écrire à propos du trio noir-rouge-blanc. Seul le Jazz de YSL fonctionne sans le rouge.
Quant à l'affiche amerlocaine de Scoop, on remarquera deux points :
1. elle utilise moins l'opposition noir-blanc pour, d'une part, favoriser le trio noir-rouge-blanc, et d'autre part faire mumuse avec le lettrage du titre ;
2. les cartes ne sont plus celles d'un jeu ordinaire mais des cartes hésitant (à ce qu'on peut en voir) entre les tarots et les jeux genre Magic.

L'affiche française nous annonce que l'action se passe à Londres, l'amerlocaine nous prévient qu'il va y avoir un meurtre et que tout ça n'est pas sérieux (cf. les yeux du lettrage).
Si les affiches de film utilisant le trio noir-rouge-blanc ou le duo noir-blanc sont légion, peu d'entre elles fonctionnent sur la séparation verticale noir-blanc, peut-être à cause de l'immense notoriété de celle du Scarface de Brian de Palma.
Certains graphistes s'y sont risqués quand même, et voici trois exemples basés sur ce principe avec, toujours, la petite note rouge :



Et pour finir, une célèbre affiche qui pourrait être la grande soeur de l'affiche amerlocaine de Scoop si elle nous vendait des acteurs au lieu de nous fourguer le nom du réalisateur triomphant :


11 novembre 2007
DES CLÉS ET DES SERRURES
Tout le monde connaît l'histoire de la Barbe Bleue, je ne vais pas la rappeler ici. Les oublieux, toutefois, pourront en lire le texte intégral par ici, dans la version de Charles Perrault datée de 1697.
Concentrons-nous maintenant sur la plus célèbre des illustra-
tions, œuvre de Gustave Doré.

Légende : S'il vous arrive de l'ouvrir,
il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.
Il s'agit d'une gravure sur bois de 33 x 27 cm (et non d'une lithographie, comme l'assure Wikimedia Commons [Mizàjour : ah, l'erreur a été corrigée]) qui fut publiée pour la première fois en 1862 par l'éditeur Pierre-Jules Hetzel, dans un recueil intitulé Les Contes de Perrault, dessins par Gustave Doré. (Il existe une seconde édition datée de 1897, à laquelle furent ajoutées huit petites gouaches anonymes.)
Quatre illustrations au lavis furent réalisées pour ce conte. Elles furent ensuite collées sur des planches de bois puis gravées par Doré pour trois d'entre elles, la quatrième étant l'œuvre de Pisan. (Afin de l'aider à illustrer ce recueil, Doré employa les onze meilleurs graveurs de son époque : Pisan, Pannemaker, etc.)
Les graveurs d'estampes japonaises procédaient de manière identique, et j'en avais causé dans un billet intitulé Coup d'œil sur l'ukiyo-e avec même un mode d'emploi détaillé où je taquinais du Nippon.
Bon, passons à des choses plus rigolotes.

Légende : S'il vous arrive de l'ouvrir,
il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.
Zavez remarqué la fameuse clé ? Elle est beaucoup plus grande que les autres. Et bien que Barbe-Bleue fasse ses recomman-
dations à sa jeune, très jeune épouse, cette dernière ne l'écoute pas. Hypnotisée, elle reluque la clé et s'apprête à la saisir comme s'il s'agissait de… Mais de quoi donc ? Je me le demande !

Plus tard, après que la jeune, très jeune épouse, aura fauté en entrant dans la pièce interdite, elle n'aura de cesse de laver ladite clé tachée de sang. Elle frottera, frottera, mais la tache restera indélébile :
Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s'en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à
fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.
Pas de doute, hein, on nous parle là de défloration (une grosse clé entre dans une petite serrure et en ressort tachée de sang) et du péché originel d'Ève, condamnée à avoir des menstruations et à enfanter dans la douleur (voir ce que j'en disais dans un billet intitulé le sang de la Vierge). La faute de la jeune, très jeune épouse qui n'a pas écouté son mari est ici assimilée à celle d'Ève. Pfff… Toutes les mêmes !
La curiosité, malgré tous ses attraits,
Coûte souvent bien des regrets ;
On en voit, tous les jours, mille exemples paraître.
C'est, n'en déplaise au sexe, un plaisir bien léger ;
Dès qu'on le prend, il cesse d'être.
Et toujours il coûte trop cher.
Peut-être Doré puisa-t-il en partie son inspiration dans cette image de Gillot, publiée en 1860 par l'imprimerie Pellerin à Épinal :

On remarquera l'importance de la fameuse clé, ainsi que la position des mains de l'épouse. Et l'on remarquera itou que les deux illustrateurs, qui l'ont dessinée balaize, ont détourné sans vergogne le texte de Perrault qui dit :
cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas.
Puis, plus loin :
elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
Bah ! Sans attendre Bettelheim et sa Psychanalyse des contes de fées (pages 488-491), Gillot (peut-être) et Doré (sûrement ) avaient complètement pigé de quoi il était question et avaient donc rétabli un sens que Perrault avait partiellement occulté.
Si l'on considère les illustrations de Barbe-Bleue qui sont postérieures à celles de Doré, on constate que cette évidence psychanalytique a parfois été un peu "oubliée" mais pas tou-
jours :
Ah ! Pour une belle clé c'est une belle clé !

Illustration de Kate Greenaway, 1871

Illustration de Walter Crane, 1875
Et des comme ça, hein, t'en as déjà vu des comme ça ?

History of Blue Beard
publié par T.W. Strong, New York
date et illustrateur inconnus, XIXème s.

Illustration de Charles Robinson, 1911

Illustration de Harry Clarke, 1922

Illustration de Kay Nielsen, 1930
Ici, il ne s'agit pas du moment où l'épouse reçoit les clés, mais de celui où elle rend la fameuse. On ne la voit pas vraiment à l'image, mais l'épée, en revanche… Et toutes ces droites dressées, et la forme de la robe de l'épouse…
Allez, une petite dernière :

Illustration de couverture par Rose Candide, 1910
La clé, ici mise en évidence dans le titre. Son panneton ensanglanté rappelle un masque de la tragédie grecque et m'est avis que la demoiselle Rose Candide avait perdu sa candeur depuis un petit moment !
offert par Samantdi
Le portrait d'Élisabeth d'Autriche peint par François Clouet vers 1571, dont Gustave Doré s'est inspiré pour le costume de la jeune épousée :

Liens
Le texte intégral de la Barbe Bleue par ici, dans la version de Charles Perrault datée de 1697.
Quelques infos complémentaires sur les illustrations de Doré pour les contes de Perrault, par là.
J'avais parlé du Barbe-Bleue de Jean Claverie dans un article publié par le magazine Citrouille, intitulé Épater la galerie. Vous pouvez le lire en format PDF sur le site de Citrouille, par ici. Ou bien vous pouvez le lire en format pas-PDF sur mon site ouèbe, et c'est par là.

09 novembre 2007
LE JEU DE REGARDEZ-MOI DANS LES ZŒILS - réponses et résultats

Les réponses
A1

Roland Petit, directeur et danseur étoile
des ballets de Paris, mime avec les mains
son prochain ballet
par Izis (Israelis Bidermanas), 1950
A2

Puerto Rican Woman with beauty mark, New York City
par Diane Arbus, 1965
B1

Migrant Mother
par Dorothea Lange, 1936
B2

At Tuktoyaktuk, Northwest Territory, Canada
par Margaret Bourke-White, 1937
C1

Portrait de la mère de Rodtchenko
par Alexandre Rodtchenko, 1924
C2

Broadway and 103rd Street, New York
par William Klein,1955
D1

Secrétaire employée par une station de radio à Cologne
par August Sander, 1926
D2

Armenian Jew, Ellis Island Immigrant
par Lewis Hine, vers 1926
•••
Les résultats
Il était prévu une catégorie Professionnels et une Amateurs, mais les Pros se sont débinés… Honte sur eux, nous les bombarderons de tomates à la prochaine occasion.
Or donc, voici le classement officiel validé par Maître Jaunâtre :
Untel
Micheline
Rozo
Artemisia
Manu
BabdeBab
Isophe
Vroumette
Jo de R.
Tomatotopic
LN
Samantdi
Basquounette
Gougle (à qui il manquait la première réponse)
Brigitte C. (à qui il en manquait… sept !)
Le premier (Untel) gagne un magnifique objet d'art ramené de Bruxelles, capitale de l'Europe, des gaufres, des Chokotoffs et de la faro :

Retournez votre écran pour voir tomber la neige.
La seconde place (Micheline) gagne un magnifique objet d'art ramené de Paris, capitale de la Tour Eiffel mais surtout de la merveilleuse basilique du Sacré-Cœur de Montmartre qui fut honteusement copiée par les Belges avec la hideuse basilique du Sacré-Cœur de Koekelberg.

En vérité il ne s'agira pas de celle-là, dégottée sur le ouèbe faute de temps. Mais celle de Bruxelles, oui, c'est la vraie pour de vrai. Quelle chance il a, ce Untel !
Ah et puis j'allais oublier les hors-concours, qui cette fois sont deux, Marc et Fincasor :
Marc
A1 : Non, non, juste un doigt,
par Chantal Lauby et Gérard Darmon, 1989
A2 : Autoportrait de la femme de ménage d'Ingrid Bétancourt, 2005
B1 : No DNA needed here so far,
par Jessica Lange, 1932
B2 : Bonbons, caramels, ..., chocolat,
par Gervais-Danone, 2001
C1 : Il est fou atoll 2000,
par Antoine Smedt, 2007
C2 : Mon fils après le vol de son scouteure,
par N.S. & F.H/S.G., printemps 2007
D1 : La secrétaire qui cause dans le poste,
par Otto Sander von Harden, 1931
D2 : Laporte dort debout, et sans ses lunettes, en plus,
par Roselyne Madrange, automne 2007
Fincasor
A1 : La construction de l'Arche de Noé, détail (la prise de mesures),
par Jacopo Bassano, 2e moitiè du XVIè siècle
A2 : La Comtesse del Carpio, marquise de Solana, version 1.0,
par Francisco José de Goya y Lucientes, 1781
B1 : Mater Dolorosa, 1ère esquisse,
par Luis de Morales, 1565
B2 : Oki, mon guide esquimau,
par Jean-Jacques Audubon, 1833
C1 : Sainte Anne lisant,
par Rembrandt Harmenszoon van Rijn, 1636
C2 : Huckleberry Finn,
par Norman Rockwell, 1910
D1 : La belle Ferronnière, première version,
par Leonardo Da Vinci, 1490
D2 : Week end à Ellis Island, autoportrait,
par Georges Perec, 1980
05 novembre 2007
D'UN LOGO L'AUTRE, LE COCA-COLA BLAK et QUEL COLA LOCAL ? - rééditions
Rééditions pasque chuis oveur-débordaide.
D'UN LOGO L'AUTRE
Pour vendre une marque, un produit, il est indispensable d'avoir un logo.
Un logo ou logotype est un symbole formé d'un ensemble de signes graphiques constituant une marque pour un produit, une firme.
Cet ensemble est souvent un dessin auquel est associé une typographie originale.

banette, un logo banal au service de la tradition.

Le subtil logo de Carrefour, dans lequel beaucoup de personnes n'y voient qu'une forme bizarre alors qu'il s'agit d'un C blanc par-dessus un losange rouge et bleu.

Celui des Galeries Lafayette est aussi particulier : le dessin se cache dans les deux T qui forment une tour Eiffel.
Parfois, le logotype n'est constitué que de lettres.



Le logo de FedEx est, lui aussi, fort habile : l'espace blanc entre le E et le x forme une flèche dirigée vers la droite, exprimant la célérité de cette compagnie.
(Merci à No' pour cette info.)
Plus rarement, le logo est dépourvu de lettrage.


Nike et Shell ont considéré que leur signe graphique était suffisamment célèbre pour se passer du texte associé.
À propos de Carrefour : « Le logo actuel de la marque est apparu en 1966, à l'occasion de l'inauguration de l'hypermarché de Venissieux.
Auparavant, le logo était formé par une lettre " C " en majuscule et encadrée par deux flèches verticales et en opposition. Le nouveau logo est créé par Jacques Daniel, ancien directeur du Club Français du Livre, sous la forme du " C " minuscule, inscrit dans un losange dont les angles hauts et bas ont été gommés avec une triple volonté de lisibilité, de mémorisation et de reconnaissance immédiates.
Il adopte les couleurs nationales bleu-blanc-rouge sur les conseils d'Etienne Thil, alors consultant et futur directeur marketing et communication du groupe de 1966 à 1982. Le rouge vif est la couleur de la vie, de la volonté et de l'énergie. Le bleu foncé symbolise le bon sens et l'équilibre. L'enseigne a une notoriété de plus de 90%. » Source : http://www.superbrands.org
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Pour vendre, il faut donc un logo. Véritable signature, il sert à ne pas confondre un produit avec celui des concurrents.
Mais voilà qu'une nouvelle ère est arrivée, celle où l'on vend d'abord et surtout le logo, apposé sur des produits dont l'importance est reléguée au second plan. On pense à Nike, bien sûr, mais il n'en a pas toujours été ainsi : la marque s'est d'abord fait connaître par ses chaussures, le fétichisme du logo n'est venu qu'ensuite.
Ce n'est pas le cas de Von Dutch, une nouvelle société qui base toute sa stratégie sur la marque, le logo que les adolescents se doivent de posséder. Sur une casquette, un tee-shirt, ou n'importe quel autre type de vêtement. Et peu importe si ce logo n'a rien d'original…

PETITE HISTOIRE D'UN LOGO
Au début il y a Kenny Howard, un Californien qui décore des motos, des voitures et des camions customisés. Il signe ses oeuvres d'un pseudonyme, Von Dutch.

Panneau publicitaire réalisé par Kenny Howard.

Carte de visite de Kenny Howard.
Kenny Howard meurt en 1992 et dix ans plus tard, un Danois achète le nom Von Dutch à ses filles. Il s'associe avec un Français, et crée une marque de vêtements.
Récupération et réécriture d'un logo qui n'a rien à voir avec l'habillement et qui, de toute façon, était lui-même un emprunt : Howard, qui ne s'intéressait qu'aux voitures et aux motos, a sans aucun doute puisé son inspiration en contemplant le sigle de Norton !

Cette entreprise de motos anglaise a été fondée en 1902. Elle eut un premier logo, qui fut modifié en 1916 pour devenir celui qu'on connaît. S'agit-il là d'une création entièrement originale ? On peut en douter, tant il rappelle celui de Coca-Cola :

Le Coca-Cola fut inventé en mai 1886 par un pharmacien nommé John Pemberton. Il avait, par erreur, versé de l'eau de Seltz dans son sirop reconstituant, au lieu d'y verser de l'eau plate. C'est son comptable, Frank Robinson, qui eut l'idée du nom et traça à la plume le logo toujours en vigueur aujourd'hui.
Des volutes, en vogue à l'époque de l'Art Nouveau, encadrent le nom inscrit sur deux lignes.
Volutes qui se retrouvent sur les logos Norton et Von Dutch. Pourquoi lâcher une idée quand elle est bonne !?
Avec le temps, la typographie de Coca-Cola a été un peu remaniée : les lettres sont plus étroites et plus grasses.

S'il est un logo qui a été pillé, détourné, c'est bien celui-là. En voici encore un exemple, parmi tant d'autres :
En 1958, Enric Bernat Fontlladosa, confiseur de son état et natif de Barcelone, invente la sucette Chupa Chups. C'est Salvador Dali qui griffonna, au dos d'une serviette, l'esquisse du logo. Avait-il une bouteille de Coca sous les yeux ?

On y retrouve la typographie en anglaises inclinées, les volutes, le nom sur deux lignes. Il manque juste le tiret ! Peut-être eût-il fallu verser au génie espagnol quelques dollars de plus…
On notera également que le cul cannelé de ladite bouteille lui inspira aussi, sans doute, la forme de fleur entourant le lettrage.

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LE COCA-COLA BLAK
Après l'échec du Cherry Coke, du Coca à la vanille et de l'eau Dasani, Coca-Cola vient d'annoncer la création d'une nouvelle boisson énergisante visant le public des jeunes adultes : le Coca-Cola Blak.
Le lancement mondial de ce produit, mélange de Coca et d'extraits de café, aura lieu en France à partir du 15 janvier 2006 dans les cafés, et un mois plus tard dans la grande distribution. On en a, de la chance !
Coca-Cola espère ainsi concurrencer le Pepsi Max Capuccino, mis en vente il y a seulement deux semaines.
La bouteille sera noire et opaque, la capsule sera dorée, la fameuse vague apparaîtra sur toute la longueur de la bouteille.

Le mot Blak, qui s'inscrit au-desous du lettrage Coca-Cola, affiche un a surmonté d'un macron. Il s'agit d'un tiret utilisé dans la langue lettone, indiquant que le son doit être prolongé. Pourquoi cet emprunt à un alphabet peu connu ? Pour ajouter une part de mystère initié par le caractère opaque de la bouteille !
Et peut-être aussi pour se différencier des différents produits utilisant déjà le mot blak sans c et sans tiret (un chanteur nommé Blak Twang, un modèle de chaussures de marque Vans dénommé blak-betty-blak, etc.).
Le logo ovale et doré est, lui aussi, assez intéressant.

Il représente… un grain de café !

Les grains de café présentent tous cette fissure dont la forme emprunte plus ou moins à celle de la lettre S. La fameuse vague de Coca est elle aussi en forme de S.

Pour le logo de cette nouvelle boisson, la firme a accentué la fissure naturelle des grains de café jusqu'à la faire ressembler à sa vague.
Dans le même ordre d'idée, et pour séduire le marché sud-américain, on pourrait suggérer à la firme d'Atlanta de remplacer le bizarre macron letton par un tilde español !
Pour finir, rappelons que les volutes qui s'échappent d'une tasse de café chaud ont toujours cette forme de S qu'on retrouve sur certains paquets de café, sur les films et les affiches de publicité :

Deux emballages pour le café de marque Carte noire

Affiche de Charles Loupot, 1929

Affiche de Noël Saunier, 1935

Affiche de David Goines, 2004
J'avais déjà parlé de la boisson brune pétillante dans un article intitulé Quel Cola local ?, et dans D'un logo l'autre.
Voir aussi le manteau rouge du Père Noël (deuxième version).
QUEL COLA LOCAL ?
Désormais, chacun se colle à son cola local : Breizh Cola, Chtilà Cola, Corsica Cola, Elsass Cola, Arab Cola, Mecca-Cola, Qibla Cola, etc. Un cola qui se veut éthique, ethnique, anti-américain. Qu'en est-il vraiment ? Un petit coup d'oeil sur quelques emballages, publicités et logotypes nous fournit rapidement la réponse.
Tous reprennent la couleur rouge et le lettrage manuel blanc de la marque d'Atlanta :



La vague est elle aussi récupérée :

Vague réaliste chez Breizh Cola (avec un jeu de mots en prime), ou suggérée chez Corsica Cola.
Vague recopiée telle quelle chez Mecca-Cola, placée verticalement à gauche du logo :

Pour mémoire, la vague de Coca-Cola est un rappel de la courbe horizontale du second C majuscule. Elle évoque aussi la forme de la bouteille de verre historique.

On notera, chez Mecca-Cola, la reprise des petites bulles et le tiret, en forme de courbe horizontale :

On pourrait continuer ainsi avec toutes les autres marques.
Créer des colas de substitution et respecter les codes graphiques de la marque originale revient à s'affirmer comme descendant de la maison-mère, à s'inscrire dans une filiation. C'est également reconnaître la supériorité de Coca-Cola et celle des USA contre lesquelles certains prétendent - dans le même temps - lutter idéologiquement.
Chaque bouteille de cola vendue sous un emballage rouge et une typographie blanche est une publicité pour le breuvage de Monsieur Pemberton, une affirmation de la toute-puissance étazunienne. En croyant lutter contre un État et l'un de ses plus grands symboles, on ne fait que les renforcer, les conforter.
Mais j'y pense soudainement : et si l'ambition réelle de ces fabricants de colas dissidents était autre ? Et s'il ne s'agissait que de faire de l'argent, piquer des parts de marché, surfer sur l'éternelle vague rouge et blanche ? Les coiffes bretonnes, le bandeau corse et les voiles islamiques ne seraient alors que prétextes bassement mercantiles, arguments de vente destinés aux gogos. Mazette ! Je n'ose y croire…
CADEAU BONUS
Et voici l'Afro-Black Cola !

Le lettrage blanc de type manuel, le fond rouge, la vague déclinée plusieurs fois, les bulles : tout y est !
Jetons maintenant un oeil sur quelques lignes du texte de présentation visible sur le site de la marque afroblack.com (les fautes de frappe, d'orthographe et de typographie sont d'origine):
La création de ce produit est le résultat d'une étude auprès de la population "Black".
Les fondateurs de la marque Afro-black® se sont aperçus que ce peuple responsable et fier ne s'idenifiant aux boissons gazeuses présentes sur le marché.
Sensibilisé par cette importante demande, nous avons répondu à leurs souhaits en créant un label et une étiquette représentative de cette culture.
(…)
Enfin dans le souci du partage des richesses entre le Nord et le Sud, la société TMC et Afroblack® ont tenu a participer à la lutte contre le Sida en Afrique mais aussi a aider son développement économique et social en reversant 1% de son chiffre d'affaires.
On retrouve ici un concentré de la rhétorique employée par les marques citées plus haut :
Nous ne vendons pas du Coca-Cola amerlocain, mais un soda ethnique qui n'a rien à voir.
[Sauf qu'on utilise tous les attributs graphiques du Coca-Cola pour vendre nos petites bulles brunes, y compris la forme des bouteilles.]
Nous ne vendons pas du Coca-Cola, mais un soda ethnique : nous reversons 1% de notre chiffre d'affaires dans la lutte contre le Sida en Afrique.
[Sauf qu'à la page "Associations" du site - créé en 2004 - on peut lire :
Dans cette rubrique, vous trouverez toutes les manifestations et associations sponsorisées par Afro-black® dans le cadre du 1% de son chiffre d'affaires. Cette rubrique sera très prochainement complétée..
Ladite page est vide, bien sûr.]
Je ne sais pas pourquoi il me vient un profond mépris pour les marchands d'eau sucrée.







